Pratique

Mesures agro-environnementales et climatiques (MAEC)

Montagne : menace sur les landes ?

Publié le 13/04/2023

À compter de ce printemps, les agriculteurs ont la possibilité de souscrire de nouvelles mesures agro-environnementales et climatiques. Mais les règles de souscription changent, en particulier pour les landes. Ce qui pourrait remettre en question l’entretien de ces espaces difficiles, auquel contribuent les agriculteurs de montagne.

Associés du Gaec Ferme Huckert, Jean-François Huckert et sa sœur Jacqueline élèvent des vaches allaitantes en production principale. Ils engraissent également des porcelets. La viande est vendue en direct, via le drive fermier de Schirmeck, le magasin de producteurs de Wisches, et La nouvelle douane, à Strasbourg. Outre 60 à 65 mères allaitantes et leur suite, ils possèdent également une vingtaine de chèvres qui entretiennent certaines parcelles non mécanisables. Les vaches allaitantes contribuent aussi à l’entretien des terrains. « Avant, on avait beaucoup plus de vaches allaitantes, mais on a réduit leur nombre pour faire des chevaux en pension. Avec les bovins, la rentabilité devient difficile, d’autant qu’on n’a plus accès aux pulpes surpressées », explique Jean-François Huckert. L’exploitation a la particularité d’avoir beaucoup de surface - 200 ha - mais peu de terrains fauchables, entre 40 et 50 ha. Ce qui fait que le Gaec est peu autonome en foin l’hiver. La moitié des surfaces de l’exploitation sont des landes. Les associés du Gaec ont souscrit des mesures agro-environnementales et climatiques (MAEC), qui ouvrent droit à des aides compensant les contraintes de production sur ces terrains difficiles. Pour les landes, il existe trois niveaux de contraintes, auxquels correspondent trois niveaux d’aides. Le niveau le plus élevé prévoit l’absence d’apport de fumier, pas de fauche ni de produits phytosanitaires, mais un entretien mécanique par an (broyage des genêts). Le niveau le moins contraignant - et le moins rémunérateur - prévoit l’apport de fumier en quantité limitée et l’obligation d’un entretien tous les cinq ans. Le niveau intermédiaire oblige à un entretien mécanique trois ans sur cinq. Pour pouvoir épandre tout leur fumier, certaines exploitations - c’est le cas de la ferme Huckert - souscrivent le niveau le moins contraignant sur une partie de leurs landes. Chevauchement et non-cumul Souscrites en 2020, les MAEC vont prendre fin en 2024. Avec la réforme de la Pac, de nouveaux contrats sont proposés aux agriculteurs à compter de ce printemps. Ceux-ci vont se chevaucher avec les anciens. Dans le nouveau dispositif, les conditions de souscription pour les landes se durcissent. Les explications de Stéphane David, conseiller à la Chambre d’agriculture d’Alsace (CAA). « Dans le projet agro-environnemental (PAE) déposé, il y a une boîte à outils nationale avec une vingtaine de mesures. Nous en avons pioché cinq pour la montagne. Jusqu’ici, il existait deux dispositifs : un premier dispositif cumulant des mesures « système », pour lesquelles chaque hectare de l’exploitation est engagé, et des mesures localisées. Ces mesures localisées, au nombre d’une vingtaine en Alsace, pouvaient concerner des landes, des prairies humides, des chaumes… Un deuxième dispositif ne contenait que des mesures localisées. Dans la nouvelle mouture, les deux dispositifs sont maintenus, mais le cumul de la mesure « système » et de la mesure « lande » n’est plus possible dans le premier dispositif. » L’impossibilité de cumuler les deux mesures fera baisser le niveau de compensation de 204 €/ha à 72 €/ha, soit une diminution de plus de la moitié de l’aide MAEC. De plus, avec la mesure « lande », il ne sera plus possible d’épandre du fumier. Tous ceux qui, comme Jean-François Huckert, ont besoin des landes pour assurer leurs besoins d’épandage ne pourront donc plus souscrire cette mesure. Enfin, les agriculteurs signataires de nouveaux contrats MAEC seront soumis à un plafond de 10 000 à 12 000 € d’aides, qui sera définitivement fixé en fonction du nombre de dossiers déposés. « Dans ces conditions, le risque est que les agriculteurs ne veuillent plus exploiter certains terrains, les landes en particulier. Les terrains en pente, avec des rochers, qui ne sont pas mécanisables sont les plus exposés à ce risque », estime le conseiller de la CAA. Pour Jean-François Huckert, qui est aussi président de la section cantonale montagne de la FDSEA du Bas-Rhin, c’est « illogique. Les communautés de communes ont investi de l’argent public pour rouvrir les paysages. Cette politique est remise en cause », dit-il. Les remontées effectuées auprès des élus depuis plus d’un an n’ont apporté aucune solution à ce jour.

