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Lorenzo Altese, apiculteur et animateur

« Le plus important est de sensibiliser au vivant »

Publié le 07/07/2021

Il est tombé amoureux des abeilles. Après six mois de formation au rucher école Enchenberg, à Vieux-Thann, en 2013, Lorenzo Altese a entamé une lente reconversion. Il est aujourd’hui, apiculteur amateur et animateur, notamment auprès des scolaires. Il leur apprend que sans pollinisateurs, tels qu’apis mellifera, pas de chocolat !

À sa connaissance, il est le seul apiculteur animateur à sillonner l’Alsace, d’écoles en accueils périscolaires, en foyers et ruchers pédagogiques. Lorenzo Altese, 55 ans, a créé sa micro-entreprise Apila l’Abeille en 2015. Depuis, il s’emploie à transmettre, surtout aux jeunes, son amour pour les abeilles et les pollinisateurs en général, sans qui « nous n’aurions rien à manger » - à moins de recourir à des humains armés de pinceaux, pour féconder les fleurs, comme c’est déjà le cas dans certaines provinces chinoises, consent-il. Mais est-ce bien souhaitable ? C’est toute la vie de la ruche que Lorenzo Altese explique aux enfants et aux plus grands. Après chaque atelier, une dégustation de miel s’impose, de sa propre petite production. Mais le message principal qu’il souhaite délivrer n’est pas « abeille = miel ». C’est plutôt « abeille = vie ». « Le plus important, pour moi, est de sensibiliser au vivant, de créer ou recréer un lien entre les personnes et la nature, cadre l’apiculteur amateur. Les abeilles sont les pollinisateurs de huit plantes sur dix. Elles nous donnent à manger, en partenariat avec les plantes. » Apiscope Dans les 33 communes de l’Eurométropole de Strasbourg, Lorenzo anime des ateliers avec des supports pédagogiques classiques mais aussi, dans quatorze écoles élémentaires, avec des Apiscopes, « véritables fenêtres ouvertes sur la biodiversité », dit-il. Ce sont des ruches vitrées (qui correspondent à une demi-ruche), à travers lesquelles les écoliers suivent le développement de la microsociété des abeilles. Lorsqu’il installe la reine dans l’Apiscope, les abeilles, libérées à proximité, la retrouvent en quelques heures. Cette partie du travail se fait bien sûr quand l’école est fermée ou au rucher de Lorenzo. L’Apiscope est placé dans une salle de classe ou un CDI. La colonie démarre alors, à la vue des élèves et de leurs professeurs : construction des alvéoles, approvisionnement en pollen, nectar, ponte des œufs, nourrissage des larves, naissance des abeilles, ventilation de la ruche et, au printemps, c’est l’essaimage. « On voit tout, s’exclame Lorenzo. C’est très instructif. » Il fabrique et gère les ruches vitrées en Alsace, depuis 2016 et un partenariat avec leur inventeur, un enseignant apiculteur de Bourges. « Grâce à cela, je fais goûter des grains de pollen aux enfants, que les abeilles font tomber accidentellement. Un grain, c’est le pollen de 700 fleurs ! C’est une photo du territoire », lâche Lorenzo, heureux. Le nectar du Tiéquar L’animateur passe une fois par mois aux ruches vitrées, pour le suivi apicole. Il n’y multiplie pas forcément les animations. Libre aux professeurs de s’approprier ce matériel vivant pour y donner leurs cours : maths, philo, biologie bien sûr. C’est que Lorenzo est affairé… comme ses modèles ! Il rencontre 400 enfants par semaine, quelques milliers par an donc, à raison d’une heure en classe. La grosse saison, c’est mai-juin : il peut enchaîner jusqu’à quatre animations en une journée. Et entre midi et deux ou les soirs, il récupère les essaims sur les arbres. Outre ces ateliers en milieu scolaire, l’animateur accompagne depuis deux ans de jeunes jardiniers en formation dans leur découverte de l’apiculture, avec le collectif Horizome. Ils extraient ensemble de quatre ruches installées sur les toits des HLM, le Nectar du Tiéquar - miel de Hautepierre. Au château d’Angleterre à Bischheim, il intervient auprès des jeunes du foyer de protection. Il y a aussi quelques ruches, comme à Kolbsheim. La ville de Schiltigheim lui confie ses ruches, sur le toit de la mairie. Vendenheim, son rucher pédagogique ; les samedis, il y organise des visites pour des groupes. La commune du nord de Strasbourg offre ainsi des pots de son miel aux jeunes mariés.     Alliés Un nouveau projet taraude son Altese. Et ce n’est pas la gelée royale ! Lorenzo invente une ruche électronique interactive, sans vraies abeilles dedans, avec des vidéos, des photos, des quiz. Il a aussi envie de parler des abeilles sauvages et solitaires. « Elles représentent 95 % des abeilles dans le monde. Ce sont les grandes championnes de la pollinisation », souligne l’animateur apicole. Il développe déjà des nichoirs pour elles. Il en a inauguré un lors de la dernière Journée de la nature au parc de la Résistance, à Schiltigheim. Lorenzo Altese sait bien les reproches proférés aux agriculteurs, quant au déclin des pollinisateurs. « Ils font avec ce qu’on leur donne », plaide-t-il en leur faveur, tout en soutenant la polyculture, pourvoyeuse de ressources mellifères, et la baisse des traitements phytosanitaires.    

