A la une

Gaétan et Florent Vix à Wolschheim

Frères à la ville comme à la campagne

Publié le 02/08/2021

Depuis 2008, la ferme Vix à Wolschheim connaît de grands tournants dans son développement. Les deux frères ont la volonté d’optimiser leur travail que ce soit au sein de l’exploitation ou avec des partenaires extérieurs, les agriculteurs voisins comme la grande distribution.

L’air de famille témoigne d’une fraternité indéniable. Cinq ans les séparent, mais deux choses les rassemblent : la motivation et la passion de l’élevage. Gaétan, l’aîné âgé de presque 25 ans, a repris les rênes de l’exploitation familiale à Wolschheim près de Saverne, suite à son installation en avril 2017. Rejoint par Florent, son cadet âgé de 20 ans, qui s’investit pleinement sur l’exploitation depuis qu’il a quitté les bancs de l’école. En septembre, il pourra travailler sur la ferme avec le statut de salarié. De par leur formation et leur réflexion, ils ont décidé de réorganiser les ateliers et d’en développer certains. Ainsi, ils ont entrepris de favoriser les partenariats qui renforcent le fonctionnement de l’exploitation. L’atelier bovin allaitant crée en 2008 par le père, double actif également salarié chez Kuhn, compte un troupeau de 40 vaches charolaises. Ses garçons ont grandi en voyant les pratiques et les bâtiments évoluer. Travaillant en équipe, Daniel Vix est encore très présent sur l’exploitation, notamment sur son atelier prédestiné, les allaitantes. Gaétan peut compter sur l’aide de sa maman pour la comptabilité, secrétaire de mairie et avec beaucoup d’aisance, elle se charge de cette tâche durant ses moments libres. Diversification et optimisation Il y a 5 ans, la SAU d’une soixantaine d’hectares était insuffisante pour le projet d’installation de Gaétan. « On était déjà limite en surfaces », se souvient-il. Composé d’une moitié de pâtures et l’autre de cultures (blé, maïs, orge), l’assolement se scinde aussi en deux zones : l’une sur des terres fertiles « côté Strasbourg » et l’autre avec un potentiel moindre « côté Saverne ». Pour répondre à ces contraintes, un atelier de veaux de lait hors-sol est apparu comme la solution la plus adaptée. Le jeune éleveur a autoconstruit son bâtiment de 400 veaux en intégration. Aujourd’hui, tout est bien rodé, chacun sait ce qu’il a à faire, à surveiller, pour que les veaux grandissent dans les meilleures conditions, pendant les 140 jours de présence sur le site. Un bâtiment de stockage en toiture photovoltaïque s’est ajouté en 2019 pour une puissance de 92 kW. Le pan sud a été équipé par l’entreprise France Solar. Le prix des panneaux ayant baissé pendant cette année, par chance, le rendement est au-dessus de la valeur annoncée. « En termes de mobilisation de main-d’œuvre, on ne peut pas rêver mieux. Du stockage, il n’y en a jamais assez ! », reconnaît Gaétan. Effectivement, tous les facteurs sont au vert à ce moment : les prix intéressants, le besoin de stockage et la faible exigence en main-d’œuvre d’un bâtiment photovoltaïque. Dans la continuité de leur travail engagé sur la ferme, les frangins ne s’arrêtent pas en si bon chemin. Quelques prestations de service sont encore effectuées de temps à autre, pour les agriculteurs voisins (épandages de fumier ou semis de céréales). « L’idée, ce n’est pas de développer ces prestations, mais plutôt de pérenniser l’élevage. Je veux rester dans le bovin, parce que c’est ce qui me plaît », déclare le chef d’exploitation. Organisation et