Prévention des risques en viticulture

De bonnes habitudes à prendre

Publié le 01/04/2023

Le 22 mars, au lycée de Rouffach, la CAAA du Haut-Rhin organisait sa première journée de prévention sur les risques inhérents au travail en cave, principalement ceux liés au travail en hauteur. Pour les élèves de seconde année du BTSA viticulture-œnologie, c’était l’opportunité d’intégrer les bonnes habitudes à prendre avant leur arrivée sur le marché du travail.

De bonnes habitudes à prendre, d’autres à casser. En Alsace, en 2022, 63 accidents du travail enregistrés dans le milieu agricole étaient dus à des chutes en hauteur. Parmi elles, 76 % sont arrivées lors d’utilisation d’échelles, d’escabeaux, d’échafaudages et de marchepieds. Un chiffre trop important aux yeux de la Caisse d’Assurance-Accidents Agricole du Haut-Rhin (CAAA 68) qui aimerait apporter les bons réflexes de prévention aux jeunes viticulteurs en passe d’intégrer le marché du travail. « On les sent plus réceptifs que leurs aînés qui ont des difficultés à modifier des habitudes bien ancrées », explique Eloyse Isola, conseillère en prévention à la CAAA 68, en marge de la première journée de prévention organisée sur cette thématique le 22 mars, au lycée agricole de Rouffach. Les élèves de seconde année du BTSA viticulture-œnologie ont eu droit, le matin, à des ateliers théoriques (sensibilisation aux chutes grâce à un harnais, réglementation du travail en hauteur au travail, etc.) dans les locaux de l’entreprise Distel à Wittelsheim, spécialisée dans les accès en hauteur en milieu professionnel. L’après-midi, place aux cas plus concrets dans la cave du Domaine de l’école avec des mises en situation animées par deux formateurs de Distel. Dans le même temps, Eloyse Isola et Éric Utard, professeur d’agroéquipement au lycée, en ont profité pour faire une « piqûre de rappel » sur les autres risques potentiels du travail en cave vinicole.   Gare aux chutes, même de plain-pied Frédéric Gaertner est formateur depuis vingt ans chez Distel. Il constate que la principale cause des chutes en milieu professionnel est due à la sous-estimation du danger par l’opérateur. » On n’a pas besoin d’être très haut pour se faire très mal. Le problème est que de mauvaises habitudes sont prises depuis longtemps. On continue parce qu’il n’est jamais rien arrivé, mais il suffit d’une fois. » Si le corps de métier des couvreurs et autres zingueurs reste le plus exposé aux chutes en hauteur, il n’épargne pas les viticulteurs, notamment pendant les vendanges comme le souligne Eloyse Isola. « C’est une période où il y a beaucoup d’activités en cave, où les sols sont mouillés ou encombrés. Une chute arrive vite, même de plain-pied. » La problématique la plus récurrente reste les travaux effectués sur une échelle, pourtant interdits dans le Code du travail. « L’échelle est un moyen d’accès, pas une plateforme de travail. Mais du point de vue réglementaire, si on ne peut pas faire autrement, alors on peut utiliser une échelle pour travailler à condition que la tâche soit de courte durée, ponctuelle, à risque faible, et surtout assurée par un système antichutes », développe Frédéric Gaertner. Un « kit mains libres » composé d’un harnais, d’un système d’attache relié à l’échelle et d’une corde reliée à un point d’ancrage suffisamment résistant pour retenir l’opérateur en cas de chute. « Cela peut paraître excessif, mais c’est indispensable. La mauvaise habitude la plus récurrente c’est de dire : je ne vais pas très haut, pas très longtemps, donc ça va. C’est une grosse erreur. »     Des jeunes demandeurs Cette première journée de prévention est vue d’un très bon œil par Éric Utard. Si les risques - chimiques, électriques, de circulation - sont bien abordés en cours, cela se limite à des diaporamas ou des vidéos. « Là, les jeunes sont en situation avec des spécialistes de la prévention. Cela a nettement plus d’impact que des professeurs plus généralistes comme nous. On les sent demandeurs de ce type de journée qui leur permet d’arriver sur le marché du travail avec des bons réflexes en matière de prévention. »

