A la une

Prévention des accidents industriels

Pour l’émergence d’une culture du risque

Publié le 16/12/2019

Suite à l’incendie de l’usine Lubrizol à Rouen, le Secrétariat permanent pour la prévention des pollutions industrielles de l’agglomération de Strasbourg-Kehl (SPPPI) a organisé une réunion pour informer sur les dispositifs en place pour prévenir les accidents industriels. Et y faire face quand ils surviennent.

Silorins en 2018, Lubrizol en 2019… Chaque nouvel accident industriel suscite des questions sur la coexistence entre activités industrielles et humaines. La réunion du SPPPI, organisée par la préfecture du Bas-Rhin le 21 novembre à Strasbourg, s’en est fait l’écho. Au nom de la mixité urbaine, Roland Ries, maire de Strasbourg, assume cette coexistence. Partisan d’une « ville plus ramassée », il estime que « la ville doit être diversifiée », tout en reconnaissant la nécessité de réduire les risques liés à la présence d’activités industrielles à proximité d’un bassin de population. Une position qui ne fait pas l’unanimité. Pourquoi urbaniser autant les zones accueillant des industries lourdes, ont interrogé des participants. Les services de secours sont-ils en état d’intervenir rapidement au Port du Rhin en cas d’accident industriel survenant aux heures de pointe ? Le dispositif existant n’est-il pas trop franco-français s’agissant d’une zone industrielle placée à la frontière de l’Allemagne ? Réduire les risques à la source La maîtrise des risques industriels est à la fois l’affaire de l’État et de l’exploitant, a expliqué Anita Botz, de la Dreal Alsace. Il s’agit de réduire les risques à la source. Les différents services de l’État veillent à maîtriser l’urbanisation autour des sites et inspectent les installations classées à intervalles réguliers. Ils peuvent procéder à des contrôles suite à un incident ou une plainte. Ceux-ci peuvent déboucher sur des sanctions administratives, voire pénales en cas d’infraction. Une étude de danger est réalisée par l’exploitant. « IL s'agit d'un document de référence pour la gestion des risques autour des installations classées », précise Anita Botz. L’exploitant est également tenu de rédiger un Plan d’opération interne (POI), prévoyant les moyens à mettre en œuvre en cas d’accident à l’intérieur du site. Ce plan, qui vise à circonscrire l’accident, est obligatoire pour tous les sites Seveso. « Les bons réflexes » Prévenir les risques est une chose. En informer la population en est une autre. Il s’agit, souligne Yves Seguy, secrétaire général de la préfecture, d’apporter une information objective aux citoyens. Le document d’information communal sur les risques majeurs (Dicrim) a pour vocation de recenser les risques majeurs pour permettre aux habitants du secteur concerné d’adopter les bons réflexes. « Il faut le lire attentivement, en prendre connaissance en famille et le conserver », préconise Laurent Siry, en charge de la prévention des enjeux environnementaux à l’Eurométropole. Un extrait du Dicrim a été largement diffusé dans le numéro de novembre de Strasbourg Magazine. Au-delà de ce document, c’est bien « un travail permanent d’information, d’explication et de persuasion » qu’il faut mener pour assurer l’émergence d’une « culture du risque » au sein de la population, selon Yves Seguy. Le fonctionnaire, qui était parmi les premiers à intervenir lors de l’explosion de Silorins, sait à quel point l’exercice est difficile. En cas d’accident industriel, le plan Orsec permet d’organiser les secours. C’est une organisation « évolutive ». Si les effets dépassent l’emprise du site, c’est le préfet qui prend la direction des opérations de secours tandis que le maire prend les mesures de sauvegarde. La population est alertée et une cellule de crise se met en place à la préfecture. Un numéro vert permet de renseigner le public et des communiqués sont envoyés aux médias conventionnés. Lors d’un accident industriel, les secours interviennent en plusieurs phases, présentées par le lieutenant-colonel Patrice Petit, du Sdis 67. Les différents périmètres - zone d’exclusion où le danger est maximal, zone contrôlée et zone de soutien - sont réajustés en fonction de l’évolution de la situation. Une cellule d’anticipation est mise en place pour réfléchir aux mesures à prendre à moyen terme. Des productions agricoles sous contrôle Après l’accident, une cellule post-accident prend le relais. Son rôle est « d’apporter au préfet une organisation coordonnée et concertée pour évaluer et gérer l’impact environnemental et sanitaire », précise Aurélie Desjardins, référente post-accident à la Dreal Grand Est. Des prélèvements et des analyses sont effectués sur l’eau, l’air et les productions agricoles, comme dans le cas de Lubrizol. Il s’agit d’évaluer les effets sanitaires immédiats ou différés et d’émettre des recommandations sanitaires adéquates pour protéger la population. « Il faut agir très vite », précise Nathalie Masse-Provin, directrice départementale de la protection des populations du Bas-Rhin. Il s’agit notamment de collecter un maximum d’informations sur la pollution et la nature des polluants, de réaliser un inventaire des productions et des élevages sur le périmètre et d’instituer un plan de prélèvements. En fonction de la situation, les agriculteurs peuvent être soumis à des restrictions comme ne pas commercialiser les productions souillées, ou soustraire les animaux aux sources de contamination. La levée des restrictions se fait lorsque les analyses reviennent à la normale.

