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Assemblée générale de la FDSEA du Bas-Rhin

« On sera beaux, on sera des héros, mais on sera morts »

Publié le 20/01/2020

De toute part l’agriculture est incitée à évoluer. Mais le modèle prôné - qui n’est pas si éloigné du modèle alsacien - ne peut pas tenir la route s’il n’est pas soutenu et protégé par des décisions politiques fortes.

« Une ferme alsacienne moyenne fait moins de 100 ha, possède 80 vaches et livre souvent à un outil coopératif », décrit Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin. Il s’agit donc d’un modèle vertueux, qui s’inscrit dans l’économie sociale et solidaire. Pourtant, ce sont ces petites structures qui souffrent actuellement, car elles sont soumises aux mêmes cours mondiaux que les plus grosses. Pour Franck Sander, il y a donc « une stratégie à rebâtir ». Et vite, confirme Christiane Lambert : « Pendant que la France imagine une agriculture de village, nos voisins s’organisent et ne nous attendront pas. À force de vouloir être précurseur et avoir raison toute seule, la France va laisser mourir ses agriculteurs », lance la présidente de la FNSEA, applaudie par la salle. Egalim : « il faut tenir » Premier levier : le prix. Et la valorisation de l’origine France. Les Egalim ont donné beaucoup d’espoirs aux agriculteurs en ce sens. Aujourd’hui, ils sont déçus, même si des signatures d’accords sont en cours dans le domaine laitier. « Après 40 ans de politiques publiques en faveur de prix bas, on ne peut pas tout renverser en un an ou deux », estime la présidente de la FNSEA. La loi issue des états généraux sur l’alimentation a apporté quelques résultats mais le compte n’y est pas, reconnaît-elle. Pourtant, « il faut tenir. Si nous ne tenons pas sur cette loi, jamais nous n’y reviendrons ». C’est parce qu’elles sont confrontées à une évolution sans précédent des modes de consommation que les GMS sont vent debout contre les principales dispositions d’Egalim, soutient Christiane Lambert. « Nous avons affaire à des mastodontes, très ingénieux en matière juridique, notamment pour contourner l’encadrement des promotions », poursuit-elle. Pour vérifier que les dispositions des Egalim sont bien appliquées sur le terrain, Sylvain Wasermann, député du Bas-Rhin et vice-président de l’Assemblée nationale, propose d’expérimenter l’« évaluation au dernier kilomètre ». Un dispositif prévu dans le nouveau règlement intérieur de l’Assemblée nationale. Quant à Christiane Lambert, elle martèle une formule qui lui est chère : « Plus vert, c’est plus cher. » Car le pire serait d’assister à une montée en gamme des produits, avec des charges supplémentaires, sans revalorisation des prix de vente. Reste que la loi Egalim ne profite pas à toutes les filières. Celle de la viande souffre de son  « profond dysfonctionnement », estime Franck Sander. Et la filière céréalière reste « totalement dépendante des cours mondiaux ». Et souffre aussi. Plus et mieux d’Europe Il faut donc actionner d’autres leviers, comme la Pac. « En moyenne, en sept ans, chaque agriculteur de cette salle a perdu de 15 000 à 25 000 € de prime Pac », pose Franck Sander, qui plaide donc pour le maintien d’un premier pilier fort et l’ouverture du second à d'autres problématiques que l’environnement. S’il ne se fait guère d’illusions - « Le green deal va obliger à verdir la Pac » - il estime que « les soutiens doivent être à la hauteur des exigences ». Une position que soutient également Christiane Lambert : « Nous portons la transition, nous sommes en droit d’être exigeants sur les rythmes. » Au-delà, Christiane Lambert rappelle à quel point les tensions politiques sont fortes, avec une montée des nationalismes qui expose l’Europe à un risque de déconstruction. « Or nous avons besoin de l’Europe pour peser dans les négociations. C’est la raison pour laquelle la FNSEA veut plus et mieux d’Europe. » Pour Christiane Lambert il faut donc certes un budget, mais aussi préserver le « C de commune », notamment en harmonisant les conditions environnementales d’attribution des aides. Puisque la protection de l’environnement est devenue si prégnante, pourquoi