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Publié le 03/02/2020

Des mesures de biosécurité permettent de se prémunir contre les boiteries infectieuses. Pour les boiteries non-infectieuses, un parage fonctionnel et curatif vient à bout des lésions les plus fréquentes.

Les boiteries infectieuses sont des maladies qui peuvent se transmettre d’un animal à l’autre. Pour Andrea Fiedler, vétérinaire allemande spécialisée dans les affections des onglons, qui intervenait lors de la journée technique lait franco-allemande en novembre dernier à Kehl, des mesures de biosécurité permettent d’éviter les contaminations au sein des élevages. Les deux principales maladies infectieuses touchant à la santé des onglons sont le panaris et la maladie de Mortellaro (dermatite digitale). Cette dernière a pris beaucoup d’ampleur en Allemagne durant les vingt dernières années, souligne la vétérinaire. Une vache atteinte de panaris a le pied enflé et reste le plus souvent couchée. Le panaris est causé par des germes - fusobactérium nécrophorum, principalement - qui pénètrent dans la peau à l’occasion d’une petite blessure. « Dans une stabulation, quand il y a beaucoup de lisier sur les surfaces, la pression microbienne augmente », indique Andrea Fiedler, soulignant que le lisier attaque la peau et permet aux germes de pénétrer. « Quand il n’y a pas assez de couchages dans une étable ou qu’un panaris n’est pas correctement traité, l’animal devient hautement contagieux pour toute la stabulation et on a vite dix ou quinze vaches contaminées ». Le premier réflexe est d’isoler la vache atteinte pour éviter la propagation des germes. Il faut ensuite procéder à un nettoyage soigneux des onglons et poser des compresses sur la plaie avec beaucoup de coton synthétique pour limiter la douleur. Ce pansement est à changer au bout de 24 h. Le vétérinaire prescrira des antidouleurs et un traitement par antibiotiques. Une intervention chirurgicale peut être entreprise pour enlever les tissus lésés. Dermatite digitale : de gros dégâts économiques La dermatite digitale provoque de gros dégâts économiques et des souffrances importantes chez les animaux qui en sont atteints. Elle se développe en l’espace de quelques semaines, sous l’effet d’un manque d’hygiène ou d’un excès de lisier dans la stabulation, explique la vétérinaire. Les animaux achetés à l’extérieur, en particulier les jeunes bovins, sont souvent à l’origine de la contamination du troupeau, constate Andrea Fiedler. Les bactéries incriminées - les spirochetes - vont sous la peau et n’ont pas besoin d’oxygène pour survivre. Elles endommagent les couches supérieures du derme. Si elles franchissent la membrane basale, des kystes peuvent s’installer. « Il faut réagir très tôt pour éviter que cela ne devienne chronique », insiste Andrea Fiedler en recommandant un suivi des animaux touchés. Aux stades aigus et chroniques, en effet, il est difficile de revenir à une phase saine. D’un point de vue génétique, toutes les vaches ne sont pas logées à la même enseigne : certaines d’entre elles restent toute leur vie à un stade chronique, elles constituent donc de véritables « bombes à retardement » pour le reste du troupeau. Selon la vétérinaire, certains taureaux résistent mieux à la dermatite digitale, mais cet aspect reste à documenter. Les informations remontées par les pareurs renseignent sur la fréquence de cette maladie. Dans le Bade-Wurtemberg comme en Bavière, les données sur le sujet sont de plus en plus nombreuses. Une détection précoce des cas Face à cette maladie, un plan de biosécurité en cinq points est préconisé par la vétérinaire. Il faut d’abord veiller à ce que les animaux introduits dans l’élevage n’apportent pas de germes dans la stabulation. Au sein de l’élevage, l’attention doit porter sur l’hygiène des logettes, la ventilation du bâtiment, la densité d’occupation. Le troisième point repose sur une détection précoce des cas. Celle-ci peut se faire à la salle de traite avec une lampe de poche, indique la vétérinaire. « Si on trouve quelque chose, il faut agir tout de suite, surtout si la lésion est rouge et douloureuse ». L’utilisation d’un spray contenant un antibiotique est recommandée, ou d’un spray à base de cuivre et de zinc. Lorsque les lésions sont plus importantes (plus de 2 cm), des produits comme Novaderma ou le pansement polyuréthane Mortella-Heal sont indiqués. Chaque animal atteint doit être traité une deuxième fois et si des complications se présentent, mieux vaut faire appel à son vétérinaire ou à son pareur. Réduire la pression microbienne est une autre façon de se prémunir contre la dermatite digitée. Si l’on utilise un pédiluve, il faut veiller à changer l’eau régulièrement et à utiliser des produits qui ne sont pas trop agressifs pour la peau pour ne pas la léser. Des onglons mal conformés Les boiteries non-infectieuses, elles, peuvent être liées à des défauts de conformation des onglons, relève Catherine