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Bière Elsass

Un secret 100 % local

Publié le 21/06/2021

La bière Licorne Elsass a cette particularité qu’elle est fabriquée intégralement à partir d’orge alsacienne. Cette méthode inédite résulte d’un partenariat entre la brasserie de Saverne et le collecteur de céréales Armbruster. Alors que cette boisson, populaire dans la région, retrouve le chemin des terrasses et s’apprête à fêter son 15e anniversaire, nous en dévoilons quelques secrets.

« Pas très acide. Un peu amer, mais pas trop. Un goût de pils classique, très rafraîchissant et parfait pour l’heure », m’a lancé un adepte de bière, un de ces soirs de forte chaleur, quand je lui ai demandé son avis sur la Licorne Elsass. Mon goûteur n’est ni alsacien, ni français, alors ses repères sont d’ailleurs, mais il fut ravi d’apprendre que la bière dégustée en cet instant était unique en Alsace, car produite à base de céréales locales. C’est d’ailleurs pour cette raison que la brasserie Licorne a lancé ce produit en 2007. « Nous ne parlions pas encore de bilan carbone ou de valorisation de circuit court, mais nous avons eu la volonté de sortir une bière dont les matières premières viendraient exclusivement d’Alsace. À l’époque, c’était aussi un moyen de réimplanter l’orge brassicole dans la région », détaille Fabrice Schnell, le directeur technique de la brasserie, précurseuse. Pour ce faire, la maison a passé un partenariat avec le Comptoir agricole d’Alsace et Armbruster, des collecteurs de céréales. « Alors, les premiers champs d’orge se trouvaient à Lochwiller, juste à côté de la brasserie », se souvient Marie Lemaire, chargée de produit à la Licorne. Aujourd’hui, seul le deuxième acteur approvisionne la brasserie, avec 300 T d’orge par an. Cette quantité, cultivée par une vingtaine d’agriculteurs haut et bas-rhinois, répond à certains critères bien précis. Un calibre tout en finesse « Le taux de protéines contenu dans le grain doit être compris entre 9,5 % et 11,5 %, une fourchette réduite qu’il faut respecter, sans quoi le maltage ne donnera pas du tout le même résultat », note Sonia Akkari, responsable céréales marché, chez Armbruster. Une valeur trop faible pénaliserait la quantité d’enzymes ainsi que l’activité des levures, et engendrerait des problèmes de fermentation et des défauts de mousse. Au contraire, des teneurs trop élevées en protéines peuvent réduire la quantité d’amidon disponible, et provoquer une mauvaise filtration et, par ricochet, des troubles dans la bière. « À la récolte, nous menons des analyses, et au moment où le grain entre dans le silo, nous connaissons exactement sa quantité protéique », ajoute Sonia Akkari. L’attention que requiert l’orge brassicole ne s’arrête pas là. Sa taille doit dépasser 2,5 mm. Plus sa taille est élevée, plus sa quantité d’amidon sera importante, l’amidon étant la source de glucide pour la production d’alcool par les levures. « Les grains sont aussi nettoyés pour enlever les impuretés », note la responsable céréales marché, pour assurer l’homogénéité de la vitesse de germination et donc du malt. Autant d’exigences que la brasserie Licorne et Armbruster ont su affiner au fil des années. « À plusieurs reprises, nous avons visité les champs et rencontré les agriculteurs, et eux sont venus à la brasserie pour trouver le meilleur équilibre dans la production », raconte Fabrice Schnell. Ces travaux collectifs ont notamment abouti à un changement de la variété d’orge cultivée pour la précieuse Elsass, en 2020. Un partenariat mature « Souvent, l’orge utilisée par les brasseries provient d’Allemagne, et même si on souhaitait produire 100 % de nos bières avec de l’orge alsacienne, ce ne serait pas possible, car nous n’en produisons pas assez. En plus, c’est une culture très sensible, soumise aux aléas climatiques, mais avec cette collaboration, nous avons atteint une certaine maturité », affirme le directeur technique de la Licorne, non sans un brin de fierté pour cette aventure qui valorise tout un territoire du nord au sud, puisque le houblon, quant à lui, vient d’Obernai. « Elle doit être la seule bière du marché français à avoir une équation carbone aussi faible », souligne ce dernier. De plus, avant d’arriver dans les fûts de Saverne, l’orge collectée par Armbruster passe par la malterie Soufflet, à Strasbourg. « En termes de goût, cette filière locale apporte une note de caramel à la bière, trouve Marie Lemaire. Et, même si c’est une bière blonde, elle en ressort dorée. » La bière Elsass, désormais labellisée « Savourez l’Alsace - Produits du terroir », semble s’entourer d’une certaine magie. « Contrairement à d’autres bières, nous ne mélangeons pas les variétés d’orge et nous stoppons la fermentation quand le taux d’alcool est atteint. Nous n’ajoutons ni eau, ni sucre. C’est l’amidon qui se transforme en maltose, et nous prenons le résultat comme la nature nous l’a donné, c’est top », s’enthousiasme Fabrice Schnell, sans révéler davantage de secrets quant à la recette de l’Elsass. Il semble que les consommateurs apprécient ce doux breuvage avec tous ses mystères, car même si la production d’Elsass reste minime, 10 000 hl/an, par rapport au produit global de la brasserie d'un million d’hectolitres par an, les chiffres confortent la brasserie et Armbruster dans leur audace. « Entre 2019 et 2020, avant le confinement, la consommation a progressé de 20 %, ce qui, au sein du groupe, la place en 3e position après la Licorne classique et la Licorne black sur le marché des cafés, hôtels et restaurants. Et pour la petite anecdote, l’Elsass s’exporte jusqu’en Californie, où les habitants ont eu un coup de cœur pour », se réjouit Marie Lemaire. De l’Elsass aux États-Unis, la Licorne et Armbruster ont réussi leur pari. Les deux gardent toutefois bien en tête les racines locales de leur projet. Ils se sont d’ailleurs aussi associés à la sucrerie Erstein pour proposer une version « Panaché » de l’Elsass.

