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Publié le 14/09/2016

La présidence de Bestheim vient de désigner Agostino Panetta à la direction de la coopérative. Il succédera à Thierry Schoepfer, qui se lance comme vigneron. Bestheim fait un choix « audacieux » en optant pour un cadre non issu du sérail viticolo-viticole.

« Un chef d’orchestre n’est pas obligé de savoir jouer du violon, par contre il doit savoir faire en sorte que l’orchestre travaille ensemble pour jouer une belle symphonie. » Tels sont les propos du nouveau et futur directeur de Bestheim, Agostino Panetta. Rompu au pragmatisme américain, il va devoir cependant jouer de la musique dans un vignoble où les bruits de fond de journalistes prescripteurs sont souvent trop peu élogieux à l’égard du cœur de gamme des vins d’Alsace dans leur globalité, et nocifs à l’image du vignoble. Des journalistes pourtant choyés grâce aux deniers interprofessionnels… Agostino Panetta vient de l’industrie chimique : l’américain Bell Laboratories (lire en encadré). Il n’est donc pas un spécialiste du vin. « Je salue Bestheim d’avoir fait le choix de l’audace. C’est dans l’ADN de Bestheim de ne pas faire les choses comme tout le monde. Tout comme d’ailleurs Thierry Schoepfer lorsqu’il a pris les rênes de Bestheim et qu’il n’avait pas encore 28 ans », indique le nouveau et futur directeur. La passation de pouvoir devrait être effective lors de l’assemblée générale. « Je suis spécialisé dans la gestion des hommes et des ressources. Chez Bestheim, j’observe beaucoup de belles compétences », explique aussi Agostino Panetta, dont l’expérience commerciale lui a conféré « une aisance par rapport aux différentes cultures de marché ». « J’apporte mon expérience internationale. Bestheim est une société extrêmement saine. Je ne suis pas spécialiste du vin, mais je suis très intéressé et passionné par le vin. C’est un milieu de gens passionnés. » De nouveaux enjeux Après l’ère Schoepfer qui a abouti à la constitution d’un outil industriel performant, rationalisé (1 450 hectares, 49,3 millions d’euros de CA en 2015), la question posée aujourd’hui au premier opérateur en vins d’Alsace consiste à construire l’image de marque, avec tous les moyens dont dispose le marketing moderne du vin : œnotourisme, réseaux sociaux, ciblage de la communication en phase avec les nouvelles connaissances neurophysiologiques sur les comportements consuméristes. « La question qui se pose est comment Bestheim doit imposer sa marque, résume Agostino Panetta. C’est ce que j’ai fait chez les laboratoires Bell qu’on a implantés sur les différents marchés. » Le retour à la terre pour Thierry Schoepfer Quant à Thierry Schoepfer qui donne à son successeur toutes les clés possibles pour relever ce challenge et réussir la transition, nous reviendrons ultérieurement sur son parcours dans un entretien exclusif pour L’Est Agricole et Viticole et le Paysan du Haut-Rhin. Il se destine désormais au métier de vigneron. Mais il ne dévie pour autant aucunement de ses convictions : « Un vignoble comme le nôtre passera par de belles entités à la champenoise, et des structures petites et moyennes prestigieuses, où je compte retourner. » Être soit « small is beautiful », soit « grand avec une belle assise », résume Thierry Schoepfer. « Je n’ai pas encore 50 ans et j’espère une autre vie, rebondir et tenter une nouvelle aventure », sur le domaine familial de 12 ha, où exploite son frère. « Ça a été un crève-cœur pour moi de voir partir Thierry Schoepfer. Il préfère quitter l’entreprise au top », déclare Pierre-Olivier Baffrey, le président. « On est à l’aube de la transformation de l’entreprise. On va muer doucement », ajoute-t-il en constatant que « dans de nombreuses dégustations à l’aveugle, les vins Bestheim sont souvent bien classés.» «C’est dingue que nous n’arrivons pas à capitaliser dessus», ajoute le futur directeur.

Publié le 13/09/2016

Il y a quelques années, les houblonnières ont bien failli disparaître du paysage alsacien. Mais, à l’image du houblon, dont la liane est réputée pour être coriace, la filière a su rebondir en se réinventant. Les demandes des clients ont changé, le houblon alsacien aussi. Et ça marche. Les carnets de commandes sont pleins. Il faut désormais produire davantage !

