Schéma d’aménagement & de gestion des eaux
Du champ de maïs aux marais
Schéma d’aménagement & de gestion des eaux
Publié le 19/12/2019
Mardi 17 décembre, six organismes et entreprises alsaciennes ont reçu le label Sage (Schéma d’aménagement & de gestion des eaux). Cette distinction récompense les projets en faveur de la ressource en eau et des milieux aquatiques. Parmi eux : la renaturation de l’Île du Rhin, près de Mulhouse. Près de 100 ha de champs de maïs convertis en zone humide.
L’île est méconnaissable. Imaginez. Jusqu’en 2014, cent hectares de maïs couvraient presque toute l’île du Rhin, au sud de Mulhouse. En 2013, EDF doit présenter des mesures environnementales compensatoires suite à son annonce d’une nouvelle centrale hydroélectrique à l’extrémité sud de l’îlot. L’entreprise propose de remettre à l’état naturel l’îlot. Mardi 17 décembre 2019, cinq mois après la fin des travaux, elle a reçu le label Sage, du Schéma d’aménagement & de gestion des eaux. Une récompense pour le travail jugé exemplaire de l’électricien. Car le chantier est allé très loin dans la démarche écologique. « Ils ne se sont pas contentés de planter des arbres par-ci, par-là », commente, impressionné, un participant à la cérémonie de remise des prix. En effet, le projet inclut la remise en eaux d’un ancien bras du Rhin et la réhumidification des terres. « On a voulu créer une mosaïque de milieux », témoigne Alain Garnier, ingénieur à la direction concessions chez EDF. Pendant six mois, les pelleteuses ont terrassé, remodelé l’espace, créé des mares, creusé le lit du cours d’eau selon son tracé historique… Un chantier pharaonique. « On a déplacé 400 000 m3 de terre et planté 175 000 plants », égrène David Morand, du Centre d’ingénierie hydraulique d’EDF. Une opération à plus de 5 millions d’euros cofinancée par l’agence de l’eau Rhin-Meuse. Des oiseaux, des poissons et des chevaux Le résultat ? Une zone humide qui s’intègre à la réserve naturelle de la petite Camargue alsacienne. L’ancienne partie agricole est désormais occupée par des marais et des prairies. La forêt du nord de l’île, elle, bénéficie de la remise en eau du bras du Rhin. Il a permis de réhumidifier le bois. L’impact sur la faune ne s’est pas fait attendre. Les poissons se sont approprié le cours d’eau. « Ils peuvent remonter jusqu’en Suisse grâce à la connexion piscicole réalisée entre le Rhin et la rivière reconstituée remise en eaux », se réjouit Alain Garnier. Les oiseaux reviennent aussi. Le nombre de volatiles recensés dans le périmètre de l’ancien champ est ainsi passé de 250 en 2016 à 350 fin 2019. L’aménagement profite aussi aux visiteurs. L’association Petite Camargue alsacienne, gestionnaire de la réserve naturelle, a ainsi construit un circuit découverte de 12 km jalonné de quatre observatoires et d’une dizaine de panneaux explicatifs. Les bénévoles ont aussi introduit cinq chevaux Koniks et sept vaches Highland en écopâturage. « Il faudrait que ce projet soit contagieux », applaudît Philippe Kniebiely, de la Petite Camargue alsacienne. Seule ombre à ce tableau idyllique, le projet a nécessité d’expulser un agriculteur. Le sujet embarrasse Alain Garnier, d’EDF. L’entreprise a dû verser d’importantes compensations financières à l’ancien exploitant des lieux. « En gros on a racheté le terrain qui nous appartenait », grince l’ingénieur. À défaut de maïs, l’Île du Rhin vaut bien son pesant d’or.












