Concours des pratiques agroécologiques - Prairies fleuries
Le « trésor vert » du Sud Alsace
Concours des pratiques agroécologiques - Prairies fleuries
Publié le 09/06/2021
Après une pause forcée en 2020, le Concours général agricole des pratiques agroécologiques - prairies et parcours, a repris le chemin des parcelles herbagères et fleuries, les 25 et 26 mai, dans le Jura alsacien et le Sundgau. Si le nombre de participants est en hausse, il reste encore insuffisant aux yeux des organisateurs qui voient dans ce concours l’occasion de valoriser cette richesse des territoires. Et les lauréats alsaciens 2021 sont le Gaec du Petit bois, à Gommersdorf, et l'EARL Oser Bernard, à Biederthal.
Dans le Sundgau et le Jura alsacien, de nombreux éleveurs ont accès, sans le savoir, à une sorte de « trésor vert », des prairies naturelles qui conjuguent protection de la biodiversité, diversité botanique, et apport fourrager indéniable pour les animaux. Des lieux remarquables qui gagnent à être connus et valorisés aux yeux de la Chambre d’agriculture Alsace (CAA). C’est elle qui pilote le Concours général agricole des pratiques agroécologiques - prairies et parcours, aussi appelé « Concours des prairies fleuries ». Il a eu lieu cette année les 25 et 26 mai dans ces deux territoires du sud de l’Alsace après une pause forcée en 2020 à cause de la crise sanitaire. Les deux lauréats iront représenter leurs territoires respectifs à la finale nationale du concours qui doit avoir lieu en février 2022, lors du Salon de l’agriculture à Paris. Depuis son ouverture au Jura alsacien en 2016 puis au reste du Sundgau en 2018, la CAA a du mal à trouver des éleveurs prêts à participer. Pour Jean-François Strehler, qui coordonne le concours dans le Haut-Rhin, c’est plus le fruit d’une « méconnaissance » que d’un désintérêt de la part des éleveurs. « Il faut savoir que tout le monde peut s’inscrire. La seule condition est d’avoir au minimum cinq bovins sur la prairie pour maintenir le lien avec l’agriculture. Après, la seule contrainte est d’attendre que le jury passe avant de faucher. Cette année, ce n’est pas un souci vu la météo. Sinon, les évaluations ont lieu habituellement début juin. » Le technicien de la Chambre voit en revanche plusieurs bénéfices pour l’éleveur participant : apprendre à mieux connaître ses prairies grâce aux regards d’experts, sa composition, son influence pour la qualité du fourrage et, in fine, disposer d’un nouvel outil de communication pour valoriser les produits vendus directement aux consommateurs. « Je n’osais pas participer » Pour cette édition 2021, les services de la Chambre ont sollicité 60 agriculteurs dans le Jura alsacien et 159 dans le Sundgau après avoir identifié des prairies au potentiel intéressant. Au final, seuls 12 sur les deux secteurs ont répondu favorablement à cette sollicitation. « C’est plus qu’il y a deux ans, c’est positif. Mais des relances ont dû être faites pour inciter les gens à s’inscrire », relativise Jean-François Strehler. Cela a été le cas pour Charlotte Jaegy, une jeune agricultrice installée à Largitzen avec sa sœur et sa mère sur 120 ha, dont 60 ha d’herbe. Sa prairie de 1,5 ha située à Seppois-le-Bas, à proximité d’habitations, est aujourd’hui inspectée de très près par le jury composé de trois experts en botanique, agronomie et biodiversité et d’un « superviseur ». « J’avais entendu parler de ce concours. Mais je n’osais pas participer. Oui, je fais de l’herbe et je la maintiens. Mais pour moi, la prairie, c’était autre chose. C’est finalement Sébastien Stoessel qui m’a motivée à me présenter », explique-t-elle. Bien connu du monde sundgauvien, l’éleveur de Feldbach, également élu à la FDSEA du Haut-Rhin, avait pris part au concours en 2018. La force de l’exemple, le premier vice-président de la Chambre d’agriculture Alsace, Denis Nass, en est aussi un fervent partisan. Pour la première fois cette année, il a accepté de soumettre l’une de ses prairies au regard aiguisé du jury. « Je le dis à nos éleveurs : soyez fiers et n’ayez pas peur de vous présenter. Ces prairies sont une richesse pour nos territoires, visibles aux yeux de tous et qui montrent ce que les agriculteurs sont capables de faire. À l’Agence de l’eau, le comité scientifique a souligné l’importance de protéger ce patrimoine qui rend service à nos élevages en améliorant la qualité du fourrage, et donc des produits alimentaires, mais aussi à l’ensemble de la société en protégeant l’environnement. » Un « service » pour l’ensemble du territoire C’est justement cette fonction transversale qui a motivé les collectivités sundgauviennes à soutenir ce concours de prairies fleuries. « Ici, nous n’avons pas d’industrie à vendre. Ce qui fait la richesse de nos territoires, c’est le tourisme, pas celui de montagne ou balnéaire, mais le tourisme vert dû à nos paysages et aux circuits courts pour acheter des produits fermiers », développe le deuxième vice-président de la communauté de communes du Sundgau, Jean-Marc Metz. Pour lui, le travail quotidien des éleveurs fait ainsi partie des ambassadeurs « les plus visibles » du Sundgau, et il voit dans les prairies fleuries un puissant outil de communication à destination du public. « L’éleveur peut vendre ses produits et se targuer d’avoir participé à ce concours, ou mieux, de l’avoir remporté. C’est un attrait de plus pour ses produits et pour l’ensemble de son travail. » De son côté, le président de la communauté de communes Sud Alsace-Largue, Vincent Gassmann, tient à souligner l’importance de ces prairies, qu’elles soient fleuries ou non, pour la préservation de la ressource en eau. « Un gros travail a été fait pour sortir le bassin de la Largue de la zone nitrates. Certes, il y a encore des points sensibles, mais on se rend bien compte que toute cette herbe valorisée par nos éleveurs va bien au-delà de la seule alimentation pour les animaux. Elle sert le Sundgau dans sa globalité. »