Lutz, vétérinaire en Alsace. Les onglons asymétriques se rencontrent sur la majorité des vaches laitières : lorsque la vache pose son pied par terre, toutes les forces se concentrent sur le plus grand des onglons. Si le parage ne suffit pas à assurer un retour à l’équilibre, la pose d’une talonnette peut être une solution. La concavité de la muraille dorsale (également appelée sabot chinois) est un autre défaut de conformation, qui engendre une boiterie légère. L’origine peut être métabolique ou liée à un manque de parage. Le traitement consiste en un parage préventif régulier, idéalement tous les trois ou quatre mois, précise Catherine Lutz. Comme le sabot chinois, la rotation de l’onglon - interne ou externe - se rencontrait beaucoup dans les étables entravées. Son origine est incertaine : le manque de parage régulier ou la vieillesse. Elle engendre une boiterie chronique et peut se traiter par un parage régulier préventif. Attention toutefois à ne pas faire saigner la pointe et à ne pas réaliser un parage excessif, prévient la vétérinaire. Les onglons en ciseaux, eux, ne font pas boiter mais ils provoquent une gêne constante. Ils sont dus à un manque d’usure des onglons auquel on peut remédier par un parage fonctionnel. Même traitement pour la fissure verticale de la muraille interne de l’onglon (aussi appelée seime longitudinale interne) dont l’origine est peut-être génétique. La seime cerclée, qui est une fissure horizontale de la muraille, passe souvent inaperçue car elle est cachée par les déjections. Son origine est métabolique - un vêlage difficile, une diète alimentaire ou un sevrage brutal - et dans la majorité des cas, aucun traitement n’est nécessaire, selon Catherine Lutz. La seime longitudinale externe est souvent liée à l’alimentation. Le traitement ne s’impose que si cela touche le pododerme. Dernier défaut de conformation, la sole fine, liée à un excès de parage, à une usure du sol trop forte ou à une pousse trop faible de la corne. Le traitement consiste en la pose d’une talonnette en mousse et de pansements, si les deux onglons sont touchés. Fourbures : attention à la station debout prolongée La fourbure désigne les lésions de la boîte cornée, à savoir les décollements, les bleimes, les ulcères et les ouvertures de ligne blanche. Les facteurs de risques exposant à la fourbure sont nombreux : un amaigrissement en début de lactation, par exemple, peut provoquer un amincissement du coussinet digital, qui va se traduire par une augmentation de la pression sur le derme de la sole, des hémorragies de la sole et des lésions de la boîte cornée. Le décollement de la sole, qui peut rapidement évoluer en abcès, doit être traité par un parage de toute la zone décollée avec pose d’une talonnette si nécessaire. La fissure de la ligne blanche peut également provoquer un abcès, très douloureux pour la vache. L’abcès de la ligne blanche survient quand les tissus vifs sont atteints, elle peut se compliquer d’une infection conduisant à l’abcès de la sole. Le traitement consiste en un parage curatif avec pose de talonnette si besoin. La fourbure peut aussi résulter d’une station debout prolongée : c’est le cas lorsqu’il y a un épisode de stress thermique. Les boiteries surviennent généralement deux mois à deux mois et demi plus tard, constate Catherine Lutz. Ou alors lorsque la salle de traite n’a pas suivi l’augmentation de la taille du troupeau : l’attente avant la traite augmente pour les vaches ainsi que les boiteries. Le paramètre alimentaire, en revanche, est celui qui a le moins d’impact direct sur les lésions non infectieuses, précise la vétérinaire. La bleime, diffuse ou circonscrite, se traduit par une coloration anormale de la sole. Diffuse, elle nécessite un parage préventif. Circonscrite, elle peut évoluer en ulcère de la sole si elle n’est pas parée. L’ulcère de la sole est un bourgeonnement de chair pouvant se compliquer par une surinfection de dermatite digitale. L’ulcère de la pince est un bourgeonnement de chair situé en pince qui peut se compliquer en nécrose de la pince. Un parage et la pose d’une talonnette en constituent le traitement. Dans les cas compliqués, une anesthésie du pied peut être nécessaire pour soigner le pied du bovin correctement. Quant à l’ulcère du talon, il se soigne par anti-inflammatoire, ce qui nécessite de passer par le vétérinaire. La limace est liée à un excès de pression sur les ligaments interdigitaux croisés qui provoque une pression sur les tissus mous interdigitaux. Une tumeur externe se forme alors sur la peau détendue. Les facteurs de risque sont l’humidité, les irritations mais il y a aussi un gros facteur génétique, constate Catherine Lutz. Il n’y a souvent aucun traitement. Couper ou brûler l’excroissance interdigitale n’est pas recommandé car cela fait souffrir la vache.   Lire aussi : « La longévité, « un investissement qui vaut le coup » », sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin.

