A la une

Angela et Ghislain

D’Amour et de schiste

Publié le 11/02/2021

À Albé, le domaine Moritz-Prado est un peu atypique dans le paysage viticole du secteur. Créé en 2018 à partir de rien, il est le fruit d’une histoire d’amour, née il y a douze ans, entre Angela Prado, la Colombienne de Bogotá, et Ghislain Moritz, l’Alsacien de Reichshoffen. Une aventure ambitieuse qui se matérialise aujourd’hui dans les vins de terroirs et de cépages produits sur les coteaux schisteux de ce village montagnard.

C’est une danse entre le soleil et la montagne, le feu et la pierre, la Colombie et l’Alsace. Une danse qui a démarré dans les ruelles romantiques de Montmartre et qui se poursuit aujourd’hui sur les coteaux schisteux de la petite commune d’Albé, au-dessus de Villé. Angela Prado vient de Bogotá, la capitale sud-américaine aux huit millions d’habitants. Ghislain Moritz est un enfant de Reichshoffen, au nord de Haguenau. Elle a 35 ans, il en a 36. En 2018, ils se sont lancés dans la grande aventure vigneronne en créant leur petit domaine de 5 ha en partant de rien. Moritz-Prado était né, sur les étiquettes du moins. Car, entre eux, le début de l’aventure remonte au 25 décembre 2009, à l’occasion d’un Noël entre amis à Paris. Elle étudiait l’économie à Rennes, lui revenait de la vallée du Douro, au Portugal, où il venait de terminer une expérience enrichissante d’œnologue dans un domaine viticole. « J’étais rentré en France pour repartir aussitôt en Roumanie où une nouvelle opportunité professionnelle s’offrait à moi en tant que maître de chai », se rappelle-t-il. Il ne le savait pas encore mais ce petit interlude parisien allait prendre un accent latin inattendu. « Nous avions un ami commun. Il a organisé cette fête, il nous a invités, on s’est rencontrés. » Ils ont causé, échangé, un peu rigolé. Sans aller plus loin. Ghislain était encore en couple lors de cette première rencontre. « Son histoire était intéressante mais je n’avais aucun intérêt à aller plus loin. Il est parti en Roumanie et je lui ai souhaité bon courage pour la suite », se remémore Angela. Un « soleil » venu de l’Ouest L’histoire aurait pu s’arrêter là, comme tant d’autres. Mais il était écrit quelque part que Bogotá et Reichshoffen devaient faire un (très) gros bout de chemin ensemble. Un mois après cette première rencontre, Ghislain revient à Paris. La discussion reprend avec un détail d’importance : il est à nouveau célibataire. « Là, il est devenu très intéressant », glisse Angela avec son regard rieur. La suite ? Une sorte de mélange entre Lost in Translation, La La Land et Amélie Poulain. « On a marché dans les rues de Paris, on est montés jusqu’à Montmartre, jusqu’à se perdre. On s’est spontanément mis à danser comme ça, sans réfléchir. » Ghislain le romantique oui, mais Ghislain l’Alsacien d’abord. Cette inoubliable virée piétonne dans les ruelles parisiennes se termine autour d’un bon Picon bière bien d’ici. Angela ne connaissait pas ce breuvage, elle adore. Pas de chichi, un bonheur simple autour d’une mousse aromatisée. « Ça, c’est carrément nous ! », lancent-ils en chœur. Et un état d’esprit : l’optimisme, la volonté d’aller de l’avant, la