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États généraux de la restauration collective

Un vaste potentiel à nourrir sur le Grand Est

Publié le 06/11/2019

Franchir un cap en matière d’approvisionnement local de la restauration collective du Grand Est, c’est l’objectif que se fixent conjointement la Région et la Chambre d’agriculture. États des lieux, témoignages et perspectives lors d’un colloque tenu à Nancy, le 16 octobre, journée mondiale de l’alimentation.

La restauration collective en région Grand Est, selon les termes d’un recensement non exhaustif des principaux donneurs d’ordre publics, représente un potentiel de « plusieurs dizaines de millions de repas par an ». Or aujourd’hui les filières agricoles ont du mal à franchir un cap pour approvisionner cette cible en produits de proximité. Décortiquer la chaîne de valeur La région Grand Est et la Chambre régionale d’agriculture travaillent de concert pour faire évoluer ce chantier. Elles organisaient des États généraux sur le sujet le 16 octobre à l’Hôtel de ville de Nancy. De nombreux témoins sont venus apporter de l’eau au moulin, à l’occasion de plusieurs tables rondes. « Nous devons organiser et structurer l’offre de proximité et de qualité, introduit Sébastien Loriette, le vice-président de la Chambre régionale. Nous sommes déficitaires sur certains secteurs. » Les assises régionales pour le développement des filières en 2017 ont permis un rapprochement des acteurs qui ne se connaissaient pas. L’élu ardennais refuse d’opposer circuits courts et circuits longs. « La solution n’est pas unique. L’objectif se situe dans un juste retour du prix au producteur, en prenant en compte les éléments de crises sociales, économiques et environnementales. » Des initiatives sont prises dans les territoires autour des établissements scolaires, des intercommunalités ou par l’intermédiaire de micro-plateformes de producteurs locaux. « Malgré cette dynamique, l’intégration des produits issus des circuits de proximité peine à décoller, regrette Pascale Gaillot, la vice-présidente du Conseil régional, en charge de l’agriculture. Jusqu’à 10 % à 20 % du potentiel, vous réussissez à mettre en place des initiatives pérennisées, mais l’ambition est de prétendre à 50 % en 2022. » Pour y parvenir, il s’agit de « décortiquer la chaîne de valeur ». La demande et l’offre locales existent-elles ? Le produit est-il adapté aux exigences de la cantine qui le conditionne ? Qui le réceptionne ? Comment est-il préparé ? Approfondir dans quatre filières Un travail titanesque qui se voit opposer au moins dix freins opérationnels, constate Pascale Gaillot. Pour dépasser ces contraintes, la vice-présidente préconise une approche globale autour de quatre pôles de compétences : l’engagement de la collectivité, le projet collectif de l’établissement, l’organisation des circuits logistiques locaux et la structuration d’une offre locale. « Nous voulons approfondir en investiguant la chaîne de valeur dans quatre filières : la viande, les légumes, le pain et les produits laitiers. » Trois sites seront retenus dans chacune des anciennes régions constitutives du Grand Est, de taille suffisamment conséquente avec des centrales d’achat regroupant plusieurs établissements scolaires. « Nous souhaitons nous donner des clés de cadrage reproductibles dans d’autres territoires : à quel prix sorti de l’exploitation agricole ? À quel prix dans l’assiette de l’enfant ? « Cela reste théorique, nous aurons besoin de vos témoignages pour encadrer la démarche, requiert Pascale Gaillot, la Région n’a pas vocation à remplacer les acteurs, mais à animer le réseau. » Strasbourg dispose d’une longueur d’avance. La démarche de proximité a été lancée dès 2009. « Pas facile avec la réglementation des marchés publics, se remémore Françoise Buffet, adjointe au maire. Nous avons détourné la question en demandant au prestataire de diminuer son impact en termes de gaz à effet de serre de 3 % par an, qui s’additionnent. » Un seuil atteint à Strasbourg L'élue a la chance de cumuler la délégation à l’Agriculture et à l’Education. « L’offre est faible sur nos territoires, nous sommes dans une grande fragilité avec énormément d’agriculteurs doubles actifs. Il nous faut toucher la nouvelle génération. » La ville est propriétaire de 10 % des terres agricoles de son ban, sans bénéficier de sa liberté d’usage. Elle a déboursé 200 000 € pour acquérir 20 hectares. « Il nous faut aider les agriculteurs dans cette transformation, accompagner les jeunes vers ce qu’ils veulent sans en avoir les moyens. » En 2019, Strasbourg a atteint 47 % d’approvisionnement local en volume (+ de 50 % en valeur), dont 30 % en bio. « Mais nous arrivons à un seuil », concède Françoise Buffet. Nancy n’est pas en reste avec 44 % d’approvisionnement local affiché. « Nous serons à 20 % en bio en janvier prochain », précise Romain Pierronnet, adjoint au maire. La cité ducale investit dans « l’éducation alimentaire. Les nouvelles habitudes alimentaires se construisent, les efforts débutent dès la maternelle », insiste le délégué aux écoles. Une médiation est organisée avec les familles, en présence des producteurs. « Il faut sortir de l’image industrielle de la restauration collective, en réhumanisant les rapports », détaille Romain Pierronnet. « Il est possible d’apprivoiser les enfants par rapport aux produits, explique Laurent Miclo, enseignant chercheur à l’Université de Lorraine. On peut les faire cuisiner ; ils imitent volontiers leurs frères ou leurs copains ; une astuce consiste à rendre plus accessibles en libre-service les produits qu’on souhaite qu’ils mangent. » Les tarifs de repas pratiqués varient dans une fourchette de 1 à 6 €, en fonction du revenu des familles, pour un prix de revient inférieur à 8 €. Le responsable nancéien comme sa collègue alsacienne sont attentifs à ne pas supprimer de la valeur aux produits, en refusant par exemple la gratuité.   Jean-Luc Masson

