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Publié le 24/01/2020

2020 est la dernière année du plan IMBE, qui court sur 2015-2020. Une seule période de dépôt des dossiers est prévue en 2020 : du 15 janvier au 29 avril, et jusqu’au 28 mai pour les jeunes agriculteurs (JA). A quelle sauce les éleveurs seront-ils mangés en 2021 ?

Première bonne nouvelle, le montant des aides reste inchangé, de même que les taux de subvention. Les différents postes éligibles sont identiques, eux aussi, y compris l’extension stockage de fourrage en plaine. Le montant minimum d’investissement éligible est fixé à 50 000 € HT, excepté pour les filières d’élevage ovin, caprin, porcin AB, volaille AB et lapin AB pour lesquelles le montant minimum est abaissé à 15 000 € HT. Les montants et les taux d’aide sont fixés en fonction du montant éligible du projet, de la présence ou non d’un JA, de la localisation du projet (montagne ou plaine) ou de l’engagement que prennent les candidats à mettre en œuvre des actions améliorant la durabilité de l’exploitation en matière de gestion des effluents, d’autonomie fourragère, de transformation, et de bien-être animal. Pour sa dernière année, le plan bâtiment connaît un certain nombre d’adaptations. « En raison des contraintes budgétaires, les financeurs ont limité le dépôt des dossiers à une seule période car toutes les demandes d’aides doivent être bouclées avant le 31 décembre sur le plan administratif. » La période de dépôt des dossiers a débuté le 15 janvier et s’achèvera le 30 avril, avec une prolongation pour les JA jusqu’au 28 mai. Il n’y aura donc pas de possibilité de déposer un projet en été ni en automne. Les éleveurs intéressés doivent donc réagir rapidement car la sélection se fait sur la base d’un dossier complet, comprenant notamment l’accord de permis de construire, les devis et une étude globale d’évolution de l’exploitation. Un budget plus contraint, mais une certaine souplesse Face à ces nouvelles contraintes, la Chambre d'agriculture d’Alsace a réussi à négocier plusieurs aménagements. Les dossiers concernant l’installation d’un jeune agriculteur disposeront d’un délai supplémentaire d’un mois, la date limite étant reportée au 28 mai. Par ailleurs, pour les projets qui nécessitent l’octroi d’un permis de construire, il suffira de joindre au dossier le récépissé du dépôt de demande en mairie, l’accord définitif devant être joint au dossier avant le 30 juillet. Daniel Brua attire l’attention sur un élément fondamental. « En cette fin de plan, le contexte financier est plus compliqué. Certains financeurs ont pioché dans l’enveloppe financière au cours des années précédentes pour honorer tous les projets présentés. Aussi se réservent-ils le droit de fixer des ordres de priorité si cette enveloppe s’avérait insuffisante. » Dans ce cas, précise Daniel Brua, les dossiers qui concernent les jeunes agriculteurs, l’environnement (élevage biologique, exploitations herbagères, gestion des effluents), ainsi que les éleveurs qui déposent un projet pour la première fois devraient être prioritaires. Le comité technique se réunira en septembre prochain. « Nous lui présenterons tous les dossiers complets qui nous seront soumis, mais nous préviendrons les éleveurs qu’ils devront attendre le feu vert des autorités pour être sûrs de bénéficier des subventions. » La délibération des financeurs interviendra avant la fin de l’année, avec éventuellement une grille de priorisation des demandes. Une fois la décision d’attribution des aides accordée, les travaux doivent impérativement commencer dans les douze mois suivants et être achevés dans un délai de 24 mois à compter de la date de déclaration de démarrage des travaux. « Nous nous attendons à un nombre de dossiers proche de celui de 2019 », estime Daniel Brua. Les éleveurs souhaitant déposer une demande de subvention peuvent bénéficier de l’accompagnement d’un conseiller. Ils peuvent contacter les conseillers d’entreprise des Adar dans le Bas-Rhin ou téléphoner à Irène Bronnenkraut (03 89 20 97 30) dans le Haut-Rhin. À noter que la Chambre d’agriculture propose une prestation bâtiment, qui comprend la réalisation du permis de construire. Un régime transitoire Que se passera-t-il après 2020 ? « Normalement, un nouveau plan IMBE Grand Est aurait dû voir le jour en 2021. Mais comme les négociations sur la réforme de la PAC s’enlisent, et que l’avenir du plan bâtiment est étroitement corrélé à celui de la PAC, il ne sera pas prêt à temps. On se dirige vers une reconduction du système actuel, comme ce fut déjà le cas en 2014, à l’issue du précédent plan. En toute logique, nous allons vers un système transitoire qui reprendra les conditions du plan IMBE actuel. » Pour Daniel Brua, il n’est pas concevable que tout s’arrête brutalement. « Il n’y aura pas d’année blanche, estime-t-il. personne ne sera laissé au bord du chemin. »   Lire aussi le dossier Bâtiment de 2019, sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin.