détermination. Pour Angela, c’est juste une évidence. « Mes parents ont vécu des choses difficiles, en Colombie. Alors, si tu as un toit, de quoi manger et une famille qui t’aime, tu te dis que tu n’as pas le droit de te plaindre. Et puis, comme me disait ma mère : un sourire, c’est gratuit. Alors, autant sourire ! » Ce trait de personnalité a particulièrement séduit Ghislain, lui-même très optimiste de nature : « Je préfère les gens joyeux et entraînants ! » Surtout avec un beau regard vert pétillant comme celui d’Angela. Douze ans après, Ghislain est toujours sous le charme. « La première fois que je l’ai vue, c’était en photo. J’ai été foudroyé par sa beauté. C’était un soleil venu de l’Ouest ! », admet-il. Pour Angela, l’effet « whaou » devant la beauté de son amoureux s’est conjugué avec sa grande capacité d’écoute. « La deuxième fois qu’on s’est vus, il s’est rappelé avec précision tout ce qu’on s’était dit la première fois, jusqu’aux noms des personnes de ma famille. C’est l’une de ses plus grandes qualités, encore aujourd’hui. » Cinq mois plus tard, une certitude : c’est elle/lui. Il la demande en mariage. Elle dit oui. Vulnérabilité et écoute Ghislain retourne en Roumanie, laissant Angela terminer ses études en France. Après un an passé à distance, elle le rejoint là-bas. Après Bogotá, Rennes et Paris, direction le Judetul Vâlcea, au cœur de la campagne roumaine, pour participer à la « renaissance » du domaine Avincis. Elle est embauchée pour s’occuper du marketing, sans en avoir fait auparavant. « Pour me faire venir, les propriétaires ont eu la bonne démarche de m’inclure dans le projet », explique-t-elle. Mais la transition est difficile pour elle. « À la base, je suis une maxi-citadine. À aucun moment, je ne m’imaginais aller vivre un jour à la campagne. » Et quelle campagne : la capitale, Bucarest, est à 200 kilomètres, le premier village est à 10 kilomètres. « Pour qu’une Colombienne, qui rêvait de vivre à Paris, accepte d’aller au fin fond de la Roumanie, il faut être sacrément amoureuse quand même… » Sur place, ses sentiments sont mis à rude épreuve. Très loin de sa famille, loin de la ville, le moral d’Angela en prend un coup. Elle vit des moments « obscurs », son ego en prend un coup. Elle qui se voyait faire carrière dans l’économie, la gestion et les relations internationales se retrouve à être la « femme de » pour certaines personnes. En face, Ghislain entend, écoute, comprend. « J’étais sur mon petit nuage tandis qu’elle était triste. Il fallait trouver une solution qui nous permette d’aller de l’avant. C’est une épreuve qui nous a fait grandir et qui a fait évoluer notre dynamique de couple. On est devenus plus forts pour la suite », relève le jeune vigneron. À ce moment-là, Angela s’inscrit à un master en commerce international vins et spiritueux à Dijon. Pendant un an et demi, elle se forme, elle apprend… et retrouve Paris une fois par mois. « Je reprenais une bouffée de CO2 », s’amuse-t-elle encore aujourd’hui. L’Alsace, sinon rien Dès le début, cette expérience roumaine devait être temporaire. « On s’est dit : OK, on y va ensemble, mais ensuite, on monte notre propre projet. » En juillet 