Pratique

Publié le 13/04/2023

Le jeudi 6 avril à Scherwiller, cinq brasseurs alsaciens ont officiellement lancé les bières bio « Grand Hamster ». Ils ont œuvré main dans la main avec des acteurs locaux pour concocter cinq bières aux saveurs différentes, mais qui ont toutes le même objectif : protéger le grand hamster d’Alsace et la biodiversité de la plaine.

Il y a quelque temps maintenant, une filière bio dédiée au grand hamster d’Alsace a été créée. Le principe est simple : proposer différents produits alimentaires qui favorisent des pratiques agricoles respectueuses du grand hamster. Dans cette volonté de protection de l’espèce, un collectif de brasseries artisanales a réfléchi à développer de nouvelles bières bio. Une initiative originale, mais aussi pleine de sens. « Par la mise en marché de produits issus de la préservation du Grand Hamster, on propose aux consommateurs de s’y associer dans leur acte d’achat. Cette biodiversité est en déclin, il est grand temps d’agir. Et rien de mieux qu’une bonne action avec une bière autour de la table ! » s’enthousiasme Francis Humann, président du GIE Grand Hamster d’Alsace. Les recettes de ces bières « de la biodiversité » ont été élaborées par les brasseries Bendorf au Neudorf, La Narcose à Scharrarbergheim, l’Altruiste à Scherwiller, S’Humpaloch à Lautenbach et la Brasserie des Quatre Pays à Hirtzbach. Du champ à la bière, un trajet 100 % local Avant de couler dans les verres, ces bières du Grand Hamster ont suivi un long parcours. Qui se veut bien sûr respectueux et bio ! Tout a commencé par une récolte d’orge d’hiver en juillet dernier, venu principalement de l’exploitation de la ferme Humann à Ernolsheim-sur-Bruche. Cette orge, semée en autonome il y a deux ans, est une culture très appréciée par le grand hamster. « Habituellement, on travaille avec de l’orge de printemps, on le reçoit et on ne se pose pas trop de questions. Alors que finalement, l’orge d’hiver est moins impactant pour l’environnement et la biodiversité. C’est pour ça qu’on l’a choisi pour la bière du Grand Hamster », explique Benjamin Pastwa, gérant de la brasserie Bendorf. Une fois récoltée, cette orge d’hiver bio Amistar a dû être maltée par l’entreprise Maltala. Située à Bergheim, il s’agit de la première malterie artisanale bio. Du houblon, lui aussi local et bio, a également été nécessaire à la conception des bières. Une bière par brasserie Chacune des brasseries a préparé sa propre bière au long de l’hiver dans ses brassins. Ce sont donc cinq bières différentes, avec une vision différente pour chaque brasseur. Julien Delécolle, gérant de la brasserie l’Altruiste, a décidé de réaliser une bière blonde houblonnée afin de « montrer que l’on peut faire de belles choses avec des matières premières bios alsaciennes ». De son côté, la brasserie S’Humpaloch propose aussi une bière Grand Hamster blonde, mais avec une touche assez originale, qui a de quoi faire saliver. « Elle est aromatisée avec une plante sauvage qui se cache dans les montagnes, le lierre terrestre. Elle fait partie de la famille de la menthe, avec des fleuraisons violettes. C’est comme un goût de tisane », lance Barnabé Stoehr, gérant de S’Humpaloch. Toutes les brasseries participantes proposent à la vente les cinq bières. Car étant rassemblées dans un même projet pour protéger le grand hamster d’Alsace, « il n’y a pas de concurrence qui tienne ». Le collectif est actuellement en discussion pour que ces bières soient commercialisées dans des magasins spécialisés en bio, en bière ou encore chez des cavistes. Les points de vente seront petit à petit référencés sur le site internet de Bio en Grand Est. Attention, ces bières artisanales Grand Hamster sont éphémères ! 10 000 litres sont prévus. Mais si les stocks sont vite vendus, le collectif ne s’interdit pas d’en faire une bière à l’année.

Mesures agro-environnementales et climatiques (MAEC)

Montagne : menace sur les landes ?

Publié le 13/04/2023

À compter de ce printemps, les agriculteurs ont la possibilité de souscrire de nouvelles mesures agro-environnementales et climatiques. Mais les règles de souscription changent, en particulier pour les landes. Ce qui pourrait remettre en question l’entretien de ces espaces difficiles, auquel contribuent les agriculteurs de montagne.

