A la une

Publié le 14/10/2019

L’enroulement est une maladie discrète sur cépages blancs. Elle mine lentement le rendement de la vigne. Des outils sont en train d’être mis au point pour apprécier son aire de dispersion dans le vignoble alsacien.

En ce milieu de matinée, le léger vrombissement des hélices d’un drone trouble à peine la tranquillité du vallon du Geissenberg à Nothalten où les vendanges sont en cours. Thibault Berthier, de la société de prestation Chouette, pilote l’appareil qui arpente consciencieusement les vingt-trois rangs d’une parcelle de riesling qui s’étale sur cent mètres de long. L’engin prend des photos à spectres multiples. But du jeu ? « Établir une relation entre un symptôme repéré sur l’image et la maladie de l’enroulement » explique Étienne Herrbach, chargé de recherche à l’Inra de Colmar qui coordonne ce projet baptisé GeEnVi qui rassemble les interprofessions alsacienne et champenoise, l’IFV et la chambre d’agriculture de Saône-et-Loire. Ce travail devient plus aisé une fois que l’on sait que l’analyse a permis aux chercheurs de connaître l’emplacement de chaque cep touché par l’enroulement. « Nous suivons cette parcelle depuis dix ans. Elle compte 700 pieds et 60 % sont porteurs du virus. Cette inspection depuis les airs participe à la constitution d’une base de données. Elle est également alimentée par les relevés effectués sur une surface plus conséquente de pinot noir et de cépages blancs de 12 ha à Kienheim ainsi qu’en Champagne. Les premiers survols ont eu lieu en 2018 ». « Notre objectif est d’avoir un modèle pertinent en 2020 » complète Johanna Albetis, ingénieure agronome chez Chouette. Dans la phase actuelle de recherche, le drone décuple la faculté d’identification des symptômes de l’enroulement. Un défi plus simple à relever sur un cépage rouge que sur un cépage blanc. Le feuillage du pinot noir rougit. Celui des blancs jaunit, mais le diagnostic est difficile. Ce signe peut être facilement confondu avec une carence ou une autre maladie. « Les taches sont diffuses. Elles ne sont pas limitées par les nervures des feuilles comme pour les dégâts de la cicadelle des grillures » précise Étienne Herrbach. En cours de cycle, le limbe s’enroule vers le bas. Le drone ne va pas remplacer la prospection à pied. Mais il va sérieusement la limiter. « Si l’image prise par la caméra ne détecte aucun symptôme, ce n’est pas la peine d’aller y prospecter. A contrario, cette stratégie va permettre de mieux cibler les zones auxquelles il faut s’intéresser » poursuit Étienne Herrbach. Gérer collectivement la lutte Pourquoi autant se méfier de l’enroulement ? La maladie ne tue pas la plante, mais elle provoque une inévitable baisse de rendement. Elle peut s’avérer modérée et se limiter à 15-20 % selon l’ancienneté de la contamination. Mais le terrain rapporte aussi des cas extrêmes quand le pied ne porte plus qu’une seule grappe ! Un viticulteur alsacien a ainsi arraché une parcelle enroulée de pinot noir où il n’avait vendangé que 5 hl/ha ! La vitesse de propagation de l’enroulement est en général comparable à celle du court-noué. Mais dans le Mâconnais, des observations effectuées entre 2004 et 2011 par l’Inra ont montré que la contamination complète d’une parcelle à partir des parcelles adjacentes était susceptible d’intervenir en huit ans. À ce jour, aucun gène de résistance à l’enroulement n’est connu. Empêcher son installation passe d’abord par la lutte contre les cochenilles. Si elles ne causent aucun dégât direct à la vigne en Alsace, elles se révèlent vectrices de la maladie. Ces insectes piqueurs-suceurs n’ont qu’un seul cycle par an et sont assez peu mobiles. Le vent peut cependant favoriser leur dispersion. Le programme transfrontalier InvaProtect 2016-2018 a confirmé leur rôle. Elles transmettent le virus en piquant un pied contaminé puis un cep sain. Ses prédateurs naturels comme les coccinelles et les chrysopes ne sont parfois plus assez nombreux pour limiter leur densité. Dans les parcelles identifiées comme contaminées et uniquement celles-ci, Étienne Herrbach préconise une gestion collective et concertée de la lutte au niveau, par exemple, d’un coteau. Au besoin, celle-ci pourra être un insecticide. Si des symptômes d’enroulement sont détectés sur quelques pieds seulement, leur arrachage élimine la source de contamination et donc toute propagation. Une autre précaution est de bien contrôler la qualité sanitaire des sélections massales et du matériel standard. Mieux vaut donc ne planter que du matériel végétal certifié.