Cérémonie du Guide Michelin

Une pluie de retombées

Publié le 20/03/2023

Vendredi 10 mars, les présidents des Chambres consulaires et Frédéric Bierry ont dressé un premier bilan de l’opération Michelin. L’Alsace devrait bénéficier d’importantes retombées notamment en matière d’attractivité pour l’Alsace, sa gastronomie et ses produits. Autant de boosters économiques.

L’opération Michelin se termine. Pendant plusieurs jours, l’Alsace est devenue le centre du monde de la gastronomie. Avec en point d’orgue, la cérémonie de dévoilement du palmarès 2023 du Guide Michelin, qui s’est tenue le 6 mars. C’était un événement en soi. Mais, avant et après, près de 500 grands chefs étoilés venus de toute l’Europe, 150 journalistes, 50 agences de presse, ont visité l’Alsace, et en ont emporté un peu dans leurs valises, faisant d’eux autant d’ambassadeurs des produits et de la gastronomie locale. « Avec un milliard de vues dans le monde, cette cérémonie est une magnifique vitrine pour la gastronomie alsacienne », pointe Frédéric Bierry, président de la Collectivité européenne d’Alsace (CEA), qui ne boude pas son plaisir d’avoir participé à un événement où « nous avions la tête dans les étoiles, mais les pieds bien sur terre ». La cérémonie en elle-même a un impact : de nombreux gourmets ont été logés dans des hôtels, ont mangé dans des restaurants, et fait des emplettes en Alsace. Et certains ont fait durer leur séjour, pour encore plus d’immersion. À plus long terme, le Guide Michelin annonce une hausse de fréquentation de 8 à 10 % pour le territoire ayant accueilli la cérémonie l’année qui suit l’événement. Dans un contexte de « concurrence territoriale mondiale, la cérémonie du Guide Michelin, qui est une marque monde, est un événement très convoité », indique Jean-Luc Heimburger, président de la CCI. Frédéric Bierry rappelle que les industries agroalimentaires représentent 8 % du PIB alsacien, et que le secteur de la gastronomie y emploie 100 000 personnes, « qui vont bénéficier de la mise en avant de l’art de vivre à la française et à l’alsacienne ». À titre d’exemple, Nicolas Stamm, chef du restaurant La Fourchette des Ducs à Obernai et directeur de projet à la CEA, rapporte les propos de l’ambassadeur pour la gastronomie, Guillaume Gomez, qui a fait l’éloge des vins d’Alsace : « Il a dit que ce sont des vins exceptionnels, qui ne sont pas reconnus à leur juste valeur. » Des étoiles plein l’Alsace Même si l’Alsace n’a pas décroché de troisième étoile cette année, il y a davantage de restaurants étoilés sur le territoire à l’issue de la cérémonie. Nicolas Stamm souligne notamment l’obtention d’une étoile verte dans le centre-ville de Strasbourg, par le restaurant de : ja (en plus de sa première étoile) pour récompenser l’écoresponsabilité de l’établissement. En tout, pas moins de 150 établissements alsaciens sont repérés dans le Guide Michelin, que ce soit par des Bib gourmands ou des étoiles. Susciter des vocations Les présidents des Chambres consulaires insistent aussi sur l’impact de l’événement sur les jeunes engagés dans des formations aux métiers de l’hôtellerie et de la restauration qui ont pu y assister. De quoi créer des vocations, selon Jean-Luc Heimburger, qui plus est dans un secteur où l’ascenseur social fonctionne plutôt bien, puisqu’on peut passer « de CAP à