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Concours Graines d’agriculteurs

Vincent Goetz, la solidarité alsacienne représentée

Publié le 23/08/2021

Après des mois marqués par la crise sanitaire du Covid-19, le concours Graines d’agriculteurs a choisi la solidarité et l’entraide comme thématique de l’édition 2021. Vincent Goetz, agriculteur à Châtenois et membre de l’Afdi du Haut-Rhin, fait partie des finalistes.

Créé en 2011 et organisé depuis 2017 par Terres Innovantes, le fonds de dotation du syndicat Jeunes Agriculteurs, en lien notamment avec le Ministère de l’agriculture et de l’alimentation, ce concours vise à récompenser des agriculteurs nouvellement installés. C’est la seule condition pour concourir. Cette année, sous le signe de la solidarité et l’entraide, les valeurs encouragées chez les candidats sont le sens de l’entreprenariat agricole, la vision à long terme, la démarche durable, l’inventivité produit et méthode, le « business model », la capacité à servir de référence pour d’autres. Un Alsacien candidat Après avoir reçu une cinquantaine de candidatures, le jury a sélectionné dix finalistes, dont un Alsacien. À Châtenois, dans le Centre Alsace, Vincent Goetz, 40 ans, élève des vaches laitières en agriculture biologique. Parallèlement, il est aussi administrateur de l’Afdi (Agriculteurs français et développement international) du Haut-Rhin et travaille en étroite collaboration avec des agriculteurs maliens pour vendre leurs mangues en Alsace. En plus de maintenir son engagement au sein de l’association, il souhaite, avec son associé, développer un atelier de transformation et de vente directe de produits laitiers à la ferme. Comment voter ? C’est maintenant au public de voter en ligne pour leur jeune agriculteur préféré. Les votes seront clos le 2 septembre 2021. Pour élire votre jeune agriculteur préféré parmi les dix finalistes sélectionnés, rendez-vous sur le site demainjeseraipaysan.fr Début septembre interviendra ensuite le jury final qui détermine le ou les lauréats. L’élection se fait par un système de notation qui prend en compte pour 50 % du vote du public et pour 50 % du vote du jury. Les lauréats remporteront une dotation de 3 000 € pour les aider dans leur projet. La remise des prix se tiendra à Corbières dans les Alpes-de-Haute-Provence, à l’occasion des Terres de Jim du 10 au 12 septembre 2021.    

Michel Jourdain, Les cavaliers du rêve

En selle et en scène

Publié le 22/08/2021

Dans la vallée de Villé, un spectacle a fait rêver petits et grands pendant de longues années. « Le rêve d’une nuit d’été » n’existe plus mais des cavaliers ont repris le flambeau. Menés par Michel Jourdain, ils travaillent à un grand spectacle, équestre cette fois, sur les hauteurs de Saint-Pierre-Bois. Rencontre avec un cavalier harnaché à ses rêves.