Manifestation

Un premier avertissement

Publié le 09/10/2019

Sous le slogan « France, veux-tu encore de tes paysans ? », 650 tracteurs bas-rhinois ont bloqué les axes routiers mardi 8 octobre. Comme leurs collègues dans le reste de la France, ils dénonçaient l’acharnement qui s’exerce contre leur profession.

« Stop à la stigmatisation », « Stop aux incohérences », « Non au Mercosur, non au Ceta »… Autant de maux exprimés haut et fort sur des panneaux accrochés aux tracteurs. Les agriculteurs n’ont plus la place qu’ils méritent dans la société française. Mardi 8 octobre, ils l’ont reprise symboliquement. Environ 650 tracteurs ont bloqué cinq nœuds routiers dans le Bas-Rhin, entre 11 h et 14 h.     En fin de matinée, une longue file de tracteurs contourne le rond-point d’entrée de Brumath pour monter sur l’autoroute A4, banderoles tendues sur les chargeurs. Avertis par talkie-walkie, les gendarmes ferment la bretelle d’accès à l’autoroute aux automobilistes et les dirigent vers les déviations mises en place par la préfecture. Même scène à Strasbourg. Près de 150 engins stationnent sur l’A35, au niveau de l’échangeur de Cronenbourg. Pour ce « premier avertissement », la FDSEA et les JA du Bas-Rhin n’ont eu aucun mal à recruter. La mobilisation se révèle même « au-delà de nos espérances », selon Julien Koegler, président des JA. Les syndicats espéraient 80 tracteurs à Strasbourg. Ils en ont eu près du double. « Ça traduit bien un sentiment d’exaspération », analyse Yohann Lecoustey, directeur de la FDSEA. Quelle que soit sa production, chaque manifestant se sent concerné par le dénigrement de l’agriculture. Anthony, qui s’est installé « par passion » en élevage laitier à Ohlungen il y a deux ans, s’élève contre « toux ceux qui nous disent qu’on fait mal notre travail, sans même connaître le sujet. Ils ne savent pas tout le mal qu’on se donne, les heures qu’on y passe et le prix qu’on touche au bout du compte ». « Vivre ensemble, ça devient compliqué » « Vivre ensemble, ça devient compliqué, constate Joseph Lechner, producteur de houblon et président de la FDSEA du canton de Hochfelden. Tout le monde a un avis sur tout et les responsables politiques ne nous aident pas. » Dernier exemple en date : les confusions de Ségolène Royal devant les caméras de BFM-TV, début octobre. L’ancienne ministre a pointé du doigt les produits phytosanitaires comme cause principale des cancers du sein. « Le problème c’est que même si des scientifiques l’ont contredite, c’était trop tard, le coup était parti », regrette Yohann Lecoustey. Et la cote de popularité des paysans de dégringoler un peu plus.     « C’est la première fois qu’on bloque l’ensemble du département », remarque Franck Sander. L’objectif est de frapper fort, de dénoncer « les incohérences » du gouvernement et de toucher le consommateur, explique le président de la FDSEA 67. « Dans ce département, on n’a jamais parlé de mal-être agricole tant qu’on avait l’impression que les élus étaient avec nous », dit-il. Ce temps semble révolu. Les promesses faites lors des États généraux de l’alimentation n’ont pas été tenues, estime le responsable syndical en dénonçant un revenu agricole toujours en berne. La question du modèle agricole Pour lui, c’est la question du modèle agricole qui est posée. « On ne peut pas dire : moins de phytos, plus de bien-être animal, plus de bio et accepter tous les accords bilatéraux. » En cause, l’accord commercial avec les pays du Mercosur, mais aussi celui passé avec le Canada, qui va permettre d’importer des aliments produits dans des conditions bien moins contraignantes que celles imposées aux agriculteurs français. « 42 molécules interdites en Europe vont être importées », pointe Julien Koegler, des JA. Des traités signés alors même que le solde agroalimentaire de la France avec l’Union européenne est devenu déficitaire en 2018. Le président de la FDSEA du Bas-Rhin pointe d’autres incohérences : les agriculteurs ont beau se démener pour changer leurs pratiques, les faire évoluer vers une meilleure prise en compte de l’environnement, leurs efforts ne sont pas payés en retour. « Le consommateur réclame des produits biologiques, mais le poulet label ne trouve pas preneur », regrette-t-il. Dans certains cas, il doit être vendu en conventionnel, faute de marché. Même incompréhension pour le projet d’arrêté pour les ZNT (zones de non-traitement) autour des habitations. Le dispositif mis en consultation publique prévoit des distances minimales à respecter entre les zones d’épandage et les habitations, avec une possibilité d’adaptation dans le cadre d’une charte validée au niveau départemental. Entre les 150 mètres de distance réclamés par certains maires et les 5 m minimum prévus par le gouvernement, de quel côté va pencher la balance ? Tout en rappelant les précautions prises lors des traitements, Franck Sander appelle à continuer à se mobiliser sur le sujet et à maintenir le dialogue avec les maires : « 150 mètres de ZNT autour des habitations, vous vous rendez compte de ce que cela donnerait en Alsace ? ». Et Denis Ramspacher, président de la Chambre d'agriculture, de lui répondre : « La viticulture disparaîtrait de certains villages et le maraîchage reculerait à Sélestat. » « Cette opération n’est qu’un début », promet Marc Moser, en dénonçant la surcharge réglementaire imposée à l’agriculture. Pour un collecteur comme le Comptoir agricole, qu’il préside, celle-ci se traduit par un surcoût de 5 € la tonne de céréales. Julien Koegler, lui, critique les distorsions de concurrence entre pays de l’Union européenne. Avec un chiffre : « Un paysan français paie 5 500 € de charges de plus qu’en Allemagne pour un salarié. » Vers 14 h, les agriculteurs ont repris le chemin de leurs fermes. Avec l’espoir d’avoir engendré une prise de conscience de la société et des élus. Sinon, tous se disent prêts à lancer de nouvelles actions.

