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Campagne betteravière

La betterave relève la tête

Publié le 27/11/2019

Responsables et techniciens de la filière betteravière ont fait le point sur la campagne en cours, vendredi 15 novembre, près de Marckolsheim. Bons rendements, cours stables, avancées sanitaires… Les nouvelles sont bonnes pour le tubercule, plutôt habitué aux turbulences de la fin des quotas.

À quelques jours de la fin de la récolte, les planteurs tirent les premiers enseignements de la campagne betteravière. Et pour une fois, les voyants passent au vert à presque tous les niveaux. Bonnes perspectives économiques Les énormes tas de betteraves continuent de s’entasser dans la plaine du Ried. Plus de 540 000 t de racines gorgées de sucre devraient être acheminées à la sucrerie d’Erstein d’ici début décembre. Les professionnels s’attendent à une très belle saison. « Les rendements devraient dépasser les 90 t/ha », indique Éric Granveaux, chef du service économie à la chambre d'agriculture. Le chiffre de 92 t/ha de moyenne circule même. Un bon résultat comparé aux 89 t/ha récoltées en moyenne sur les cinq dernières années. Le prix payé au producteur devrait lui aussi augmenter. « Le cours du sucre remonte dans l’UE et la demande en biocarburants explose », se réjouit Joseph Behr, directeur du Syndicat betteravier d’Alsace. Pour l’instant, les analystes ne s’avancent pas sur un chiffre précis. Mais les paysans devraient gagner plus que 22 €/t de betteraves à 16 degrés, prix le plus bas payé depuis la fin des quotas sucriers en 2017. Cercosporiose : « On a gagné le combat » Les techniciens de la filière ont vaincu la cercosporiose. « Une plaine verte comme celle de cette année, je n’avais pas vu ça depuis six ans », pavane Michel Butscha, technicien agro-betteravier à Cristal Union. Ouf de soulagement chez les planteurs. Car cette maladie du feuillage peut diminuer jusqu’à 30 % du rendement d’une parcelle. Cette victoire représente l’aboutissement d’une croisade engagée en 2014 contre le champignon. Pendant cinq ans, les experts ont planché sur un plan de lutte strict. Identification des variétés de betteraves résistantes, meilleur contrôle des interventions phytosanitaires, introduction de méthodes de biocontrôle (cuivre et soufre)… En parallèle, la coopérative Cristal Union a conçu un système d’évaluation du risque de cercosporiose par commune. Le service Cristal Cerc’OAD permet ainsi d’alerter les planteurs de manière précise et quasiment en temps réel. Résultat : les agriculteurs peuvent prévoir les traitements de manière plus efficace. L’ensemble du dispositif a été mis en place sur toute l’Alsace en 2019. Avec succès donc. « On a gagné le combat », triomphe Michel Butscha. Erstein lorgne sur l’Allemagne « On est tout à fait prêt à accueillir des betteraves qui parlent Allemand. » La boutade traduit une nouvelle mission pour Gérard Lorber. Le président de la section d’Erstein de Cristal Union souhaite trouver de nouveaux apporteurs à la sucrerie. Car avec 6 000 ha cultivés, la production alsacienne assure tout juste le service minimum du site. Trouver des volumes supplémentaires devient vital. Surtout avec le départ annoncé d’une partie des activités de conditionnement et de transformation vers l’usine de Bazancourt (Marne). Mais vu les incertitudes économiques, difficile de convaincre les agriculteurs alsaciens de planter plus de betteraves. D’où l’idée d’aller chercher des fournisseurs en Allemagne. Aujourd’hui, seuls trois ou quatre paysans d’outre-Rhin livrent à Erstein. Un état de fait hérité de la période des quotas. « Pendant les quotas, chaque pays avait ses volumes autorisés, c’était compliqué de rassembler des productions de deux pays différents dans une même usine », explique un technicien de la chambre d'agriculture. Avec la libéralisation du marché, les frontières nationales ont disparu. « Rien ne nous empêche de travailler avec des Allemands, confirme Gérard Lorber. On ne s’y est peut-être pas assez intéressé jusqu’à présent. » Mais cela devrait changer dans les prochaines années. Avec un objectif : passer d’une campagne de 80 jours à 100, voire 110 jours.    

Valorisation agricole des produits résiduaires organiques

Une solution vertueuse à préserver

Publié le 26/11/2019

Épandre les boues issues du traitement des eaux usées sur les terres agricoles permet à la fois de valoriser un déchet et d’apporter des éléments fertilisants dans les champs. Une solution vertueuse donc. Mais non sans enjeux. Un colloque organisé par le Syndicat des eaux et de l’assainissement (SDEA) Alsace-Moselle et la Chambre d'agriculture Alsace (CAA) a permis de cerner les défis à relever pour pérenniser cette filière.