Publié le 23/01/2020

Dans cet article, retrouvez le point de vue de trois acteurs de la filière viticole alsacienne. Le Groupement des producteurs négociants du vignoble alsacien (GPNVA), par la voix de son président Pierre Heydt-Trimbach, réclame des rendements de production pour 2020 adaptés à la situation de la filière des vins d’Alsace en situation d’excédent qu’elle peine à résorber. Il veut adresser un signal qualitatif aux marchés.

Les discussions entre familles professionnelles du vignoble se poursuivent en ce début d’année afin de dégager un consensus sur les conditions de production 2020. Elles devraient être présentées en mars prochain devant le Comité vins de l’Inao. Dans le processus décisionnel, les conditions de production doivent d’abord être définies en Conseil d’administration de l’Ava ; puis être ratifiées en assemblée générale de l’Ava. Ensuite, le Crinao (Comité régional de l’Inao) doit entériner ce vote. C’est à ce stade que la famille des négociants peut exprimer ses souhaits. Mieux vaut donc que les parties prenantes du vignoble se soient mises d’accord en amont, plutôt que d’arriver devant le comité national de l’Inao en ordre dispersé. Rappelons aussi que ce sont les Ministères de l’économie et des finances, de l’agriculture, de l’action et des comptes publics, qui apposent finalement leurs signatures pour une parution au Journal officiel. 300 000 hl de trop en 2019 et 2018 Avec ses 15 500 ha, le vignoble alsacien dispose d’une capacité maximale de production de près de 1,2 million d’hl s’il applique les plafonds de rendement autorisés jusqu’alors. Depuis 20 ans, sa capacité de mise en marché a diminué linéairement de 1 % par an pour atteindre 907 000 hl en janvier 2019, puis a légèrement remonté à 928 000 hl en novembre 2019. Cette situation entraîne mécaniquement un excédent structurel de 100 000 hl en 2019, après encore 200 000 hl en 2018. Le 7 janvier en Conseil d’administration de l’Ava, les discussions ont été particulièrement âpres. Au terme des échanges (lire encadré), le Conseil d’administration de l’Ava, qui représente la production, a dégagé un consensus sur un « rendement moyen d’exploitation à 75 hl/ha, une réduction des butoirs des pinots gris et des gewurztraminers à 70 hl/ha, assorti d’un Volume complémentaire individuel (VCI) de 5 hl sur chacun de ces cépages ». « On est déjà dans le mur » Pour le négoce alsacien, « Les grandes maisons d’Alsace », le compte n’y est pas. La proposition de la production ne permet en aucun cas de régler les problèmes d’excédents structurels. « Des mesures drastiques sont impératives, on est déjà dans le mur », souligne Pierre Heydt-Trimbach, président du GPNVA, qui admet cependant que « la situation est compliquée ». « Nous avions alerté en juin 2018 avec le potentiel de récolte 2018 qui s’annonçait » à près de 1,2 Mhl. À l’époque, rappelle-t-il, la solution retenue et préconisée par l’Ava était le blocage interprofessionnel. « Mais ça ne résout en rien la question des excédents de stocks. » Et, « le débat avait été un peu rapidement évacué au motif qu’il y avait besoin de vin, qu’il y avait des investissements dans la distribution et la commercialisation. Et puis, on entendait : il n’y a qu’à vendre, déplore-t-il. Beaucoup d’entre-nous se décarcassent pourtant pour vendre. Le marché est compliqué. » Il cite en exemple les taxes Trump aux États-Unis ou les appels d’offres qui oscillent entre 2 et 5 €/col au Canada. Hybrides, sucrage-mouillage et rendements à 100 hl Dans son histoire récente, le vignoble alsacien se confronte par deux fois à des décisions drastiques sur ses conditions de production. À la fin des années 1920, il s’agit d’abandonner les cépages hybrides qu’un certain Gustave Burger tient à conserver. Se pose dans les mêmes idéaux productifs, la question du sucrage-mouillage, abandonnée seulement en 1964. Tardivement donc au regard des autres appellations françaises. Aujourd’hui, se pose également au vignoble la question de l’abandon « d’un réflexe productif » sur ses choix de rendements pour « adresser un message qualitatif aux marchés ». Pour le négoce alsacien, il en va de la « crédibilité face aux marchés. Il faut leur apporter des garanties ». En clair, les rendements à 80 hl par exploitation et des butoirs permettant sur certaines parcelles d’atteindre les 100 hl, avec des systèmes de « vases communicants », « ne sont plus tenables ». Notre voie, poursuit Pierre Heydt-Trimbach, « c’est d’inverser la tendance, d’augmenter nos prix de vente pour pouvoir payer mieux les raisins. » Sauf, admet-il, que « c’est facile à dire et pas facile à faire ». Les outils de pilotage pour adapter les volumes produits aux capacités de mise en marché, comme les Déclarations récapitulatives mensuelles (DRM) dématérialisées, devraient rapidement donner plus de visibilité et renseigner sur les stocks exacts de chaque entreprise, estime Pierre Heydt-Trimbach. Plus de vases communicants Le négoce alsacien demande donc de se diriger vers un rendement par cépage et d’abandonner les mécanismes compensatoires qui autorisent des parcelles à forts rendements. « Notre solution, souligne Pierre Heydt-Trimbach, c’est de produire moins, surtout en pinot gris et en gewurztraminer, de supprimer les rendements butoirs et les édel replis. En clair, d’éviter qu’avec 50 hl/ha en gewurztraminer, on puisse faire 100 hl/ha en pinot blanc. » Face aux difficultés du marché, le négoce demande d’ouvrir les débats qui, pour l’heure, se heurtent à des fins de non-recevoir : le BIB sur certains cépages, officialiser les assemblages 85-15 intercépages, autoriser les cuvées bicépage et tricépage. La question du pinot noir est aussi sur la table. « Le vignoble a un avenir », estime-t-il, s’il adresse un « signal qualitatif » et s’engage résolument sur 60 hl/ha, en réservant les 75 hl/ha à la seule production de rosés. Les exigences sont fortes, mais Pierre Heydt-Trimbach estime que les réponses doivent être à la hauteur du problème. « Cela fait plus de 40 ans que je suis dans le métier, je ne m’imaginais pas que le vignoble vivrait une crise d'une telle ampleur à l’aube de ma retraite. »   Lire aussi : « 1 028 000 hl produits en 2019, vers les 75 hl/ha en 2020 », sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin ; « Vers une prise en compte des volumes commercialisés », sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin ; « Ce sera « 80 hl/ha pour calmer le jeu » », sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin.  