ne pas s’en servir comme d’une nouvelle corde à l’arc des agriculteurs ? Même si Franck Sander se considère avant tout comme un producteur de denrées alimentaires, il estime que « si le marché le plus porteur est de produire de l’environnement, il faut se saisir des opportunités ». Qui ne vont pas tarder : « De grandes masses financières vont aller vers la compensation des émissions de carbone ». Or les agriculteurs sont à la fois « cause, victime et solution » du changement climatique, souligne Christiane Lambert. Par contre, ils sont « presque les seuls » à pouvoir capter du carbone en cultivant des plantes. « Nous ne devons pas galvauder cette richesse et rester maîtres de la situation, ne pas laisser d’autres opérateurs s’emparer d’un business qui nous revient », plaide Franck Sander.   Salle comble à l'AG de @FDSEA67 Retour sur une année agricole difficile, #climat #agribashing ... "L'avenir est dans l'innovation"@EAVPHR #lagricultureelleassure pic.twitter.com/P0QTnuGj5q — Germain Schmitt (@germain_schmitt) January 13, 2020     ZNT : pour un débat « posé » « Avec les ZNT, ce seront 300 ha de vigne qu’on ne pourra plus traiter. L’application réglementaire est en route et nous n’avons pas de solution. C’est une problématique très lourde pour l’agriculture française », a regretté Jérôme Bauer, président de l’Ava. Dans ce dossier, Christiane Lambert déplore que la décision ait été prise sous la pression. Il faudrait « un débat posé et pas un débat polémique » instrumentalisé par ceux qu’elle qualifie de « vendeurs de peur ». « Nous avons frôlé la catastrophe, souffle Franck Sander. Avec une ZNT de 100 m, c’était la mort de l’agriculture ». L’heure est désormais à l’élaboration d’une charte pour ramener à 3 m la distance des ZNT. Sachant que « si les conclusions de l’Anses amènent à dire qu’il n’y a pas de dérive, il faudra le courage de revenir à une ZNT de 0, et qu’en cas de nouvelle construction la ZNT soit intégrée au terrain à bâtir », prévient Franck Sander. Qu’adviendra-t-il de ces 3 m ? Pour Franck Sander, plutôt que de les laisser en friche, il s’agira d’en faire des atouts, par exemple en y adossant des contrats mellifères. Concilier agriculture et environnement, c’est aussi la position que défend Christiane Lambert : « La biodiversité, il y a ceux qui en parlent, et ceux qui la font. Nous l’avons fait trop longtemps sans le dire ». Reste que la question de l’utilisation des produits phytosanitaires est devenue extrêmement compliquée. L’augmentation de la vente de produits phytosanitaires en 2018 résulte, selon Christiane Lambert, d’une anticipation des agriculteurs qui ont fait des stocks de produits face à la hausse prévue de la taxe sur les pollutions diffuses. Elle fait état au contraire d’une baisse de l’utilisation des produits classés CMR1 et CMR2 et d’un développement des conversions en agriculture biologique et des fermes certifiées Haute valeur environnementale (HVE). En réponse aux « caricatures » ciblant l’agriculture, aux stigmatisations et au « climat délétère » entourant le débat sur les phytosanitaires, elle en appelle aux parlementaires : « Vous êtes des relais. Je veux que vous puissiez apaiser le débat. Sinon, nous allons vers une escalade insupportable ». Et à l'engagement des agriculteurs, qu'elle a incités à se présenter sur les listes des élections municipales, afin de peser face à « des néoruraux qui méconnaissent l’agriculture » et à tenir tête « aux ONG qui savent tout sur tout ». Christiane Lambert a d'ailleurs dénoncé les agissements de certaines associations, et s’est félicitée de l’interdiction - pour celles qui ont été condamnées pour des actes de violence - de ne plus bénéficier du statut d’association d’intérêt général : « Quand on voit que des associations comme les Restos du cœur peinent à collecter des fonds, alors que d'autres brassent des millions, on se dit qu’il y a quelque chose qui cloche dans notre pays », regrette Christiane Lambert. « Nos aînés ont porté une révolution silencieuse. Aujourd’hui, elle est turbulente, l’agriculture bouge. À nous, agriculteurs, d’être les ambassadeurs de cette mutation », a-t-elle conclu.

