Cérémonie du Guide Michelin
Une pluie de retombées
Cérémonie du Guide Michelin
Publié le 20/03/2023
Vendredi 10 mars, les présidents des Chambres consulaires et Frédéric Bierry ont dressé un premier bilan de l’opération Michelin. L’Alsace devrait bénéficier d’importantes retombées notamment en matière d’attractivité pour l’Alsace, sa gastronomie et ses produits. Autant de boosters économiques.
L’opération Michelin se termine. Pendant plusieurs jours, l’Alsace est devenue le centre du monde de la gastronomie. Avec en point d’orgue, la cérémonie de dévoilement du palmarès 2023 du Guide Michelin, qui s’est tenue le 6 mars. C’était un événement en soi. Mais, avant et après, près de 500 grands chefs étoilés venus de toute l’Europe, 150 journalistes, 50 agences de presse, ont visité l’Alsace, et en ont emporté un peu dans leurs valises, faisant d’eux autant d’ambassadeurs des produits et de la gastronomie locale. « Avec un milliard de vues dans le monde, cette cérémonie est une magnifique vitrine pour la gastronomie alsacienne », pointe Frédéric Bierry, président de la Collectivité européenne d’Alsace (CEA), qui ne boude pas son plaisir d’avoir participé à un événement où « nous avions la tête dans les étoiles, mais les pieds bien sur terre ». La cérémonie en elle-même a un impact : de nombreux gourmets ont été logés dans des hôtels, ont mangé dans des restaurants, et fait des emplettes en Alsace. Et certains ont fait durer leur séjour, pour encore plus d’immersion. À plus long terme, le Guide Michelin annonce une hausse de fréquentation de 8 à 10 % pour le territoire ayant accueilli la cérémonie l’année qui suit l’événement. Dans un contexte de « concurrence territoriale mondiale, la cérémonie du Guide Michelin, qui est une marque monde, est un événement très convoité », indique Jean-Luc Heimburger, président de la CCI. Frédéric Bierry rappelle que les industries agroalimentaires représentent 8 % du PIB alsacien, et que le secteur de la gastronomie y emploie 100 000 personnes, « qui vont bénéficier de la mise en avant de l’art de vivre à la française et à l’alsacienne ». À titre d’exemple, Nicolas Stamm, chef du restaurant La Fourchette des Ducs à Obernai et directeur de projet à la CEA, rapporte les propos de l’ambassadeur pour la gastronomie, Guillaume Gomez, qui a fait l’éloge des vins d’Alsace : « Il a dit que ce sont des vins exceptionnels, qui ne sont pas reconnus à leur juste valeur. » Des étoiles plein l’Alsace Même si l’Alsace n’a pas décroché de troisième étoile cette année, il y a davantage de restaurants étoilés sur le territoire à l’issue de la cérémonie. Nicolas Stamm souligne notamment l’obtention d’une étoile verte dans le centre-ville de Strasbourg, par le restaurant de : ja (en plus de sa première étoile) pour récompenser l’écoresponsabilité de l’établissement. En tout, pas moins de 150 établissements alsaciens sont repérés dans le Guide Michelin, que ce soit par des Bib gourmands ou des étoiles. Susciter des vocations Les présidents des Chambres consulaires insistent aussi sur l’impact de l’événement sur les jeunes engagés dans des formations aux métiers de l’hôtellerie et de la restauration qui ont pu y assister. De quoi créer des vocations, selon Jean-Luc Heimburger, qui plus est dans un secteur où l’ascenseur social fonctionne plutôt bien, puisqu’on peut passer « de CAP à étoilé ». À noter que la pénurie de main-d’œuvre dans le secteur a contribué à revaloriser les salaires : « Avec 43 h de travail hebdomadaire, un commis de cuisine gagne 2 200 € nets par mois, plus les pourboires défiscalisés », rapporte Nicolas Stamm. Un bilan financier à consolider Le bilan financier de l’opération séduction n’est pas encore complètement ficelé. Mais les organisateurs mentionnent près de 170 000 € de mécénat, et 1 M€ de participation des entreprises alsaciennes sous forme de produits et services pour l’évènement. Les fruits et légumes d’Alsace ont, par exemple, ravitaillé les cuisines en fruits et légumes locaux, le Civa a apporté des vins d’Alsace… Le reste à charge pour la CEA s’élève à 380 830 €. À noter que le Palais de la musique et congrès (PMC), a été mis à disposition, mais que le coût technique, qui devait être pris en charge par la Ville de Strasbourg, incombe finalement à la CEA, rapporte Nicolas Stamm, qui a été la cheville ouvrière de l’événement. Soit une facture de 107 000 €. L’agriculture à la base Tous les présidents des Chambres consulaires ont souligné le rôle de l’agriculture dans cette grand-messe. « Pas de gastronomie sans produits agricoles », commente Frédéric Bierry. « La gastronomie, c’est l’agriculture, l’artisanat, l’industrie et les services. Elle représente tous les secteurs, sans les opposer. Mais à la base, il y a les agriculteurs, premiers maillons d’une formidable chaîne qui fait avancer l’Alsace », dit Jean-Luc Hoffmann, président de la Chambre des Métiers et de l’Artisanat d’Alsace. Évidemment, Denis Ramspacher, vice-président de la Chambre d'agriculture Alsace, ne peut qu’abonder - « pour que l’alimentation aille de la fourche à la fourchette, il faut des artisans, des industriels et des commerçants » - mais il profite aussi de l’occasion pour pointer quelques enjeux : « Actuellement, un poulet sur deux est importé. C’est dommage, car les producteurs français n’ont pas les mêmes standards ni les mêmes chartes de production. » Il souligne l’avantage d’avoir des filières locales. Ainsi, la filière moutarde d’Alsace, avec Alelor, a permis d’avoir de la moutarde quand elle est devenue une denrée rare ! Par contre, la production de l’un des fleurons de la gastronomie alsacienne, le foie gras, a été dangereusement déstabilisée par la grippe aviaire. Grâce à « l’énergie collective, des canetons ont été trouvés », rapporte Nicolas Stamm, qui s’est engagé sur ce dossier. Mais il s’agit désormais de sécuriser la filière locale en diversifiant les sources d’approvisionnement, pourquoi pas outre Rhin. Denis Ramspacher glisse encore que des filières sont menacées par le manque de main-d’œuvre. Frédéric Bierry rebondit en disant que « la CEA est à l’écoute des réalités économiques, et agit en conséquence pour combler les trous dans la raquette afin de soutenir l’accès à une alimentation de proximité ». Et de citer en exemple le soutien de la collectivité à l’abattoir de Cernay. Au final, l’ensemble des présidents n’ont qu’un regret : la Ville de Strasbourg et son édile ont brillé par leur absence. « Mme Barseghian nous montre une fois de plus qu’elle n’aime pas manger », tacle Jean-Luc Hoffmann. Et pour ce boucher charcutier alsacien, il s’agit là d’une « faute grave ».