Il y a six ans, la filière houblonnière, ancestrale en Alsace et dont elle constitue un symbole fort, vacillait sur ces acquis. Son principal client Anheuser-Busch, qui absorbait à lui seul 70 % de la production alsacienne, rompait purement et simplement le contrat. En décembre 2010, la coopérative des producteurs de houblon Cophoudal se rapproche du Comptoir agricole. Et l’activité est reprise par la coopérative céréalière qui instaure un plan de maintien de la filière. Hors de question en effet de voir toutes les houblonnières démontées. Car étant donné les investissements que cela représente, il y a fort à parier qu’une houblonnière à terre ne se redresse jamais. Les structures sont donc laissées en place, et il y pousse des céréales, en attendant des jours meilleurs. Repositionnement sur les aromatiques Pendant ce temps, les équipes du Comptoir agricole se saisissent du dossier, et notamment Antoine Wuchner, spécialiste de la vente des céréales. Lorsqu’il se voit confier la commercialisation du houblon, il comprend qu’il « va falloir passer d’une logique de distribution à une logique de proposition, ce qui requiert de bien connaître le houblon, pour savoir quel type de houblon proposer à quel client. » Car le marché de la bière - donc du houblon - a changé. Les parts de marché des bières de soif sont grignotées par les parts de marché des bières de spécialités, qu’elles soient produites par un grand groupe ou une microbrasserie, dont le contingent s’est considérablement accru en quelques années. En outre, l’Alsace s’avère dans l’incapacité de rivaliser avec les autres origines sur le créneau des houblons amérisants. Deux éléments qui ont incité le Comptoir agricole à retravailler son positionnement sur le créneau des houblons aromatiques. Un vaste plan de sélection variétale a permis d’élaborer de nouvelles variétés (aramis, triskel, bouclier, barbe rouge - aux arômes de fruits rouges -, mistral - au parfum exotique). Désormais, un portefeuille de huit variétés aromatiques (soit 95 % de la surface) et deux variétés amérisantes sont emballées dans un nouveau plan marketing, qui vise à positionner les houblons d’Alsace comme des produits de luxe, en lien avec la gastronomie française. Les associations entre mets et bières sont notamment mises en avant. À la conquête de nouveaux clients Pour remplacer le client historique, l’équipe commerciale du Comptoir agricole est allée toquer à la porte de l’oncle Sam : « Le marché des aromatiques y est porté par l’essor des microbrasseries et les brasseurs fonctionnent par contractualisation. » De salons en salons, le houblon d’Alsace a séduit les brasseurs américains, puis les Canadiens, puis les Belges… « Désormais, nos houblons sont présents dans toutes les grandes brasseries alsaciennes et dans de nombreuses brasseries belges », se félicite Antoine Wuchner. Du maintien au développement Après avoir été réduite à ?? ha en ?? (au plus bas), la surface houblonnière atteint 430 ha en production en 2016, et « il faudrait 100 ha de plus d’ici 2 ans pour répondre à la demande », indique Denis Fend, directeur du Comptoir agricole. « Nous avons bénéficié de nombreux soutiens pour maintenir cette filière. Désormais le marché reprend des couleurs. Le plan de maintien n’est plus à l’ordre du jour. Nous avons devant nous des contrats pour trois à cinq ans. Notre plan de développement est désormais le suivant : augmenter les surfaces, investir dans une unité de pelletisation (NDLR : le houblon peut être commercialisé en frais, pelletisé ou sous forme d’huile) et relancer le plan de sélection variétale. » En effet, le croisement de lignées est interrompu, le travail de sélection reposant actuellement sur les derniers croisements qui ont été effectués. Lever les freins, par tous les moyens Aujourd’hui, grâce aux contrats conclus avec ses clients, le Comptoir agricole est en mesure d’assurer une visibilité sur cinq ans aux houblonniers. Malgré cela, la coopérative peine à trouver des volontaires pour développer les surfaces, que ce soient d’anciens ou de nouveaux planteurs. Plusieurs freins ont été identifiés : les investissements importants (dans les houblonnières mais aussi dans les outils de transformation), l’isolement (l’Alsace ne compte que 47 houblonniers) et la dimension des infrastructures requises, qui peut faire peur. Pour lever ces freins, plusieurs idées ont émergé : octroyer une incitation de 1 000 €/an pendant 5 ans pour toute extension de surface ; garantir un prix minimum pendant une durée minimum afin de sécuriser l’amortissement des investissements ; mettre en place un dispositif de parrainage entre anciens et nouveaux planteurs, les anciens laissant les nouveaux utiliser leurs installations moyennant un système de rétribution qu’il reste à établir ; élaborer une formation dédiée à la production de houblon ; mettre sur pied un îlot de production regroupant quelques producteurs fonctionnant en Cuma. D’ici la fin de cette année, voire le début de la prochaine, 20 ha de houblonnières vont être montés. Reste à en trouver 70, soit l’équivalent de trois-quatre exploitations professionnelles d’une vingtaine d’hectares. « Dès cet hiver, nous allons organiser une formation pour attirer les jeunes et repérer ceux qui ont les aptitudes pour faire de bons houblonniers », indique Matthieu Luthier, responsable développement et communication au Comptoir agricole. Le sauvetage de cette filière, qui doit son salut à son repositionnement face à l’évolution du jeu de l’offre et de la demande, a été présenté aux élus de la commission agriculture et forêt de la Région Grand Est qui sont allés à la rencontre des houblonniers alsaciens pour mieux connaître cette filière, inconnue au bataillon des productions agricoles lorraines et champardenaises. Pascale Gaillot, présidente de cette commission, a assuré les houblonniers alsaciens de soutien de la Région : « Le soutien aux filières longues et structurantes est inscrit dans notre plan de développement agricole ». Chiffres clés 2015 481 ha de houblonnières objectif de 700 t/an 47 houblonniers 10 000 m2 stockage 70 % du houblon exporté 72 % de contractualisation un laboratoire d’analyses 22 k€ d’analyses 96 % de la production française de houblon en Alsace