bien-être Depuis 2020 et pour satisfaire la demande sans cesse croissante, des lots de taurillons et de génisses sont achetés à l’extérieur, par leurs propres soins. « Ce lot vient de Saône-et-Loire », précise Florent en désignant les jeunes bovins ruminant paisiblement dans leur box. Du contact pris avec les éleveurs de charolais, au choix des animaux, en passant par la planification du transport lorsqu’ils ne peuvent pas l’assurer eux-mêmes : tout est maîtrisé. Deux à trois bovins partent chaque semaine en destination de l’abattoir de Metz, 52 semaines par an. « C’est une sacrée logistique. Tous les vendredis, on fait le point par téléphone avec le responsable boucherie, puis il faut prévenir l’abattoir du nombre d’animaux qui vont être livrés », décrit Gaétan. À terme, ce chiffre hebdomadaire augmentera proportionnellement au marché. Avec un mot d’ordre : l’organisation. L’atelier d’engraissement prenant de plus en plus d’ampleur, les deux frères font éclore leur dernier projet : la construction d’un nouveau bâtiment. Leur but premier est de maximiser le bien-être de l’animal et de l’éleveur, tout en optimisant l’efficacité de travail. De concert avec le conseiller de la Chambre d’agriculture, Gaétan s’est tourné vers l’entreprise Mathis de Mirecourt pour l’aménagement du bâtiment. « Il a fallu composer en fonction du dénivelé naturel et des limites de propriétés qui sont à trois mètres. Ce n’est pas aussi simple que ce qu’on croit », précise l’exploitant. De nombreux éléments ont été imaginés pour simplifier le travail et augmenter le confort des animaux. Pour exemple, une travée entière sera dédiée à la contention, une aire de lavage et une fumière font également partie du plan. Partenariats sympathiques Florent et Gaétan ont la volonté forte de renforcer les relations partenariales. L’élevage s’effaçant crescendo dans les environs ces dernières années, par la force des choses, des échanges paille-fumier ont été créés avec les céréaliers des environs. « Ils ont besoin de matière organique pour amender leurs sols pouvant être parfois appauvris, c’est gagnant-gagnant. 15 ha de luzerne ont également été contractés. Les céréaliers l’implantent, je l’achète sur pied. Ce fourrage protéique sécurise mes stocks et apporte bon nombre de bénéfices à l’assolement dans les sols à poteniel moindre », explique-t-il. L’éleveur a opté pour la mise en place de « partenariats sympathiques, qui créent des liens, redynamisent. On n’est pas concurrent les uns des autres, on travaille ensemble ». L’autonomie alimentaire est quasiment atteinte grâce au fourrage de l’exploitation, seuls les taurillons sont complémentés avec des concentrés. Les partenariats ne s’arrêtent pas à la cour de la ferme. Les Vix se sont même fait une place autour de la table, que ce soit entres amis ou au restaurant. Au rayon boucherie d’une grande surface de proximité, les clients sont friands des produits carnés issus de l’élevage. « Le client veut savoir d’où provient la viande qu’il achète, plus particulièrement depuis ces derniers mois », témoigne Gaétan. Deux nouvelles collaborations sont même nées cette année. Des restaurateurs sont venus à la rencontre de l’exploitant : le Burger Skill à Saverne, dont le menu se décline en plusieurs versions d’un burger plus-que-local, et le Bistronome, un semi-gastronomique, dans une démarche 100 % locale. Le partenariat des saveurs est réussi. Au menu du soir, un plat typiquement américain, mais sacrément alsacien !    