Publié le 21/01/2020

Avec l’émergence de variétés plus rustiques, l’arrivée de produits de biocontrôle et de méthodes de défanage alternatives, la pomme de terre poursuit sa transition vers une meilleure prise en compte de l’environnement.

45 variétés conventionnelles et 15 variétés bios : c’est le nombre de variétés de pommes de terre testées en Alsace en 2019 par les conseillers de Planète Légumes. Les variétés conventionnelles ont été plantées fin avril sur une parcelle de la famille Oechsel à Muttersholtz, en sol de limon sablo-argileux. Les variétés bios ont été implantées un peu plus tôt sur une parcelle du lycée agricole d’Obernai, en sol limoneux. Toutes ont été irriguées et récoltées fin août. Les conseillers Planète Légumes ont suivi les cultures jusqu’à la récolte, puis ils ont procédé à des notations. Mercredi 8 janvier, le moment était venu de présenter les résultats de ces essais lors d’une journée entièrement dédiée à la pomme de terre. Dans le hangar de Roland Schweitz, à Duttlenheim, 60 caisses de pommes de terre sont alignées au sol. « En Alsace, 10 variétés font 87 % des ventes », rappelle Denis Jung, conseiller Planète Légumes. La quarantaine de planteurs présents écoute les commentaires relatifs à chaque variété : tubérisation, sensibilité aux maladies, rendement, importance des différents calibres, forme, présence ou non de traces de maladies, couleur de la peau et de la chair… Les représentants des firmes de production de plants apportent des précisions sur le positionnement commercial, la disponibilité des plants, la qualité des tubercules. Pour les variétés les plus récentes, l’accent est clairement mis sur la rusticité, l’adaptation à des conditions climatiques de plus en plus sèches et à des contraintes environnementales renforcées. Après le point variétés, Denis Jung revient sur les conditions de la campagne 2019. Les plantations se sont faites dans de bonnes conditions, début avril, avec suffisamment de pluie jusqu’à la mi-mai. À partir de ce moment-là, la sécheresse a commencé à s’installer, obligeant à irriguer en juin. L’été a été globalement très sec, avec tout de même des variations locales. Les levées ont été assez rapides. Un petit problème de désherbage a été constaté en raison de la sécheresse. Le développement foliaire a permis, dans un premier temps, d’atténuer le stress hydrique. Côté maladies et ravageurs, le risque mildiou est resté faible et l’alternaria a été moins présente et plus tardive qu’en 2018. Les doryphores sont venus très tôt, à partir de début mai, il y a eu jusqu’à trois générations. Les pucerons sont restés discrets. Quant au rhizoctone, sa présence était assez fréquente sur tiges. Alternaria : 26 variétés comparées Planète Légumes a mené différents essais en 2019, dont un essai potasse. Il en ressort qu’un apport de 200 unités de potasse, sous forme sulfate, améliore les rendements dans les gros calibres. En Champagne, le même essai n’a pas eu d’effet sur le rendement, mais a permis d’observer un peu moins de nécrose interne. Un essai de biostimulant a également été mené en Alsace pour réduire la nécrose sur charlotte. Sur les 14 modalités testées, deux ont tiré leur épingle du jeu : l’apport de silice par une spécialité et le témoin fertilisé à 120 % des besoins prévisionnels. En matière de lutte contre l’alternaria, les deux essais en place ont montré qu’Aderio reste une bonne référence, en tout cas le produit le plus efficace dans la comparaison de produits à quatre applications. Parallèlement, Planète Légumes a comparé 26 variétés sur leur comportement face à l’alterneria dans un essai implanté à Muttersholtz. Le témoin était