Michel Jourdain est né en 1953, son premier souvenir de cheval remonte à peu près à cette époque. « Je me faufilais pour aller me coucher sous les chevaux du cirque qui faisait halte non loin… », se souvient-il. Force est d’admettre que, chez certains, cet amour du cheval est inné. « Je suis plus à l’aise à cheval qu’à pied. Je suis fasciné. Je n’ai jamais eu peur…, décrit, songeur, le jeune retraité. Je ne m’explique pas cette attirance que tous les cavaliers partagent. » Cette passion, il n’en fera pas son métier. Mais ce professeur de mathématiques – à qui on doit aussi la mise en place des espaces numériques dans l’académie, comme Scolastance – déborde d’énergie. Alors, sorti de sa classe, il se consacre aux chevaux. Il part pour de grandes randonnées dans les Vosges, avec ses chevaux et ses copains. « Je n’aime pas les cadres. Je n’ai jamais pris de cours. J’ai une monte qui m’est propre, douce, sans cravache », souligne-t-il. Un jour, on lui propose de guider des balades. Puis de participer à un spectacle avec les cavaliers d’Osthouse. De pas en pas, il s’engage de plus en plus dans le monde associatif. Un jour, le proviseur de son établissement le convoque… et lui propose de rejoindre la troupe du « Rêve d’une nuit d’été ». Le souvenir d’un rêve Sur les hauteurs de Saint-Pierre-Bois, l’église Saint-Gilles offre une vue imprenable sur l’entrée de la vallée de Villé. Nous retrouvons Michel Jourdain dans ces prés en amphithéâtre qui ont accueilli pendant près de 20 ans ce spectacle grandiose. Une troupe de 500 personnes racontaient alors, chaque été, en son et lumière, l’histoire de la vallée. Des nuits enchantées qui ont marqué petits et grands. Organisant la partie équestre, les Cavaliers du rêve se structurent en 2007. Michel Jourdain en devient le président. Mais en 2009, l’enthousiasme du grand spectacle s’essouffle. La nuit prend fin, comme l’aube vient, doucement mais inéluctablement. « Pourquoi pas continuer ? » Tenant les rênes, le professeur est soutenu par quelques élus, d’autres associations et amis. Les spectacles équestres tiennent bon, puis s’enchaînent, de quelques centaines à plusieurs milliers de spectateurs rassemblés pour des représentations de plus en plus élaborées. Une troupe magistrale Après plus de 10 ans d’existence, il a rassemblé 80 membres bénévoles autour de lui. Ensemble, ils ont l’ambition de faire renaître un grand spectacle nocturne, toujours en son et en lumière, ici même, au pied de l’église Saint-Gilles. « Le cadre est très beau, de plus nous pourrons assurer la sécurité des spectateurs. C’est le plus important », insiste le président de l’association. Une épidémie passant par-là, le spectacle ne sera montré qu’en 2022. En attendant, le suivant est déjà en cours d’écriture. Un tel projet ne s’improvise pas. Il faut entraîner les chevaux, les habituer à la musique, aux détonations des feux d’artifice… « On emmène les plus peureux avec quelques vieux sages près d’un champ de tir le 14 juillet. Quand ils voient que les anciens broutent tranquillement ou regardent les lumières, alors ils apprennent que c’est sans danger », explique le cavalier. Dans l’association, tous les talents sont présents. Sur les 80 bénévoles, on compte 40 cavaliers, de tous les niveaux. Les autres sont selliers, metteurs en scène, conteurs, voltigeurs, cracheurs de feu… Il faut aussi programmer les lumières, la pyrotechnie, créer les décors, les costumes – pas moins de 300 -, fabriquer les affiches, organiser l’événement, les parkings, la buvette… Les bénévoles viennent de partout et de tous milieux. Un médecin, un restaurateur, un maréchal-ferrant… « Il ne manque plus qu’un véto », s’amuse le papa de la troupe. « C’est magistral », s’enthousiasme-t-il, citant avec admiration les noms de ceux qui donnent de leur temps pour l’association. Michel Jourdain avoue sans peine que s’il donne le rythme, il doit aujourd’hui compter sur l’aide de plusieurs membres piliers qui, il l’espère, prendront la relève. « Seul, je n’y arrive plus. » Les mercis qu’on reçoit L’ambition a un coût. « Le spectacle de 2022 devrait coûter 50 000 euros. On se professionnalise. Il y a quelques gros matériels comme des projecteurs, et donc des groupes électrogènes. On consommera plus d’électricité que toute la commune ! », illustre Michel Jourdain. « Nous sommes beaucoup aidés par la communauté de communes, par les maires alentour… L’agriculteur qui fauche le pré de Saint-Gilles, vient un peu plus tôt pour nous permettre de répéter. » Le spectacle sera ouvert à tous, mais pour faire rentrer quelques sous, les places assises seront mises en vente. « On espère 9 000 personnes en tout, sur trois représentations. Mais le but, ce n’est pas l’argent, insiste-t-il. Il en faut pour monter le spectacle. Mais notre gagne-pain, ce sont les mercis qu’on reçoit. » En attendant de retrouver le parvis enherbé de Saint-Gilles, les cavaliers du rêve se produisent là où ils sont invités comme le Pfifferdaj à Ribeauvillé ou la Fête des remparts à Châtenois (quand ces événements ont lieu). Le prochain rendez-vous est en septembre, au pied des remparts d’Obernai pour BiObernai. Chacun vient quand il peut. Michel Jourdain y tient, il n’y a aucune obligation. « Mais pour le grand spectacle, il faudra du monde ! »     Libre, il cavale encore Notre rencontre touche à sa fin. Michel Jourdain s’apprête à aller faire quelques kilomètres en montagne. Pointant l’autre côté de la vallée, il nous dessine du bout du doigt son itinéraire. « J’ai basculé dans le trail, je fais 30 km en 3 h. Mes chevaux sont aujourd’hui trop vieux pour de longues randonnées. Mais j’ai besoin de sortir, d’être dehors. » La jument Djerba a parcouru des milliers de kilomètres de randonnées. Quant à Mirage, le cheval de sa fille, il participera au grand spectacle. « Ma fille viendra exprès de loin », raconte le père heureux de partager cette passion en famille. En attendant, ses animaux pâturent tout près, à Breitenau. L’exploitant qui propose des pensions, prête aussi son tracteur et du matériel à l’association. « Bien pratique », sourit Michel, toujours ravi de voir l’entraide et les rencontres qui se dessinent autour des cavaliers. « Les chevaux fédèrent des amitiés. » Et de continuer, rêveur, contemplant la vallée : « C’est une sensation de liberté. Je me sens bien à cheval. Être avec des chevaux, c’est la vie ! »