Publié le 02/02/2020

André Klein est passionné par l’histoire de Scherwiller, donc par celle de ses viticulteurs. Il en conserve toutes les preuves imprimées.

« Je m’intéresse à l’histoire locale. » André Klein a la formule laconique et modeste pour résumer son penchant de toujours pour la petite histoire de sa commune, Scherwiller, où il est né en 1956. « Je suis un grand conservateur », rigole-t-il. Pas un article dans un journal, quotidien ou professionnel, traitant de près ou de loin de la vie de la commune ne lui échappe. Il les découpe tous sans exception, les classe par ordre chronologique. Ses archives pourraient meubler des pièces entières. En attendant, elles remplissent de grands classeurs. André en a plus particulièrement préparé un. Un gros, de couleur verte. Il est consacré à la viticulture locale. « Cette profession fournit chaque année son lot d’événements », commente André. Remontons l’histoire avec lui. Tenez, savez-vous à quelle date le ban des vendanges a-t-il été ouvert en 1808 ? C’était le 24 septembre. Et même le 19 en 1862 ! En 1818, « le vin est excellent, mais pas abondant ». En 1854, le vignoble subit « une grande sécheresse ». « J’ai trouvé tout cela dans le livre journalier d’une famille de viticulteurs locaux. Il couvre toute la période de 1808 à 1878 », précise André. En 1816, le raisin gèle et certains retardent les premiers coups de sécateur après le 1er novembre. En 1838, c’est le conseil municipal avec le maire Vogel à sa tête qui décide le 1er octobre de fixer l’ouverture des vendanges au 5, car « les raisins sont à leur point de maturité et leur état ne permet plus de retarder » l’échéance. En 1899, les 50 hl étaient payés entre 14,40 et 15 marks. L’archive la plus ancienne témoigne qu’en 1760, Scherwiller s’étend sur 3 520 arpents de terre (un arpent = 24 ares) dont 1 014 de terres, 246 de prés et 583 de vignes. Plus proche du XXIe siècle, un document de la famille Sohler récapitule les mouvements d’entrée et de sortie des vins en 1942 et un fascicule vendu en 1981 par les écoliers reprend les chiffres de la récolte par cépage communiqués par le syndicat viticole. De multiples collections André Klein n’est pas issu d’une famille viticole. Il a mené une carrière d’agent à la SNCF, comme déjà son père. Ce dernier lui a laissé 20 ares de vignes en héritage. Deux parcelles, une de plaine, l’autre plus en coteau. « Je m’en suis occupé une vingtaine d’années avec un motoculteur pour principal outil. J’en livrais le raisin à deux négociants. Aujourd’hui, elles sont louées avec la perspective de les vendre. Je sais ce que c’est que la vigne », raconte André. S’il n’a jamais élaboré qu’un peu de vin issu de riesling et d’auxerrois pour sa consommation personnelle à l’aide d’un pressoir vertical fixe en béton, André collectionne volontiers tout ce qui s’y rapporte. Il conserve précieusement sous boîte les bouchons personnalisés par des domaines alsaciens comme ceux d’autres vignobles, du petit matériel comme des serpettes, des outils de tonnelier ou de rares verrous de tonneau avec leur clé. Il a surtout rassemblé des centaines d’étiquettes dont la plus ancienne de la maison Bléger, sans millésime, apposée sur une bouteille dans les années 1930. Il garde précieusement toutes celles des viticulteurs qui ont arrêté la bouteille, comme les Palmer, Dillenseger, Ernst ou Zobler. André poursuit sa quête même si les nouvelles étiquettes autocollantes ne lui facilitent pas la tâche. « Celles du domaine Jean-Paul Schmitt s’enlèvent le mieux », avoue-t-il. Pour les autres, André a sa petite astuce. Il place les bouteilles dans un four encore chaud d’une cuisson récente. Un grattoir règle l’affaire. En bon Scherwillerois, André Klein est fier que les viticulteurs locaux produisent un riesling réputé. « Les journaux le citaient déjà dans les années 1900. De grands noms du négoce alsacien, du sud comme du nord, venaient s’approvisionner ici. Ils chargeaient des raisins recherchés pour leur acidité sur la place des charpentiers (ou place Foch) où les livreurs se donnaient rendez-vous. Les charrettes chargées de raisin et, par les plus malins, de tous les objets lourds possibles passaient une première fois sur la balance publique. Elles étaient déchargées à la fourche avant la pesée à vide, opération pour laquelle le jeu consistait à avoir retiré les objets lourds déjà cités. La file d’attente de la pesée atteignait parfois une bonne centaine de mètres. Au fil des ans, les comportes ont remplacé les fourches, mais cette manière de livrer a duré jusqu’à la fin des années 1970 ! » Le courant commercial établi depuis plus d’un siècle perdure aujourd’hui. Il a adopté une forme plus discrète, certains viticulteurs étant devenus les intermédiaires pour mettre les comportes à disposition des vendeurs.

