Pratique

Petite histoire des brasseries

Le grand train de la bière d’Alsace

Publié le 05/01/2023

La bière d’Alsace domine aujourd’hui le marché français. Il faut remonter au XIXe siècle pour comprendre cette histoire et comment elle fait écho à celle du peuple et du territoire alsaciens. Des villages à la grande ville, des foyers aux grandes industries, la brasserie alsacienne se raconte au travers des mots de l’historien Nicolas Stoskopf. Jusqu’à aujourd’hui, et le départ annoncé d’Heineken de l’emblématique brasserie de l’Espérance.

Comme le pain, on fabriquait autrefois sa bière chez soi. Comme les boulangeries, on trouvait les brasseries dans les villages. Ainsi commence l’histoire de cette boisson, contée par l’historien strasbourgeois Nicolas Stoskopf. En 1840, l’Alsace compte en effet 350 brasseries ! 90 dans le Haut-Rhin (mais il n’existe pas de statistiques pour le sud-ouest du département), et donc 260 dans le Bas-Rhin. Et déjà, Strasbourg est un pôle important. Des brasseries des bourgs coule la bière, qui se distribue aussi dans les débits de boissons des villages. « La bière est conviviale, elle se partage. On se retrouvait quotidiennement après le travail. C’est le stammtisch », résume l’historien, avec simplicité. Si tout le territoire est largement abreuvé, les cartes montrent aussi qu’au XIXe siècle, plus on va vers le nord, plus on aime la bière… Une consommation à ne pas opposer, et il faut le souligner d’emblée, à celle du vin. À cette époque, les vignes s’étendent dans toute l’Alsace, au nord et dans la plaine aussi. L’universitaire insiste : « Pas de concurrence, mais une tendance. » La bière d’Alsace s’exporte Au-delà du lien social dont elle est le ciment, comment expliquer une telle profusion ? Les brasseries bas-rhinoises sont un exemple parmi d’autres de l’émergence de nombreuses petites industries dans le département (lire en encadré). Au XIXe siècle, la densité rurale est telle que les familles paysannes doivent chercher des activités complémentaires pour subvenir à leurs besoins. Les parcelles sont morcelées. Les exploitations trop petites pour faire travailler toute la famille. La pression foncière était, il y a deux siècles, déjà une réalité. Par la force des choses, naissent alors de nouveaux savoir-faire qui bientôt, s’exportent. Car bien que les métiers se développent, la place, elle, manque toujours. Beaucoup de producteurs vont alors diffuser la bière d’Alsace ailleurs en France. C’est d’ailleurs à ce moment qu’apparaissent les grandes brasseries parisiennes, aujourd’hui encore des institutions dans la capitale. Cela va même parfois plus loin, souligne l’historien : « À Barcelone, la plus ancienne brasserie de la ville, la Damm, a été fondée par des Alsaciens ! » Et ce n’est que le début. Avec le Second Empire (1852), un « engouement formidable » naît pour la bière d’Alsace, raconte Nicolas Stoskopf. La pils, légère à fermentation basse, plaît. Pour transporter les tonneaux du tant aimé breuvage, des « trains à bière » relient alors chaque semaine, les grandes brasseries de Strasbourg à Paris. Le transport ferroviaire reste un atout fort de la bière d’Alsace aujourd’hui, et le train à bière existe toujours, en témoigne la ligne qui arrive directement dans l’usine Kronenbourg d’Obernai. Dans les faubourgs de Strasbourg Entraînées par cet enthousiasme pour la bière d’Alsace, naissent à partir de 1850 de grandes brasseries dans les faubourgs de Strasbourg : à Schiltigheim, Koenigshoffen et Kronenbourg. L’industrialisation bat son plein. Les brasseurs adoptent des techniques allemandes de fermentation à basse température, introduites en 1847, qui exigent installations et investissements. Dans ces faubourgs, ils peuvent creuser des caves réfrigérées, « des caves de garde », d’abord refroidies avec de la glace stockée en hiver. Pour les petites brasseries, la concurrence est rude : la bière industrielle se conserve mieux, se transporte mieux et coûte moins cher. Strasbourg intra-muros se vide rapidement de ses petits sites de production artisanaux. Des brasseries rurales, seules quelques-unes parviendront à se maintenir à travers les années, comme Meteor et Licorne. Nouveau coup dur, la guerre de 1870 met un coup d’arrêt au commerce de la bière d’Alsace. Le marché français se ferme un temps. Quelques Alsaciens bâtissent alors des brasseries de l’autre côté de la frontière pour continuer à produire en France. Il faudra une autre guerre et d’autres frontières pour que l’histoire de la bière d’Alsace écrive un nouveau chapitre. L’après-guerre et les 30 Glorieuses sont synonymes d’une forte croissance pour toute l’économie française comme pour la brasserie. Dans les années 1950, un nouveau phénomène de concentration s’opère. L’industrie découvre les économies d’échelle. La décennie suivante est marquée par « la course à la taille », explique Nicolas Stoskopf. « Les industriels recherchent la plus grosse production. Un seuil en dessous duquel il n’y a pas de salut. Seuls certains parviennent à résister, dont Michel Haag [président de la brasserie Meteor, 7e génération de brasseurs, NDLR]. » Les contenants revêtent alors une importance particulière pour permettre à la consommation de masse de se développer, continue l’historien. Kronenbourg, par exemple, a beaucoup innové. « L’un des succès de Kronenbourg est lié à l’adoption de la bouteille Steinie en 1948. C’est le point de départ du formidable développement de Kronenbourg ! » Avec les premiers supermarchés, on instaure même le fameux « pack de 6 » : la 6-Kronenbourg, ou comment faciliter la consommation à domicile. En 1964, les bières d’Alsace représentent 37 % de la production française et 80 % de l’exportation. Elles s’installent durablement dans le caddie des Français. Il n’en resta plus que trois Depuis les années 1990, la bière d’Alsace a changé. La fin du siècle voit un mouvement inverse apparaître avec les « microbrasseries », comme un retour aux brasseries artisanales et rurales d’autrefois. « De la cité des brasseurs qu’était Schiltigheim, il n’y a plus rien », se désole Nicolas Stoskopf. Fondée en 1746, la brasserie de l’Espérance (Heineken), la dernière d’entre elles, fermera ses portes bientôt*, après Fischer en 2009 et Adelshoffen en 2000… Aujourd’hui, les grandes brasseries historiques ne sont plus qu’au nombre de trois : Kronenbourg, Meteor et la Licorne. Fleuron de l’industrie alsacienne, l’usine Kronenbourg d’Obernai, dite K2, est le plus grand site de production en France. « La bière n’est plus la même boisson du peuple. Elle est montée en gamme », analyse l’historien. « Mais même si c’est un peu plus cher, je continue à boire ma Meteor ! » Nicolas Stoskopf affiche, comme tout bon Alsacien, sa préférence. « C’est l’héritage de l’histoire… enchaîne-t-il. 1664, ce n’est pas une plaisanterie ! » Cette année-là, un maître brasseur du nom de Jérôme Hatt avait eu l’ambition de créer une bière qui n’était pas interchangeable. Il avait eu le rêve qu’un jour, de Strasbourg à Barcelone, un amateur demande une Kronenbourg, une Licorne, une Meteor… et non pas simplement « une bière ».