Associés du Gaec Ferme Huckert, Jean-François Huckert et sa sœur Jacqueline élèvent des vaches allaitantes en production principale. Ils engraissent également des porcelets. La viande est vendue en direct, via le drive fermier de Schirmeck, le magasin de producteurs de Wisches, et La nouvelle douane, à Strasbourg. Outre 60 à 65 mères allaitantes et leur suite, ils possèdent également une vingtaine de chèvres qui entretiennent certaines parcelles non mécanisables. Les vaches allaitantes contribuent aussi à l’entretien des terrains. « Avant, on avait beaucoup plus de vaches allaitantes, mais on a réduit leur nombre pour faire des chevaux en pension. Avec les bovins, la rentabilité devient difficile, d’autant qu’on n’a plus accès aux pulpes surpressées », explique Jean-François Huckert. L’exploitation a la particularité d’avoir beaucoup de surface - 200 ha - mais peu de terrains fauchables, entre 40 et 50 ha. Ce qui fait que le Gaec est peu autonome en foin l’hiver. La moitié des surfaces de l’exploitation sont des landes. Les associés du Gaec ont souscrit des mesures agro-environnementales et climatiques (MAEC), qui ouvrent droit à des aides compensant les contraintes de production sur ces terrains difficiles. Pour les landes, il existe trois niveaux de contraintes, auxquels correspondent trois niveaux d’aides. Le niveau le plus élevé prévoit l’absence d’apport de fumier, pas de fauche ni de produits phytosanitaires, mais un entretien mécanique par an (broyage des genêts). Le niveau le moins contraignant - et le moins rémunérateur - prévoit l’apport de fumier en quantité limitée et l’obligation d’un entretien tous les cinq ans. Le niveau intermédiaire oblige à un entretien mécanique trois ans sur cinq. Pour pouvoir épandre tout leur fumier, certaines exploitations - c’est le cas de la ferme Huckert - souscrivent le niveau le moins contraignant sur une partie de leurs landes. Chevauchement et non-cumul Souscrites en 2020, les MAEC vont prendre fin en 2024. Avec la réforme de la Pac, de nouveaux contrats sont proposés aux agriculteurs à compter de ce printemps. Ceux-ci vont se chevaucher avec les anciens. Dans le nouveau dispositif, les conditions de souscription pour les landes se durcissent. Les explications de Stéphane David, conseiller à la Chambre d’agriculture d’Alsace (CAA). « Dans le projet agro-environnemental (PAE) déposé, il y a une boîte à outils nationale avec une vingtaine de mesures. Nous en avons pioché cinq pour la montagne. Jusqu’ici, il existait deux dispositifs : un premier dispositif cumulant des mesures « système », pour lesquelles chaque hectare de l’exploitation est engagé, et des mesures localisées. Ces mesures localisées, au nombre d’une vingtaine en Alsace, pouvaient concerner des landes, des prairies humides, des chaumes… Un deuxième dispositif ne contenait que des mesures localisées. Dans la nouvelle mouture, les deux dispositifs sont maintenus, mais le cumul de la mesure « système » et de la mesure « lande » n’est plus possible dans le premier dispositif. » L’impossibilité de cumuler les deux mesures fera baisser le niveau de compensation de 204 €/ha à 72 €/ha, soit une diminution de plus de la moitié de l’aide MAEC. De plus, avec la mesure « lande », il ne sera plus possible d’épandre du fumier. Tous ceux qui, comme Jean-François Huckert, ont besoin des landes pour assurer leurs besoins d’épandage ne pourront donc plus souscrire cette mesure. Enfin, les agriculteurs signataires de nouveaux contrats MAEC seront soumis à un plafond de 10 000 à 12 000 € d’aides, qui sera définitivement fixé en fonction du nombre de dossiers déposés. « Dans ces conditions, le risque est que les agriculteurs ne veuillent plus exploiter certains terrains, les landes en particulier. Les terrains en pente, avec des rochers, qui ne sont pas mécanisables sont les plus exposés à ce risque », estime le conseiller de la CAA. Pour Jean-François Huckert, qui est aussi président de la section cantonale montagne de la FDSEA du Bas-Rhin, c’est « illogique. Les communautés de communes ont investi de l’argent public pour rouvrir les paysages. Cette politique est remise en cause », dit-il. Les remontées effectuées auprès des élus depuis plus d’un an n’ont apporté aucune solution à ce jour.