Sarah Fallay-Rigal, sellier-harnacheur

Du cuir haute couture

Publié le 01/08/2021

Sarah Fallay-Rigal a découvert le métier de sellier au fameux haras du Pin, dans l’Orne. Après s’être formée, elle a ouvert son propre atelier, Équestrement vôtre à Riquewihr, où elle fabrique des selles et tout le harnachement pour les chevaux.

On accède à l’atelier de Sarah Fallay-Rigal par une volée de marches d’escalier : un étage, puis deux, puis trois. C’est sous les toits d’une maison de Riquewihr que la jeune femme, âgée de 27 ans, a posé ses outils de sellier-harnacheur et ses rouleaux de cuir. En attendant de pouvoir s’installer dans un atelier plus grand à Eschbach-au-Val, dans la vallée de Munster, avec deux confrères artisans. Son itinéraire est à l’image de cet escalier en bois : tout sauf rectiligne. Étudiante en master d’archéologie et d’histoire contemporaine, la jeune femme a consacré un mémoire aux écuries d’un camp de repos allemand dans l’Argonne pendant la Première Guerre mondiale. Pour les besoins de ce mémoire, il lui faut rencontrer un maréchal-ferrant. Sarah se rend au haras national du Pin dans l’Orne, qui abrite le pôle formation de l’IFCE (Institut français du cheval et de l’équitation). Lors de cette visite, elle découvre l’atelier sellerie, où des apprentis apprennent le métier derrière une immense baie vitrée. Une découverte qui la conduit à réaliser un stage à l’IFCE de Montier-en-Der, en Haute-Marne ; puis à postuler pour une formation de sellier au haras du Pin et à celui de La Roche-sur-Yon, en Vendée. À l’issue de deux jours de tests, elle est acceptée à la Roche-sur-Yon avec sept autres candidats. La formation se déroule sur un an. « Pour être sellier, il ne faut pas forcément être cavalier mais c’est tout de même plus facile quand on monte à cheval et qu’on connaît l’utilisation finale de chaque pièce », explique la jeune femme, qui a commencé l’équitation à l’âge de 10 ans. Des cuirs et des boucles français De La Roche-sur-Yon, Sarah garde le souvenir d’une année très intense, alliant théorie et pratique sous la houlette de Michel Charrier, maître sellier et Meilleur ouvrier de France et de deux selliers déjà formés. Chaque semaine, les apprentis découvrent une nouvelle pièce. Ils apprennent à la dessiner puis la réalisent avant d’être évalués sur pièce. Avec les formateurs, ils passent en revue les différents types de muserolles, de mors, de harnais, leur usage… « Un an, c’est tellement court », regrette Sarah. La formation comprend également deux stages, qu’elle effectue chez une sellière en Alsace et dans un atelier de fabrication de malles dans le Poitou. Son CAP de sellier-harnacheur en poche, elle est embauchée à l’Écomusée d’Alsace, où elle passe un peu plus de six mois. Renonçant à rempiler pour une nouvelle saison, elle entame les démarches pour s’installer à son compte et réalise un stage préparatoire à l’installation. « Je me suis immatriculée dans la Marne, d’où je viens », précise