André Roesch, le « magicien du poste à souder »

Pimp my matériel agricole*

Publié le 19/08/2021

Chez les Roesch, à Breitenheim, un hameau de Mussig, on préfère mettre la main à la pâte que la main à la poche. Aussi, on ne se satisfait pas du tout venant. Pour adapter ses outils à ses désirs et l’activité la plus rentable de la ferme, le maraîchage, André, le père, bricole depuis son installation en 1985. Il customise presque tout.

« Le plus important a été créé aujourd’hui. Reste à entretenir le parc de matériel et ça, mes fils savent faire. Ils ont appris. Ils bricolent mais ils sont moins inventifs que moi », cadre André Roesch, à l’aube de la retraite. Le maraîcher et céréalier de Breitenheim, près de Mussig, va bientôt transmettre son exploitation à ses aînés, Baptiste, 26 ans, et Jean-Thomas, 25 ans, actuellement salariés. Il aura customisé, près de quarante années durant, toutes les machines agricoles et outils qu’il aura eus entre les mains, principalement achetés d’occasion. André récupère tout : « Ça peut toujours servir. » Baptiste est sidéré mais admet que son père a raison sur ce point précis. « La seule fois où on a jeté une broyeuse à pommes de terre, on en a eu besoin juste après et on a dû s’en procurer une nouvelle », se souvient-il. Un homme curieux Sous le grand hangar équipé de panneaux photovoltaïques, André a posé à droite les racks avec les outils traînés, « pimpés », et à gauche la poinçonneuse, la scie à cloche, la perceuse à colonne, la ponceuse à bande fixe, les cisailles, le poste à souder, etc. Au milieu de l’atelier trône une charpente métallique « home made » (fabrication maison), en acier, qui a été galvanisée à Baccarat. C’est la structure du futur poulailler mobile, que les Roesch sont en train de construire et qui permettra de sortir les volailles. « J’aurais pu investir dans un poulailler mobile de marque mais, pour le prix d’un, j’en fabrique deux », relève André qui pense aussi que le sien tiendra plus longtemps. Il a commencé à réfléchir à ce projet en hiver 2020. Il ne s’est lancé dans sa réalisation qu’au printemps. « La gestation d’un projet est souvent longue. J’ai mon idée en tête. Je l’améliore, la peaufine. Je suis curieux de nature. Je visite beaucoup d’autres exploitations. Je regarde ailleurs. C’est comme ça que mûrissent mes projets », explique André Roesch. Du matériel dédié Il montre quatre planteuses, perchées sur des racks. « Cette planteuse à pommes de terre travaille une fois par an. À deux personnes, on plante un hectare en une journée », précise André. Le père Roesch est fier de ses inventions. « Pour les poireaux, j’ai aussi adapté une planteuse. Celle-ci a 36 pinces, implantées sur la base d’une planteuse classique. Le socle, en forme de cœur, descend plus profondément dans la terre, puisque ce qui est recherché dans les poireaux, c’est le blanc. Ainsi, on le plante plus profondément, sans avoir besoin de le butter », enchaîne-t-il. André ne cultive pas beaucoup de poireaux : 40 000 par an. La création de sa planteuse dédiée se justifie aussi par le gain de temps sur le montage et le démontage d’une planteuse classique. Cela prendrait une demi-journée pour arranger une planteuse classique à une culture. Ses outils dédicacés, il les descend et les remise, avec le chariot élévateur, en quelques minutes. Ils sont déjà équipés et réglés quand il faut les atteler. Pour le maraîchage et même les grandes cultures Pour ventiler les récoltes de soja, ou de méteils, André a aussi fabriqué un système de ventilation maison, à partir d’un ancien fond de silo à grains, qu’il pose sur une rehausse, dans une benne vide. Il arrive à sécher 12 t de soja, en une fois, grâce à cela. « L’air va entrer dans la grille, percée, par le haut. On a démonté un séchoir à maïs et récupéré le ventilo. On met un générateur au bout et en une nuit, c’est sec. Le fond, quand on lève la benne, reste accroché grâce à une goupille », détaille André Roesch. Le poste à souder, dans cette ferme ultra-diversifiée