étoilé ». À noter que la pénurie de main-d’œuvre dans le secteur a contribué à revaloriser les salaires : « Avec 43 h de travail hebdomadaire, un commis de cuisine gagne 2 200 € nets par mois, plus les pourboires défiscalisés », rapporte Nicolas Stamm. Un bilan financier à consolider Le bilan financier de l’opération séduction n’est pas encore complètement ficelé. Mais les organisateurs mentionnent près de 170 000 € de mécénat, et 1 M€ de participation des entreprises alsaciennes sous forme de produits et services pour l’évènement. Les fruits et légumes d’Alsace ont, par exemple, ravitaillé les cuisines en fruits et légumes locaux, le Civa a apporté des vins d’Alsace… Le reste à charge pour la CEA s’élève à 380 830 €. À noter que le Palais de la musique et congrès (PMC), a été mis à disposition, mais que le coût technique, qui devait être pris en charge par la Ville de Strasbourg, incombe finalement à la CEA, rapporte Nicolas Stamm, qui a été la cheville ouvrière de l’événement. Soit une facture de 107 000 €. L’agriculture à la base Tous les présidents des Chambres consulaires ont souligné le rôle de l’agriculture dans cette grand-messe. « Pas de gastronomie sans produits agricoles », commente Frédéric Bierry. « La gastronomie, c’est l’agriculture, l’artisanat, l’industrie et les services. Elle représente tous les secteurs, sans les opposer. Mais à la base, il y a les agriculteurs, premiers maillons d’une formidable chaîne qui fait avancer l’Alsace », dit Jean-Luc Hoffmann, président de la Chambre des Métiers et de l’Artisanat d’Alsace. Évidemment, Denis Ramspacher, vice-président de la Chambre d'agriculture Alsace, ne peut qu’abonder - « pour que l’alimentation aille de la fourche à la fourchette, il faut des artisans, des industriels et des commerçants » - mais il profite aussi de l’occasion pour pointer quelques enjeux : « Actuellement, un poulet sur deux est importé. C’est dommage, car les producteurs français n’ont pas les mêmes standards ni les mêmes chartes de production. » Il souligne l’avantage d’avoir des filières locales. Ainsi, la filière moutarde d’Alsace, avec Alelor, a permis d’avoir de la moutarde quand elle est devenue une denrée rare ! Par contre, la production de l’un des fleurons de la gastronomie alsacienne, le foie gras, a été dangereusement déstabilisée par la grippe aviaire. Grâce à « l’énergie collective, des canetons ont été trouvés », rapporte Nicolas Stamm, qui s’est engagé sur ce dossier. Mais il s’agit désormais de sécuriser la filière locale en diversifiant les sources d’approvisionnement, pourquoi pas outre Rhin. Denis Ramspacher glisse encore que des filières sont menacées par le manque de main-d’œuvre. Frédéric Bierry rebondit en disant que « la CEA est à l’écoute des réalités économiques, et agit en conséquence pour combler les trous dans la raquette afin de soutenir l’accès à une alimentation de proximité ». Et de citer en exemple le soutien de la collectivité à l’abattoir de Cernay. Au final, l’ensemble des présidents n’ont qu’un regret : la Ville de Strasbourg et son édile ont brillé par leur absence. « Mme Barseghian nous montre une fois de plus qu’elle n’aime pas manger », tacle Jean-Luc Hoffmann. Et pour ce boucher charcutier alsacien, il s’agit là d’une « faute grave ».    

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