économie

Entrevue avec le préfet Stéphane Fratacci

De bonnes nouvelles dans la hotte

Publié le 06/12/2016

En marge de leur manifestation, les responsables agricoles bas-rhinois ont rencontré le préfet Stéphane Fratacci au siège de la DDT pour tenter d’accélérer le versement des aides impayées. La situation devrait se débloquer rapidement.

Le préfet Stéphane Fratacci n’a pas hésité à bousculer son calendrier pour écouter les revendications des agriculteurs bas-rhinois et leur apporter des éléments de réponse. De fait, indique-t-il, le problème des retards de paiement ayant été évoqué lors de la session de la Chambre d'agriculture du Grand Est (Crage), il a demandé à ses services, dès son retour à Strasbourg, d’accélérer le versement des aides Pac en souffrance, en dépit des problèmes informatiques. Franck Sander salue les efforts du préfet. « Ce qui m’inquiète, c’est que les gens sont résignés, souligne le président de la FDSEA 67. Ils baissent les bras car ils ne voient pas le bout du tunnel. Vivre avec 350 € par mois, c’est très compliqué ! » Pour lui, il est urgent de renflouer les trésoreries des exploitations, mais le dispositif mis en place par l’État pour soulager celles qui sont le plus endettées est très compliqué. « On n’arrive pas à faire rentrer l’argent, c’est exaspérant ! » Les dossiers plus locaux, comme le Grand contournement ouest (GCO), les impayés de Copvial ou la gestion de l’eau, participent au découragement ambiant. Thomas Gillig, président des Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin, attire l’attention sur la situation des jeunes qui se sont installés récemment et qui n’ont, pour nombre d’entre eux, reçu aucun versement de la DJA. De plus, comme l’installation s’accompagne souvent d’un changement de statut juridique de l’exploitation, ils font partie des dossiers bloqués par l’administration. Le président des JA exhorte le préfet à régler les dossiers validés en CDOA avant la fin de l’année. À leur suite, Gérard Lorber, secrétaire général de la FDSEA 67, Fabien Metz et Didier Braun, vice-présidents, Laurent Blum, trésorier, Paul Schiellein, président de la section des anciens exploitants, et Joseph Behr, directeur de la FDSEA du Bas-Rhin, ainsi que Julien Koegler, secrétaire général de JA 67, approfondissent les différents dossiers. Véronique Klein, vice-présidente de la Chambre d'agriculture d’Alsace, souligne de son côté le soutien apporté par les organisations syndicales aux agriculteurs bios, des producteurs doublement touchés par les aléas climatiques et le non-versement de certaines aides européennes (conversion à l’agriculture biologique, mesures agroenvironnementales). « Comment voulez-vous encourager le développement de l’agriculture biologique, si les aides ne tombent pas ? » « Nous nous sommes démenés » Le préfet Stéphane Fratacci revient sur le dégrèvement de 30 % de la taxe sur le foncier non bâti (TFNB) : « Nous nous sommes démenés pour élargir les catégories de terres pouvant bénéficier du dégrèvement, afin que le système soit moins préjudiciable ». Il adressera un courrier technique aux collectivités et aux institutions propriétaires de terres agricoles pour leur expliquer la procédure à suivre pour appliquer ce dégrèvement. Concernant le GCO, « j’ai demandé au concessionnaire d’arriver rapidement à une conclusion concernant les aires de service. Par ailleurs, nous allons plaider au niveau national pour faire évoluer les critères en matière de compensation environnementale et forestière. » Dans le dossier de l’abattoir, le préfet salue le travail effectué par la profession agricole pour structurer les groupements de producteurs. « Nous avons relayé vos doléances concernant le problème des impayés au niveau national. Mais auparavant, nous devons veiller à consommer les crédits disponibles au niveau local dans le cadre du plan d’aide d’urgence. » Abordant l’épandage des produits phytosanitaires, le préfet se montre relativement serein : « Nous avons pris localement les arrêtés sur les distances à respecter ; nous n’avons pas à les réviser à très court terme. Le fait d’avoir trouvé ces équilibres nous sécurise. » Le secrétaire général de la préfecture du Bas-Rhin, Christian Riguet, le directeur départemental des territoires (DDT) du Bas-Rhin, Jean-Philippe d’Issernio, le représentant de la Dreal et ceux de l’Agence de services et de paiement (ASP) de Strasbourg apportent des précisions sur l’état d’avancement des différents dossiers. L’ASP annonce notamment que le versement de la DJA devrait intervenir au cours du mois de décembre. « Il reste un mois avant la fin de l’année. Il faut régler ces dossiers au plus vite pour ne pas compliquer le remboursement des annuités des prêts et des dettes fournisseurs », souligne le président de la FDSEA avant d’ajouter : « La volonté d’avancer des services de l’État est réelle. J’espère qu’en 2017, nous arriverons à un régime de croisière ! »

