Élections régionales
Accompagner, sans imposer
Élections régionales
Publié le 29/05/2021
À quelques semaines des élections régionales qui auront lieu les 20 et 27 juin prochains, Jean Rottner, le président sortant de la Région Grand Est a foulé la terre de Hoerdt, le fief des asperges, pour donner une tonalité agricole à sa campagne.
« C’est bon, Jean est prêt pour ramasser 500 kg d’asperges », plaisante un des proches du président sortant de la Région Grand Est, après la visite des 12 hectares que consacre le maraîcher Thierry Riedinger à ce précieux légume, à l’entrée de Hoerdt. « Oh, une quantité pareille en une journée, peut-être pas », rétorque Jean Rottner, le modeste élève du jour, impressionné par la méticuleuse passion de son hôte. Derrière la bonhomie habituelle des visites de campagne, les sujets sensibles ne mettent pas longtemps à émerger. Thierry Riedinger accepterait bien l’aide de l’homme politique mulhousien pour récolter les 3 t/ha d’asperges qu’il attend pour cette année, car il peine à trouver de la main-d’œuvre locale, et trouve l’occasion, ce mardi, de le faire savoir au candidat. Sur les 22 saisonniers que l’agriculteur emploie actuellement, 14 viennent de Roumanie. « Ils vont rester sept mois, car après les asperges, les tomates et les petits pois vont pointer le bout de leur nez. Or, ce sont des gens comme nous, avec des familles et des enfants qu’ils laissent derrière eux. Je voudrais comprendre pourquoi on ne trouve pas de locaux pour travailler avec nous, regrette le maraîcher. L’année dernière, le confinement s’est accompagné d’une fermeture des frontières, et sur les 10 Français que j’ai alors employés, seuls deux ont tenu toute la saison. Chaque matin, je priais pour qu’ils viennent tous, mais l’un se plaignait de la difficulté du travail, l’autre ne voulait pas venir le dimanche. » Thierry Riedinger se demande comment il pourra continuer ainsi. Auparavant, il faisait appel à des Polonais qui, le niveau de vie s’améliorant dans leur pays, ont cessé de venir. Quid de l’avenir, si les Roumains ont la même chance, mais que l’agriculteur reste, lui, sans personne, pour récolter ses asperges tant convoitées dans la région ? Il se le demande. « Je devrais cesser d’investir, de me développer », craint-il, sauf si les politiques s’emparent du sujet. Un virage exemplaire « Les parlementaires que nous comptons sur notre liste vont pouvoir relayer ces problèmes au gouvernement, rassure Jean Rottner, la tête de liste des Républicains aux prochaines élections régionales. Une solution est de diminuer les charges sociales pour les employeurs. Peut-être faudrait-il aussi songer à des minimas sociaux moins confortables, pour pousser le retour au travail. » Une chose est sûre pour Thierry Riedinger : d’une manière ou d’une autre, « plus d’argent doit revenir dans la poche de l’employé ». Les mains lavées, l’équipe se rend au magasin de la ferme Riedinger, en plein cœur du village, où sont vendus les légumes obtenus sur les 50 ha de maraîchage de la ferme qui ne prennent pas la direction des marchés ou des grossistes. À l’image d’un célèbre homme politique affichant son appétence pour les pommes, Jean Rottner empoigne une botte de navets dorés. « Ah, ça, c’est délicieux, je n’aime pas trop les blancs, mais j’ai un penchant pour les jaunes », confie-t-il. En cette mi-mai, les étals débordent aussi de radis, de rhubarbe ou encore de salades. Le candidat apprend qu’à cet endroit même, voilà trois générations, quelques taureaux et des porcs cohabitaient. « Ce qui m’impressionne, c’est la réussite d’une conversion au maraîchage. Un exemple pour ceux qui veulent se lancer dans la profession », sermonne Jean Rottner. Du local dans les assiettes Cette admiration s’accompagne d’intention. « C’est à nous de bosser ensemble pour que dans les collèges et les lycées du Grand Est, les jeunes retrouvent ces produits locaux dans leurs assiettes », lance-t-il à l’attention d’Étienne Wolf et Christiane Wolfhugel, le binôme investi par les Républicains pour les élections cantonales qui se dérouleront aussi fin juin. S’il est élu, Jean Rottner a même des ambitions claires en la matière. « À la fin de mon mandat, les 2/3 de la nourriture proviendront du local et un 1/3 de l’agriculture bio », s’engage-t-il à respecter, en espérant que cet élan dépassera les établissements scolaires pour gagner tous les services publics, les hôpitaux ou encore les casernes de pompiers. Ainsi, « dans la mesure où les livraisons sont constantes, les commandes publiques offriraient un maintien du prix dans la durée aux agriculteurs », pense-t-il. Avec un budget alloué à l’agriculture dans la région Grand Est en augmentation de 34 % sous sa présidence, des aides exceptionnelles accordées lors des épisodes de sécheresse, Jean Rottner rappelle combien il est à l’écoute du milieu agricole. Un écho au slogan floqué sur les masques de l’équipe de campagne : « Plus forts ensemble ». Avancer ensemble « La transition de l’agriculture est incontournable, notamment en Alsace. Nous voulons être aux côtés des agriculteurs pour aborder ce tournant », clame Jean Rottner. D’après lui, il faut accompagner, sans imposer de trop fortes contraintes. » Ne pas dire, à telle date, on interdit le glyphosate, mais se donner 5 à 10 ans pour opérer la transformation, pour avoir le temps de créer de nouvelles filières, tout en s’adaptant à la typologie de chaque territoire, car ce qu’on pourra initier différera entre le Sundgau et ici », explique-t-il. L’équipe du candidat entend aussi donner un rôle à part à la grande région dans l’application de la future Politique agricole commune, qui dépasse la simple distribution d’aides. « En concertation avec les agriculteurs, nous devrons établir les orientations régionales et trouver une éco-compatibilité, prétend Anne Sander, deuxième sur la liste et actuelle députée européenne. L’avenir du maïs, par exemple, dépendra du choix européen, mais si une rotation est imposée, nous reviendra de réfléchir ensemble à trouver une équivalence ou des cultures intermédiaires, à quel délai, sous quelles formes les exploiter, en silo ou pour l’agroalimentaire. » Un champ des possibles vaste pour les années à venir, brassant toutes les filières. « En viticulture, notre objectif est zéro herbicide en 2025, nous comptons aussi réfléchir à la modernisation de la forêt avec les acteurs du secteur et les chasseurs, au développement de nouvelles espèces », complète Jean Rottner. En attendant de poursuivre son action s’il est élu, le candidat continue sa campagne. Pour ne pas faire de jaloux, l’équipe traverse la rue pour, cette fois, visiter la ferme Dollinger, l’autre poids lourd de l’asperge à Hoerdt.