En marge de l’inauguration de la Foire européenne

« La poudrière est prête à exploser »

Publié le 09/09/2016

En marge de l’inauguration de la foire européenne par le Premier ministre Manuel Valls, les responsables agricoles alsaciens ont rencontré Marie Guittard, sa conseillère agricole, qui s’est montrée à l’écoute et préoccupée du sort des agriculteurs et de la ferme française.

Vendredi 2 décembre, le Premier ministre Manuel Valls était en déplacement à Strasbourg où il a inauguré la 84e édition de la foire européenne de Strasbourg. Au cours de sa visite de l’espace agricole, le Premier ministre a pris le temps de déguster un morceau de munster, quelques gorgées de bière, de flatter le front d’Espion et de participer à un quiz sur les labels de qualité. Se faisant, les responsables professionnels agricoles alsaciens ont réussi à lui faire passer les messages principaux : la récolte de blé catastrophique, qui met des exploitations déjà fragilisées en difficulté - « Nous attendons des gestes, des actions fortes », a insisté Jean-Paul Bastian, vice-président de la Chambre d'agriculture d’Alsace. La nécessité de remettre la Pac « dans le sens de la marche ». Sans oublier la faillite de l’abattoir de Holtzheim. Jean-Paul Bastian a insisté sur le fait que la liquidation s’est déroulée sans trop de heurts malgré des enjeux financiers et humains importants. Il a demandé que l’État accorde une « attention particulière » aux agriculteurs qui vont devoir faire face à des impayés en pleine période de crise. Être plus efficace, et plus souple Mais en marge de cette entrevue éclair, les responsables professionnels agricoles alsaciens ont pu échanger plus longuement avec Marie Guittard, la conseillère agricole du Premier ministre. Ils lui ont exposé la gravité de la situation et formulé des propositions concrètes : « Il faut injecter de la trésorerie pour refinancer les exploitations, et imaginer un plan d’accompagnement pour les exploitations qui ne passeront pas le cap », a indiqué Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin. Denis Nass, son homologue haut-rhinois, qualifie la situation des éleveurs laitiers de ce département - qui ne bénéficient pas du niveau de prix pratiqué par Alsace Lait - de « poudrière prête à exploser ». Et, alors que les coûts de production sont estimés à 34 cts par litre de lait, il ne considère pas qu’avoir obtenu un prix de 27 cts/l de lait auprès de Lactalis soit un succès. Après quatre campagnes céréalières difficiles, il estime qu'« il faut retravailler les assurances, qui sont imparfaites ». Mais la priorité, c’est « un refinancement très rapide des exploitations ». Et, s’il reconnaît que tout le monde a joué le jeu l’année dernière lors de la mise en œuvre du plan de soutien aux éleveurs français, la méthode ne pourra pas être la même, car elle ne suffira plus. Il faudra être à la fois plus efficace et plus souple. Denis Nass a également demandé une année blanche pour la taxe sur l’eau d’irrigation. Enfin, il s’est insurgé contre le fait que l’absence de revenu entraîne la suppression de la prime à l’emploi, de bourses pour les enfants des agriculteurs concernés… Pour un plan de refinancement « plus ambitieux » Paul Fritsch a détaillé quelques remèdes à la crise envisagés par la Coordination rurale : une aide de 500 €/ha, allouée aux agriculteurs pour réensemencer les terres, l’autorisation d’utiliser les semences fermières, la mise en place d’outils fiscaux pour pouvoir défiscaliser et réinjecter des moyens dans les exploitations lorsque le besoin s’en fait sentir. Thomas Gillig, président des Jeunes Agriculteurs, a appelé à tout mettre en œuvre pour « faire