2017, ils reviennent en Alsace chez les parents de Ghislain avec leur premier fils Mathis, des idées plein la tête et beaucoup de bonne volonté. Ils auraient pu choisir un autre vignoble où s’installer, mais l’Alsace a toujours été la seule et unique option à leurs yeux. « Déjà, j’ai de la famille ici. Et puis, il y a la richesse du terroir, des cépages… », justifie Ghislain. Manque l’élément essentiel : le foncier. Quand on n’est pas du milieu, surtout en Alsace, mettre la main sur des parcelles de vigne n’est pas la chose la plus aisée. Sauf quand le destin fait bien les choses. À force de passer des coups de fil et de frapper à des portes, leur horizon s’éclaire. Le viticulteur Gilbert Beck souhaite se délester de ses cinq hectares situés à 500 mètres d’altitude, au-dessus d’Albé. Dans le même temps, ils font la connaissance de Pierre Sperry et son épouse, leurs « anges gardiens », vignerons retraités à Bleinschwiller, qui acceptent de leur louer leur cave pour vinifier leurs vins. Le projet Moritz-Prado peut enfin démarrer, non sans quelques réserves d’Angela qui souhaitait plutôt s’installer le long de la Route des vins. Ses doutes sont rapidement levés lorsqu’ils s’installent dans l’appartement situé au-dessus de l’ancienne école d’Albé. « Quand on est arrivés dans le village, les gens étaient délicieux avec nous, contents de voir des jeunes arriver et s’installer pour durer. » Le bonheur en famille… et à deux Depuis, la famille s’est agrandie avec l’arrivée d’Elias, et le domaine Moritz-Prado est sorti petit à petit de l’anonymat. La première récolte 2018 démarre fort autour d’un super millésime ; 30 000 bouteilles sont produites autour de dix vins différents. Ils fidélisent leurs premiers clients : un tiers de particuliers, un tiers de restaurateurs et un tiers à l’export. Ils passent en bio en 2019 avant d’évoluer vers la biodynamie en 2020 et leurs premières expérimentations en vins nature. La crise du Covid-19 interrompt ce bel élan. Comme pour de nombreux confrères vignerons, l’année est difficile. Mais ils tiennent bon et gardent la foi dans leur projet. « Si on reste dans la peur, on ne fait rien de toute manière », observent-ils. Toujours regarder devant soi, avec le sourire. Un avenir qui se matérialisera bientôt dans leur propre cave - et maison - qui doit prochainement sortir de terre à Albé. Grandir oui, mais à taille humaine. « Cinq hectares, ça nous suffit. On ne court pas après la quantité, du moment que l’entreprise est rentable. » Pas question de faire l’impasse sur le bonheur familial et, quand ils ont un peu de temps pour eux, sur le plaisir d’un rendez-vous en tête-à-tête. « Sur une année, cela doit désormais se compter sur les doigts d’une main. C’est quand on fait des salons en France ou à l’étranger qu’on en profite le plus pour se retrouver tous les deux. Ça reste dans le cadre du travail, c’est vrai. Mais vu qu’on prend du plaisir à ce que l’on fait, ce n’est que du positif au final ! »       La saison de #taille a officiellement commencé chez @maisonmoritzprado Pour nous donner bonne conscience, on s'est... Publiée par Maison Moritz Prado - Vins d'Alsace sur Dimanche 27 décembre 2020    