de Breitenheim (lire l'encadré), fonctionne chaque jour ou presque. « J’ai agrandi les marchepieds et fait en sorte qu’ils soient antidérapants. J’ai ajouté une poignée et une jonction entre la roue et la cabine pour qu’on ne glisse pas entre les deux ; pour la sécurité et le confort. En une après-midi, c’était fait, déroule André Roesch, à propos d’un Kubota. Et on a modifié la distrib’hydraulique du tracteur pour que la manette soit accessible depuis la cabine, par le haut, et par le bas ». Quelques mètres plus loin, André s’arrête : « On a imaginé une machine entièrement, pour aller vite et bien, adaptée à nos petites surfaces de maraîchage : un robot de désherbage, dont on a fabriqué les lames de binage. » L’as de la récup Baptiste et Jean-Thomas, les deux aînés des huit enfants, veulent cacher le « bric-à-brac », qui s’étend au fond de l’atelier. De vieux tracteurs entre autres, s’entassent. André est sans-gêne. « Un ami a acheté un vieux moulin. On a récupéré les renvois d’angle, les transmissions », dit-il en marchant. Le sexagénaire a acquis des machines d’usines bradées, d’un revendeur. A-t-il appris à s’en servir ? « J’essaie et je vois ce qui fonctionne », confie André. « Papa est autodidacte », rebondit Baptiste, en aparté. Il regarde des vidéos sur YouTube mais surtout, tente. À partir d’une ancienne lame de scie pour les arbres, il a conçu un outil pour les faux semis, une lame scalpeuse qui évite les remontées d’adventices. « L’avantage, c’est qu’elle ne laisse passer aucune herbe entre les dents. Quand c’est usé, on dessoude et on remplace. On en est déjà à la quatrième lame », compte André. Et c’est un client d’une Amap qui régale. Avantages et inconvénients du DIY** « Mes fils soudent mieux que moi maintenant, car j’ai des troubles de la vue », admet André. « Il y a un juste milieu à trouver, place Jean-Thomas. Le bricolage, c’est bien, mais il a ses limites. C’est grâce à lui qu’on s’en est sorti, en maraîchage, avec nos petites surfaces. Mais c’est déjà arrivé qu’on perde deux jours sur un bricolage et qu’au final, l’outil ne fonctionne pas. » Son père acquiesce : « Il y a des échecs aussi. » Il sait qu’avec l’agrandissement récent de la ferme, ses fils se tourneront volontiers plus vers du matériel neuf, mais il a transmis à ses garçons le goût de la débrouille. En tout cas, Jean-Thomas est catégorique : il préfère investir dans un appartement, que dans un tracteur neuf tous les cinq ans. « L’idée, c’est de vivre de mon métier. Si on achète tout neuf, on ne gagne plus de sous ! », s’exclame-t-il. « Ici, on fait tout nous-mêmes, parce qu’on aime aussi, ajoute André. La ferraille se recycle à l’infini ! » « C’est économique et écologique, conçoit Baptiste. C’est un état d’esprit. On est libre. » Un divertissement André a appris à souder, lorsqu’il avait 25 ans et qu’il a travaillé un hiver dans une entreprise de construction métallique. Mais il avait déjà des bases. « À 12 ans, mon père a acheté son premier poste à souder. J’ai essayé tout de suite. Je trouvais ça magique. J’ai sympathisé avec un homme du village confirmé qui m’a enseigné ce qu’il savait. Puis au lycée agricole d’Obernai, en 1976-1978, on a soudé quand on préparait le BEP. J’avais ça dans les mains », raconte André. Le premier objet qu’il a fabriqué est une petite benne trois points. « Elle a 48 ans aujourd’hui, et ramasse tous les légumes de la ferme », assure André. L’Atelier paysan, une coopérative d’autoconstruction du Grand Ouest, est déjà passé par sa ferme. André Roesch n’a jamais rien vendu mais prête volontiers son fer à souder. Il aime le partage de connaissances et se changer les idées. « Bricoler, c’est une manière de me divertir. Je joins l’utile à l’agréable. Je fais de l’art et c’est utile », conclut André. Jean Becker, maraîcher à Ingwiller, qu’il a rencontré au CFPPA d’Obernai, l’a surnommé le « magicien du poste à souder ». « Je ne suis pas le seul », nuance-t-il, humblement.    

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