Sarah, qui a été soutenue sur le plan administratif par la Chambre des métiers de la Marne. En Alsace, où elle ouvre sa sellerie, elle peut compter sur la Fédération des métiers d’art (Fremaa) qui regroupe 165 professionnels rassemblés pour promouvoir leurs métiers et leurs savoir-faire. Soucieuse de se placer dans le haut de gamme, Sarah privilégie les cuirs français, qu’elle trouve « d’une super qualité ». Elle s’approvisionne notamment en Alsace auprès des tanneries Degermann et Haas, « les meilleures pour le veau », et dans le sud de la France pour la vache. « Le cuir de vache allie la longueur et la résistance, c’est ce que je recherche. Je travaille aussi un peu de mouton. » La bouclerie provient principalement d’un fournisseur parisien, la maison Poursin, un véritable paradis pour les articles en laiton, selon elle. L’outillage qu’elle utilise n’a pas tellement changé depuis le XIXe siècle : compas pour tracer, couteau à pied et emporte-pièces de différentes dimensions pour découper, alêne pour percer le cuir et fil de lin pour coudre les différentes pièces. « Je couds presque tout à la main pour une question de solidité. Ça irait plus vite à la machine », reconnaît la jeune femme qui, pour l’instant, n’est équipée que d’une Singer électrifiée, pas vraiment faite pour le travail du cuir. Elle l’utilise pour les coutures extérieures de ses selles, en attendant de pouvoir s’équiper d’une machine à canon triple entraîneur lorsqu’elle aura déménagé. Du sur-mesure pour se démarquer « Mon credo, c’est le sur-mesure », insiste Sarah, qui compte entre 40 et 45 heures pour réaliser une selle, en fonction du niveau de personnalisation, et une dizaine d’heures pour un sac à crottin, en comptant la conception. Depuis son installation en 2018, elle a réussi à se constituer une clientèle de particuliers, auxquels elle propose ses selles et toutes les pièces de harnachement pour les chevaux. Elle travaille également avec des centres équestres, qui la sollicitent plutôt pour des réparations. « J’ai fait beaucoup de prospection cette année », souligne-t-elle. La jeune femme réalise aussi de la maroquinerie (ceintures, pochettes, sacs de voyage sur mesure) et propose des ateliers où les participants peuvent réaliser leurs propres articles en cuir, dont un atelier réservé aux cavaliers qui veulent se débrouiller en sellerie. « Au début, c’est difficile de se rémunérer. Depuis cette année, j’arrive à dégager un peu plus qu’un Smic. » Sarah, qui s’est entourée d’un conseiller en gestion, veille à maintenir des prix cohérents par rapport à ses coûts de fabrication. « J’utilise de belles matières premières, je ne veux pas brader mes créations ou faire comme les anciens selliers qui sont devenus selliers-garnisseurs pour mieux gagner leur vie. Cela ne m’intéresse pas », dit-elle, persuadée que le sur-mesure, la plus grande longévité du matériel et le service après-vente sont de meilleurs éléments pour se démarquer que le prix.

