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Révision des tarifs de rachat d’électricité verte

Coup de tonnerre sur le photovoltaïque

Publié le 18/06/2021

L’État français a dénoncé les contrats de tarif de rachat de l’électricité photovoltaïque qui garantissaient les tarifs sur 20 ans pour les investisseurs pionniers. Outre le non-respect du contrat, selon les agriculteurs victimes, c’est l’esprit d’entreprenariat qui serait durablement pénalisé.

Jugés excessifs par le ministère de la Transition écologique, les tarifs de rachat d’électricité photovoltaïque pour les contrats conclus entre 2006 et 2011, sur les installations de plus de 250 kW, font actuellement l’objet d’un projet d’arrêté sur la révision tarifaire. Qui lui-même fait l’objet d’une consultation publique jusqu’à ce vendredi 18 juin. La Chambre d’agriculture et la FDSEA du Bas-Rhin donnaient rendez-vous chez Christian et Roger Trautmann à Lembach le 4 juin dernier, au pied de leur installation photovoltaïque, pour illustrer le problème et exprimer l’indignation générale du monde agricole, par la voix de Christian Binder, qui préside l’observatoire du photovoltaïque en Alsace, et Gérard Lorber, en charge des dossiers syndicaux.     Une baisse de 60 % En Gaec sur 180 ha, dont 100 d’herbe et 350 têtes de bétail dont une centaine de mères, les frères Trautmann décident en 2011 d’investir dans le photovoltaïque. À l’époque, les panneaux coûtent six fois plus qu’aujourd’hui. Leur plan d’investissement comprend un bâtiment de séchage des plaquettes de bois recouvert d’une installation de 250 kWc. Des plaquettes pour une filière de prestation de broyage du bois et de vente de plaquettes pour les chaufferies collectives. À l’époque, l’investissement s’élève à 1,3 million d’euros. « Des banquiers avaient rechigné à nous prêter, preuve que l’investissement était risqué », précise Christian Trautmann. Mais ils trouvent finalement un prêteur en diminuant le coût par de l’autoconstruction. « Le photovoltaïque nous permettait de financer notre bâtiment pour développer le séchage des plaquettes. » Les frères Trautmann signent donc un contrat de vente d’électricité sur 20 ans à 55 cts d’€ du kW. Plus quelques indexations additionnelles portant le tarif de rachat à 64 cts d’€. Dix ans plus tard, c’est le coup de tonnerre, sur prescription de la CRE (commission de régulation de l’énergie), ignorant le montant des investissements et les frais financiers inhérents, l’État publie un arrêté de révision tarifaire, en dépit du contrat signé en 2011. Dans le cas des frères Trautmann, « avec la nouvelle table de calcul de la CRE, et en fonction de la date de mise en service du 9 mars 2011, on passerait à 25 cts d’€ du kW, soit une baisse de 60 %. Si un onduleur casse, on n’est plus rentable. Alors on cherchera une autre filière que les copeaux pour ces bâtiments, et je pourrais même revendre les panneaux sur le marché de l’occasion à l’étranger », prévient Christian Trautmann, en colère. Un coup porté à l’investissement en énergie renouvelable « Attention, prévient Gérard Lorber, secrétaire général de la FDSEA du Bas-Rhin, les agriculteurs qui ont mis ça en place ont pris des risques à l’époque. Ils ont établi des business plans en face, ils ont engagé leur exploitation. On ne peut pas travailler comme ça ! Un contrat ça s’honore, ça se respecte… Il ne faudra pas s’étonner si désormais les investisseurs hésitent à s’engager dans les énergies comme la méthanisation. » « Les premiers panneaux installés coûtaient 8 fois ce qu’ils coûtent aujourd’hui : de 5 800 € le kW installé en 2011 à 750 €/kWc installé aujourd’hui. Bien souvent, ce sont des agriculteurs dynamiques qui ont investi dans le solaire », ajoute Christian Binder. « On l’a redit hier au ministre de l’économie Bruno Lemaire en visite à Sundhouse, il ne semblait pas au fait du problème », précise Gérard Lorber. Il pointe également la parole de l’État : « Les sénateurs ont refusé le projet de loi, mais le Parlement l’a fait passer en force… sous couvert de crise sanitaire ». 500 exploitations menacées de faillite Se pose également un problème avec les engagements bancaires. « Le projet de décret invite à renégocier avec ses partenaires bancaires. C’est vraiment inacceptable. » Gérard Lober y voit un risque majeur sur le développement des énergies renouvelables : « Les banquiers vont devenir frileux ». Étant donné la complexité des calculs de la CRE, difficile pour l’heure d’évaluer l’impact global que va avoir ce projet de révision des tarifs. En Alsace, qui avait été pionnière sur la filière, entre 50 et 100 exploitations seraient impactées. À l’échelle nationale, 500 exploitations qui ont fondé leur investissement agricole à partir du photovoltaïque, seraient menacées de faillite selon la FNSEA.