Brasserie du Pays Welche

Du pain à faire mousser

Publié le 05/07/2021

À Lapoutroie, la Brasserie du Pays Welche vient de lancer sa nouvelle bière au pain à partir d’invendus de la boulangerie du village. Une idée originale pour recycler des « déchets » destinés à être jetés ou donnés à des animaux, et une microfilière potentielle pour les producteurs de céréales.

Un reste de pain, un peu de malt, du houblon alsacien et un savoir-faire maîtrisé. C’est en combinant ces ingrédients que la Brasserie du Pays Welche, à Lapoutroie, vient de donner naissance à sa toute nouvelle bière au pain. L’idée est née dans l’esprit de Vincent Kieffer, le boulanger du village, en voyant le pain qui lui restait en fin de journée dans ses rayons. « J’avais entendu parler de la bière au pain. Je me suis dit : pourquoi pas faire la même chose ici avec la Brasserie du Pays Welche, située 200 m plus haut ? » Habituellement, ses pains invendus terminent surtout en alimentation pour les animaux. Grâce à cette nouvelle bière, il trouvait là l’opportunité de valoriser au maximum la ressource locale avec un produit « 100 % alsacien ». « Le houblon du Bas-Rhin s’associe au pain du Haut-Rhin. C’est une idée qui me plaît. » Le boulanger soumet sa proposition à la Brasserie du Pays Welche qui est emballée par l’idée. « La bière au pain est un mouvement lancé par certaines personnes qui veulent recycler les invendus de pain. On en trouve dans le Nord, en Rhône-Alpes, à Paris et aussi à Colmar, à la Brasserie du Grillen, et maintenant à Lapoutroie », se félicite la directrice de la brasserie, Marie-Béatrice Bickel. 60 kg de pain, 800 litres de bière Avant de livrer les 120 sacs de pain, il a d’abord fallu les préparer pour qu’ils correspondent aux besoins du brasseur de l’entreprise, Arthur Lemoine. « Il m’a dit ce qui était le mieux pour lui, et j’ai fait le nécessaire de mon côté », souligne le boulanger. Pendant huit heures, il a fait torréfier ses pains dans ses fours chauffés à 120 °C. « Je les ai sortis au petit matin et je les ai livrés. Ce n’était pas vraiment un travail supplémentaire pour moi », reconnaît-il humblement. Tout son pain a été donné gracieusement à la brasserie. Avant d’en suggérer l’idée à ses collègues boulangers, Vincent Kieffer voulait déjà voir, dans un premier temps, si un tel débouché pouvait être possible pour ses invendus. Vérification faite, il en a donc fait écho au sein de la corporation des boulangers. « Je pense qu’il y aurait quelque chose à développer. En tout cas, il y a de l’intérêt chez de nombreux confrères », révèle l’artisan. Un sentiment partagé par Arthur Lemoine, qui apprécie le fait de recycler un « déchet » en y mettant le savoir-faire nécessaire. « D’autant plus que c’est une matière première qui ne coûte pas cher, voire rien du tout pour nous. » Ce premier brassin de 800 litres et 2 000 bouteilles a été conçu avec 60 kg de pain, principalement de la baguette et un peu de pain de seigle. La commercialisation a démarré il y a un mois dans les points de vente habituels de la brasserie. Les premiers retours des consommateurs sont bons. Ils sont nombreux à être surpris par la composition de cette bière. « Ils ne savaient pas qu’on pouvait utiliser du pain pour faire de la bière, qui plus quand il est issu de la boulangerie située à quelques centaines de mètres. Cette dimension microlocale est très appréciée. » Une conception un peu plus « technique » Tout comme la saveur de cette bière au pain, onctueuse et quasiment dépourvue d’amertume. « C’est un aspect qui plaît beaucoup chez les personnes qui ont habituellement un peu de mal avec la bière. » Le goût n’est pas tout à fait le même en fonction du pain utilisé : pour une bière plus « classique », le pain blanc fait l’affaire, pour une bière plus « céréalière », il faut augmenter la quantité de pain au seigle dans la recette. « Une bière 100 % pain au seigle pourrait être intéressante, reconnaît Arthur Lemoine. Mais étant donné que nous utilisons les invendus, nous composons avec ce qu’on nous donne. Le pain n’est pas fait exprès pour nous. » D’un point de vue technique, la conception de ce premier brassin au pain lui a demandé pas mal de recherches, dans les livres, sur Internet, et auprès d’autres brasseurs. « Par rapport à une bière classique, il fallait être attentif à la quantité de sucre qu’on peut extraire du pain, tout comme le sel qu’il fallait gérer. » Il y avait aussi le volume du pain à prendre en compte dans la cuve. « Ça prend beaucoup de place. Il a fallu mélanger longtemps pour l’incorporer. C’est une nouvelle recette, une nouvelle levure. Nous avons observé au fur et à mesure comment le brassin évoluait. Nous avons eu quelques surprises, mais toujours dans le bon sens. Au final, nous sommes contents du résultat et parés pour produire de nouveaux brassins si la demande est là », explique Arthur Lemoine.