Gaspard et Lauren

Coup de foudre aux Embetschés

Publié le 11/02/2021

L’histoire de Gaspard et Lauren a le doux parfum des comédies romantiques qui font rêver, en cette période de Saint-Valentin. Des plaines du Wisconsin aux montagnes vosgiennes, il aura fallu des chèvres, quelques heureux hasards, saupoudrés d’une dose d’aventure, pour que ces deux-là se trouvent.

Lauren Engel, 33 ans, a grandi dans les plaines du Wisconsin, État au nord des États-Unis, au bord du lac Michigan. Capitale : Madison. Elle choisit d’étudier le marketing, s’installe à Chicago, puis à Washington. Elle devait s’établir à Denver mais il y a eu un léger changement de programme. Car, voyez-vous, Lauren a la vingtaine aventureuse. En 2013, elle prend son sac à dos à la découverte de l’Europe. Fille d’horticulteur, elle opte pour le wwoofing. Ce mode de voyage alternatif en est alors à ses débuts : contre le gîte et le couvert, des bénévoles s’initient pendant quelques semaines à l’agriculture biologique en prêtant main-forte sur une exploitation. Lauren passe par l’Irlande, l’Angleterre, l’Espagne. Mais la jeune femme a aussi « très envie d’apprendre à faire du fromage mais pas n’importe quel fromage » : du fromage français, pardi ! Elle contacte un petit élevage de chèvres bio dans les Vosges… « D’habitude, 5 à 6 mois à l’avance, les places étaient prises ! Mais quand Lauren a appelé, une place venait de se libérer ! », se souvient Gaspard, encore étonné de ce hasard. Gaspard Schmitt, 40 ans, a grandi sur la ferme familiale, avec sa petite sœur Salomé. Il a étudié l’agronomie à Nancy, puis l’aménagement et le développement du territoire à Pau. Il rejoint l’exploitation en 2004, s’installe en 2008. Frère et sœur sont aujourd’hui cogérant de l’EARL Chèvrerie des Embetchés, avec Thierry Hager, associé historique de leurs parents. Dominique et Élisabeth Schmitt ont fondé la ferme en 1978, débutant avec seulement huit chèvres. Aujourd’hui, l’activité s’est diversifiée. Aux chèvres qui se comptent aujourd’hui au nombre de 130, se sont ajoutés 95 moutons, 100 cochons, ainsi qu’un élevage de 30 chevaux, des poneys welsh pour la plupart ; et enfin des chiens bergers australiens. Tout ce beau petit monde est élevé en plein air, sur une exploitation de 100 ha. Côté bâtiments, à chaque élevage le sien. On en dénombre trois principaux, plus l’écurie, pour environ 1 500 m2 en tout. Aux Embetschés, c’est un véritable petit hameau qui s’est développé au fil des années, mêlant bâtiments agricoles et maisons familiales. 5 semaines ensemble Mais revenons à notre histoire. C’était en 2013. Lauren passe alors cinq semaines aux Embetschés. Assez pour que les jeunes amoureux s’engagent dans une valse, entre Alsace et Wisconsin. Pendant un an, ils font des allers-retours. Lauren envisage de s’installer en France. « J’avais dans l’idée de vivre à Paris ou à Strasbourg, de faire les trajets. Mais on a vite compris que ça ne marcherait pas », se souvient-elle. La distance n’est pas le seul obstacle. Lauren ne parle pas français, pas facile non plus d’avoir un visa. Pour résoudre ce détail administratif, le couple se marie rapidement, le 28 août 2015. Et puis, Gaspard a déjà deux filles, Carmen et Marjane, aujourd’hui 8 et 11 ans. « Devenir belle-mère, ça faisait partie du deal, souligne Lauren. Ça n’a pas toujours été simple mais elles m’ont appris tellement de choses. » À commencer par la langue. C’est à travers des livres pour enfants, avec pour professeurs intransigeantes Carmen et Marjane, que Lauren a appris. Elle parle aujourd’hui parfaitement français, gardant une touche d’accent qui a son charme. « Lauren leur offre aussi toute une ouverture sur le monde », affirme Gaspard. Ainsi qu’une nouvelle famille outre-Atlantique. Sa famille, Lauren ne l’a d’ailleurs pas vue depuis plus d’un an maintenant, à cause de la pandémie de Covid-19. Elle attend avec impatience de pouvoir les voir, autrement qu’à travers un écran. « Ils sont fascinés par la vie à la ferme, parfois plus intéressés d’avoir des nouvelles des chèvres que de moi », s’amuse Lauren. Là-haut Les 120 000 l de lait de chèvres produits annuellement sont transformés en fromage sur la ferme. La fromagerie, c’est d’ailleurs le prochain grand chantier. Elle doit doubler pour atteindre 160 m2. Mais ne parlez pas à Gaspard d’expansion, c’est avant tout