perdurer les exploitations et qu’elles soient transmissibles ». Thomas Blum, administrateur à la Mutualité sociale agricole, a indiqué que l’enveloppe allouée à la prise en charge des cotisations est en baisse par rapport à l’année dernière, alors même que le dossier Copvial alourdit la barque des exploitations alsaciennes. Il a indiqué que les demandes de report d’échéanciers explosent. Didier Braun, responsable du groupe lait à la FDSEA du Bas-Rhin, a déclaré que si des mesures sont prises pour empêcher que le prix du lait n’augmente trop, afin de préserver le pouvoir d’achat des consommateurs, l’inverse doit être vrai aussi. Jean-Paul Bastian a lui aussi plaidé en faveur d’un plan de refinancement « plus ambitieux ». Et, au-delà, à une refonte de la Pac pour qu’une telle situation ne se reproduise pas à l’avenir : « Il faut tirer les conséquences de la crise et en profiter pour faire passer des idées, comme celle d’une nécessaire mise en place d’outils de régulation de la production, de gestion des crises, d’une révision de l’assurance récolte ». Mettre des outils dans les valises « La crise trouve son origine dans le déséquilibre des marchés, aggravé en France par des accidents climatiques qui n’ont pas eu lieu ailleurs et par la concentration de la grande distribution », a rappelé Marie Guittard. Les services de l’État travaillent sur plusieurs leviers pour y faire face. « Nous sommes confrontés à des situations d’endettement et de trésorerie très différentes », expose Marie Guittard, et ce sont ces problèmes qu’il s’agit de traiter en priorité. Aussi des mesures d’urgence pour les exploitations les plus fragiles, c’est-à-dire les jeunes installés, ceux qui sont très spécialisés, ou qui ont consenti récemment de gros investissements, ont-elles été mises en place. Ces mesures sont désignées par des « mots-valises » tels qu’« année blanche », « renforcement de la trésorerie ». Concrètement, il faut définir quel contenu leur donner, c’est-à-dire qui met quoi dans ces valises. Les idées ne manquent pas, les acteurs non plus, ce qui explique que les dispositions ne sont pas calibrées de la même manière partout en France, et qui rend le dispositif peu lisible. En Alsace, le système mis en place l’année dernière faisait rentrer les exploitations dans trois ou quatre cases selon leur situation, avec pour chacune des mesures adaptées. « Mais cette année il y a plus d’une centaine de dossiers qui ne rentreront dans aucune case et qu’on risque de perdre », a affirmé Denis Nass. L’ensemble des responsables se sont rejoints pour demander que l’État, les Régions, les banques travaillent en concertation pour accélérer l’avancement des dossiers. Et puis une chose est aujourd’hui actée : les Avances de trésorerie remboursable (ATR) des aides Pac 2015 vont rapidement être soldées et une avance de trésorerie sur les aides 2016 va être versée le 16 octobre, soit 6 milliards d’euros pour la ferme France. Autre mesure sur les rails : la réalisation de diagnostics économiques, avec un état des lieux et des conseils individuels, financés par le Conseil régional. Réinventer de nouveaux amortisseurs Marie Guittard a également rejoint les responsables professionnels sur la nécessité de réfléchir à un nouveau modèle de Pac qui prenne en compte que l’agriculture est un « secteur capitalistique avec un pas de temps peu réactif. La volatilité des cours et le dérèglement climatique ne vont pas aller en s’atténuant, il s’agit donc de réinventer de nouveaux amortisseurs. La capacité de résilience des exploitations est un problème de fond qui n’a pas été suffisamment travaillé. »

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