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Intrusions en élevages

Agribashing ou droit d’informer ?

Publié le 31/01/2020

Dans la nuit du vendredi 24 au samedi 25 janvier, deux membres de l’association Red Pill et une équipe de tournage de France 3 Alsace se sont introduits illégalement dans un élevage de porcs, à une vingtaine de kilomètres de Strasbourg. Les lanceurs d’alerte et les journalistes défendent le droit d’informer.

Leurs motivations ne sont pas les mêmes. D’un côté, l’association Red Pill, fondée par un jeune Alsacien, William Burkhardt, vise « à dévoiler ce qui se cache derrière notre façon de consommer » et, pour cela, produit et diffuse des vidéos d’élevages et d’abattoirs. De l’autre, France 3 Alsace, sous la responsabilité de sa rédactrice en chef adjointe, Stéphanie Lafuente, s’intéresse aux faits de société, aux interrogations sociétales. En l’occurrence, le but du reportage « en immersion » avec Red Pill « est de savoir comment fonctionnent les militants de la cause animale », de montrer leur mode opératoire. Exercice réussi à en juger la vidéo de la chaîne publique. Le reportage, diffusé dans les journaux télévisés de France 3 Alsace, le samedi 25 janvier, est toujours visible, en replay, sur le site Internet du canal. Mais le lanceur d’alerte végane William Burkhardt, qui a collaboré avec L214, et la journaliste Stéphanie Lafuente se retrouvent sur le droit d’informer. « On veut que les gens soient informés, plaide le trentenaire. On veut montrer comment les animaux sont élevés. Les consommateurs sont libres. Ils prennent ensuite leurs décisions en leur âme et conscience ». Les vidéos de Red Pill ont fait 43 millions de vues en 2019, selon William Burkhardt. Les journaux télévisés du soir de France 3 Alsace ont une audience d’environ 100 000 téléspectateurs. « En suivant Red Pill, nous ne cautionnons pas, il n’y a pas de parti pris. L’illégalité de l’intrusion est d’ailleurs soulignée dans le reportage, tout comme la légalité de l’élevage. Nous n’avons pas à être la caution des uns ni des autres. Suivre les militants de Red Pill qui s’introduisent dans un élevage, des salariés ou des agriculteurs en colère qui dégradent du mobilier urbain ou des édifices publics, ça fait partie du droit d’informer », rappelle Stéphanie Lafuente. En cas d’absence, fermez vos portes ! Ce qu’on apprend, notamment, dans le reportage de France 3 Alsace, c’est que les militants de Red Pill ne forcent pas les portes. Ils font demi-tour devant portes closes. Ce qui leur vaut de gagner les procès : « la moitié du temps, les gendarmes ne nous retiennent pas et les affaires sont classées sans suite parce qu’il n’y a pas de casse, pas de dégradation. L’infraction est alors difficile à caractériser », explique William Burkhardt. Il a déjà gagné quatre procès contre la FNSEA, dit-il. Son « travail » de lanceur d’alertes le protège aussi, ainsi que le respect de l’anonymat des éleveurs dont il dévoile « la réalité » de l’élevage. Que ce soit dans sa vidéo ou dans le reportage de France 3 Alsace, impossible de savoir de quel élevage de porcs, à une vingtaine de kilomètres de Strasbourg, il s’agit… à moins d’être déjà entré dedans. « Nous, nous ciblons les marques de l’industrie agroalimentaire, à travers leurs éleveurs, comme Fleury Michon, par exemple, ou les élevages industriels, les élevages ICPE (élevages soumis à la réglementation Installations classées pour la protection de l’environnement. En porcs, jusqu'à 2 000 places d’engraissement autorisées pour les ICPE, NDLR). C’est un mode d’élevage que nous dénonçons, nous ne voulons pas porter préjudice à un agriculteur en particulier », cadre William Burkhardt. Le jeune homme veut alimenter le débat public sur l’élevage « industriel », sur ses conditions : le bio, le plein air sont des modes d’élevage auxquels il ne s’est pas attaqué. « On veut montrer quand les animaux sont enfermés en continu dans des bâtiments, dans des box de 0,8 m2, au-dessus de leurs excréments, dans la poussière qui les font tousser », détaille l’activiste de Red Pill. Dans la nuit du 24 au 25 janvier, lui et la jeune militante végane Charline, pour qui l’intrusion était une première, n’ont pas vu de « cadavres » mais « la moitié des petites fenêtres étaient couvertes de bâches en plastique noir qui ont l’air d’être fixées là depuis un bout de temps », a relevé William. Pour Charline, les porcs étaient « entassés », « mutilés ». Outre la vidéo qu’ils ont tournée, les « Red Pillers » ont pris des photos, qui seront diffusées sur le site Internet de l’association et sur sa page Facebook. L’équipe de France 3 Alsace a tiqué sur l’« univers concentrationnaire » et l’« odeur insoutenable » de cette porcherie de 200 cochons, sur une exploitation qui compterait un millier de porcs au total. Les termes employés prouvent qu'une totale objectivité sur les sujets agricoles est difficile à atteindre, quoi qu'en disent les journalistes. Elle a aussi souligné la courtoisie de l’échange avec les gendarmes, « vraisemblablement alertés par l’éleveur », vers 3 h du matin, soit moins de deux heures après l’intrusion ; des gendarmes « qui ne nous ont pas gardés », insiste William Burkhardt. L'éleveur dont l'élevage a été visité n'a pas souhaité témoigner.