Comptoir élevage

2019, l’année du cochon

Publié le 11/12/2019

Mardi 19 novembre, le groupe élevage du Comptoir agricole organisait sa réunion annuelle pour faire le point sur ses activités. Pascal Le Duot, directeur d’Uniporc et du Marché du porc breton (MPB), a décrypté le marché du porc, pris entre crise sanitaire et guerre économique.

Le marché du porc est cyclique, c’est bien connu. Actuellement, il est au sommet de la vague. Essentiellement pour des raisons conjoncturelles que Pascal Le Duot, directeur d’Uniporc et du Marché du porc breton (MPB), a détaillé lors de cette soirée. Petits rappels au préalable : « La viande de porc est une matière première indexée, qui parcourt le monde, et dont les prix tiennent compte du marché mondial ». À noter aussi : « Le poisson est la première source de protéine consommée dans le monde, devant la viande. Celle de porc a été longtemps la plus consommée au monde, mais elle a été dépassée par la volaille, pour des raisons éthiques, religieuses et économiques », poursuit Pascal Le Duot. La viande de porc est produite à 60 % et consommée à 70 % en Asie. La Chine, par exemple, est un gros pays producteur, mais pas assez pour être autosuffisante. Elle est donc importatrice de viande de porc, contrairement aux USA et à l’UE, qui sont exportateurs. Globalement, la production mondiale de viande de porc augmente de 1 % par an. Dans le détail, elle stagne en Europe, alors qu’aux États-Unis, par exemple, elle augmente significativement (+ 6 %). En 2018, le marché du porc a été fortement impacté par deux facteurs : la guerre économique que se livrent la Chine et les États-Unis et par la propagation de la Peste porcine africaine (PPA). Conséquence de la guerre économique, les États-Unis ont réduit leurs exportations vers la Chine, mais aussi le Mexique et le Canada. « Grosso modo, les Américains consomment ce qu’ils produisent, donc le prix du porc américain s’effondre, passant derrière le prix européen. » Sur l’échiquier mondial, Pascal Le Duot souligne aussi la montée en puissance de la Russie, qui a largement subventionné son élevage porcin, jusqu’à devenir exportatrice en 2019. « La Russie va devenir un opérateur majeur sur le marché du porc. » Autre pays qui bouge : l’Espagne. La patrie du pata negra a investi dans des structures d’abattage. Elle devrait devenir le premier pays abatteur en Europe, détrônant l’Allemagne. L’Espagne est aussi le premier fournisseur de viande de porc de la France, où la production stagne et où les importations de produits transformés augmentent, traduisant une perte de la valeur ajoutée au passage. La PPA se propage par la viande contaminée « Au niveau mondial, le principal vecteur de propagation de la PPA s’avère être le commerce de viande contaminée », indique Pascal Le Duot. En Europe, elle progresse sur un front venant de l’Est, essentiellement via la faune sauvage porteuse du virus et parce que, dans certains pays de l’Est, les règles de biosécurité sont sommaires, si ce n’est inexistantes. « Depuis le 14 août il n’y a pas eu de nouveau cas de sanglier mort de la PPA dans la zone de surveillance en Belgique, ce qui est plutôt positif », note Pascal Le Duot. Par contre, un sanglier mort de la PPA a été trouvé en Pologne, à 80 km de l’Allemagne. Or, si l’Allemagne devait être contaminée, c’est quelque 1 Mt de viande de porc qui se retrouveraient sur le marché européen, puisque cette viande ne pourra plus être exportée vers les pays tiers. Pour Pascal Le Duot, une chose est sûre, la gestion de l’épidémie passera par « des mesures sanitaires adaptées ». En attendant, la raréfaction de la ressource tire les cours mondiaux de la viande de porc vers le haut. « Et, heureusement, l’effet PPA l’emporte sur l’effet Trump, commente Pascal Le Duot. Actuellement, en Chine, le cochon coûte 550 €, un prix qui tire le prix mondial, et le prix perçu par les éleveurs européens suit. » Pour conclure, l’expert a tenté de donner quelques perspectives d’avenir aux éleveurs. Premier élément, plutôt favorable : « On ne peut pas avoir des pays qui ont trop de porc et de d’autres qui n’en ont pas. Le commerce se fera de toute manière, malgré la PPA ». Et puis cette crise, qui tire les cours vers le haut, va durer. Car « il n’y a pas de vaccin à moyen terme ». En outre, la baisse de la production allemande laisse une place à prendre. Et la mise en route d’un nouvel abattoir espagnol, capable de traiter 34 000 porcs par jour, va créer de la demande. « Ce qui est bon pour le porc espagnol mais aussi français. » Un autre élément va jouer, mais difficile de savoir dans quel sens : l’impact des États généraux de l’alimentation et de l’évolution des attentes sociétales en matière de pratiques d’élevage. D’autres facteurs risquent d’être plus défavorables au marché du porc : la baisse de la consommation mondiale, la guerre économique entre les USA et la Chine, le poids de la distribution et de la transformation en Europe et l’évolution de la PPA. Reste à savoir quels sont les facteurs qui pèseront le plus lourd sur l’évolution des cours.    