SEA du Bruehli à Wittersheim

Solide comme un roc !

Publié le 02/07/2021

Jeune éleveur de porcs en centre Alsace, Sébastien Haug dirige son exploitation et a révolutionné, à sa manière, la génétique porcine existante. Les décisions payent par des résultats très satisfaisants.

Sébastien Haug élève des porcs à Witternheim. Sur son téléphone, il éteint la musique qui berce le bâtiment moderne, entièrement connecté, et raconte son parcours. « Mon dada, c’est l’élevage, plus que les cultures. » Formé au lycée agricole de Dannemarie-sur-Crête (Doubs), option porcin, il réalise ses stages en Franche-Comté, puis en Bretagne, dans le berceau de la production. Après l’obtention du bac professionnel, il démarre comme salarié en 2010, sur l’exploitation de ses parents, pour reprendre les rênes l’année d’après. Depuis 2017, Sébastien travaille aux côtés de sa compagne. « C’est nous qui prenons les décisions et faisons avancer l’exploitation. Aurélie n’est pas issue du milieu agricole mais elle a toujours aimé les animaux », précise-t-il. Après un petit silence, il se remémore : « Sa grand-mère était agricultrice ! » À ses débuts, l’éleveur travaille avec les truies Yuna et Naïma. Mais, selon lui, elles exprimaient un comportement trop nerveux, avec des porcelets trop nombreux, écrasés en maternité. Il n’était pas non plus satisfait des résultats obtenus sur la croissance des charcutiers et la qualité des carcasses. En échangeant avec des collègues bretons, il entend parler de la génétique DanBred. Une visite d’élevage, en Bretagne, finit par le convaincre de ce schéma. En 2015, lors de la construction de son nouveau bâtiment, il renouvelle intégralement les femelles, en achetant 196 cochettes DanBred, tout droit venues du Danemark. « Ce n’est pas la porte à côté, certains éleveurs de la région étaient réticents à cette idée », relate l’exploitant. Aujourd’hui, la firme génétique travaille avec un multiplicateur danois et prend en charge tout le processus : de l’organisation du transport, jusqu’en France, en passant par l’accueil des cochettes à l’élevage et le conseil technique.     La conduite de A à Z Toutes les cochettes sont issues d’une sélection interne de l’exploitant. Le statut sanitaire de l’élevage est préservé car il n’y a pas d’achat à l’extérieur. Pour sélectionner les futures reproductrices, il se base sur deux critères que sont le nombre de mort-nés à la mise bas et le nombre de 14 tétines requises. Ainsi, il y a 14 porcelets par mère, avec un maximum d’homogénéité. Comparé au système antérieur, les porcelets ne sont plus laissés sous la truie. « On les replace dans une autre case pour former des portées homogènes, la truie s’en occupe presque comme si c’était les siens », décrit Sébastien. Ce sont les truies de réforme, « les adoptives », qui endossent ce rôle. Sébastien précise que « les cochettes ont des tétines plus petites et sont donc préférées pour allaiter les porcelets de petit gabarit ». Elles entrent en production à presque un an. À noter, la durée de gestation en DanBred est un peu plus longue (115 jours) que pour une truie lambda (113 jours). Avant d’entrer dans le bloc dédié aux naissances, Sébastien passe par un local semblable au vestiaire d’un club de foot. Il prend systématiquement une douche et enfile une tenue propre, « même le dimanche », souligne-t-il en souriant. En maternité, l’ambiance est paisible, malgré la présence d’une étrangère. La qualité maternelle de la femelle, vantée par l’éleveur, se vérifie dès les premières secondes. Couchée en écartant les pattes, l’accès complet à la mamelle est favorisé. Pendant les soins aux porcelets, il meule les dents, castre les