Publié le 01/02/2020

Agrovina reste un salon centré sur les innovations avant-gardistes. L’heure est aux solutions environnementales, comme Agrolase, cet appareil de comptage au laser des spores de mildiou et d’oïdium de l’air ambiant. Ce qui pourrait révolutionner la viticulture.

Agrovina 2020, à Martigny, a enregistré 16 500 visiteurs. Le contexte économique viticole en Suisse n’est pas bon. Il y a trois semaines, 250 vignerons genevois, valaisans et vaudois manifestaient à Berne devant leur office fédéral de l’agriculture. Les viticulteurs ont exprimé leur incompréhension : dans un pays qui consomme 2,5 Mhl (millions d’hl) de vins et qui en importe 1,7 Mhl, ils ne comprennent pas que le vrac ne s’écoule plus. Coté technique, Agrovina reste un salon particulièrement innovant. On notera parmi les innovations primées chez Albrigi un nouvel état de surface interne des cuves inox pour faciliter le nettoyage. Albrigi garantit une micro-rugosité minimale de manière à limiter les accrochages de tarte. Le brevet ne dit pas si la finition est de l’électropolissage, du polissage diamant ou du microbillage. La deuxième innovation primée vient de chez Felco, le fabricant de sécateurs : Digivitis est un bracelet pour la taille, les travaux à effectuer, les piquets, les fils cassés ou manquants, etc. Ce qui intéresse les gestionnaires viticoles quand la taille des exploitations devient importante et que la taille devient le seul passage non mécanisé dans les vignes… La troisième innovation, Agrolase, va peut-être révolutionner les modèles de prévision d’attaque de mildiou et d’oïdium. Jusqu’à présent, les modèles peuvent prévoir une attaque sur la base de données météo. Il peut y avoir le cas où les données climatiques sont favorables, mais il n’y a pourtant pas d’attaque effective, ce qui peut induire un traitement inutile. Pour une raison x ou y, les conditions météo favorables à la maladie n’ont pas été suivies de sporulation et de contamination. C’est ce à quoi s’attaque Agrolase. La technologie mesure le nombre de spores de mildiou et d’oïdium dans l’air ambiant : un pas de plus vers la fiabilité des outils prédictifs. Les chercheurs du département de physique appliquée de l’université de Genève, Jean-Pierre Wolf et Jérôme Kasparian, utilisent la néphélométrie par diffraction laser et holographie. La connaissance en temps réel de la sporée de mildiou et d’oïdium devient un outil qui permet de connaître précisément la pression en maladie et d’adapter la stratégie chimique. Une fois l’information recueillie, il y a ensuite quatre jours minimum d’incubation pour le mildiou et donc quatre jours minimum pour adapter sa stratégie à la pression observée.

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