Débat avec les parlementaires

« On a besoin de vous ! »

Publié le 05/12/2019

À l’appel de la FDSEA et des JA du Bas-Rhin, et de l’association des viticulteurs d’Alsace (Ava), plus de 350 agriculteurs se sont mobilisés, lundi 2 décembre, au lycée agricole d’Obernai. Ils ont discuté avec les trois parlementaires de la majorité ayant répondu présents à l’invitation des syndicats : Thierry Michels, Bruno Studer et Vincent Thiébaut.

« La grande distribution se moque de nous », « #Sauve ton paysan », « Stop agribashing », « L’agriculture la plus saine, c’est nous ! » : une belle centaine de tracteurs* arborant drapeaux syndicaux et slogans a formé une haie d’honneur aux trois députés La République en marche (LREM) bas-rhinois venus, lundi 2 décembre, à la rencontre des agriculteurs, au lycée agricole d’Obernai, pour près de deux heures et demie de débat. Les 350 éleveurs et cultivateurs mobilisés n’ont pas bloqué les axes routiers. Dans le respect, même si les interpellations ont parfois été vives, au même titre que l’émotion, ils sont venus dialoguer avec Thierry Michels, du canton de Strasbourg, Bruno Studer, de Bischheim-Schiltigheim, et Vincent Thiébaut, des cantons de Brumath et Haguenau. Les politiques étaient conviés par la FDSEA, les JA 67 et l’Ava, suite à la mobilisation du 27 novembre - essentiellement parisienne -, un jour avant l’entrevue de Christiane Lambert et Samuel Vandaele avec le Premier ministre Édouard Philippe dont les annonces, notamment sur les ZNT, devraient suivre très prochainement (lire ci-contre). Antoine Herth, agriculteur et député Agir des cantons d’Erstein à Sélestat en passant par Barr et Villé, engagé par ailleurs, est passé avant la réunion. Sylvain Wasserman et Martine Wonner (LREM) ont décliné, le jour même pour la femme politique. Les trois autres parlementaires bas-rhinois, de l’opposition, étaient excusés, voulant assister à l’hommage national aux soldats morts au Mali. Des agriculteurs volontaires Dans un lycée vide d’élèves puisque l’équipe pédagogique réfléchissait ce jour-là au projet d’établissement qui sera dévoilé au troisième trimestre 2020, représentants syndicaux, base et parlementaires ont occupé un amphithéâtre de 450 places bien rempli. Les premiers ont déroulé les thèmes à débattre, à savoir les prix et la loi Égalim, les surtranspositions françaises des réglementations liées à l’environnement, l’agribashing, et les distorsions de concurrence, entre autres liées aux accords de libre-échange. « Nous attendons un sursaut », de la part de l’exécutif, a débuté Franck Sander. Néonicotinoïdes, glyphosate, ZNT : le président de la FDSEA 67, estime que les agriculteurs ont été floués. « Nous avons les