Publié le 17/01/2020

Toujours avide d’innovation agronomique, l’association Vignes vivantes consacrait en ce début d’année une demi-journée technique à l’agroforesterie. Au programme, visite d’un projet agroforestier à Bergheim, puis conférence, le soir, d’Alain Canet, expert sur la question.

L’agroforesterie fait beaucoup parler à l’heure du réchauffement climatique et de la recherche de solutions permettant de lutter contre des violentes canicules et des sécheresses tout aussi brutales. Sujette aux aléas climatiques, la viticulture se sent concernée au premier chef par la ré-implantation d’arbres, d’autant que la vigne est une liane et qu’elle est donc parfaitement équipée pour cohabiter avec des arbres. Plusieurs vignerons expérimentent la vitiforesterie en Alsace, au premier rang desquels, « l’historique » André Durrmann à Andlau qui a planté des arbres parmi des vignes en lyre, ou le jeune vigneron Sébastien Schwach à Ribeauvillé qui laisse naturellement des arbres recoloniser ses parcelles. Mais l’invité de la soirée Vignes vivantes, dans une salle du Civa archi-comble, c’était Alain Canet. Cet agronome nous vient du Gers où il a fondé Arbres et paysages 32, et où il expérimente des modèles vitiforestiers dans des vignes gasconnes. Elles sont en IGP, et donc beaucoup moins contraintes par les cahiers des charges d’appellation, comme chez Noël Lassus. Très illustré par des photos, son propos a débuté par une présentation de différents systèmes agroforestiers dans le monde, pour finalement se rendre compte que ce n’est pas un modèle anecdotique. Il est amplement répandu, entre les subéraies méditerranéennes où cohabitent des cochons de pata negra (pour produire du jambon à 100 €/kg) nourris aux glands de chêne-liège, et les modèles sahéliens, où les arbres sont une exigence pour endiguer la progression du désert. Quel est le sens de la fertilité des arbres ? Alain Canet montre une photo de gland de chêne et sa jeune pousse déjà enracinée dans un morceau de bois en décomposition. En quoi les tanins du bois seraient le support fertile de ce jeune chêne ? « La lignine, répond Alain Canet, c’est la base de toute fertilité », reprenant ainsi les propos, déjà exposés dans ce journal, de Konrad Schreiber. C’est normal : les deux font partie du groupe « Pour une agriculture du vivant » qui anime actuellement la toilosphère… Il y a cependant un hiatus, car à Vignes vivantes, sous les conseils du pédogéologue Yves Hérody, on enseigne qu’il vaut mieux retirer les bois de vigne des sols acides particulièrement. « Je vous affirme qu’un sol a besoin de 20 t de MS/ha/an, sinon ça se casse la gueule (sic) » affirme Alain Canet, qui enfonce le clou avec le compost, tout aussi néfaste, selon lui, à l’autofertilité des sols - mais c’est un autre débat que nous traiterons. Les photos s’enchaînent de céréaliers qui se lancent dans l’agroforesterie, comme Christian Abadie. Ce maïssiculteur réalise 200 qtx/ha en maïs sur des boulbènes des Pyrénées. Alors pourquoi les agriculteurs devraient-ils planter des arbres, interroge-t-il ? Les réponses fusent : « sécheresse, climat, monoculture, sociétal, image, santé, énergies fossiles, dégénérescence de la vigne, pollution, tassement, érosion, baisse de productivité, chimie, mal-être, biodiversité, coûts