Pratique

Publié le 24/02/2023

Durant l’été 2022, l’Aprona a réalisé des mesures du niveau de la nappe un peu partout en Alsace. Son niveau a globalement été affecté par le manque de précipitations, l’étiage des cours d’eau, et les prélèvements, mais de manière hétérogène selon les secteurs. Fabien Toulet, de l’Aprona, est revenu sur les principaux enseignements de cette étude portant sur l’état quantitatif des ressources en eau en Alsace.

« La nappe est un système continu, une cuvette remplie de graviers, de sable, et d’eau interstitielle, qui coule gravitairement du sud vers le nord, comme le Rhin », pose Fabien Toulet, avant de présenter les interactions qui peuvent exister entre la nappe rhénane et les cours d’eau. Parfois, la nappe alimente le cours d’eau (il est alors phréatique). Parfois, c’est l’eau de la rivière qui alimente la nappe. Et parfois, l’eau de la rivière passe par une zone non saturée avant d’atteindre la nappe. L’eau qu’elle contient est prélevée pour divers usages : « 45 % pour un usage industriel, 30 % pour la production d’eau potable, et 25 % pour un usage agricole, soit 120 millions de mètres cubes qui représentent, durant les trois mois estivaux d’irrigation, 60 % des prélèvements. » Les mesures effectuées en 2022 ont été comparées à celles de 1976, une année également remarquable en termes de déficit hydrique. De ces mesures, il ressort que, globalement, « les étiages de la nappe sont plus importants ces dernières années ». Mais dans le détail, la nappe se comporte différemment selon la topographie et l’hydrographie. Autres enseignements de ces mesures : le niveau de la nappe peut varier de plus ou moins 10 mètres. Et les analyses statistiques des résultats montrent que, selon les zones, la nappe n’a pas de mémoire, c’est-à-dire qu’elle est très dynamique, et qu’il n’y a pas d’effet du régime hydrique de l’année précédente, alors que dans d’autres zones, l’effet des niveaux des années précédentes perdure dans le temps. Ainsi, dans certaines zones, la nappe affiche un cycle annuel, dans d’autres il est pluriannuel, notamment lorsqu’il n’y a pas de lien direct entre la nappe et les cours d’eau. Du coup, « dans certaines zones, le niveau de la nappe début mai ne présage pas de son niveau en été », ce qui fait dire à Fabien Toulet que « recharger la nappe l’hiver pour l’été ne fonctionne pas dans tous les secteurs ». Affiner les connaissances sur l’effet des prélèvements en période de basses eaux Sur les 30 dernières années, dans la bande rhénane, où la nappe est alimentée par le Rhin, la remise en eau de bras du Rhin, « a permis de limiter les étiages », indique Fabien Toulet. Par contre, le niveau d’étiage est plus bas dans la forêt de la Hardt et dans le Grand Ried. « La nappe se recharge bien en hiver, mais cela n’empêche pas que son niveau est plus bas en été », souligne Fabien Toulet, qui précise que les résultats apparaissent « très liés au débit dans les cours d’eau ». Une cartographie du lien entre points de mesure et cours d’eau qui influencent leur piézométrie (Rhin, Ill, mais aussi Doller, Thur, Fecht, Bruche, Giessen…) a d’ailleurs été établie. Ces études mettent aussi en évidence que l’effet d’une crue dans un cours d’eau sur le niveau de la nappe peut être immédiat, notamment pour l’Ill, ou de quelques jours. Ainsi, s’il n’est pas possible de prévoir le niveau de la nappe très en amont, « on sait comment elle réagit ». Enfin, les mesures effectuées ont parfois mis en évidence des variations de piézométrie qui ne s’expliquent pas par des variations naturelles des débits des cours d’eau, et qui, dès lors, peuvent être attribuées aux effets de l’irrigation en été. Pour affiner les connaissances sur la nappe, ses interactions avec la pluviométrie, les débits des cours d’eau - qui représentent 60 % de sa recharge - et les prélèvements, notamment en période de basses eaux, les études continuent. L’intelligence artificielle, notamment, peut permettre d’accélérer l’appréhension des divers phénomènes en jeu, indique Fabien Toulet. Dans la salle, cette présentation a provoqué des réactions sur la question du curage des fossés. Dans la Hardt par exemple, les canaux n’ont pas été suffisamment entretenus, rapportent les agriculteurs, qui pensent que cela faciliterait la circulation d’eau dans ces ouvrages qui se sont envasés. « Effectivement, un curage peut faciliter les échanges, confirme Fabien Toulet, à condition que les niveaux respectifs de la nappe et des fossés en été le permettent. » Et sans oublier qu’aux considérations hydrauliques s’en ajoutent des biologiques.