pour améliorer leurs conditions de travail que chaque changement est envisagé. Un agrandissement pour laisser plus de place aux cochons par-ci, un autre pour faciliter le travail par-là. « Je veux optimiser plutôt que développer », tranche Gaspard. Il cite en exemple le faible taux de renouvellement de ses chèvres, entre 15 et 20 %. « Certaines ont 15 ans ! En bio, c’est important de compter sur ces animaux qui gagnent en résistance », explique-t-il. Les trois cogérants se dégagent aujourd’hui un salaire, après plusieurs années dans le rouge à chercher le bon équilibre. Le circuit court, et en particulier la commercialisation d’une bonne partie des produits au Cellier des montagnes à Lapoutroie, est une des clés. Gaspard est d’ailleurs le président de ce magasin coopératif, qui incite à l’investissement de tous les producteurs dans son fonctionnement, c’est la raison de sa réussite selon l’éleveur. 70 % des fromages sont aussi vendus dans plusieurs magasins bio, chez Leclerc et Grand frais. L’élevage de porc doit lui, ses débuts au restaurant étoilé Buerehiesel à Strasbourg qui cherchait un producteur de qualité pour sa table. « C’était aussi un moyen de valoriser le petit lait des chèvres », précise Gaspard. Les porcs sont abattus à Cernay, l’éleveur se charge de la découpe. Une partie de la production est sous-traitée à des bouchers pour être transformée en lard fumé et autres boudins. La viande de porc, mais aussi celles de chevreau et d’agneau, sont commercialisées au Cellier des montagnes. Un bonheur n’arrive jamais seul Pour sa part, Lauren télétravaille pour Quantis, une entreprise qui accompagne des organisations comme Nestlé, Danone ou Unilever, vers le développement durable. En ce moment, Quantis développe, par exemple, un outil pour aider les grandes cultures à mieux maîtriser leur empreinte carbone. Un emploi pas si éloigné des préoccupations de la ferme finalement. « Que la ferme soit en bio, c’était important pour moi, explique Lauren. C’est aussi bien que Gaspard comprenne ce que je fais. Le soir, on peut discuter de notre travail, échanger. » Et il faut écouter Gaspard parler de son travail pour voir tout ce que Lauren lui a apporté. « À 33 ans, je me suis demandé dans quelle mesure je changerai. Je savais que j’étais raide amoureux », se souvient Gaspard, qui ne porte toujours pas de chapeau de cow-boy. « Finalement, je suis plus organisé, et ça a un vrai impact professionnel. Je suis très admiratif de Lauren, elle m’a appris qu’en faisant bien les choses, on laisse de la place aux rêves. » Il cherche surtout à se dégager du temps libre. « Le but ultime, ce sont les 35 heures », rit Gaspard. Si pour un éleveur, cela relève de l’utopie, le fonctionnement de l’exploitation permet à Gaspard et Lauren de partir quelques semaines aux États-Unis, tous les deux ans. « Là-bas, il y a des fermes immenses, comme on les imagine. Les grands céréaliers alsaciens font pâle figure à côté. Mais il y a aussi une grande communauté amish qui pratique une agriculture plus traditionnelle », témoigne l’éleveur. Pour Lauren, c’est à n’en pas douter le sourire de Gaspard qui l’a séduite. « Il m’a rendu ma bonne humeur, ce n’est pas le cas de tous les Français, rougit la jeune femme. Je suis impressionnée par son travail sur la ferme, sa vision, sa détermination. » Et de conclure : « En venant ici, je percevais une vie drôle et aventureuse. Surtout, je n’avais besoin de renoncer à rien de ce que je suis. On a créé un bel équilibre, on apprend toujours l’un de l’autre. » P.S. I love you Les Embetschés accueille toujours des wwoofeurs, comme depuis une dizaine d’années. Un carrefour du monde, sur les hauteurs de Lapoutroie, qui donne lieu à de belles rencontres. Parfois pour quelques jours, parfois pour la vie. « Le monde vient à nous », dit Gaspard. « Pour moi, c’est l’occasion de continuer à croiser de nombreuses nationalités », enchérit Lauren. « Mais c’est assez fatigant de toujours réexpliquer notre travail aux bénévoles, peut-être que cela se fera moins souvent à l’avenir. » Et Lauren de compléter avec un regard complice : « Alors j’ai vraiment eu beaucoup de chance. »       ? TÉMOIGNAGE Pauline est venue faire du wwoofing à la ferme des Embetschés alors que s'annonçait tout juste le deuxième... Publiée par la chevrerie des Embetschés sur Jeudi 3 décembre 2020  