contraintes, pas les prix**, a-t-il résumé. […] Pire : on ouvre grand les frontières ! Un poulet sur deux est étranger ». Et sa production n’est pas soumise aux mêmes contraintes sociales ni environnementales qu’en France. La salle lui a emboîté le pas. « Vous représentez une majorité. Macron a dit : « on va sortir du tout phyto’ » et maintenant vous n’arrivez pas à éteindre le feu que vous avez allumé. Nous ne sommes pas addicts au glyphosate mais attention à ce que la France ne perde pas sa place de leader agricole par idéologie ! », a-t-on, par exemple, pu entendre lundi matin. Que ce soit Véronique Klein, vice-présidente de la Chambre d’agriculture d’Alsace, Franck Sander, ou plusieurs exploitants au micro, ils l’ont affirmé : les agriculteurs sont prêts à changer de modèle, à condition que la technique suive… et les revenus. Et d’être soutenus par leur pays. Frank Sander a évoqué les sujets sur lesquels la profession aimerait avancer plus vite : les énergies renouvelables, la vente de quotas carbone à l’industrie polluante, les distorsions de concurrence liées aux importations.     Mangez français Peu de propositions concrètes, de la part des parlementaires. Ils ont demandé à tous d’être patients pour évaluer les bénéfices de la loi Égalim (sanctions pour ceux qui ne jouent pas le jeu, comme Leclerc déjà condamné) et du CETA pour lequel ils ont chacun signé, le Canada ayant une réglementation proche de la France (en porc, en 2019, des milliers de tonnes ont été exportées et très peu ont été importées, a défendu Bruno Studer). L’accord avec le Mercosur a, par contre, été décrié. Les députés ont enjoint les agriculteurs à contacter les collectivités afin qu’elles accélèrent, en RHD, le passage aux 50 % de produits locaux et labellisés, dont 20 % en bio. S’il n’y a pas une seule séance de questions au gouvernement où l’agribashing n’est pas dénoncé, a assuré Bruno Studer, Vincent Thiébaut a, lui, émis l’idée de réunions publiques, en partie pédagogiques, sur l’agriculture et les modes de production, en présence de scientifiques et de techniciens. Une suggestion retenue par la salle, car elle répond aux attentes de la plupart, comme en témoigne ce cri du cœur, en fin de débat, d’un professionnel : « On a la meilleure agriculture au monde, c’est ça qu’il faut répéter. On a besoin de vous pour ça ! ». La FDSEA 67 note sur son compte Facebook : « Des rendez-vous sont pris, nous y serons ».     *Selon la gendarmerie, qui en a escorté trente depuis Quatzenheim. **Sur 100 € d’achats en GMS, 6,50 € reviennent aux producteurs, a relevé Yohann Lecoustey, directeur de la FDSEA 67, et ce malgré la loi Égalim.

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