Publié le 29/07/2021

Pierrick Leroux, un Normand de 31 ans, a embrassé la carrière d’agent de remplacement agricole, en intégrant le service de remplacement du Bas-Rhin (SR 67) en CDI, en 2019. Après dix ans à exercer le métier de commercial, il est retourné à ses premières amours, puisqu’il a grandi en travaillant dans un élevage laitier.

« Le monde agricole me manquait et j’en avais ras-le-bol de celui du commerce : de la course à l’objectif, de pousser à l’achat, des négociations. La vente ne me motivait plus », résume Pierrick Leroux, bronzage agricole de rigueur, en ce mois de juin 2021. Sourire épanoui, yeux rieurs, le jeune père de famille est d’autant plus ravi du changement qu’au SR 67, « on me donne mon planning, je ne m’occupe de rien, je fais ce qu’on me demande ». Encore un avantage, comparé à son ancien métier de commercial. Pierrick a retrouvé une occupation manuelle, dans laquelle il excelle, à en croire l’un de ses employeurs. « Il est à l’écoute, concentré, consciencieux. Et c’est primordial, surtout en lapins », souligne Jean Strohl, jeune éleveur à Brumath, qui travaille depuis trois ans avec Pierrick, lors des inséminations et des sevrages. Fils et neveu d’agriculteurs Pierrick est fils d’agriculteur, d’un éleveur de charolaises, plus précisément, gérant de la ferme d’un château, près de Saint-Lô. Mais au divorce de ses parents, il se retrouve bien plus souvent chez son oncle, avec son cousin germain, à flatter les normandes et les jersiaises, près de Cherbourg. Toutes ses vacances, il les passe à l’élevage laitier et aux champs. Lorsqu’il quitte la Normandie pour l’Alsace avec sa bien-aimée, en 2016, à la faveur d’une mutation, il revient encore aider au bercail la première année. Puis il découvre le SR 67. Pendant deux étés consécutifs, 2017 et 2018, il enchaîne les CDD dans le Bas-Rhin. Il finit sa carrière de commercial chez SFR, après plus de dix ans d’expérience, en mai 2018. Il entame alors sa reconversion. En formation pour adultes, il passe un brevet professionnel de responsable d’exploitation agricole (BPREA) au CFPPA d’Obernai. Pierrick n’a aucune intention de s’installer dans l’immédiat mais il acquiert des connaissances théoriques et pratiques utiles. En juillet 2019, à peine diplômé, le SR 67 le convoque pour lui proposer un CDI. Des missions très variées « Je connais mieux le Bas-Rhin que Leslie (sa compagne qui est d’origine alsacienne, NDLR) », fanfaronne-t-il. Pierrick Leroux aime le coin, qu’il a découvert pour la première fois en 2011. Sa vie est ici, en Alsace. Et il est enchanté d’y vadrouiller, lui qui a la bougeotte. « Je me lasse assez vite. Je ne me vois pas toute une vie dans une même ferme, pour l’instant. Grâce au SR, je travaille partout et je rencontre du monde. » Cette liberté et la diversité des missions proposées le comblent. S’il préfère bien sûr la polyculture-élevage, il apprécie toucher à tout. « Quand je me lève le matin, je suis toujours content d’aller bosser. Le suivi de troupeau, les soins aux animaux, la conduite de tracteurs, et même la maçonnerie : l’agriculture, c’est tellement varié ! Encore plus avec le SR. Les activités sont si différentes d’une ferme à l’autre ! J’étais déjà dans les vignes, le houblon, les poulets, dans une pension pour chevaux. Il n’y a que les élevages de moutons et de chèvres que je n’ai jamais expérimentés », constate-t-il. Pierrick Leroux est rarement aux 39 h. Il enchaîne les heures supplémentaires mais il ne travaille pas les week-ends, « sauf si je le décide », précise-t-il. Il loue le SR pour la qualité de vie qu’il lui offre. « J’ai une vie de famille », pointe-t-il. Et amicale aussi ! Sociable, il a créé des liens avec les nombreux employeurs qu’il côtoie. Lui et Jean Strohl, par exemple, se retrouvent régulièrement en dehors des missions de Pierrick. En CDI Pendant une journée type, Pierrick Leroux peut être amené à aller à Jetterswiller, à 6 h 30, pour la traite, par exemple, puis à rouler 40 minutes, jusqu’à Batzendorf, pour initier les vaches laitières aux robots de traite, avant de repartir pour Jetterswiller et la traite du soir, de 17 h 30 à 19 h 30. Parfois, il découvre en arrivant sur place quel sera le chantier du jour. Le jeune homme admire le sens de l’organisation de Marylin Chardonnet, la responsable administrative du SR 67. Actuellement, ils sont quatre à y être embauchés en CDI, dit-il. Selon les périodes, il y a plus ou moins d’agents en CDD. « Il arrive qu’ils soient soixante CDD », relève Pierrick. L’exploitant paie la main-d’œuvre, Marylin établit les contrats. Priorité est donnée aux agriculteurs qui sont malades, accidentés, en congés parentaux. Mais pour un supplément de main-d’œuvre, il est aussi possible de faire appel au SR. Certains exploitants demandent systématiquement le même agent, puisqu’il connaît le travail ou parce qu’il y a des affinités. « Le planning doit être un casse-tête », avance Pierrick, d’autant plus reconnaissant envers Marilyn. Depuis qu’il est au SR en CDI, Pierrick reçoit un salaire fixe, une prime d’assiduité (ponctualité) ; les vêtements sont fournis, tous ses kilomètres sont remboursés, ainsi que son panier-repas, à hauteur de 12,30 euros. Un bon mois, avec les heures supplémentaires, son salaire d’agent de remplacement agricole peut avoisiner celui d’un commercial motivé, pense-t-il. « Mais je ne me suis pas reconverti pour l’argent », enchaîne-t-il, immédiatement. Aujourd’hui, Pierrick vit sa passion.

Pages

Les vidéos