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Publié le 20/05/2021

En marge de son assemblée générale, la fédération nationale des producteurs et élaborateurs de crémant proposait un débat sur le réchauffement climatique. Quelle œnologie pour s’adapter ?

Il apparaît que l’œnologie dispose de nombreux leviers pour contrer les effets du réchauffement climatique sur les crémants. Nicolas Secondé, consultant pour le groupe AEB, fabricant de produits œnologiques, a proposé différents leviers d’intervention œnologique. Car les crémants, dont la base gustative est fondée sur la fraîcheur, se retrouvent particulièrement exposés aux effets du réchauffement climatique. Moins de 25 % d’acidité en 20 ans Plusieurs composantes œnologiques et analytiques connaissent des évolutions marquées depuis une vingtaine d’années. Citons une augmentation des cations, du calcium en particulier, une augmentation du taux d’alcool, des protéines instables et du pH. Le calcium est source d’instabilité colloïdale et de formation de cristaux de tartrates qui engendrent ensuite des phénomènes de « gerbage ». C’est-à-dire qu’à l’ouverture, la mousse excessive cause des débordements. Quant au taux d’alcool excessif, il n’est pas souhaité pour les crémants qui misent sur la fraîcheur et la mise en appétit. Enfin les protéines instables causent un trouble laiteux dans le vin. Tout aussi problématiques sont les montées de pH, c’est-à-dire les baisses d’acidité, sources de déséquilibres biologiques, de manque de fraîcheur. « Nous avons globalement perdu 25 % des acides », observe Nicolas Secondé. « Il y a donc des instabilités potentielles ». Et ce d’autant que « les vendanges sont de plus en plus chaudes, de plus en plus longues, et les fenêtres de vendanges de plus en plus courtes ». Conséquence, les risques de développements microbiens incontrôlés avant que les raisins n’arrivent au vendangeoir sont accrus. Revoir les maturités phénoliques et technologiques Bien sûr, Nicolas Secondé rappelle qu’il y a des leviers viticoles pour contrer les effets du réchauffement climatique. « Il faut revoir les pratiques de nutrition hydrique, adapter le choix des terroirs, du matériel végétal, pour compenser la maturité excessive. » Il s’agit également de « revoir les maturités technologiques et phénoliques et revoir les modèles de date de vendanges ». Des réflexions sont également à apporter sur le transport des vendanges. L’effet du transport sur des raisins à 20 °C ou à 35 °C, n’a pas la même conséquence. Nicolas Secondé conseille de couvrir les raisins d’une bâche blanche. Et de diminuer les volumes de caisses à vendange. Il cite le cas des vendanges en Italie à Franciacorta où les vignerons sont passés de 20 à 15 kg par caisse. Des pressoirs plus courts Une réflexion s’impose également sur la taille des pressoirs, car « la rotation des pressoirs plus longue, augmente le temps de macération… ». Plusieurs solutions d’ordre plus général sont envisageables, indique Nicolas Secondé, comme la méthode semi-ancestrale. Si le moût est trop riche en sucre, on peut procéder à un tirage du vin de base alors même que celui-ci n’a pas fermenté tous ses sucres. On adapte alors la teneur en sucre pour la prise de mousse et la pression finale souhaitée en tenant compte des sucres résiduels. Sachant qu’un bar de pression nécessite 4 g/l de sucres. « Le sucrage des vins partiellement fermentés nécessite d’être équipé en frigories », prévient l’œnologue. Il existerait d’autres solutions pour échapper aux excès d’alcool tels que les levures sélectionnées à bas rendement alcoogène. Ou des levures acidifiantes, mais la recherche n’a pas isolé de telles souches. Autre solution, la désalcoolisation, pose cependant des questions de légalité dans le cadre des cahiers des charges. Échapper aux tanins Le réchauffement climatique pose également la question de la richesse polyphénolique des jus. Car les tanins sont peu appréciés, ils précipitent la mousse et se marient gustativement mal avec l’effervescence. Or plus les vendanges sont chaudes, plus elles libèrent des polyphénols par macération. Un autre levier consiste à maîtriser les cycles de pressurages, notamment au moment du fractionnement. Les crémants rosés, par exemple, font l’objet d’une demande orientée sur les couleurs pâles. « Les couleurs sont de plus en plus généreuses, et de moins en moins stables », note Nicolas Secondé. Au pressoir, il s’agit par ailleurs de se poser « la question du fractionnement pour stabiliser l’acidité ». La Champagne a revu son taux extraction de 150 à 160 kg/hl, et utilise donc plus de raisin pour un même volume de jus extrait. Dédier les tailles aux vins tranquilles Il y aurait une solution réglementaire à envisager, ajoute Nicolas Secondé, qui consiste à réserver les cuvées aux effervescents, et les tailles aux vins tranquilles, selon un mécanisme « double fin », tel qu’il est appliqué pour le Cognac. Pour contrer la baisse d’acidité, est également possible l’adjonction d’acide tartrique jusqu’à 150 g/hl. Il s’agirait d’ajouter l’acide tartrique plus en amont, une réflexion législative s’impose. Toujours au plan réglementaire, les zones viticoles qui encadrent les procédures de sucrage, définies il y a 50 ans, n’ont plus de sens, selon Nicolas Secondé. Il faudrait définir une zone bulle… Attention au calcium On va cependant devoir gérer les cations en particulier le calcium, prévient l’œnologue. Une solution serait l’usage de résines cationiques en sortie de pressoir, explique-t-il, en remplacement de l’acide tartrique racémique qui n’est plus autorisé pour extraire le calcium. Au-delà de 120 mg/l, ça pose des problèmes. Quant à la baisse de pH, elle atténue l’efficacité des sulfites et impacte l’évolution des vins et leur typicité, avec des goûts vineux, moins d’arômes secondaires et primaires et plus de tertiaires caractéristiques du vieillissement. Faut-il laisser faire ou s’adapter ? Nicolas Secondé résume : les leviers sont nombreux, cela suppose des réflexions sur la souplesse évolutive des appellations. L’usage veut que le vin prenne son appellation à la parcelle voire à l’entrée au pressoir. Et ce pourrait être à la sortie pour permettre aux fins de pressoir d’être dédiées à des vins tranquilles.