de production ». Mais surtout pour la recherche de fertilité par l’intermédiaire de la lignine. « Le geste premier du sol c’est de produire par procuration de la lignine », qui peut d’ailleurs être obtenue en roulant les couverts à un stade avancé de sols couverts en permanence. Ensuite les arbres peuvent procurer du BRF, le bois raméal fragmenté issu donc des jeunes pousses de l’année sur l’arbre. « Le BRF agit comme effet starter, il se pose à l’automne. » Un projet de société, tout autant que de parcelle En réalité poursuit Alain Canet, l’agroforesterie ne consiste pas seulement (et pas toujours) à planter des arbres dans les parcelles exploitées et cultivées. L’agroforesterie, c’est aussi et surtout un paysage cultivé où l’arbre retrouve toute sa place dans tous les espaces possibles et joue un rôle fonctionnel sur l’activité agricole. Il faut donc imaginer un paysage où se côtoient des ripisylves le long des ruisseaux, des arbres isolés dans les prés, des vergers, des haies autour des parcelles et le long des chemins, avec parfois des trognes, etc. Et imaginer ce paysage où les arbres sont interconnectés pour former des corridors, des interconnexions facilitant la circulation des animaux et de la faune plus globalement. Un projet agroforestier devrait donc se concevoir collectivement, à l’échelle d’un bassin-versant, d’une colline, d’un ban viticole. « En somme, c’est un projet de société », résume Alain Canet, qui éviterait à l’agriculture d’être taxée de tous les maux dont on l’accuse… Trogne et mécanisation S’agissant plus précisément de son rôle fonctionnel en vitiforesterie, « l’arbre devient un maillon dans une chaîne de production ». Par exemple, en agissant directement sur « la thermodynamique du climat. Au-dessus de la vigne, il tranquillise les masses d’airs », limitant ainsi l’assèchement. Par son apport annuel de lignines dans les feuilles, l’arbre évite d’avoir à fertiliser, et constitue un outil de « fertilité in situ ». Et si l’arbre encombre l’espace pour la mécanisation, il y a la solution du tétard (ou de la trogne), c’est-à-dire de l’arbre étêté, « sauf avec les fruitiers et les rosacés qui ne le supportent pas bien ». Ça permet de concilier l’agroforesterie et les engins agricoles. « La trogne, explique Alain Canet, dégrade 40 % de sa masse racinaire qu’elle crée annuellement, c’est autant d’injections de carbone dans le sol ». Une solution selon l’agronome car, « dans les sols de notre Hexagone, nous ne stockons pas la moitié du carbone que nous devrions stocker », pour faire face aux exigences climatiques. Sans compter que les trognes sont de remarquables pourvoyeuses de biodiversité en abritant par exemple des chauves-souris et autres oiseaux cavernicoles, utiles à la vigne. Alain Canet et son bureau d’étude ont procédé à des expériences et des comparaisons de cultures en système agroforestier. Les profils racinaires montrent que l’arbre s’adapte et réétage son système racinaire plus profondément quand il rencontre un système de cultures en place. Car l’arbre « n’est pas fait pour pousser dans l’herbe, il n’est pas concurrent, donc il plonge obligatoirement, il est donc en adéquation avec le couvert. Conjugué aux blés par exemple, « l’épiaison arrive quand l’arbre commence à débourrer ».  