Ferme Vierling à Schnersheim

Un amour d’échalote… et pas que !

Publié le 20/06/2021

« Il vaut mieux se perdre dans sa passion que de perdre sa passion », dit d’emblée Jean-François Vierling. L’agriculteur de Schnersheim a fait sienne cette citation de Saint Augustin. « L’échalote, c’est ma grande passion », ajoute-t-il, émerveillé par sa beauté. Son épouse Régine la vend en direct à la ferme. Grossistes et GMS s’arrachent le reste.

« C’est beau l’échalote ! Je suis amoureux de cette culture. Je viens tous les jours voir comment elles poussent », dit Jean-François Vierling, alors qu’il embrasse, d’un regard, ses lignes d’innombrables fines pointes vertes dressées vers le ciel. L’agriculteur de 62 ans est un romantique. Il embraye d’ailleurs, sans transition, sur sa rencontre avec Régine, son épouse, 54 ans, « à Strasbourg, sur la place Kléber, lors d’une Opération sourire, avec les JA, un autre soleil m’a ébloui ». Fils et fille d’agriculteurs, elle d’Ichtratzheim, lui de Schnersheim, ils travaillent ensemble depuis 1990. La retraite n’empêche pas Jean-François d’être salarié et très actif. « C’est une grande force dans l’agriculture de travailler ensemble », constate l’homme qui a pris exemple sur ses parents. Céréalier, il s’est diversifié, grâce à l’échalote et à l’ail dans les années 1980. En 2000, le magasin de vente à la ferme est créé, suite à la demande des consommateurs. Régine commence à vendre leurs productions, puis élargit l’offre en produits locaux. Les Vierling sont parmi les premiers Alsaciens à ouvrir leur magasin à la ferme. Tout y est soigné, décoré avec goût. La Sapam leur livre les fruits et légumes de France qu’ils ne cultivent pas eux-mêmes et qu’on ne trouve pas dans la région. Mais au fur et à mesure de l’agrandissement du potager des Vierling, l’offre locale devient plus abondante. En août, on pourra acheter leurs melons et pastèques, par exemple. « Un délice », certifie Régine. Le maraîchage, le commerce de proximité et les ressources humaines, c’est elle. À Jean-François, les cultures.     Liberté chérie « Quand je suis dans mes champs, je suis libre. Je suis dans la nature. J’ai une vue imprenable. Je vois seize villages alentour, la cathédrale de Strasbourg, le lever du soleil. Je peux me coucher à n’importe quelle heure, la nuit, je me lève avec plaisir à 5 h 30, pour biner les allées des échalotes », confie Jean-François. Elles ne sont plus désherbées chimiquement depuis de nombreuses années, puisque Jean-François utilise le paillage plastique. Les avantages de ce paillage ? L’eau s’écoule le long des échalotes, les bulbes restent au sec mais la terre garde l’humidité. Jean-François se passe donc aussi d’irrigation. Et aucun besoin d’insecticide : « À 45 °C, sous le plastique, les mouches ne restent pas », s’exclame l’agriculteur. Sur les légumes, Jean-François a baissé l’IFT (indice de fréquence de traitement) de 85 %, assure-t-il, grâce au paillage plastique et à l’observation. Dans les blés, il n’utilise plus de désherbant non plus, grâce à une herse étrille achetée en commun avec plusieurs agriculteurs. « Quand une plante pousse de manière homogène, elle donne le meilleur d’elle-même », pointe-t-il. Le retraité salarié parle, par exemple, de ses betteraves. En 2020, il les a semées mi-mars, elles ont levé avec l’humidité du sol. Elles étaient fortes et n’ont donc ni subi les pucerons, ni la jaunisse qu’ils engendrent. « Il faut toujours être précurseur : anticiper, c’est l’arme fatale », conclut Jean-François Vierling, qui n’attend pas que la réglementation impose quoi que ce soit pour réduire les intrants. Ses trois filles, Marie, Cécile et Julie, qui ont entre 24 et 30 ans, encouragent leurs parents dans cette voie. Pour l’heure, les époux Vierling réfléchissent à ensacher les échalotes, aulx, oignons, dans de nouveaux filets et emballages bio et photodégradables, comme la loi l’exigera d’ici peu. Quant aux choix de l’échalote et de l’ail, Jean-François déclare encore : « Il y avait un créneau à prendre. La grande distribution a accueilli les produits à bras ouverts. Nous étions seuls, six à sept ans durant ».  