Publié le 04/11/2019

À Sigolsheim, Thierry Fritz démarche inlassablement ses futurs clients sur… les parkings. En ayant fait de son caveau un point d’attraction, il a redynamisé ses ventes.

« Venez, on va monter à la cave ! » Thierry Fritz sait que sa petite phrase produit toujours son effet. « Je commence toujours mes visites comme ça. Cela intrigue les gens », sourit-il. Expliquons. Le domaine est un ancien moulin qui a conservé deux de ses trois niveaux d’origine. En 1958, Daniel, le père de Thierry, tire une croix sur la meunerie. Il achète des vignes et troque ses silos à grains contre des fûts.     Thierry rejoint son père et le domaine en 1991, sans le moindre diplôme en poche. Les temps sont durs. La vente de bouteilles aux clients historiques du moulin décline au profit du vrac. Les baisses de récolte qui interviennent à partir de 2003 poussent Thierry à réfléchir à comment mieux valoriser son vin. Il commence par réviser son tarif. En 2007, une opportunité se présente : un fonds de commerce d’une cinquantaine de mètres carrés est libre à Kaysersberg. Nathalie, sa sœur se charge de la permanence tout en assurant une partie des tâches administratives. En 2011, ce magasin est cédé. « Nous y vendions entre 7 000 et 8 000 bouteilles par an. Mais il n’y avait pas de bénéfice », explique Thierry. La décision est prise d’autant plus facilement qu’une autre initiative commence à porter ses fruits. En 2010, Thierry s’est mis à distribuer tous les jours des flyers aux camping-caristes stationnés à Kaysersberg. Et il prend le temps de discuter avec eux. L’impact est réel. « 20 % passent au domaine C’est un bon retour », juge Thierry. Il complète son offre en aménageant au domaine neuf places pour lesquelles l’eau et l’électricité sont gratuites pendant vingt-quatre heures. Il ne propose pas de vidange car « le long séjour n’est pas l’objectif recherché ». Mille camping cars par an « Les camping-caristes nous ont sauvés. Nous en recevons un bon millier par an. Nous sommes passés de 30 à 80 % de vente au caveau grâce à eux. Je ne suis plus vendeur de vrac depuis 2011 », signale Thierry. Ces chiffres reflètent un investissement quotidien. Le domaine est ouvert sept jours sur sept sauf à Noël. Thierry accueille les camping-caristes chaque soir à 19 h pour une dégustation. Il en organise ainsi jusqu’à 150 par an. L’immense majorité repart avec des bouteilles sous le bras. Thierry a élargi sa prospection en allant sur les parkings. Il attend les conducteurs à l’horodateur afin d’engager la conversation… « Nos collègues sortent en salon. Nous préférons faire venir nos clients au domaine », résume-t-il. Sur place, il peut les recevoir autour de l’ancienne meule du moulin reconvertie en table ou dans une salle attenante d’une capacité d’une trentaine de places. Ses vins sont exposés partout. La demi-douzaine de crus d’entrée de gamme reste à « un prix abordable », les quatorze cuvées sont plus chères. « Chaque client a un budget. Chacun doit pouvoir se faire plaisir », glisse Thierry.