La ferme Muhl, à Lampertheim

De la viande de génisse valorisée en direct

Publié le 17/06/2021

Cultivateurs et éleveurs de génération en génération, les Muhl, à Lampertheim, ont misé sur l’engraissement de bovins dès 1997 et l’installation d’Éric, le plus âgé des deux frères. Depuis 2012 et l’arrivée de Denis sur l’exploitation, ils vendent leur viande en direct dans leur boutique, ainsi que d’autres produits locaux : tout ce qu’il faut pour un bon repas !

Denis et Éric Muhl ont grandi avec les vaches à lait. Mais lorsqu’Éric, boucher-charcutier de métier, s’installe sur l’exploitation familiale à 34 ans, il est catégorique : « Je ne voulais pas traire ». En 1997, Éric se lance dans l’engraissement de taurillons. La ferme de Lampertheim s’agrandit, sort du village. Le plus âgé des deux frères, qui a toujours voulu reprendre l’exploitation, élève des bovins mâles jusqu’en 2019. « Puis on a basculé du taurillon à la génisse. La viande de génisse est plus tendre et les animaux sont plus tranquilles », explique Éric. « Il y a moins de dégâts donc moins de frais de vétérinaire », glisse Christiane, la mère des deux hommes, qui aide encore à la ferme. Toutes les bêtes des Muhl sont achetées dans le Grand Est. « On garde nos veaux aussi », précise Éric. Il choisit des charolaises et des limousines, pour former les trois quarts du troupeau, « pour leurs qualités bouchères, gustatives, leurs réputations et parce que les charolaises ont une forte croissance ». Mais il a une préférence pour les blondes d’Aquitaine, plus rares en Alsace. Des croisées et quelques angus complètement les rangs. L’emploi d’un boucher Jusqu’en 2012, les bovins étaient vendus à Copvial. Puis Denis s’est installé sur la ferme, après avoir été à la direction d’un centre automobile. À 40 ans, l’homme a profité d’un licenciement économique pour changer de voie. « Il n’y avait aucun point de vente dans le village. Et nous avions l’élevage de jeunes bovins à valoriser », se souvient-il. Les frères Muhl décident alors de vendre leur viande en direct. Denis lance d’emblée des partenariats avec les producteurs du coin. « Le but, quand on pousse notre porte, est de trouver de quoi faire un repas complet », cadre le cadet. La viande, la charcuterie, les fruits et les légumes sont estampillés Muhl. L’épicerie, les volailles, les laitages, le vin, les œufs, etc. viennent d’illustres confrères et sœurs : que du local. À partir de 2012, les animaux sont toujours tués à l’abattoir d’Haguenau mais les carcasses reviennent (livrées), coupées en quatre, dans l’une des deux chambres froides de la ferme Muhl, où elles maturent au minimum douze jours. Chaque jeudi après-midi, un boucher vient découper la viande et préparer les saucisses. Scie à os, poussoir à saucisses : le labo est bien équipé. Denis l’aide. La température ne dépasse pas 12 °C. « Tout s’apprend, quand on est intéressé », tranche-t-il. Éric, fort de ses connaissances, n’est appelé à la rescousse que très exceptionnellement. « Je ne peux pas tout faire », observe-t-il. Les frères réalisent à deux les travaux des champs. Éric s’occupe à 100 % de l’élevage et Denis de la transformation et du commerce. « J’avais sous-estimé le temps que prend le nettoyage du laboratoire. Idem pour le rangement au magasin : quatre heures, à trois personnes, d’autant plus les samedis quand on passe sous vide la viande et la charcuterie qui n’ont pas été vendues », admet le plus jeune des deux frères. « C’est beaucoup de travail, constate leur mère. Les soirs, Denis ne rentre pas à la maison avant 20 h. » Le succès du circuit court Le magasin de producteurs le Sillon, qui vient d’ouvrir dans la nouvelle zone commerciale de Reichstett, s’approvisionne chez les Muhl. « Nous réalisons toute la préparation ici, et nous les livrons au fur et à mesure, deux à trois fois sur une semaine », partage Denis. Ils n’ont encore aucun recul sur ce nouveau débouché. Les Muhl vendent deux génisses et demie par mois en direct. Un boucher voisin, qui souhaite rester anonyme pour ne pas être démarché, leur achète encore des bêtes. Elles partent avant leurs 30 mois, entre 380 et 450 kg. « Éric sait combien elles pèsent rien qu’en les regardant. Il les connaît toutes, par leur numéro de boucle, sait d’où elles viennent », raconte Denis, admiratif. Dans la boutique à la ferme, la viande est le produit phare. Depuis 2012, le prix de la viande en lots n’a pas été augmenté : entre 11 et 12 €/kg, pour les caissettes de 10 et 5 kg. Les trois quarts des achats effectués chez eux sont de leurs productions. Durant le premier confinement, en 2020, l’affluence avait doublé. « On ouvrait même notre magasin le mardi. Et c’est à ce moment-là qu’on a mis en place les commandes sur notre site internet », se souvient Denis Muhl. Aujourd’hui, les clients sont moins nombreux, mais toujours plus qu’en 2019. Ils viennent de toute l’Eurométropole de Strasbourg, du Kochersberg. Denis et Éric sont heureux de leur choix. « On perd plus de terrain aujourd’hui qu’on peut en acquérir, pointe Denis, non sans amertume. Ça a commencé en 2011 cette ruée sur le foncier. De 1997 à 2010, l’exploitation est passée de 26 ha à une centaine. Puis, on a commencé à perdre des hectares, à Mundolsheim et à Reischstett, au profit de la zone commerciale et d’habitations. On a perdu 11 ha à cause de l’urbanisation et 7 autres devraient encore disparaître. En 2012, il fallait trouver une plus-value. Nous ne pouvons plus nous étendre. Avec la vente de viande en direct, au détail et en lots, on s’en sort mieux qu’avec une coop, un négociant ou la grande distribution. »

Candidature de la transhumance à l’Unesco

Un patrimoine ancré dans les chaumes

Publié le 16/06/2021

La Semaine européenne des races locales de massifs, du 20 au 22 septembre, dans le Haut-Rhin, sera l’occasion d’une réunion de travail sur la candidature de la transhumance au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco. Une tradition qui a permis de « féconder » le massif vosgien pour lui donner le visage qu’il a aujourd’hui.

