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Étienne Fourmont, Agri Youtubeurre

La réalité agricole en vidéo

Publié le 06/10/2019

Étienne Fourmont est éleveur laitier dans la Sarthe et « Agri Youtubeurre » depuis 2017. Sur sa chaîne, il présente chaque semaine en vidéo la réalité d’une ferme française. Une communication simple, directe et sans filtre qui a déjà conquis plus de 17 000 abonnés.

Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs qui ne vous connaissent pas encore ? Étienne Fourmont : « Je suis éleveur laitier dans la Sarthe. Je représente la cinquième génération d’agriculteur dans ma famille. Avant de m’installer, j’ai suivi un parcours classique en lycée agricole avant d’enchaîner par un stage de six mois en Nouvelle-Zélande. » Comment êtes-vous arrivé sur les réseaux sociaux et sur Youtube ? « Je suis très présent sur Twitter depuis 2015. En tant qu’élu JA national, je parlais beaucoup de syndicalisme. Puis sont apparus des messages anti élevage de personnes ne connaissant pas l’agriculture. C’est là que j’ai commencé à expliquer mon métier. Mais avec le format de Twitter, les messages étaient trop courts. Cela devenait compliqué de bien communiquer. De là m’est venue l’idée d’utiliser un autre canal dans lequel je pouvais plus facilement faire passer mon message. C’est comme ça que je suis passé tout naturellement à la vidéo en créant ma chaîne Youtube sur laquelle je partage le quotidien de la ferme laitière française. » À quel public s’adressent vos vidéos ? « Environ 80 % de mes abonnés sont issus du monde agricole, majoritairement des jeunes de 15-25 ans. Le reste, c’est le grand public. Dans tous les cas, j’essaie d’expliquer le plus simplement les choses, sans trop rentrer dans la technique. Il faut que ça reste accessible. » Même les sujets plus sensibles ? « Oui, l’essentiel est de rester simple dans sa communication. Mais c’est vrai que lorsque je parle de l’écornage des veaux, ou de la pollution imputée aux élevages, je travaille plus mon sujet. Dans ce genre de situations, il faut faire attention à ce qu’on dit afin d’être inattaquable derrière. » Depuis la création de votre chaîne Youtube en 2017, le nombre de vos abonnés ne cesse d’augmenter et vient de passer le cap des 17 000. Qu’est-ce qui, selon vous, explique ce succès fulgurant ? « Je dirais que c’est peut-être parce que je parle seul, dans ma ferme, en tant qu’un simple agriculteur qui veut vivre de son métier, et non pas en tant que syndicaliste dont l’image est souvent associée à des lobbys ou des entreprises. Du coup, il paraît malhonnête aux yeux de beaucoup de personnes. Pourtant, je suis aussi syndicaliste. Mais quand je m’exprime sur ma chaîne, c’est juste en tant qu’Étienne Fourmont, éleveur laitier et citoyen. » Vous commencez tout doucement à avoir une petite notoriété. Est-ce que cela modifie les objectifs que vous vous êtes fixés au départ avec cette chaîne ? « En effet, je sens bien qu’il se passe quelque chose autour de moi. Des médias m’interviewent, etc. Mais la célébrité ne m’intéresse pas du tout. Évidemment, plus mes vidéos génèrent des vues, plus je suis content. Cela veut dire que les messages que je veux faire passer se diffusent davantage. Tant mieux. Ma priorité reste de toute façon mon travail d’éleveur. La chaîne Youtube, c’est une passion. Tant que ça me plaît, je continue. » Êtes-vous malgré tout victime de commentaires négatifs ou insultants ? « J’ai quelques commentaires très agressifs, voire violents. Mais cela ne représente qu’un ou deux pourcents des commentaires que je reçois. Honnêtement, cela ne me touche pas du tout. Je pars du principe