Entretien des cours d’eau

Rappels réglementaires

Publié le 30/01/2020

Voilà plusieurs années qu’un accord de méthode sur l’entretien des cours d’eau a été signé entre la FDSEA, les JA, la Direction départementale des territoires (DDT) et la Chambre d’agriculture d’Alsace. Il est possible de réaliser un entretien régulier des cours d’eau sous certaines conditions.

Il est possible de réaliser un curage d’une profondeur maximale de 50 cm en s’assurant que la profondeur du cours d’eau après travaux n’excède pas 1,20 m (entre le fond et la berge). En présence de drain, le curage autorisé est de 50 cm sous le collecteur, mais il n’y a pas de limite concernant la profondeur finale des travaux. Ces travaux peuvent être réalisés sans dossier auprès de la DDT et sur un linéaire de fossé illimité, dans la mesure où le maître d’œuvre est une association foncière, le propriétaire riverain ou l’exploitant agricole. L’objectif de ces travaux, est de rétablir la bonne circulation dans les cours d’eau en retirant les embâcles et atterrissements. Pour cela, il faut réaliser le curage au fond du lit, afin de récréer un lit d’étiage (voir schémas). Le lit d’étiage permet de concentrer le courant et favorise l’entretien naturel du cours d’eau. Les berges ne doivent pas être impactées. Ces dernières peuvent être entretenues par fauchage. Les produits de curage ne doivent pas être remis sur les berges, afin d’éviter la formation d’un bourrelet. Si toutefois un arbre perturbe la circulation du cours d’eau au centre du lit, il peut être supprimé. Quand l’arbre se situe sur la berge, il peut être coupé mais il est important de laisser le système racinaire en place pour maintenir la berge. Ces travaux devront être réalisés en fonction des catégories piscicoles afin de protéger la reproduction des poissons. Pour les cours d’eau de 1ère catégorie piscicole, les travaux doivent être réalisés entre le 1er avril et le 14 novembre. Pour les cours d’eau de 2e catégorie entre le 1er août et le 15 mars. Pour connaître la catégorie piscicole de vos cours d’eau, adressez-vous à la FDSEA 67 ou à la Chambre d’agriculture d’Alsace. Les travaux de curage sont généralement associés à l’entretien des haies. Pour rappel, il est interdit de couper ou broyer les haies du 15 mars au 31 juillet inclus. En cas de travaux plus profonds… Si les travaux que vous souhaitez réaliser dépassent les règles établies précédemment (50 cm ou 1,20 m), vous devrez déposer un dossier à la DDT. Un agriculteur peut déposer un dossier « allégé » que les services de la DDT instruiront sous un mois. La DDT décidera si un dossier complet est nécessaire ou au contraire si les travaux envisagés peuvent être réalisés librement. Ce dossier allégé renseignera le nom du porteur de projet, la date prévisionnelle de réalisation des travaux, leur nature et leur localisation. Le busage de fossé, la modification du profil du cours d’eau, ou la destruction de zone de frayère restent soumis à un dossier complet dans le cadre de la loi sur l’eau. Ces travaux permettront de redonner aux cours d’eau leur fonction tout en préservant l’environnement. Il est impératif que les agriculteurs respectent les règles établies dans cet accord, afin de concilier fonctionnalité des cours d’eau et maintien de la biodiversité. En cas de doutes ou d’interrogations, demandez conseil à la FDSEA ou à la Chambre d’agriculture d’Alsace. Le guide de bonne pratique est toujours disponible.  