Publié le 19/05/2021

Mardi 27 avril, la Cuma Terre et Prés a accueilli une quarantaine d’adhérents et de curieux, à la ferme Saint-Blaise, à Valff, pour une démonstration de ses matériels et de potentiels nouveaux à acquérir. Un défaneur thermique Felden industrie, un scalpeur avec rotor KvickFinn et une herse étrille Treffler ont été testés. Dimanche 9 mai, la herse étrille de précision Agrifarm a été comparée à la Treffler. La Cuma les utilisera toutes deux, pendant tout le mois, avant de se décider à acheter.

La Cuma Terre et Prés souhaite investir dans une herse étrille de précision très polyvalente, puisqu’elle compte 24 membres, aux productions variées. La semaine avant la plantation des choux et céleris, les deux herses étrille, Treffler et Agrifarm, qui ont déjà été essayés fin avril et début mai, sur pommes de terre, en présence de nombreux agriculteurs, dans des champs proches de la ferme Saint-Blaise, à Valff, seront éprouvées. « La Treffler est plus légère et plus spécialisée », observe déjà Maurice Meyer, président de la Cuma Terre et Prés. L’avantage de la herse étrille Agrifarm est qu’ « elle ne bouge pas, une fois posée » et semble plus universelle. La Cuma se donne un mois pour choisir entre l’une et l’autre. Les deux concessionnaires, la SARL Stecomat pour Treffler et la SAS Agrosoil pour Agrifarm, lui prêtent le matériel. Les deux herses ont un point commun, qui intéresse particulièrement Maurice Meyer : la dureté des dents est réglée depuis le tracteur, en cabine. « Les dents bougent moins latéralement, relève le président de la Cuma. Les buttes de pommes de terre, par exemple, vont être moins défaites, après le passage de la herse de précision. » Sus aux adventices ! Et vive les tubercules qui commencent déjà à sortir. La Treffler peut s’utiliser en 3, 6 et 9 mètres. La herse Agrifarm peut travailler deux, cinq ou huit rangs de pommes de terre, par passage.       ??? En direct de la démonstration de matériel de la Cuma Terre et Prés à la Ferme Saint Blaise à Valff (67) En images :... Publiée par Frcuma Grand Est sur Mardi 27 avril 2021     Du tout cuit Le défaneur thermique de Felden Industrie s’attaque aussi aux végétaux… Ce n’est plus du désherbage mécanique qu’il est ici question mais de la destruction des fanes de pommes de terre par le feu ! « C’est plus efficace qu’un broyage », assure Maurice Meyer. Mardi 27 avril, l’engin acquis il y a peu par la Cuma Terre et Prés, a été le premier matériel présenté. Le but était de rappeler quelques consignes de sécurité, puisque « le gaz d’une citerne de 300 kg, avec huit brûleurs en fonction, permet de traiter pendant deux heures une surface d’environ 2 ha », en roulant à 3 km/h, et avec une pression de 3 barres. C’est bien du gaz liquide, du propane liquide, plus exactement, que les adhérents de la Cuma manipulent. « Le gaz liquide, s’il vous touche, il vous brûle, prévient Jean-Marie Felden, ancien gérant de la société Felden Industrie. Pour le manipuler, il faut mettre des gants, des lunettes, une visière. Si vous avez une combinaison que le gaz ne peut pas transpercer, c’est mieux ». L’homme sait d’autant plus de quoi il parle que Felden Industrie crée et produit, depuis la fin des années 1990, des outils de défoliation thermique du houblon. Elle a élargi sa gamme à la viticulture, à l’arboriculture et au maraîchage. « Avant d’ouvrir la citerne de gaz, tous les robinets doivent être fermés. On les déverrouille