Publié le 07/10/2019

Confrontés à des difficultés d’approvisionnement en drêches de brasserie, douze éleveurs se sont constitués en Groupement d’intérêt économique (GIE) afin d’aller directement à la rencontre des brasseries. Objectif : valoriser localement et au juste prix un coproduit précieux pour des éleveurs confrontés à une forte pression sur le foncier agricole.

Ils sont douze. Et ils ont décidé de prendre à bras-le-corps le problème de l’approvisionnement en drêches de brasserie. Tableaux à l’appui, Dominique Streicher, vice-président du GIE Les Éleveurs de l’Est et éleveur à Hilsenheim, expose la situation : « Il y a eu une augmentation progressive du prix des drêches de brasserie, avec une accélération ces trois dernières années, jusqu’à atteindre des niveaux qui compromettent la rentabilité économique du coproduit dans les rations. » Or, en Alsace, les surfaces agricoles sont rares, donc convoitées. Nourrir les animaux exclusivement à l’herbe, c’est compliqué. Les rations comprennent donc du maïs ensilage et des coproduits (lire en encadré), qui permettent d’obtenir une ration qui réponde aux objectifs de production des éleveurs, tout en préservant la santé des animaux. Contrer l’exode de la ressource Parmi les coproduits utilisés figurent les drêches de brasserie. Elles sont produites principalement par trois brasseries dans le Grand Est (Heineken, Kronenbourg et Champigneulles). Au fil du temps, leur prix de vente n’a fait qu’augmenter. « De 1990 à 2019, il est passé de 20 à 50 €/t », révèle Dominique Streicher. Surtout, sur les 200 000 tonnes produites en 1990, 160 000 t étaient écoulées localement, alors que sur les 165 000 t produites en 2019, seules 60 000 t restent dans la région. Pour l’éleveur, cet exode de la ressource est le fruit de la spéculation exercée par les intermédiaires. Avec pour effet collatéral de faire exploser le bilan carbone de la valorisation des drêches, puisqu’elles partent plus loin. « Jusqu’en Allemagne, voire aux Pays-Bas. » Tant et si bien que les volumes viennent parfois à manquer. « Et fermer le robinet, c’est aussi une manière de faire monter les prix », déplore Dominique Streicher. Du coup, les drêches échappent aux éleveurs locaux. Dommage, parce qu’elles sont dès lors remplacées par des tourteaux de soja ou de colza, souvent importés, parfois issus d’OGM. « Les drêches constituent d’ailleurs une alternative au soja OGM dans le cadre de la production de lait sans OGM », constate l’éleveur. Court-circuiter les intermédiaires C’est dans ce contexte qu’a émergé l’idée de créer ce GIE. Son objectif : « Aller directement à la rencontre des brasseries, pour leur dire que nous sommes capables de leur acheter tant et tant de volume de drêches et de les diffuser en direct », présente Dominique Streicher. Pour ce faire le GIE a créé un site internet, où tous les éleveurs intéressés par l’opération sont invités à passer commande. Une réussite. Déjà 31 849 t de drêches ont été pré-réservées par 140 agriculteurs. « Mais plus on a de volume, plus on sera en capacité de négocier », souligne Dominique Streicher, qui invite donc les éleveurs à passer commande en masse. Principal argument : le prix. « Nous pensons pouvoir obtenir un prix de 38 à 42 €/t. Car les seules marges qui seront appliquées serviront à rétribuer le secrétariat et le transport, assurés par la société Pollen, ce qui devrait représenter 5 €/t. »

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