qu’ils sont ignorants. Et puis c’est largement compensé par les très nombreux commentaires positifs et encourageants que je reçois. Je reçois notamment pas mal de demandes de jeunes qui me demandent comment on fait pour devenir agriculteur. Ce genre de messages est une belle source de motivation pour continuer ce que je fais. » Est-ce que vous vous êtes formé pour devenir vidéaste sur Youtube ? « Déjà, j’ai toujours aimé les montages vidéos. J’en ai fait pas mal pour des anniversaires et des mariages. Après, j’ai regardé beaucoup de vidéos de Youtubeurs célèbres pour voir comment ils filmaient, ils montaient et le rythme. À partir de là, j’ai essayé de m’en inspirer pour les miennes. » Mais la plupart de ces vidéos sont scénarisées. Les vôtres aussi du coup ? « Quand je filme le travail du jour, je n’écris pas de scénario. Tout est spontané. J’explique ce que je fais comme ça vient. Pour des sujets plus approfondis, je prends le temps de réfléchir à mes angles de vue, à ce que je vais dire et comment. Si je veux être crédible sur des sujets sensibles, c’est essentiel que mon argumentaire soit béton et le plus sourcé possible. Du coup, c’est vrai, cela demande du travail en plus. » Y a-t-il des sujets que vous n’avez pas encore abordés que vous souhaiteriez mettre en avant ? « Je pars du principe qu’on peut tout montrer. J’aimerais bien par exemple parler des traitements phytosanitaires, du glyphosate, etc. Faire un vrai reportage en somme. Mais cela demande beaucoup de travail de recherche. Il faut être capable de citer ses sources et des études sérieuses pour être crédible. » Comment faites-vous pour gérer cette charge en plus en plus de votre métier d’éleveur déjà très prenant ? « Disons que les nuits sont courtes ! (rire) Surtout avec le rythme que j’ai pris [N.D.L.R. : il diffuse au minimum une vidéo par semaine]. J’envisage d’embaucher quelqu’un pour travailler sur l’exploitation. Ça va me soulager un peu. » Quel (s) conseil (s) donneriez-vous à un agriculteur ou à un viticulteur qui souhaiterait lui aussi communiquer efficacement sur les réseaux sociaux ? « Tu as un téléphone qui peut faire des photos et des vidéos, alors utilise-le. Par exemple, fais une photo par jour que tu publies sur Facebook. Explique ce que tu fais, comment tu le fais. Parle de ton métier, et sois factuel. Tout le monde peut faire ça. » Même parler face caméra comme vous le faites ? « C’est vrai, ce n’est pas facile de se mettre en avant comme je le fais. Il y a des personnes plus timides que d’autres. Tout le monde ne pourra pas faire ce que je fais, ou ne voudra pas. Mais on a la chance d’avoir plusieurs réseaux sociaux complémentaires, avec plusieurs manières de communiquer. Il suffit de choisir celle qui nous convient le plus. L’essentiel est d’être présent d’une manière ou d’une autre. » Pourquoi ? « Si on ne parle de pas de nous et de ce qu’on fait, qui le fera ? Je pense que le monde agricole en a de plus en plus conscience. Nous sommes dans une période où notre image est mise à mal par les grands médias. En parallèle, il y a un éloignement progressif qui s’est créé entre le monde agricole et les citoyens. Il y a quarante ans, tout le monde avait un membre de sa famille, proche ou moins proche, qui était dans l’agriculture. Cette période est révolue. Il faut que l’on recrée ce lien avec les consommateurs. Et les consommateurs sont sur les réseaux sociaux. Nous n’avons donc pas le choix : il faut y être. Et je suis persuadé que si l’on communique bien, nous avons la capacité d’insuffler un changement d’état d’esprit chez eux comme chez les politiques. Nous devons croire en nous. »