Publié le 29/01/2020

Définir leur cursus de formation en vue de réussir leur installation, notamment en choisissant parmi les nombreuses options, afin de définir la formation la plus adaptée à leur cas personnel : tel était l’objet de la journée de l’installation, organisée par les Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin et proposée aux étudiants du lycée d’Obernai mi-janvier.

La nouvelle formule de la journée de l’installation devient un exercice de mise en situation pour les futurs jeunes installés. À travers différents ateliers, les jeunes planchent le matin sur des cas concrets de jeunes agriculteurs installés, afin de déterminer quel parcours d’installation leur aurait convenu au mieux. L’après-midi, ils exposent leur réflexion. Le jury était constitué d’Anne-Laure Dujardin, responsable du service installation à la Chambre d’agriculture d’Alsace, et de Gaby Wampfler, formatrice économie au CFPPA et conseillère formation. Avec, en plus, les commentaires de Julien Koegler, président des Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin. Anticiper et connaître le marché vers lequel on destine sa production Le premier cas concernait un jeune souhaitant s’installer avec une production non négligeable de 6 ha de carottes bios écoulées via une coopérative. D’où les conseils de Julien Koegler : « Attention ! Cela représente une quantité supplémentaire à absorber par la coopérative. Et en grande distribution, pour être référencé, mieux vaut miser sur un produit décalé dans le temps, par le choix de variétés adaptées, afin de trouver plus facilement des débouchés et d’éviter les marchés saturés », avertit Julien Koegler, qui souligne que la formation à l’installation passe également par « l’anticipation et la connaissance du marché » auquel on se destine. En filière courte ou longue, « l’essentiel est d’assurer ses débouchés. Il y a pour cela les services du centre de comptabilité et de la Chambre d’agriculture, qui vont jusqu’à proposer une étude de marché. Elle peut être cofinancée par des aides régionales. Ces études contribuent par ailleurs à rassurer les banques par rapport à la fiabilité de l’installation », ajoute le jury. L’autre aspect délicat de ce projet, c’est la main-d’œuvre. Là aussi, ça ne s’improvise pas. Il s’agit d’évaluer le temps de travail, et de prévoir une bonne organisation afin que ce soit vivable. L’atelier suivant portait sur un plan de professionnalisation personnalisé (3P). Dans le cadre du stage exigible de 21 heures, il se déroule généralement avec une dizaine ou une quinzaine de porteurs de projets. Ce stage est l’occasion de rencontrer les partenaires en gestion, les juristes, la MSA, la CAAA, les assurances, et les banques… « On demande au minimum deux expériences avant de s’installer, et si possible les plus éloignées de chez soi. Ces deux expériences différentes doivent être en lien avec la production ciblée en vue de l’installation », prévient Julien Koegler. « C’est l’occasion de vivre des parcours de projets différents, c’est constructif, ça permet d’échanger avec ses pairs, et avec des gens qui ont été dans la même démarche d’installation. » Le 3P pour parfaire sa formation technico-économique ciblée sur sa production L’exemple est pris à partir d’un jeune souhaitant parfaire son expérience en aviculture en vue de monter un atelier, au sein d’une exploitation. Le parcours qui lui est proposé comprend une formation de 10 jours au CFPPA, pour avoir un regard sur la production, les aspects sanitaires et économiques. Puis, deux stages de deux mois, à deux étapes différentes de la production, « pour appréhender les points clefs et la conduite de la production, et bénficier de plusieurs points de vue ». Et enfin, encore un stage en gestion d’entreprise, afin de compléter son bac pro, soit cinq jours consécutifs au CFPPA, où il sera sensibilisé à la gestion technico-économique afin d’agir sur les bons leviers pour piloter son exploitation. 