Agata, variété la plus touchée. Un constat peut déjà être tiré : « plus la variété est précoce, plus elle est touchée par l’alternaria », constate le conseiller Planète Légumes. Cet essai sera reconduit l’an prochain. Dans la lutte contre le mildiou, on constate une augmentation des souches résistantes au fluazinam. Denis Jung signale la présence d’un nouvel adjuvant qui permet une meilleure pénétration de la bouillie. Dans la lutte contre le taupin, Success GR a obtenu son homologation. Il s’agit de la première solution de biocontrôle contre cet insecte. Elle est utilisable en bio. Pour 2020, les préconisations sont les suivantes : éviter les situations à risque, privilégier les variétés moins appétentes, récolter le plus tôt possible, travailler sur l’ensemble de la rotation en réalisant un travail du sol répété en période estivale et en protégeant toutes les cultures sensibles de la rotation. L’objectif est d’allier la lutte agronomique et la lutte chimique dans la rotation. Défanage : le broyage à l’essai Pour le défanage, les producteurs vont devoir se passer du Reglone. Planète Légumes avait fait des essais de broyage dès 2011-2012, en prévision du moment où ce produit serait définitivement interdit. En 2019, des programmes de défanage chimique à deux et trois interventions ont été comparés par Arvalis, soit 11 modalités. Les programmes à trois interventions ont une efficacité supérieure aux autres mais celle-ci n’est pas complètement satisfaisante, constate Denis Jung. Une alternative consiste à combiner traitements chimiques et broyage mécanique, indique Michel Martin, d’Arvalis-Institut du végétal. Il existe des broyeurs, dont certains permettent de travailler jusqu’à huit rangs de pommes de terre, et des systèmes adaptés pour réaliser broyage et traitement en même temps. « Si vous broyez, il peut être utile d’investir dans un système de retassement des buttes pour éviter le risque de verdissement », indique Michel Martin. Le broyage a un effet instantané, il supprime 80 % de la végétation et bloque son développement. « En fonction de l’année, le broyage peut suffire, mais si la végétation est encore un peu vigoureuse et peut repartir, il faut compléter par un traitement chimique ». En 2019, Arvalis a comparé le broyage seul au traitement à pleine dose avec différents produits et au traitement localisé à demi-dose. Cette comparaison a porté sur deux variétés : Nicola et Challenger. Le broyage seul n’a pas eu une efficacité suffisante pour détruire complètement la végétation et empêcher la reprise. Le traitement à plein, au contraire, a eu une bonne efficacité sur feuilles, ainsi que sur tiges pour Nicola. Le traitement localisé à demi-dose a eu une très bonne efficacité sur feuilles pour Nicola. Avec Challenger, les résultats sont un peu plus hétérogènes, mais l’on retrouve, comme dans le traitement à plein, une efficacité améliorée avec Spotlight. Le Beloukha, produit de biocontrôle, est « un peu à la peine pour une destruction complète de la végétation » lorsqu’il est utilisé seul. En dehors des broyeurs, il existe d’autres matériels utilisables pour le défanage. Michel Martin cite les matériels d’arrachage mécanique des fanes, dont il existe plusieurs types : ceux qui fonctionnent par arrachage vertical et ceux qui fonctionnent par arrachage tangentiel. Le défanage thermique constitue une autre solution, même s’il n’est pas encore très développé. Là aussi, différents matériels sont utilisables, fonctionnant au gaz, au fuel, à l’huile de colza ou à l’électricité. Leur coût justifie le plus souvent un investissement collectif.

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