ensuite, toujours avec deux clés », pointe-t-il. Jean-Marie arrose généreusement les raccordements avec une bombe anti-fuites. « S’il y a une fuite, il faut fermer les vannes et surtout ne pas démarrer le tracteur, insiste-t-il. Le gaz vous englobe. » D’ailleurs, il faut stocker le gaz à l’extérieur : dans un bâtiment, si fuite il y a, il se dépose au sol. La Cuma ne fournit pas les citernes. Chaque adhérent doit commander la sienne. Elle est placée à l’avant du tracteur, mais pourrait être attelée entre le tracteur et la rampe… Il est interdit de circuler sur les routes avec une bonbonne de gaz à l’avant d’un véhicule, relève Jean-Marie Felden. Chez Primagaz, il y a trois mois d’attente avant la livraison d’une bouteille car ils n’en ont plus en stock, sait Maurice Meyer. Il y a donc le temps de réfléchir à une solution de transport entre la ferme et le champ. Le 27 avril, le défaneur thermique de Felden Industrie a été utilisé dans un champ d’oignon. L’air s’est troublé et instantanément réchauffé sous le feu de la rampe. Les dards des flammes atteignent 140 °C. Les adventices ont « cuit ou bouilli », dixit les participants à la démonstration. « Comme la matière est très fine, la chaleur rentre instantanément dans la feuille », note Jean-Marie Felden. Les mauvaises herbes s’enflamment brièvement et se couchent. Toute l’eau remonte à la surface des végétaux ramollis. Le plant cultivé, lui, est plus épais et encore protégé par la terre : il est indemne. Les brûleurs, qui crachent le feu, sont orientables à 360 degrés. Deux réglages en hauteur sont possibles, sur la machine dédiée au maraîchage. Une pluie fine n’altérera pas l’efficacité du défanage thermique mais le vent doit souffler à moins de 20 km/h pour un résultat satisfaisant. Au moins six adhérents de la Cuma expérimentent l’équipement, actuellement, qui coûte entre 9 000 et 10 000 euros. Denis Jung, conseiller pommes de terre à Planète Légumes, est ravi. Tout envoyer en l’air Avant la herse étrille Treffler, une « vraie mise en route » du scalpeur avec rotor KvickFinn (marque finlandaise) a été réalisée. Le matériel, acheté à Agrosoil, est dans la Cuma depuis février 2021, et les agriculteurs doivent encore se l’approprier. Pas simple de trouver les bons réglages pour se débarrasser efficacement et durablement du chardon, du rumex, du chiendent. « Le rotor reprend tout ce qui a été scalpé, explique Jean-Frédéric Martin, agriculteur en non-labour et couvert permanent, qui commercialise le scalpeur. La matière est envoyée en l’air et l’élément le plus lourd, la terre, retombe en premier au sol, gravité oblige. La matière organique reste au-dessus. Elle sèche. » Lorsque la terre se tasse au passage de l’engin, il faut « descendre » un peu l’outil, insiste Jean-Frédéric. Un adhérent de la Cuma, sceptique au départ, se dit optimiste, aujourd’hui. Il avait testé la machine, il y a deux ans. « Je pensais que le rotor qui tourne, c’était juste pour faire de la poussière. Mais je n’ai pas eu de rumex pendant deux années », se souvient-il. « Ce n’est pas une fraise », souligne Jean-Frédéric Martin. Le rotor effleure la surface. Il ne pénètre surtout pas la terre profondément. « Au printemps, comme le sol est dur, le tracteur commencerait vite à chauffer. Et ce n’est pas l’objectif », détaille-t-il. Les dents du scalpeur doivent travailler plus bas que le rotor derrière. S’il y a des stries dans le sol, c’est l’inverse : facile à détecter !    