Difficile de parler d’agriculture de montagne sans évoquer la transhumance sur les massifs français. Une pratique candidate depuis juin 2020 à l’intégration au patrimoine culturel immatériel (PCI) de l’Unesco. Une nouvelle réunion de travail sur le sujet est prévue en marge de la Semaine européenne des races locales de massifs (Seram) au mois de septembre à Colmar (lire par ailleurs). « C’est une tradition qu’on retrouve dans le monde entier. L’Italie, la Grèce et l’Autriche ont déjà inscrit leur transhumance à l’Unesco. La France fait aujourd’hui partie d’un deuxième groupe de pays européens qui souhaite faire de même », explique le président du Collectif des races locales de massif (Coram), Florent Campello. Le dépôt du dossier de candidature est prévu en mars 2022 pour une reconnaissance au PCI en décembre 2023. Pour que cela soit le cas, il faut pouvoir justifier que le patrimoine culturel en question soit toujours « vivant », et mettre en avant la manière dont il est transmis et comment il s’inscrit dans la modernité. « L’inscription à l’Unesco n’est pas une mise sous cloche, bien au contraire. Ce n’est pas non plus une contrainte en plus. Cela permet de reconnaître officiellement tous les bienfaits pour le territoire, qu’ils soient environnementaux ou économiques. On redonne aussi de la fierté aux éleveurs qui la pratiquent. C’est une mise en valeur d’une richesse culturelle commune », poursuit Florent Campello.     Une tradition fédératrice Dans le cas de la transhumance pratiquée dans le massif vosgien (entre 40 et 50 éleveurs, principalement dans le Haut-Rhin), de nombreux acteurs économiques, politiques et touristiques ont ainsi un intérêt direct à une telle reconnaissance. Encore faut-il pouvoir le prouver au jury chargé de valider ou non la candidature. « C’est pour cela que nous avons sollicité le soutien d’une vingtaine de structures au moyen d’une lettre de consentement (librement) écrite et signée de leur part. Parmi elles : les préfectures des Vosges et du Haut-Rhin, la Chambre d’agriculture du Grand Est, la Collectivité européenne d’Alsace, Alsace Destination Tourisme, la Région Grand Est, l’Association du munster fermier, l’Association des fermes-auberges du Haut-Rhin et bien d’autres, qui sont culturellement attachées à la transhumance comme les associations de cors des Alpes, développe le chargé de développement de l’Organisme de sélection (OS) de la race bovine vosgienne, Anthony Di Carlo. C’est essentiel de pouvoir mettre en avant toute cette communauté auprès de l’Unesco. » À terme, l’idée serait de mettre tout ce beau monde autour d’une même table pour savoir comment valoriser concrètement un « label » Unesco sur la transhumance. Florent Campello a déjà quelques idées : « Cela pourrait être un bel outil de communication à mettre en avant dans nos fermes ou à l’entrée de nos vallées. » Dans un premier temps, il y aurait tout un inventaire culturel à réaliser. « Beaucoup de choses sont associées à la transhumance : la fabrication des cloches, le son des cloches, les cris des marcaires ou encore les sentiers de transhumance. En identifiant ces parcours historiques, on pourrait par exemple les protéger dans le cas de conflits d’usage qui risquent d’être de plus en plus nombreux et importants. » Un « pont » entre Alsace et Lorraine Si la recherche de ces consentements a été un travail « très intense » reconnaît Anthony Di Carlo plus habitué aux pratiques d’élevages et de transformation fromagère, elle a tout de même permis de s’interroger sur le « dénominateur commun » qui unissait toutes les parties prenantes autour de la transhumance. « En faisant quelques recherches, on s’aperçoit par exemple que la pratique s’est maintenue entre 1871 et 1914, quand l’Alsace était allemande. Les éleveurs du Haut-Rhin continuaient leur transhumance sur des chaumes situés côté français, sans que cela ne pose le moindre problème. C’est donc un lien historique qui unit l’Alsace et la Lorraine. À l’échelle du massif comme du Grand Est, on peut voir cela comme un élément fédérateur », considère Anthony Di Carlo. Jean-Michel Curien, membre du Bureau de l’OS vosgienne, va un peu plus loin dans l’analyse en soulignant « l’action de fécondation du massif » opérée par la transhumance à travers les siècles : « C’est cette action qui a permis de redonner une fonction aux territoires supérieurs de notre massif. Ce défrichement progressif a permis de façonner les paysages que nous avons aujourd’hui. »

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