Publié le 16/01/2020

Dans quelques jours sera prononcé par le tribunal correctionnel de Colmar un jugement sur l’affaire Albrecht, après 7 ans d’une instruction particulièrement lente. Le procès qui s’est tenu en novembre, a d’ores et déjà donné un sentiment de justice inachevée.

Retour sur 7 années de procédures dans l’affaire Albrecht qui continue de secouer la filière des vins d’Alsace. Rappelons quelques faits : deux suicides, de nombreux burn-out, tentatives de suicides, internements et dépressions parmi la profession vigneronne alsacienne, 140 vignerons restés impayés de leur récolte, et 14 M€ (millions d’euros) de passifs dont 7 M€ concernent des dettes sur une activité d’achat de raisin ou de vin en vrac. Depuis 2003, la SA Domaine Lucien Albrecht à Orschwihr connaissait des difficultés de trésorerie. Dès 2003, elle se lance dans l’achat-revente de vins en vrac : 1,6 M€ de chiffre d’affaires en 2003 et jusqu’à 9,7 M€ en 2011 pour cette seule activité, soit l’équivalent pour cette année 2011 de près de 40 000 hl qui ont transité sur le papier par la SA Albrecht. Or la capacité de cuverie n'était que de 3 000 hl. L'achat-revente, « structurellement déficitaire », a entraîné une perte sèche de 700 k€ (milliers d’euros) en 2010 et de 1,20 M€ en 2011. Et une perte globale évaluée « entre 4 et 5 M€ ». Les difficultés des vins d’Alsace d’entrée de gamme Ces difficultés sur le marché du vrac reflétaient en réalité déjà les premiers signes annonciateurs des difficultés de filière des vins d’Alsace. Elle éprouvait de grandes difficultés à positionner ses vins d'appellation sur les marchés d’entrée de gamme, essentiellement approvisionnés par le marché du vrac. Sur les 150 000 à 200 000 hl de transactions annuelles de vins en vrac dans la filière, jusqu’à près de 40 000 hl annuellement sont passés par la SA Albrecht. À partir de 2006, les avances en trésorerie d’opérateurs alsaciens pour que la SA réalise ses achats sont allées crescendo : 81 k€ en 2006, 680 k€ en 2007 et jusqu’à 2,16 M€ d’avances en 2011. Avec principalement, mais pas que, deux opérateurs en vins d’Alsace qui avançaient des fonds. De source confidentielle, en 2010 et 2011, les transactions concernaient surtout la maison Biecher et la Sica Réal, filiale de Bestheim, pour plusieurs millions d'euros de vrac. Selon les analystes comptables, la SA Domaine Lucien Albrecht aurait dû déposer le bilan en 2006 après deux années de situation financière déséquilibrée. Pour poursuivre son activité d’achat-revente et disposer de fonds à cette fin, la SA Albrecht encaissait des avances clients sur des commandes de vins, ce qui lui évitait d’avoir recours aux banques. D’autre part, les bilans comptables ont été maintenus dans le positif grâce à des opérations de recapitalisation pour plus de 2,20 M€ à partir des fonds personnels de Jean Albrecht, qui ne se serait donc pas enrichi,  a notamment souligné la procureure de la République, lors du procès en correctionnelle. Malgré l’explosion du total chiffre d’affaires de la SA, passant de 3,80 M€ en 2003 à 13,40 M€ en 2011, les difficultés n’ont cessé de s’accroître. Dans les années qui ont précédé son dépôt de bilan, la SA Albrecht se serait livrée à de multiples opérations comptables visant à masquer la réalité de sa situation. Citons notamment des stocks surévalués, une opération de cession d’immobilisations du matériel enregistrée dans le bilan comptable et qui n’a jamais été suivie d’effet, ou encore en 2011, une différence de plus de 5 000 hl sur les stocks entre le bilan comptable et la réalité du stock physique. La lenteur et ses conséquences La SA Domaine Lucien Albrecht est mise en redressement le 11 septembre 2012. David Koch est désigné comme mandataire judiciaire et Nathalie Guyomard comme administrateur judiciaire. L’ouverture de l’enquête judiciaire par la gendarmerie débute en janvier 2013. L’administrateur judiciaire publie son rapport le 20 février 2013. Il révèle la réalité comptable de la faillite. La SA est mise en liquidation le 26 février 2013. La mise en examen de Jean Albrecht n’intervient que le 4 août 2015 par le juge Assal (soit 2 ans et demi après l’ouverture de l’enquête). Le procès initialement prévu les 4, 5 et 6 mars 2019 (soit pratiquement 4 ans après la mise en examen), est reporté aux 4 et 5 novembre 2019. Parallèlement, un expert M. Moncorgé a été désigné le 24 mars 2014 par le TGI de Colmar afin d’examiner plus en détails la comptabilité de la SA Albrecht, le rôle des professionnels du chiffre et leurs manquements déontologiques, de donner un avis sur les achats et revente à perte, évaluer à quelle date la faillite était en réalité constituée. Alors que son rapport définitif devait être déposé le 30 novembre 2017, M. Moncorgé a publié un premier pré-rapport le 27 décembre 2016, jugé insuffisant par les parties civiles. Aux termes d'une longue