Des ateliers de réflexion jusqu’à cet automne

Préparer la forêt de 2100

Publié le 18/05/2021

Les Assises des forêts et du bois se dérouleront en novembre prochain. D’ici là, habitants, élus, professionnels de la forêt et du bois, associations sont invités à s’exprimer sur les forêts qu’ils souhaitent en Grand Est pour 2100.

« La forêt a toujours été un écosystème singulier, un territoire lié à plusieurs enjeux environnementaux. Pour autant, les bouleversements climatiques et les épisodes extrêmes changent la donne et demandent une réflexion plus générale, une réflexion commune », a expliqué Thierry France-Lanord, président de Fibois Grand Est en présentant les Assises des forêts et du bois du Grand Est, le 27 avril par visioconférence. Ces assises se dérouleront en novembre prochain. Les stratégies et les orientations qui en découleront « modèleront le visage des forêts du Grand Est dans 50 ou 100 ans », prédit le président de Fibois Grand Est. Des ateliers seront organisés en amont pour récolter « toutes les contributions, les retours d’expériences, les avis, les controverses » autour de la question : « Quelle forêt voulons-nous en 2100 ? ». Citoyens, usagers ou travailleurs de la forêt, entrepreneurs, collectifs de tous horizons sont invités à se réunir par groupes de 9 à 25 personnes sous l’égide d’un médiateur. Leurs contributions seront ensuite rassemblées et synthétisées pour être présentées lors des assises, résume Mathieu Klein, président de l’association Des hommes et des arbres, chargée de l’ingénierie de ces rencontres. L’objectif est de permettre à une pluralité de regards de s’exprimer. « Nous nous trouvons à une période charnière avec des attentes sociétales et des urgences sanitaires et climatiques qui placent les forestiers face à des risques jamais expérimentés, des injonctions contradictoires. Ces problèmes d’une complexité inégalée nécessitent des apprentissages avec essais, erreurs et améliorations, ainsi que des choix politiques à arbitrer », justifie Thierry France-Lanord. Pour « faire émerger une forêt partagée », les participants devront « réfléchir au modèle de forêt qu’ils défendent, s’interroger sur les impacts de leurs choix sur les différentes fonctions ou rôles de la forêt, sur les éventuelles compensations ou rééquilibrages nécessaires, sur la manière de rendre leur projet « attractif » ou bénéfique pour tous les acteurs. » Replantation : quelle stratégie ? Jean Rottner, président de la Région, et Josiane Chevalier, préfète du Grand Est, s’accordent sur la nécessité de cette réflexion, au moment où « la forêt va mal » et où « la filière a besoin d’un avenir sur la durée », selon le président de la Région Grand Est. Les aspects économiques, techniques, environnementaux, « tout doit être mis sur la table pour pouvoir dégager des priorités », souligne Jean Rottner. L’État, pour sa part, a déjà adopté « une feuille de route pour adapter la forêt au changement climatique, faire une forêt plus résiliente et maintenir les services qu’elle rend », relève Josiane Chevalier en mentionnant les 200 millions d’euros (M€) consacré au volet forestier du plan de relance et l’objectif des 50 millions d’arbres plantés. Ces réponses sont-elles adaptées à la situation que traverse la forêt du Grand Est aujourd’hui ? Pour Jean Poirot, représentant l’association France Nature Environnement, ce n’est pas tant la forêt qui est malade qu’« un certain type de sylviculture ». Il s’inquiète d’une replantation basée sur le recours aux essences non-autochtones et aux plantations monospécifiques sur des surfaces de plusieurs hectares. S’agissant du changement climatique, « la forêt est capable de s’adapter toute seule si on lui en laisse le temps », estime Jean Poirot, qui préconise de laisser « au minimum 10 % des surfaces forestières en libre évolution ». Jean-Pierre Renaud, directeur territorial Grand Est de l’ONF (Office national des forêts), constate pour sa part que le dépérissement touche toutes les essences, même si l’épicéa est le plus impacté. Le plan de relance ne représente jamais que 0,7 % de la surface forestière du Grand Est, ajoute-t-il. « On ne va pas reconstituer une nouvelle forêt, ce ne serait pas très réaliste, nous n’en avons d’ailleurs pas les moyens. La plus grande partie de la reconstitution va se faire par régénération naturelle », indique Jean-Pierre Renaud, partisan de la diversité des essences et d’un équilibre entre grande faune et écosystème forestier. À l’image de ce qu’ont fait un certain nombre de landers allemands, dont le Bade-Wurtemberg.   ? Les Assises des Forêts et du Bois, ou cap sur la forêt du Grand Est de 2100 #FranceRelance Josiane Chevalier, préfète... Publiée par Préfète de la région Grand Est et du Bas-Rhin sur Mardi 27 avril 2021  

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