Publié le 10/02/2021

Avec la crise du Covid-19, plusieurs initiatives ont vu le jour pour faciliter l’achat des produits locaux via internet, avec des fortunes diverses à l’arrivée. Focus sur coeur-fermier.com et leforumdulocal.fr, deux plateformes alsaciennes lancées par des jeunes entrepreneurs désireux de « faciliter l’accès aux circuits courts de qualité ».

Après la « bulle internet » du début des années 2000, la bulle circuits courts ? Si la tendance du « manger local » est à la hausse depuis quelques années maintenant, l’année 2020 a vu la demande s’envoler pendant le premier confinement décrété pour lutter contre l’épidémie de Covid-19. Du jour au lendemain, de nombreux consommateurs se sont tournés vers les magasins de producteurs, livraisons à domicile et autres drives pour s’approvisionner en denrées alimentaires. Profitant de cet engouement soudain, des initiatives ont émergé, dans l’urgence pour certaines, pour créer des plateformes internet facilitant l’achat de produits fermiers. Jean-Luc Parthonneau, conseiller en circuits courts à la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA), le confirme : depuis le déconfinement, son service est régulièrement sollicité par des personnes désireuses de créer leur plate-forme de vente en ligne. « Parmi eux, on sent clairement qu’il y a des opportunistes, des gens qui veulent surfer sur la vague. Et il y a aussi des gens plus sérieux. » Il est vrai que le marché des circuits courts en France a de quoi aiguiser les appétits avec un chiffre d’affaires annuel estimé entre 1,8 et 2 milliards d’euros. De la visibilité « gratuite »… Installé en Alsace depuis deux ans, Mathieu Kleinhentz a créé le site coeur-fermier.com pendant le premier confinement. Le jeune homme de 24 ans, formé aux métiers du marketing et du multimédia, se retrouve subitement sans emploi à cause de la crise du Covid-19. « J’avais tout à coup du temps devant moi alors que les artisans et petits commerces se retrouvaient en difficulté. J’ai alors réfléchi à la meilleure manière d’être utile en mettant à profit mes compétences techniques. » Son idée de base était claire : apporter une visibilité sur internet aux producteurs pour leur permettre d’écouler leurs stocks avec une boutique en ligne facile à utiliser. Il monte le site en seulement trois jours et trois nuits et réussit à convaincre une quinzaine de producteurs de se joindre à l’aventure. Malheureusement pour Mathieu, le déconfinement met un coup d’arrêt à son projet. « Tous les producteurs sont partis aussi vite qu’ils sont venus, sauf un qui est toujours là aujourd’hui », témoigne-t-il. Pas découragé pour autant, il se met en quête de nouveaux membres, sans succès. « Le problème est que beaucoup de personnes et d’agences de communication se sont lancées au même moment dans des projets similaires. Du coup, les personnes qu’on contactait étaient très sceptiques sur notre démarche. On a donc préféré mettre le projet en stand-by pour le relancer en 2021. » L’idée est de rendre le site totalement gratuit pour le producteur, sans commission à reverser. Un choix surprenant et parfaitement assumé par Mathieu Kleinhentz. « Ce que je souhaite en priorité, c’est mettre à profit mes compétences techniques pour aider les agriculteurs à vendre leurs produits. Évidemment, si j’avais la possibilité de gagner un peu d’argent avec ce site, ça permettrait d’ouvrir de nouvelles perspectives de développement. Mais si je n’arrive pas jusque-là, ce n’est pas grave. J’ai réussi à retrouver un emploi fixe. Ce site, c’est juste du bonus pour moi. S’il donne de la visibilité à un producteur, c’est déjà beaucoup. Tout ce que je souhaite, c’est apporter ma pierre à l’édifice des circuits courts. »   ? Roulement de tambour ... ? La boutique est officiellement en ligne ! ? Rendez-vous très vite sur