Quelles perspectives pour l’agriculture alsacienne ?

« Se projeter pour écrire l’avenir »

Publié le 03/12/2016

Ne pas se laisser tétaniser par la crise, telle est l’injonction lancée par Laurent Wendlinger, président de la Chambre d'agriculture d’Alsace. C’est pourquoi il a inscrit à l’ordre du jour de la session du 25 novembre un point consacré aux projets et aux perspectives de l’agriculture alsacienne.

« La crise doit nous inciter à nous remettre en cause, à explorer de nouvelles solutions, à nous engager dans de nouveaux projets. » Pour Laurent Wendlinger, le rôle de la Chambre d'agriculture est aussi de s’inscrire dans une réflexion professionnelle à moyen terme. D’où l’idée d’interroger les agriculteurs alsaciens sur leurs attentes, leur vision de l’avenir, leurs projets. Les résultats de cette enquête ont été présentés par Emmanuel Mollard, du service politiques publiques et services aux collectivités de la CAA. Et là, belle surprise ! Malgré les difficultés, les agriculteurs gardent leur esprit d’entreprise. Ils sont lucides et confiants, ce qui ne les empêche pas de faire des projets, d’avoir envie d’investir. « Un signe qui ne trompe pas : 85 dossiers ont été déposés et agréés dans le cadre du plan bâtiment, preuve que les éleveurs croient en l’avenir de leur production », souligne Laurent Wendlinger. Autre signe encourageant, plusieurs filières spécialisées offrent de réelles opportunités de développement. La betterave à sucre, le tabac, le houblon recrutent de nouveaux planteurs. Même chose pour le maïs semences et le tournesol semences. « Même en élevage, il y a des opportunités à saisir, notamment en volaille, et une nouvelle dynamique se fait jour dans la production porcine. » Laurent Wendlinger cite aussi l’agriculture biologique, où les projets de conversion se poursuivent à un rythme soutenu, et l’éclosion de magasins de vente directe, dans un cadre individuel ou collectif. La viticulture n’est pas en reste : jamais elle n’a autant investi dans la modernisation de ses structures, grâce aux fonds du Feaga. « Se servir de 2016 pour bâtir les années à venir » « Si la prudence et le réalisme économique doivent toujours guider nos actions, force est de reconnaître que l’agriculture alsacienne offre des perspectives diverses et variées », affirme Laurent Wendlinger. Ce ne sont pas Albert Binder, Sébastien Stoessel ou Denis Digel qui le contrediront ! Ils ont témoigné de leur envie d’entreprendre. « Antifatalistes. » C’est ainsi que se définissent les frères Binder à Sessenheim. « Tabac, asperge, maïs semences, betterave à sucre, énergie photovoltaïque, nous avons toujours cherché à nous diversifier », explique Albert Binder. Pour réussir, ils misent sur leur réactivité et leur capacité de travail, mais aussi sur le progrès technique et des coopératives solides et porteuses de projets. Président du service élevage, Sébastien Stoessel produit des céréales, du lait et des poules pondeuses. « Par les temps qui courent, pas évident de garder la gnaque ! » Mais certains secteurs se portent bien, comme la montagne qui a depuis longtemps misé sur une stratégie centrée sur la transformation, en accord avec la demande du marché. Il voit de l’avenir pour la filière porcine, qui a investi dans le bien-être animal, ainsi que la production ovine ou caprine, source de diversification à moindres frais. Pour accompagner ces porteurs de projets, le Plan bâtiment s’est ouvert aux petites filières, comme la volaille et le porc. Une ouverture qui a contribué à les renforcer. Sébastien Stoessel a salué les équipes techniques de la CAA, ainsi que la Région et l’État qui ont fait en sorte qu’aucun dossier ne soit laissé au bord du chemin. « Nous devons nous servir de 2016 pour bâtir au mieux les années à venir », a-t-il conclu. Le Cœur paysan ouvre ses portes le 7 décembre Président des Maraîchers réunis de Sélestat, une coopérative tournée vers la vente en gros à la grande distribution et aux grossistes, Denis Digel est également présent toutes les semaines sur le marché de Sainte-Marie-aux-Mines. La vente directe, il maîtrise… Le maraîcher souligne un paradoxe : la demande est de plus en plus locale, alors que l’offre est de plus en plus mondiale, avec des prix étriqués. Comment répondre à cette demande locale dans les territoires ? « Les distributeurs profitent de l’aubaine, usurpant notre plus-value. Elle arrive même à mettre la main sur notre envie de produire et de nourrir les citoyens. » En réaction, les points de vente directe se multiplient. « Il faut s’efforcer de répondre à cette demande locale sur les marchés, dans les cours de ferme, faire gonfler l’offre, saisir toutes les opportunités de s’approprier la plus-value. » Lui-même s’est engagé dans un point de vente collectif à Colmar, route de Neuf-Brisach : avec cinq autres agriculteurs, il a acheté un ancien supermarché et l’a transformé en un magasin de producteurs où une trentaine d’agriculteurs individuels et de structures collectives proposeront leurs produits, conventionnels et bios. Le Cœur paysan ouvre ses portes le 7 décembre. Autre filon à exploiter : « Les collectivités demandent de plus en plus de proximité. C’est une vraie aubaine, même si les marchés publics sont compliqués. »