« Un thème peu attractif, mais essentiel au cycle de l’eau. » C’est ainsi que Denis Hommel, président du SDEA, a introduit le colloque sur la valorisation agricole des boues. Car ce recyclage, effectué en partenariat étroit avec le monde agricole, participe à la préservation de la qualité de la ressource en eau. En effet, dans le Bas-Rhin, le taux de recyclage des eaux usées est proche de 100 %. Et les installations de traitement sont de plus en plus performantes. Elles rejettent donc d’un côté de l’eau nettoyée, apte à être rejetée dans le milieu naturel, et un sous-produit, les boues d’épuration. L’objectif de leur épandage en milieu agricole est de « faire de ce déchet une ressource, dans une logique d’économie circulaire, via un recyclage local affichant un bilan économique et environnemental positif », poursuit Denis Hommel. L’épandage agricole des boues existe depuis presque aussi longtemps que les stations d’épuration. Mais leur multiplication a conduit à encadrer cette pratique : « En 1998, la réglementation a notamment défini les boues comme des déchets », pose Céline Veit, responsable de la mission déchets et matière organique à la Chambre d’agriculture Alsace. Ce qui implique que leur devenir relève de la responsabilité de leur producteur, en l’occurrence le SDEA. La réglementation stipule aussi que leur épandage n’est autorisé que si l’intérêt agronomique et l’innocuité pour les sols et les cultures sont démontrés. Le principal intérêt agronomique des boues d’épuration réside dans leur valeur fertilisante, notamment en azote et en phosphore. Cela permet aux agriculteurs qui en épandent de réduire les doses d’engrais de synthèse, voire de s’en passer. En outre, certaines boues sont chaulées avant d’être épandues, ce qui permet d’effectuer un chaulage d’entretien des terres acides. « Enfin, lorsque les boues sont compostées avant d’être épandues, elles représentent une source de matière organique stable, qui améliore la structure des sols, leur capacité de rétention en eau des sols », décrit Céline Veit.     Une pratique encadrée Bonnes pour le sol, les boues d’épuration le sont donc effectivement, a priori. Mais tous les sols ne sont pas égaux face aux boues. Aussi « l’intérêt agronomique pour le milieu récepteur est-il caractérisé via des études de sol réalisées initialement par des pédologues de bureaux d’études et, depuis 10 ans, par le SDEA », indique Thierry Willmann, responsable technique de la valorisation des boues au SDEA. Ces études permettent de vérifier l’aptitude des sols à valoriser les éléments fertilisants, à déterminer s’il y a lieu d’adapter la période, le mode ou encore la dose d’épandage, notamment afin d’éviter le lessivage… « Nous avons référencé 800 types de sol, avec des capacités de valorisation spécifiques », souligne Thierry Willmann. Sur la base de ces analyses de sol, des périmètres d’épandage sont établis. Et les boues sont épandues sur les parcelles des exploitants qui les acceptent par des Entreprises de travaux agricoles (ETA), validées par les agriculteurs. L’effet des épandages à répétition de boues d’épuration est étudié grâce à un suivi analytique : « Avant tout premier épandage sur une exploitation, une parcelle de référence est désignée pour y effectuer des mesures portant tant sur les éléments minéraux que d’autres substances, comme les Éléments traces métallique (ETM). Et, au bout d’un certain nombre d’épandages, des analyses de contrôle sont effectuées, afin de mettre en évidence d’éventuelles variations de paramètres, comme la hausse de la teneur en matière organique, et de vérifier qu’il n’y a pas d’accumulation d’éléments indésirables », décrit Thierry Willmann. Des analyses de reliquats azotés sont également effectuées en sortie hiver, pour adapter la stratégie de fumure. Réduire les distances parcourues Les boues d’épuration sont issues du traitement d’eaux qui ont été rejetées dans le réseau après avoir été utilisées pour tirer la chasse d’eau, faire le ménage, la vaisselle, avec des produits dont l’innocuité laisse parfois à désirer. Pour vérifier leur innocuité et les caractériser au regard de leur teneur en éléments fertilisants, en ETM, en composés traces organiques… les boues sont donc analysées avant d’être épandues. « En 2018, 700 analyses ont été effectuées, avec un taux de conformité de 100 % », se félicite Thierry Willmann, qui note : « le meilleur moyen d’obtenir des boues conformes, c’est de maîtriser les rejets dans le réseau. » C’est pourquoi des agents du SDEA contrôlent les rejets des industriels, des artisans, et œuvrent à l’amélioration de leur impact sur le réseau d’assainissement. Le SDEA a aussi pour mission d’assurer la traçabilité des pratiques d’épandages. Les nouvelles technologies sont mises à contribution : géolocalisation du parcellaire épandu, transmissions des informations en direct aux chauffeurs des ETA grâce à une application dédiée. Objectif 2020 : « Faire le lien avec les données des agriculteurs, notamment vers Mes P@rcelles », annonce Thierry Willmann. Le SDEA cherche à améliorer les pratiques d’épandage, et à les adapter aux évolutions des pratiques culturales. Exemples : l’utilisation d’automoteurs équipés de pneumatiques basse pression pour limiter le tassement des sols, l’enfouissement des boues liquides pour limiter la volatilisation de l’azote et les nuisances olfactives. Et, afin de répondre aux exigences du contexte agricole local et réglementaire, le SDEA adapte ses équipements. « Nous avons augmenté notre capacité de stockage afin de diminuer le nombre d’épandages, nous nous sommes équipés en séchage solaire afin de réduire le volume de boues et de les stabiliser, certaines stations d’épuration sont équipées d’unité de co-compostage de déchets verts et de boues d’épuration, d’autres d’unité de méthanisation… » À l’horizon 2030, le défi que se fixe le SDEA est de parvenir à réduire la distance parcourue par les boues pour les traiter : « Certaines parcourent plus de 200 km entre leur lieu de production, de traitement et d’épandage, ce qui n’est pas satisfaisant. Notre objectif est d’atteindre un seuil de 50 km maximum autour du lieu de production », informe Thierry Willmann. Ce qui passera par la construction d’unités de traitement mutualisées.    