bataille judiciaire menée par un collectif de défense des victimes contre les avocats de Jean Albrecht, le grand livre comptable est enfin remis à l'expert Moncorgé, qui publie un second rapport le 5 novembre 2019, soit le jour même du procès en correctionnelle. La publication tardive de cette expertise comptable, qui constitue une pièce maîtresse du dossier, a obligé le juge instructeur à disjoindre l’instruction et le procès, pour ne traiter que les questions d’incohérences entre le stock physique et le bilan, de chèques en bois (22 en tout pour 590 k€) et de fausses écritures comptables. La contribution à la faillite des achats et reventes à perte avec les avances de trésorerie qui ont retardé l’échéance de la procédure de redressement puis de la faillite, ce que la Justice résume par l'expression « banqueroute par emploi de moyens ruineux », pourrait quant à elle être jugée ultérieurement. Cette disjonction de dossier, le 10 avril 2018, a entraîné de fait une concentration de l’essentiel des débats du procès en correctionnelle sur la responsabilité des professionnels du chiffre, au grand dam des parties civiles. Le cas Jean Albrecht Jean Albrecht a connu une première période dépressive en 2012. Il confiait à la presse locale qu'il se considérait victime d’escroquerie de la part de Bestheim (via sa filiale Sica Réal). Des « propos réitérés devant la presse locale et publiés (L’Alsace, 11 décembre 2012, Olivier Brégeard ; DNA, 11 décembre 2012, Valérie Koelbel). En outre, il ajoutait : « des professionnels de la région et de l’AVA, […] ne peuvent pas dire qu’ils ne savaient pas ce qui se tramait du côté d’Orschwihr. » Est venu ensuite le temps de la défense active, notamment lors de la vente aux enchères de différents matériels de son entreprise (4 juillet 2013). Une période où les filles du vigneron déchu ont publié les statuts d’une nouvelle structure. S’en est suivie la période amnésique, jusqu’au procès de novembre dernier où, à l’exception des chèques en bois, il a fait montre d’un oubli total concernant les faux bilans, les erreurs de stocks pour plus de 6 000 hl. Des coupables idéaux À la grande surprise des victimes, Agnès Robine, représentante du ministère public a requis 3 ans de prison avec sursis, une amende de 10 000 €. Et, il devra en outre indemniser ses victimes, « à hauteur de ses facultés ». Jean Albrecht, « victime de sa notoriété », selon les propos du procureur, est supposé insolvable, sans qu’on ait vérifié dans quelles conditions s’est constituée son insolvabilité. (À l’exception des opérations de recapitalisations de sa société). Coupables idéaux, les professionnels du chiffre se sont vus infliger un réquisitoire à charge : 2 ans de prison avec sursis et 20 000 € d’amendes pour le commissaire aux comptes. Et pour l’expert-comptable : 50 000 € d’amendes pour la société de comptabilité. Devant le tribunal correctionnel, et son président Jean-Baptiste Poli, les professionnels du chiffre ont reconnu de graves erreurs, mais ont contesté toute intention de les commettre, estimant qu'ils n'ont rien à faire devant un tribunal correctionnel. La stratégie des avocats des commissaires aux comptes et de l’expert-comptable a cependant consisté à disculper leurs clients sans accabler Jean Albrecht. Quant à l’avocat de Jean Albrecht, excepté les émissions de chèques malgré les injonctions bancaires, il a tenté de démontrer que les stocks étaient bien constitués grâce à un dépôt de vin supplémentaire à Voeglinshoffen. Au final, les parties civiles ont le sentiment d’une justice inachevée, d’autant qu’aucun autre des nombreux témoins - pourtant souvent cités dans les débats - n’a été auditionné durant ce procès pour faire toute la lumière sur ce dossier. Quant aux 7 M€ de vins en vrac restés impayés, ils ont peut-être été dilués dans les pertes occasionnées par des batailles fratricides entre opérateurs alsaciens.   A voir, une vidéo d'Ilona tournée en 2017. L’AVA (association de viticulteurs d’Alsace) invitait les viticulteurs victimes dans l’affaire Albrecht, ainsi que leurs confrères solidaires, à venir manifester le mardi matin 23 août 2017.   A lire aussi : « Plus de 300 viticulteurs dans les rues de Colmar », sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin ; « La confédération paysanne dénonce « une justice orientée » » ;  « Des vendanges amicales pour le nouveau préfet du Haut-Rhin », sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin ; « Les vendanges dès le 12 septembre », sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin ; « Jérôme Bauer a rencontré le juge d'instruction », sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin ;  « Entretien avec l’avocate Marie-Odile Goefft et Jérôme Bauer », sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin ; « C'est lent, beaucoup trop lent ».

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