Bilan de campagne

L’espoir de jours meilleurs

Publié le 02/12/2016

Les membres de la Chambre d'agriculture d’Alsace, réunis le vendredi 25 novembre à Schiltigheim, ont tiré le bilan d’une année agricole catastrophique.

« La récolte de blé 2016 a été la plus mauvaise en rendement depuis trente ans, souligne Laurent Wendlinger, président de la Chambre d'agriculture d’Alsace. Celle du maïs est marquée par des résultats très moyens et une grande hétérogénéité. Confrontés à des prix des céréales particulièrement faibles pour la troisième année consécutive, les revenus des céréaliers sont en berne et les trésoreries asséchées, voire déficitaires. Seule note positive, la viticulture affiche un rendement moyen supérieur aux derniers millésimes et des raisins de belle qualité. Mais c’est sans aucun doute l’élevage qui connaît les difficultés les plus importantes, avec un prix du lait orienté à la baisse depuis des mois. « L’inquiétude des producteurs est bien réelle. » Les producteurs de viande souffrent à la fois de la crise et du dépôt de bilan de Copvial, qui se solde par de nombreux impayés. « Nous sommes au cœur d’une crise qui dure et qui fragilise les exploitations. Nous savons que les mesures gouvernementales ne seront pas à la hauteur des pertes subies. Dans ce contexte très difficile, nous devons tout faire pour passer le cap », insiste le président. Cela passe par une action déterminée de refinancement pour les exploitations à court de trésorerie et par la mise en place de la cellule départementale d’accompagnement « Réagir », avec le soutien de la Région Grand Est. « Grâce à une action concertée entre la Chambre d'agriculture, la MSA, les organisations professionnelles et économiques, les centres de comptabilité et les banques, nous espérons détecter le plus tôt possible les entreprises fragilisées et agir de façon coordonnée pour essayer de redresser l’équilibre de l’exploitation et éviter l’isolement de l’agriculteur. » Des entreprises fragilisées Le bilan dressé par Yves Jauss, directeur du pôle économie et entreprises de la CAA, confirme ces propos. Les réactions ne se font pas attendre. C’est Jacky Wolff qui ouvre le ban des interventions. Le monde du paysage a subi la crise de plein fouet, indique-t-il. « Ces derniers temps, les carnets de commandes se remplissent, mais le chiffre d’affaires des entreprises est en recul de 2 à 4 %. » Paul Fritsch, président de la Coordination rurale du Bas-Rhin, évoque le désarroi des agriculteurs qui, chaque jour, s’enfoncent un peu plus dans la crise. « Des solutions existent pourtant… » Pour Denis Ramspacher, administrateur de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL), il faut faire en sorte que le marché intérieur soit le plus valorisant possible pour certaines