Frédéric Bierry

Retour vers l’Alsace

Publié le 31/01/2023

Le président de la Collectivité européenne d’Alsace (CEA), Frédéric Bierry, dans ses vœux à la presse et aux autres médias d’informations, jeudi 26 janvier, a affirmé le retour à une Alsace institutionnelle, d'ici 2028, avec le soutien de l’exécutif français, dans le cadre de la loi de décentralisation qui sera votée en 2024.

Le Grand Est freine, Paris pousse. L’Alsace institutionnelle, avec toutes les compétences qui sont passées à la Région aujourd’hui (économiques et sur la formation, notamment) et avec le budget attenant, devrait, au plus tard, être effective en 2028. En résumé, c’est ce que Frédéric Bierry, le président de la CEA, a fait savoir aux journalistes, surtout politiques, présents à sa présentation des vœux à la presse. « Les planètes sont alignées. Ça va dans le sens de l’Histoire », a-t-il martelé. En 2024, la loi de décentralisation devrait être adoptée… Le détricotage des grandes régions sera-t-il alors au rendez-vous ? La majorité présidentielle, assure Frédéric Bierry, et toute l’aile droite politique française, est pour. La CEA et son président sont dans les starting-blocks. Fort du vote « pour » de 154 000 Alsaciens consultés au sujet de la sortie de l’Alsace du Grand Est, Frédéric Bierry veut que l’Alsace soit pionnière et exemplaire, en France. Côté monde agricole et compétences actuelles de la CEA, on le savait déjà, les agriculteurs seront exonérés de la taxe poids lourds pour livrer leurs coopératives. Ces dernières non, mais elles ne seront pas ou peu impactées, sait Frédéric Bierry. Nouveauté : les PL pesant moins de 7,5 t seront aussi exonérés de la taxe car une directive européenne récente le permet. Le président de la CEA espère que 2023 sera l’année de la consolidation de la contribution citoyenne aux projets politiques. Il souhaite coconstruire avec les habitants du territoire. Si les modalités de ces nouveaux échanges ne sont pas encore connues, l’intention est « d’incarner la démocratie européenne »… en s’inspirant de la Suisse et de ses consultations.    

Publié le 30/01/2023

La Cuma des terroirs est en train de construire un hangar collectif, à Stotzheim. Il abritera le matériel de ses six adhérents, tous agriculteurs et viticulteurs, ainsi qu’une aire de remplissage et de rinçage des pulvérisateurs.