notre site pour... Publiée par Coeur Fermier sur Lundi 20 avril 2020   … à la gestion de la logistique… À Soultz, dans le Haut-Rhin, Fanny Sperry et Sébastien Bringel ont imaginé une manière un peu différente de soutenir les agriculteurs : toujours un site internet avec leforumdulocal.fr, dans lequel les producteurs n’ont cette fois pas grand-chose à faire. « Notre idée est simple : faciliter au maximum l’achat de produits locaux à tous les consommateurs qui n’ont pas forcément le temps d’aller aux points de vente à la ferme ou aux marchés. » Âgés de 27 et 25 ans, Sébastien et Fanny font partie de cette génération habituée au confort d’internet : on surfe, on clique, on est livré quelques jours plus tard. Une facilité d’achat qu’ils n’ont pas trouvée lorsqu’ils sont revenus en Alsace, en 2019, après leurs études. « On avait du mal à trouver un magasin à proximité de chez nous, où il n’y avait que des produits locaux. On a alors réfléchi à un service qui répondrait à ce besoin », témoigne Sébastien. Comme Mathieu Kleinhentz, c’est le premier confinement qui les a poussés à passer à l’action. « Nos CDD venaient de se terminer et on était à la maison. On s’est alors demandé comment on pouvait être utiles à la société. » Formés à la gestion, à l’économie et à la création d’entreprise, Fanny et Sébastien lancent un financement participatif pour monter leur projet et obtiennent le soutien de l’association France Active Alsace et du Crédit Mutuel. Leur étude de marché est bien réfléchie. Pour se démarquer et convaincre les producteurs de travailler avec eux, ils articulent toute leur démarche autour d’un argument principal : ce sont eux qui gèrent la logistique de la ferme au client.   [La tournée des producteurs] ? Chaque semaine, nous avons opté pour la recherche des produits directement chez nos... Publiée par Le Forum du Local sur Jeudi 14 janvier 2021   … aux marges « réduites » Les achats se font uniquement en ligne, en fonction des produits à disposition, du jeudi au dimanche. La commande est ensuite transmise aux producteurs avant d’être récupéré par Sébastien. « On s’est dit que les agriculteurs étaient suffisamment occupés comme ça, et qu’il fallait leur faire gagner du temps. On s’occupe du conditionnement et de la livraison avec notre camionnette dans un rayon de trente kilomètres autour de Guebwiller. » Le concept plaît et détend des agriculteurs un peu sur la réserve au début. « On sort de nulle part, personne ne nous connaît, c’est normal. Il y a tout un travail de légitimité et de confiance à créer. » Depuis le lancement au mois d’octobre, une trentaine de producteurs ont accepté d’apparaître sur ce site. Contrairement à Cœur Fermier, celui-ci est payant moyennant une commission sur chaque vente. « Mais dans la mesure où nous travaillons en flux tendu, sans stock, on n’est pas obligé de pousser les prix. Nos marges ne sont pas aussi importantes qu’un magasin physique », développe Sébastien. Les charges de cette jeune entreprise sont réduites au strict minimum : la camionnette, l’hébergement du site internet et un petit local de 130 m2 qui permet de stocker les commandes en attendant leur retrait ou livraison. Par contre, pas encore de salaire pour les deux jeunes entrepreneurs. « Pour l’instant, on arrive à vivre grâce aux indemnités chômage que nous percevons, mais notre entreprise est viable économiquement. » Pour pouvoir se rémunérer, il leur faudrait 70 clients fidèles par semaine. Ils en ont 25 pour l’instant, de profils très divers, et la tendance semble prometteuse pour la suite. « On s’aperçoit qu’on a plus de commandes et des plus gros paniers moyens que ce qui avait été calculé. On est dans le bon rythme pour atteindre notre objectif : faciliter l’accès à des produits locaux de qualité », s’enthousiasme Sébastien.

Pages

Les vidéos