Conversion et diversification

Il a mis sa nouvelle vie en bouteille

Publié le 05/10/2019

Originaire de la vallée de Thann, Jérémie Kubler s’est lancé en 2015 dans la production de sève de bouleau. Après 4 ans de reconversion, cet ancien ébéniste va plus loin, avec la création d’une seconde activité : la production de jus de fruits et légumes pressés à froid.

La recette du bonheur selon Jérémie Kubler ? Carotte, kiwi, pomme et vanille. Comme celles de l’Aventureux, du Charmant ou du Délicat. C’est dans son petit laboratoire à Aspach-le-Bas qu’il a élaboré ces jus de fruits et légumes pressés à froid. Depuis quelques mois, il a créé cette activité de transformation, après s’être lancé en 2015 dans la récolte et la vente de sève de bouleau (à ne pas confondre avec le jus… de bouleau cette fois-ci). Une diversification qui lui permet aujourd’hui de tourner définitivement le dos à sa vie d’avant. Ébéniste pendant 20 ans, Jérémie Kubler a décidé de changer de voie. « En 2015, j’ai ouvert ma société Minérasève. En 2018, j’ai décidé d’arrêter mon activité d’ébéniste pour lancer Minerajus. J’étais chef d’atelier mais le métier s’essouffle…, explique-t-il. Jusque-là, je prenais mes vacances pour faire la récolte de sève. Au bout d’un moment, des perspectives économiques qui tenaient la route sont arrivées. » Aujourd’hui, il mène de front sa double activité, rythmée par les saisons.     Local, bio et écolo Côté jus, l’entrepreneur cherche tant que possible à se fournir auprès de producteurs locaux : la ferme Koehl à Ruelisheim, les Jardins d’Icare à Sentheim ou les Halles de Cernay. Et surtout bio, car il bénéficie du label AB. Côté sève, tout se passe en mars. Il dispose d’une autorisation d’exploitation des bouleaux sur certaines parcelles. « L’ONF me loue des terres dans la vallée de la Doller, peut-être cette année aussi dans la vallée de Thann. Les arbres se trouvent entre 600 et 800 mètres d’altitude, détaille le producteur de sève. D’année en année, la production varie beaucoup en fonction de la température. Plus l’hiver est dur, plus les bouleaux donnent. » Conditionnés dans des bouteilles en verre, jus et sève sont commercialisés en circuit court dans des magasins bio du Haut-Rhin ou directement au laboratoire. Pour le moment du moins. Car peu à peu, les produits de Jérôme Kubler trouvent demande dans toute la France. Sans qu’il ne puisse encore les faire envoyer pour des raisons de logistique, comme par exemple une date limite de consommation de seulement 6 jours pour certains jus. Voir plus grand, mais jusqu’où ? Ce développement ne vient cependant pas sans questionnements. En effet, l’entrepreneur veut s’inscrire dans une démarche proche de la nature, de « l’alimentation vivante ». « C’est un compromis entre mes valeurs et les demandes », explique Jérémie Kubler. Peu à peu, l’équilibre se fait, par exemple avec de nouveaux conditionnements moins écologiques. Pour financer ses projets, le chef d’entreprise a tenté d’obtenir des aides ou subventions. Sans succès. Pour Minerajus, l’investissement a été entre 30 000 et 40 000 euros. Des frais principalement dédiés à l’achat de la presse hydraulique d’occasion. « Cela fait 9 mois. À la fin de l’année, je ferai peut-être un financement participatif », annonce-t-il. « Pendant un an, j’ai travaillé à 300 %. Je fais tout. La communication, le marketing…, raconte Jérémie Kubler. Je gère les deux entreprises (Minerasève emploie trois ou quatre saisonniers pour la récolte, ndlr). J’ai été artisan, je n’ai pas deux mains gauches. Tout de même cela fait une sacrée pression. Mais il faut vivre ses rêves. C’est ce que je dis à tous ceux qui veulent se lancer. » Jérémie Kubler ouvre les portes de Minerajus samedi 5 octobre de 10 h à 17 h : démonstration, dégustation et conférence sur la nutrition (à 17 h 30, sur inscription).

Publié le 04/10/2019

Intermarché développe une gamme de vins Haute valeur environnementale sous la marque « Expert Club ». La maison Hauller, filiale d’AgroMousquetaires, l’une des unités de transformation pour Intermarché, apparaît en pointe sur ce label. Visite chez la famille Waegell à Nothalten.