C’est un projet qui a mûri, pendant deux ans, avant de se concrétiser, voici quelques mois. À la sortie de Stotzheim, la Cuma des terroirs construit un hangar collectif. Créée en 2014, la structure réunissait au départ cinq agri-viticulteurs de Stotzheim, rejoints, par la suite, par un sixième membre, d’Epfig. Grâce à la Cuma, les adhérents investissent dans du matériel de grandes cultures, ainsi que dans des machines nécessaires à la conduite et à l’entretien de la vigne en bio. Coopérateurs ou vendeurs de raisins au négoce, ils sont, en effet, tous labellisés bio ou en cours de conversion, ce qui nécessite l’utilisation de matériel spécifique. Ces différentes acquisitions - une quarantaine de machines, en tout - nécessitent un espace commun pour le stockage et l’organisation des chantiers. Or leurs corps de ferme sont situés au cœur du village et aucun n’est assez spacieux pour accueillir l’ensemble du matériel. La dispersion des machines chez les uns et les autres engendre des déplacements, susceptibles de gêner la circulation dans le village. Les membres de la Cuma font appel à la FRCuma, qui leur propose de réaliser un DiNA bâtiment (dispositif national d’accompagnement des projets et des initiatives). Il s’agit de mettre toutes les données à plat, de définir les besoins en surface de stockage, tout en intégrant les prévisions d’évolution des exploitations concernées. « Nous sommes rapidement tombés d’accord sur la nécessité d’investir », retrace Geoffrey Schultz, l’un des adhérents. Reste à trouver le terrain adéquat : un site central par rapport au parcellaire des membres de la Cuma et facile d’accès. C’est chez l’un des leurs, Pierre Huchelmann, qu’ils le trouvent. La Cuma achète les 60 ares situés à proximité de la départementale contournant le village et menant à Benfeld. Ceux-ci sont classés en zone agricole dans le PLU (plan local d’urbanisme) mais plusieurs contraintes s’imposent à la Cuma. Il faut que la construction soit éloignée de 50 mètres par rapport à la route et qu’elle soit soumise à l’approbation de l’architecte des Bâtiments de France. En effet, le château du Grunstein, un manoir ancien, est situé à 200 m du site à vol d’oiseau. Une fois que le projet est défini dans ses grandes lignes, la Cuma des terroirs fait appel au service bâtiment de la Chambre d'agriculture Alsace pour le finaliser. Patrice Denni, conseiller bâtiment, réalise plusieurs plans. De leur côté, les adhérents de la Cuma visitent des bâtiments collectifs, dont celui construit par la Cuma de la Zorn, à Littenheim. Ils optent pour un bâtiment à structure métallique en deux parties : une partie fermée de 540 m2 pour le petit matériel, les tracteurs - la Cuma en possède deux - et l’atelier ; une partie ouverte de 780 m2 pour le stockage du gros matériel et, l’aire de remplissage et de lavage des pulvérisateurs. « Compte tenu de notre matériel, dont une partie est utilisée de façon très saisonnière, cette disposition est la plus intéressante, relève Geoffrey Schultz. Un bâtiment unique avec une allée centrale nous aurait fait perdre de la place. » Du photovoltaïque en toiture L’aire de lavage et de remplissage sera couverte par une travée. « C’est une bonne solution pour ne pas avoir à gérer les eaux de pluie. » Cet équipement permettra aux adhérents de récupérer et de traiter leurs effluents de pulvérisation, au lieu de rincer leur matériel au champ. Un forage est prévu pour alimenter l’aire de lavage en eau. Les membres de la Cuma vont également faire poser 1 200 m2 de panneaux photovoltaïques, en toiture, afin de produire de l’électricité. Une partie sera autoconsommée, l’autre sera vendue afin d’amortir une partie des charges du bâtiment. « Nous avons obtenu le permis de construire assez rapidement. Ce qui nous a permis de boucler le financement et de passer les commandes, dans la foulée. Au final, on ne s’en est pas trop mal sorti par rapport à la flambée des coûts des matériaux », juge Pierre Huchelmann. L’investissement total s’élève à 600 000 € HT, dont 350 000 € pour le bâtiment et 250 000 € pour la partie photovoltaïque (raccordement compris), avec des durées d’amortissement respectives de vingt ans et quinze ans. Après des travaux de terrassement et le creusement des fondations, le montage du bâtiment a commencé, un peu avant Noël 2022. Vont suivre la couverture, la pose du bardage et le coulage d’une dalle de béton, sous la partie couverte. Il restera ensuite à aménager l’intérieur et à végétaliser les abords. « On espère une mise en service, cet été », indique Geoffrey Schultz. La réalisation de ce bâtiment collectif permet aux membres de la Cuma d’envisager l’avenir plus sereinement, souligne pour sa part Marc Metz. La Cuma des terroirs a, en effet, pour particularité de compter autant d’adhérents proches de la retraite que de jeunes adhérents : un écart générationnel dont elle a réussi à faire une force.

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