Millésimes Alsace Digitasting

Un très bon bilan selon le Civa

Publié le 19/06/2021

Avec 3 750 visiteurs professionnels dont 1 050 professionnels français, et 2 700 visiteurs en provenance de 55 pays, le Civa se dit très satisfait de Millésimes Alsace Digitasting et réfléchit à une nouvelle édition améliorée. Les utilisateurs peuvent toujours utiliser la plateforme digitale pour poursuivre les entretiens.

Pour la première mondiale de Millésimes Alsace Digitasting, le Civa a accrédité plus de 3 750 visiteurs professionnels français et internationaux (importateurs, cavistes, restaurateurs et hôteliers, sommeliers, centrales d’achat, distributeurs et grossistes spécialisés…). Dès le lancement des inscriptions en mars, le salon avait connu un succès immédiat : au bout d’une semaine seulement, le salon avait déjà accrédité plus de 900 visiteurs. Et l’engouement s’est confirmé en mai, puisque dès l’ouverture des plannings en ligne des producteurs alsaciens, ce sont plus de 2 000 rendez-vous qui ont été pris, se félicite le Civa. Parmi les visiteurs, notons 30 % de Français et les 70 % en provenance des États-Unis, du Royaume-Uni, d’Italie, du Canada ainsi que de Taïwan. Mais également des marchés plus « exotiques » tels que le Pérou, l’Inde, le Népal, le Paraguay… « Un rayonnement mondial, pour un projet conçu 100 % en local », écrit le Civa « appuyé par toute la filière » sous la maîtrise d’œuvre de l’interprofession. 100 % mondial et 100 % local La logistique et le transport des échantillons ont été gérés par des partenaires à Molsheim et à Colmar, la conception digitale par une entreprise strasbourgeoise, la mise en bouteille par un expert situé dans le Bas-Rhin, la conception photo par un atelier basé à Soultzmatt, le travail de vidéo par une agence basée à Sainte-Croix-aux-Mines, les coffrets par un fournisseur colmarien, les visioconférences enregistrées depuis Ingersheim avec des intervenants situés partout dans le monde (Californie, Canada, Suisse). « Cette initiative est une étape de plus pour redire au monde entier que l’Alsace est de retour ! Mais quand on regarde les chiffres, on voit que les visiteurs français ont été un peu moins présents. La relative retenue du public français est peut-être la seule réserve, émet Didier Pettermann, président du Civa. Mais nous sommes persuadés qu’ils changeront leur regard rapidement sur ce qu’est capable de faire l’Alsace. » « Clairement, l’Alsace poursuit son émancipation, et continue de se libérer des codes pour contribuer à inventer les codes de demain », ajoute Philippe Bouvet, directeur marketing du Civa. Et comme le disait une vigneronne, « l’image de ce salon va bien au-delà des 3 cl contenus dans chaque flûte ». Pour lui, le vignoble semble avoir « franchi un cap », d’autant que « les retours des exposants comme des visiteurs sont extrêmement positifs ». Les visiteurs saluent l’audace du vignoble alsacien à travers la qualité générale du salon. D’ores et déjà, l’interprofession réfléchit à de nouvelles déclinaisons de la marque Digitasting. Sans néanmoins occulter que « le besoin de se retrouver en présentiel reste fort », le directeur du Civa, Gilles Neusch constate que des rendez-vous initiés par la plateforme continuent d’avoir lieu. Millésimes Alsace Digitasting constitue donc un investissement de long terme pour le vignoble alsacien. « Mais au regard de l’ampleur de ce dispositif, nous allons d’abord identifier ce que nous aurions pu mieux faire, et ce que nous pourrions faire encore mieux à l’avenir ! »    

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