Prévention des risques en viticulture

De bonnes habitudes à prendre

Publié le 01/04/2023

Le 22 mars, au lycée de Rouffach, la CAAA du Haut-Rhin organisait sa première journée de prévention sur les risques inhérents au travail en cave, principalement ceux liés au travail en hauteur. Pour les élèves de seconde année du BTSA viticulture-œnologie, c’était l’opportunité d’intégrer les bonnes habitudes à prendre avant leur arrivée sur le marché du travail.

De bonnes habitudes à prendre, d’autres à casser. En Alsace, en 2022, 63 accidents du travail enregistrés dans le milieu agricole étaient dus à des chutes en hauteur. Parmi elles, 76 % sont arrivées lors d’utilisation d’échelles, d’escabeaux, d’échafaudages et de marchepieds. Un chiffre trop important aux yeux de la Caisse d’Assurance-Accidents Agricole du Haut-Rhin (CAAA 68) qui aimerait apporter les bons réflexes de prévention aux jeunes viticulteurs en passe d’intégrer le marché du travail. « On les sent plus réceptifs que leurs aînés qui ont des difficultés à modifier des habitudes bien ancrées », explique Eloyse Isola, conseillère en prévention à la CAAA 68, en marge de la première journée de prévention organisée sur cette thématique le 22 mars, au lycée agricole de Rouffach. Les élèves de seconde année du BTSA viticulture-œnologie ont eu droit, le matin, à des ateliers théoriques (sensibilisation aux chutes grâce à un harnais, réglementation du travail en hauteur au travail, etc.) dans les locaux de l’entreprise Distel à Wittelsheim, spécialisée dans les accès en hauteur en milieu professionnel. L’après-midi, place aux cas plus concrets dans la cave du Domaine de l’école avec des mises en situation animées par deux formateurs de Distel. Dans le même temps, Eloyse Isola et Éric Utard, professeur d’agroéquipement au lycée, en ont profité pour faire une « piqûre de rappel » sur les autres risques potentiels du travail en cave vinicole.   Gare aux chutes, même de plain-pied Frédéric Gaertner est formateur depuis vingt ans chez Distel. Il constate que la principale cause des chutes en milieu professionnel est due à la sous-estimation du danger par l’opérateur. » On n’a pas besoin d’être très haut pour se faire très mal. Le problème est que de mauvaises habitudes sont prises depuis longtemps. On continue parce qu’il n’est jamais rien arrivé, mais il suffit d’une fois. » Si le corps de métier des couvreurs et autres zingueurs reste le plus exposé aux chutes en hauteur, il n’épargne pas les viticulteurs, notamment pendant les vendanges comme le souligne Eloyse Isola. « C’est une période où il y a beaucoup d’activités en cave, où les sols sont mouillés ou encombrés. Une chute arrive vite, même de plain-pied. » La problématique la plus récurrente reste les travaux effectués sur une échelle, pourtant interdits dans le Code du travail. « L’échelle est un moyen d’accès, pas une plateforme de travail. Mais du point de vue réglementaire, si on ne peut pas faire autrement, alors on peut utiliser une échelle pour travailler à condition que la tâche soit de courte durée, ponctuelle, à risque faible, et surtout assurée par un système antichutes », développe Frédéric Gaertner. Un « kit mains libres » composé d’un harnais, d’un système d’attache relié à l’échelle et d’une corde reliée à un point d’ancrage suffisamment résistant pour retenir l’opérateur en cas de chute. « Cela peut paraître excessif, mais c’est indispensable. La mauvaise habitude la plus récurrente c’est de dire : je ne vais pas très haut, pas très longtemps, donc ça va. C’est une grosse erreur. »     Des jeunes demandeurs Cette première journée de prévention est vue d’un très bon œil par Éric Utard. Si les risques - chimiques, électriques, de circulation - sont bien abordés en cours, cela se limite à des diaporamas ou des vidéos. « Là, les jeunes sont en situation avec des spécialistes de la prévention. Cela a nettement plus d’impact que des professeurs plus généralistes comme nous. On les sent demandeurs de ce type de journée qui leur permet d’arriver sur le marché du travail avec des bons réflexes en matière de prévention. »

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