À l’occasion des journées nationales de la MSA

La MSA se pose en défenseur de l’agriculture

Publié le 01/11/2019

La Mutualité sociale agricole est le seul organisme de protection sociale à avoir des délégués élus, ce qui lui permet d’entretenir une proximité forte avec ses ressortissants. Ses responsables nationaux, réunis fin octobre à Strasbourg, ont fait le point sur les missions de l’institution à la veille des élections des délégués MSA qui auront lieu en janvier prochain.

« Nous ne sommes pas seulement un organisme de protection sociale qui prélève des cotisations. Depuis la loi de 1948, nous avons aussi développé une offre de services qui profite à l’ensemble de la population rurale. » Ainsi Pascal Cormery, président national de la Mutualité sociale agricole, situe-t-il l’enjeu des élections de janvier 2020, qui verront le renouvellement des 15 000 délégués MSA sur l’ensemble du territoire. À moins de trois mois de cette échéance, il a profité des journées nationales organisées à Strasbourg les 24 et 25 octobre pour se livrer à un exercice de pédagogie. Des sentinelles sur le terrain Il s’agit de « faire comprendre à nos ressortissants l’intérêt d’avoir, au sein de la profession, un système de protection sociale propre. Si nous étions amenés à nous fondre dans un autre régime, ce serait un affaiblissement de l’agriculture », estime Pascal Cormery, lui-même agriculteur en Touraine. Un affaiblissement qui interviendrait au plus mauvais moment. En effet, le président de la Caisse centrale de MSA le constate tous les jours : au contexte économique toujours plus fluctuant, aux aléas climatiques s’ajoute une problématique grandissante, celle du dénigrement des pratiques agricoles. « Cela nous interroge. Ces situations de dénigrement mettent à mal les exploitations et les salariés de la production au point que certains n’osent plus dire qu’ils travaillent dans le monde agricole. » Face à cela, l’institution se pose en défenseur de l’agriculture. « Nous sommes le seul régime de protection sociale à avoir des délégués élus, ce qui fait notre force », ajoute Thierry Manten, premier vice-président national de la MSA. Des délégués qui représentent les 2,5 millions de ressortissants salariés et non-salariés rattachés à la MSA. Ces délégués sont des bénévoles qui agissent comme « des sentinelles » en faisant remonter les préoccupations du terrain - l’accès aux soins, le manque de structures pour les jeunes enfants ou les personnes âgées - et en lui permettant d’y apporter des réponses concrètes. La MSA a chiffré à 350 000 heures leur investissement dans les 9 000 actions engagées annuellement au service de 480 000 bénéficiaires. Une offre de services XXL La MSA s’appuie également sur ses 16 000 salariés répartis sur l’ensemble du territoire. « Nous avons réussi à maintenir 35 Caisses régionales et l’ensemble de nos sites, ce qui contribue à entretenir la vitalité dans certains bourgs ruraux », insiste Thierry Manten. De fait, dans certaines parties de la France, où le sentiment d’abandon est fort, la MSA reste le seul service public qui subsiste. En tant que guichet unique, elle propose « une offre de services XXL, un service global à la personne qui est d’autant plus précieux » dans le contexte actuel, souligne François-Emmanuel Blanc, directeur général de la Caisse centrale de MSA. La MSA vient d’ailleurs d’être reconnue partenaire de la cohésion des territoires, signale-t-il. Par ce biais, elle s’engage, aux côtés de l’État, à améliorer l’accès aux services publics, via les maisons France Services. Elle s’engage également sur l’accès aux soins et s’apprête à lancer un portail permettant aux assurés d’une zone test de trouver l’ensemble des professionnels de santé et des services médico-sociaux qui leur sont utiles. Enfin, fort de son expérience d’ingénierie sociale et de construction de projets collectifs, elle participera au développement de tiers-lieux et à l’inclusion numérique, toujours en partenariat avec l’État.

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