3P : on se situe dans la réflexion critique Précision du jury : « Le minimum, c’est un mois de stage et jusqu’à six mois pour parfaire une formation. Pour le stage de gestion comptabilité, dans le cadre du PPP, vous aurez affaire à un maître de stage agréé. On se situe dans la réflexion sur la conduite de l’exploitation, les questions de stratégie technico-économiques. Des discussions avec le maître de stage s’ensuivent sur les chiffres, sur la viabilité économique. On insiste sur l’état d’esprit critique. Et une fois installé, il ne s’agit pas de lâcher ces chiffres, mais de poursuivre dans cet état d’esprit avec le conseiller de gestion », précise Anne-Laure Dujardin. L’atelier suivant concernait une installation hors-cadre en maraîchage bio. Le jeune en formation BPREA « maraîchage bio » se prépare à intégrer une EARL comprenant déjà deux associés. Il se destine à la production de légumes de plein champ sur 2 ha, avec un objectif de diversification de la production et de vente directe. Son investissement s’oriente vers des serres, une station de lavage, et du matériel de maraîchage. L’analyse de son profil indique une nécessité de parfaire ses connaissances administratives, notamment pour lancer son projet sur les bons rails, d’acquérir davantage de connaissances en gestion de l’exploitation, et de renforcer l’aspect « organisation du travail en commun ». Le stage de parrainage La proposition des étudiants s’oriente vers un « stage de parrainage » pour mieux connaître ses futurs associés. Ce stage pourrait s’étaler sur une période de sept mois après le BPREA, puis trois mois de stage pour acquérir de la technicité, notamment en biodynamie, puis une reprise du stage de parrainage. Et de bien s’entourer des conseillers de la Chambre d’agriculture, de Planète Légumes, de l’Opaba, et aussi de retarder un peu l’installation… Observations du jury : « Oui, se donner le temps est important. Le temps n’est finalement pas si contraignant quand on s’installe. Le stage de parrainage est une période formidable d’essai, un outil très efficace pour assurer la transition. En 2019, sur six stages, nous n’avons rencontré que deux échecs. » En outre ce stage est rémunéré à hauteur de 1 000 €/mois, cofinancés par la Région Grand Est. Et il y a des possibilités de financement par Pôle emploi. « C’est un stage qui permet de bien exprimer les différents souhaits des parties et de bien se connaître. » Reprise : bien évaluer les valeurs et les coûts Les deux ateliers suivants portaient davantage sur les chiffres, notamment les prévisions d’EBE (excédent brut d’exploitation), avec la prise en compte d’aléas, différents scénarios et simulations. Tout ce travail suppose « qu’il faut considérer le coût de la reprise, bien évaluer la valeur de l’exploitation, le pourcentage racheté, à quel prix, et bien préciser comment tout ceci est financé », exprime le jury. Ceci sous-tend la question de la transmission en agriculture. Dans un cadre familial, il y a plusieurs mécanismes permettant d’atténuer le coût d’une reprise : donation, usufruits, loi Dutreil. Les parents et les cédants peuvent se faire accompagner pour ces questions de transmission, notamment sur l’évaluation de l’exploitation. Le jury est formel : « Plus ces questions sont anticipées, plus la facture sera diminuée. » Dans les simulations de calculs présentées par les étudiants, l’intégration d’un jeune installé dans une exploitation, avec augmentation de la production, fait néanmoins diminuer le revenu disponible des associés, en l’occurrence, pour le cas considéré, de 33 k€ à 29 k€. Constats du jury : « En produisant plus, on gagne moins pour le cas cité. » C’est à méditer, car l’augmentation de la production peut avoir mécaniquement une incidence sur la viabilité d’un projet.   L'avenir de l'#agriculture passe par l'installation. Comme chaque année, les @JeunesAgri_67 organisent la journée de l'installation au lycée d'Obernai. Les élèves travaillent sur des dossiers et rendent compte de leur travail. @EAVPHR #lagricultureelleassure pic.twitter.com/mqPTeC59KE — Germain Schmitt (@germain_schmitt) January 14, 2020

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