Commerce
Au rythme des salons
Commerce
Publié le 13/11/2019
À Blienschwiller, la famille Spitz se divise chaque année sur treize salons. Elle y écoule un quart de ses bouteilles.
« Le premier week-end de novembre, tout le monde était sur le pont. Marc, mon fils, d’un côté, Marie-Claude, mon épouse, et moi-même de l’autre. Sur l’année, deux des trois permanents du domaine cumulent deux mois d’absence parce qu’ils courent à droite et à gauche », calcule Dominique Spitz. La famille est une habituée des salons. Son calendrier annuel en comporte treize, de deux, trois ou cinq jours, hors déplacement. Tous se déroulent en France et en général au nord de la Loire. Six sont planifiés par les Vignerons indépendants (VIF), trois organisés directement par un groupe de neuf viticulteurs issus de différents vignobles qui se sont connus en de telles occasions, trois consistent en des portes ouvertes entre collègues et le dernier rassemble des amateurs d’œnologie pendant une journée. L’emploi du temps, les dates des événements, la fréquentation attendue, l’occupation des chambres d’hôtes décident du nombre de viticulteurs qui se déplacent. Les « grands salons » comme Paris et Strasbourg mobilisent le trio, la plupart plutôt un duo et l’un ou l’autre une seule personne. Jusqu'à 2 000 courriers aux clients Dominique pense à certains salons six mois à l’avance : c’est le moment où il réserve l’hôtel. Pour d’autres, il s’y prend un mois avant. L’envoi d’un courrier postal aux clients de la zone reste la règle. De 300 à 400 lettres pour un week-end portes ouvertes, de 1 500 à 2 000 pour un salon VIF. Le domaine dispose d’une machine de mise sous pli et appose des étiquettes autocollantes sur les enveloppes. Dominique en évalue le coût entre 0,80 et 1 € l’unité. Les adresses de courriel sont scrupuleusement collectées. Dans les salons qu’il organise avec ses collègues, une tombola quotidienne sert notamment à recueillir cette information. Elle permet aussi d’analyser quel moyen de communication a été le plus efficace entre l’invitation personnelle, le bouche-à-oreille, la mise en place de panneaux. Pour l’heure, Dominique hésite encore à basculer vers l’envoi électronique qui serait moins cher. « Les messages peuvent atterrir dans le courrier indésirable ou ne pas être ouverts. Il est aussi arrivé que la poste ne distribue pas un envoi groupé. L’effet sur le client qui passe néanmoins nous voir peut être désastreux. Il a l’impression que nous l’avons oublié », constate Dominique. Le type de vins constitutif de la palette expédiée à un salon VIF comme les 2 000 bouteilles transportées dans une camionnette avec sa remorque est adapté à chaque événement. « Sauf exception, je ne veux pas avoir d’expéditions à faire après coup. C’est trop compliqué à gérer pour la personne qui attend un transporteur qui ne s’annonce pas toujours. En cas de rupture, j’essaye d’aiguiller le client vers ce qui reste disponible. » « Chacun doit pouvoir trouver un vin à son goût » Sur place, les viticulteurs veulent en priorité accrocher l’œil du visiteur. Ils présentent à la fois des bouteilles à étiquette traditionnelle qui ont leurs fidèles, et à étiquette stylisée plus moderne qui plaisent aux jeunes générations. Ils posent en évidence sur le comptoir deux magnums (un effervescent, un vin tranquille) au col ceint d’un tissu rouge scellé à la cire. Ils y ajoutent deux crémants, un vin médaillé, un grand cru, un pinot noir, et deux autres vins, l’un en bouteille de verre blanc, l’autre en bouteille de verre brun. Hormis deux d’entre eux, tous les vins figurant sur la carte sont disponibles. « Chacun doit pouvoir trouver un vin à son goût », justifie Dominique. La facturation se fait au carnet car « sur les salons très fréquentés, il est impossible de suivre le rythme de vente avec ordinateur et imprimante. » Marie, la fille de Dominique saisit les factures au retour en veillant à mettre les fiches clients à jour. Alors qu’elle progressait avant, la vente sur les salons se maintient depuis 2010. « C’est toujours le fond de clients habitués qui fait tourner la boutique. Mais le consommateur et le mode de consommation sont en train de prendre un grand virage. Le public rajeunit. Il achète moins de bouteilles, mais mieux. Il choisit plutôt une cuvée ou un grand cru. Le prix moyen est donc plus élevé pour un même chiffre d’affaires. Chaque bouteille est vendue 1 € plus cher qu’un départ cave pour rentrer un peu dans les frais », analyse Dominique. Comme au caveau, l’auxerrois, le riesling Waldweg, le gewurztraminer grand cru et le crémant blanc de noir constituent les meilleures ventes du domaine.