Rendements d’appellation pour 2020

Vers une prise en compte des volumes commercialisés

Publié le 22/11/2019

Jusqu’à présent, les maxima de rendements autorisés dans les appellations Alsace cépage, communales et grands crus ne tenaient pas compte des volumes commercialisés. Cela pourrait changer en 2020.

Après une récolte pleine en 2016 et supérieure à sa capacité de mise en marché, le vignoble alsacien a récolté 1,180 Mhl (millions d’hectolitres) en 2018 pour 909 000 hl au 31 décembre 2018 de volumes vendus, soit 200 000 hl d’excédents. Devraient encore s’ajouter quelque 100 000 hl d’excédents pour 2019, avec un volume de production estimé selon Agreste à 1,02 Mhl pour une capacité de mise en marché qui n’a guère progressé. Elle était de 918 000 hl en août 2019. À la veille des vendanges, des dissensions sont apparues entre les familles professionnelles du vignoble sur la fixation des rendements d’appellation. Le comité vins de l’Inao avait alors préconisé le 5 septembre dernier de présenter, pour la réunion du comité en novembre, un plan pour 2020 et avait enjoint le vignoble à trouver des solutions à ses excédents de production. La perspective d’une réduction des rendements d’appellation a crispé le débat en septembre dernier, compte tenu des différences de performance commerciale selon les opérateurs du vignoble. Mais les conditions du débat ont pris pour cible des représentants de l’Inao. Le dernier comité vins, qui s’est tenu la semaine dernière, a été l’occasion pour l’Inao d’une mise au point à l'égard du vignoble alsacien. « Il n’est pas acceptable que des membres du comité national, quels qu’ils soient, d’où ils viennent, puissent être menacés par rapport aux prises de paroles et positions qu’ils peuvent prendre dans le cadre des travaux et discussions du comité national », a rappelé Christian Paly, le président du Comité Vins, considérant que cette situation « n’est pas humainement et intellectuellement tolérable ». Le risque, a-t-il poursuivi, est que « cela pourrait tout simplement remettre en cause le bon fonctionnement du comité national ou des comités régionaux ainsi que la totale liberté de parole ». Le vignoble alsacien face à un « problème structurel » Le vignoble doit en l’état faire des propositions pour le 23 janvier prochain. L’idée serait d’ajuster « au mieux la production à la commercialisation », avec la « mise en œuvre d’un outil d’aide à la décision du rendement pour la récolte 2020 à partir d’indicateurs économiques que sont la production, la commercialisation et les stocks par cépages ». Concrètement, un ajustement des maxima de production d’appellation à la capacité de mise en marché, sans autre prise en compte de paramètre, abaisserait globalement les rendements à 60 hl/ha pour les AOC cépage. Une déclinaison plus fine par cépage et une prise en compte de stock de vieillissement qualitatif atténueraient sans doute cette baisse drastique. À plus long terme, Christian Paly a estimé que le vignoble alsacien « ne se trouve pas uniquement face à un problème économique conjoncturel mais qu’il s’agissait d’un problème très structurel ». Il ne s’agirait donc pas de réduire le débat à la seule question « des rendements ou de la gouvernance ». Néanmoins pour 2019, ce sera le « statu quo sur les demandes de rendements, hormis sur la possibilité de constituer un VCI sur l’appellation régionale ».

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