mâles, administre une injection de fer (le porcelet est carencé à la naissance) et réalise la caudectomie (ablation de la queue par cautérisation). Le sevrage se fait à 25 jours, 3 de moins qu’en production classique. Il est matérialisé par l’arrivée des porcelets en post-sevrage, puis en salle d’engraissement. Pour la réforme des reproductrices, les critères sont hiérarchiquement les suivants : le nombre de mort-nés, la qualité de la mamelle, la capacité à sevrer et les venues en chaleur. En moyenne, le temps de séjour est de trois ans. Un vétérinaire breton assure le suivi sanitaire. « Au départ, on était un peu inquiet, on pensait qu’il y avait davantage de frais vétérinaires. Aujourd’hui, on n’utilise moins de produits antibiotiques, en engraissement presque pas », constate Sébastien. Il a même relevé au bas d’un compte rendu vétérinaire, la mention spéciale : « Duroc, solide comme un roc ! » À l’engraissement, « c’est un véritable 4x4, rustique, assez calme, mais un peu peureux. Par contre, le chargement, c’est pénible », admet Sébastien. Parmi les autres particularités, il précise que les Duroc supportent bien mieux les fortes chaleurs. Des meilleurs résultats techniques Les porcs charcutiers et les femelles réformées partent pour l’abattoir de Valdahon (Doubs). La viande est valorisée en IGP saucisse de Morteau. Le cahier des charges impose automatiquement la qualification VPF (viande de provenance française), à cela s’ajoutent 15 % de lactosérum dans la ration journalière. Ce coproduit lacté provient des fromageries alentour. Un coproduit d’amidonnerie est également valorisé. Avant les Duroc étaient réputés pour leur contre-performance en TMP (taux de muscle des pièces). De plus, les carcasses étaient comprises entre 92 et 93 kg froids. Aujourd’hui, en schéma DanBred, l’éleveur a gagné 2 points en TMP et obtient des carcasses plus lourdes oscillant entre 97 et 98 kg froids. L’indice de consommation est amélioré, l’éleveur gagne 10 à 15 jours sur la durée d’engraissement. Un autre atout remarquable, « la truie DanBred arrive à sevrer plus de 35 porcelets/an, ce qui n’était pas le cas avec la génétique précédente », admet Sébastien. Fonctionnalité et automatisation, alliés du bien-être Les résultats techniques sont corrélés au bâtiment d’élevage. Sa volonté première était de faire en sorte que les animaux puissent exprimer tout leur potentiel génétique. « L’impératif était d’être autonome à 100 %, avec un maximum d’automatisation et de logique dans les déplacements de salles en salles », poursuit l’exploitant. Un technicien chevronné du groupement Cooperl l’a marqué et guidé durant cette période intense en réflexion. « Il m’a cerné et m’a proposé exactement ce que j’attendais. » Avec pour seul bémol, note-t-il, « la taille de la pouponnière, imaginée pour 40 porcelets, il faudrait idéalement qu’elle en contienne 120 ». L’éleveur souligne l’importance d’avoir une bonne qualité de vie, « que le dimanche soir, on n’ait pas besoin de revenir ». En se dégageant un jour, par-ci par-là, il peut profiter de sa petite fille Émilie, 2 ans et demi. Sur son tracteur à pédales, parcourant les nombreuses allées, elle œuvre pour aider son papa. Les petits sabots roses à l’entrée du bureau témoignent d’une collaboration certaine. La SEA du Bruehli est en pleine transition. Un nouveau site a été racheté, à Baldenheim, mais l’atelier existant est conduit comme à l’époque, avec l’ancienne génétique. « Le retour en arrière, il est dur ! », conclut Sébastien Haug, plein de motivation et conscient du travail qui lui reste à faire. En reproduisant le même schéma, bien sûr !

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