La conférence de presse organisée par AgroMousquetaires-Intermarché se déroulait dans un hangar de matériels viticoles à Nothalten. Parfaitement rangé, il abrite l’armoire phyto d’un côté, le rolofaca, le cover-crop avec son semoir et l’intercep sur une palette. En toile de fond, le vignoble avec des pêchers en bout de rangée et des parcelles quasiment jardinées. Le Groupement des Mousquetaires, pour l’enseigne de magasins de distribution Intermarché, présentait à la presse nationale mercredi 25 septembre au domaine Joël Waegell, sa nouvelle gamme de vins sigillée Expert Club et certifiée Haute valeur environnementale (HVE).   ? « Je suis passé en #HVE en 2018. Ce label était une évidence pour protéger mes vignes et ma famille. » Joël Waegell, vigneron partenaire de la Maison Hauller#agroécologie #vin pic.twitter.com/AV1BJIq6UJ — Agromousquetaires (@Agromousquetair) September 25, 2019   Sur l’étiquette explicite et militante sont inscrits le cépage, vins d’Alsace, « Biodiversité favorisée, réduction du traitement des cultures, gestion du sol responsable ». Et en bas : « Vin produit à partir de raisins issus d’exploitations certifiées Haute valeur environnementale ». La contre-étiquette détaille : « Les vignerons favorisent par exemple le maintien et la plantation des haies près des vignes afin que la faune reprenne son rôle protecteur naturel ; les vignerons s’engagent à réduire les traitements des vignes ; les vignerons cherchent à préserver la vie des sols ». Une collerette affiche ostensiblement les deux macarons HVE et Expert Club. Labelliser tous les vins Expert Club Pour l’heure Intermarché ne propose que neuf références de vins Expert-Club HVE, dont quatre vins d’Alsace (riesling, pinot gris, pinot blanc et pinot noir). C’est que la proportion de vins labellisés HVE est encore faible dans cette marque d’Intermarché qui pèse tout de même 209 millions d’euros de chiffre d’affaires pour 250 références en vins et représente 40 % des volumes de vins vendus chez Intermarché. Mais les responsables d’AgroMousquetaires ne font pas mystère de leur volonté de labelliser HVE tous leurs vins Expert Club. Dans l’immédiat, s’agissant du millésime 2018, 64 hectares, soit 8 domaines viticoles alsaciens, et 14 % de la production Hauller*, sont labellisés HVE. Mais en 2021, 90 % des surfaces devront l’être, soit 70 exploitations certifiées. Cette démarche de certification des exploitations viticoles s’inscrit dans une révolution profonde opérée chez AgroMousquetaires, quatrième acteur de l’agroalimentaire français avec plus de 4 milliards d’euros de chiffre d’affaires. À titre d’exemple, AgroMousquetaires vient d’annoncer la suppression de 142 additifs de 900 produits de marque, afin d’être mieux référencés par l’application Yuka : 11 millions d’utilisateurs, dont 1,5 M en France. Cette application scanne les produits alimentaires et évalue leur qualité, notamment en fonction de leurs additifs. Clairement, la pression des consommateurs se fait grandissante. « 50 % des consommateurs se disent prêts à mieux payer le vin s’il y a derrière une démarche environnementale. Et deux Français sur trois souhaitent consommer plus sain, plus sûr et plus durable, à prix accessible. » Dans son modèle économique intégratif, cette évolution consumériste est remontée vers les 62 unités de transformation en France (dont 3 pour le vin Fée des lois, Amiel et Hauller), et in fine vers les producteurs en contrat. Pour le vignoble alsacien, la maison Hauller (650 ha commercialisés, dont 450 ha vinifiés, cinquième opérateur alsacien) est entrée dans le giron d’AgroMousquetaires en 1969. Joël Waegell, son épouse, Claudine, et son fils, Florian, ont engagé leurs 17 ha de vignes dans la labellisation HVE. La contrepartie, c’est un raisin payé 10 % de plus dans le cadre d’un contrat d’apport sur 5 ans, où le prix des raisins évolue de plus ou moins 5 % sur celui de l’année précédente. S’ajoute à ce label un « plan pesticides AgroMousquetaires » défini conjointement par un comité de scientifiques et d’ONG. La liste des produits phytosanitaires est classée en trois couleurs en fonction de leur écotoxicologie. Ce plan fait disparaître de facto les CMR (Cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques). Reste le cas du glyphosate : « Il est supprimé dans les parcelles où cela n’engendre pas de main-d’œuvre supplémentaire excessive ». Pour l’heure, le domaine Waegell n’utilise plus d’herbicides sur 2 ha et prévoit de l’étendre sur 7 ha en 2022.

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