filières. Pour d’autres, c’est l’international qui offre une plus-value intéressante, comme le montre l’exemple d’Alsace Lait. « Nous travaillons régulièrement avec nos collègues allemands pour éviter que de telles crises ne se reproduisent. » Il faut garder espoir : les cours des produits industriels (beurre, poudre de lait) se raffermissent, une embellie qui devrait se répercuter rapidement dans les exploitations. « Les cours devraient repasser au-dessus des 300 €/1 000 l. » Primes Pac : des retards intolérables « La moitié des agriculteurs de notre région gagnent moins de 4 200 €/an », affirme Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin. Climat, prix, charges, tous les facteurs sont dans le rouge. Autant de leviers sur lesquels il faut agir, en améliorant le dispositif d’assurance récolte, en introduisant un système de régulation, en gagnant en compétitivité. Mais ce n’est pas tout : de nombreuses exploitations souffrent d’une trésorerie exsangue, en raison du retard dans le paiement des aides Pac 2015. « Plus de 18 mois après la fin des déclarations Pac 2015, des centaines d’agriculteurs n’ont toujours pas perçu les subventions auxquelles ils ont droit. L’État se réfugie derrière le prétexte de « bugs » informatiques. » Dans de nombreuses exploitations, la situation des aides Pac 2016 n’est pas plus brillante. Pour protester contre ces retards inadmissibles, la FDSEA du Bas-Rhin a décidé de mobiliser ses troupes devant le siège de la DDT du Bas-Rhin à Strasbourg, le mardi 29 novembre (lire en pages 2 et 3). Denis Nass, président de la FDSEA du Haut-Rhin, dénonce « l’amateurisme des services de l’État. Des hommes et des femmes souffrent sur notre territoire à cause d’une Europe qui ne fonctionne pas, d’un ministre de l'Agriculture qui est déconnecté des réalités du terrain et qui continue à charger la barque », souligne-t-il. Le responsable syndical propose l’adoption d’une motion demandant que les aides spécifiques soient versées avant la fin de l’année et dénonçant l’acharnement de l’administration sur les contrats MAE. « Opérer des contrôles et prononcer des sanctions lorsque l’agriculteur n’est pas encore en possession de son contrat signé est simplement inadmissible. » Motion adoptée par les membres de la CAA. Les jeunes agriculteurs souffrent eux aussi de la léthargie de l’administration, explique Thomas Gillig, président des Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin. Pour le versement de la dotation jeune agriculteur (DJA), les paiements de l’Agence de services et de paiement accusent plus d’un an de retard pour de nombreuses exploitations ! JA67 a mené récemment une action devant le siège de l’ASP, pour demander leur règlement avant la fin de l’année.

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