Publié le 30/12/2022

C’était l’un des piliers du plan de développement mis en place en juillet 2021 par le nouveau directeur, Hervé Massot. Malgré les turbulences traversées durant l’année 2022, le défi a pu être relevé : Alsace Lait vient de lancer la commercialisation de beurre à sa marque.

Le président d’Alsace Lait, Michel Debes, se souviendra de l’année qui vient de s’écouler. « Une année de folie ! L’invasion de l’Ukraine par la Russie a créé la surprise et déstabilisé les économies occidentales. Aujourd’hui, on évoque même des coupures d’électricité… » Mais pas question de baisser les bras. « À Alsace Lait, nous avons su réagir, nous adapter. » Avec succès : « Nous avons transformé 6 000 tonnes de lait de plus que l’an dernier, nous avons même acheté du lait à nos voisins. » Pour autant, de nombreuses embûches ont parsemé le chemin : « Chaque achat était un véritable casse-tête et le service financier surveillait en permanence l’évolution des coûts de revient pour redéfinir les prix de vente. Puis est venue l’annonce de la flambée du prix de l’énergie en 2023… Nous avons aussi connu une forte pression au niveau des ressources humaines, car il a fallu engager des renforts pour faire face à l’augmentation de la production. » Toutes les équipes se sont investies à 200 % pour relever le défi, a souligné Michel Debes. « Jamais je n’ai vécu une année comme 2022 ! » « Depuis trente ans que je préside la coopérative, jamais je n’ai vécu une année comme 2022. Passer trois hausses de suite dans la même année auprès de la grande distribution, c’est du jamais vu ! » Dès son arrivée, le nouveau directeur, Hervé Massot, a dû faire face à une situation extrêmement compliquée. « Il a démontré sa capacité de leadership naturelle, mettant à profit son expérience extraordinaire. » Et malgré les circonstances exceptionnelles, il a mis sur les rails le plan de développement qu’il avait annoncé à son arrivée : « Nous vous avions promis du beurre Alsace Lait pour Noël, on en trouve déjà dans certains magasins. » Certes, a concédé Michel Debes, Alsace Lait n’a rien inventé : la laiterie de Haguenau, l’une des cinq composantes d’Alsace Lait, en fabriquait encore il y a cinquante ans. Nul doute que les consommateurs alsaciens seront heureux de retrouver un produit auquel ils étaient très attachés…     Par ailleurs, un nouveau directeur général, Laurent Roux, vient d’être embauché à Savoie Yaourt. « Nous misons sur un développement important en 2023 », annonce Michel Debes. L’usine devrait doubler son personnel de conditionnement. Au Canada, la maison Riviera, où Alsace Lait est désormais majoritaire, a connu quelques turbulences. « Nous avons mis un terme au contrat de Frédéric Madon qui en avait pris la direction. » En attendant le recrutement d’un nouveau directeur de site, c’est Hervé Massot qui a repris les rênes de l’usine québécoise. Avec, à la clé, un mois de travail intense et de nombreux déplacements pour faire le point. « La maison Riviera est une belle endormie qu’il va falloir stimuler », estime Michel Debes. Des changements en profondeur vont intervenir dans les mois à venir, a confirmé Hervé Massot. « Notre volonté est de développer les gammes de produits ultra-frais et de produits vegan. La maison Riviera est devenue rapidement leader de ce segment au Canada, avec 45 % de parts de marché, devant Danone. » Son expertise pourrait être une source d’inspiration pour l’Alsace, avec des produits à base de lait d’avoine made in Elsass, a-t-il indiqué. De nouveaux produits bientôt dans les rayons « J’avais prédit une année 2022 pleine de challenges, a poursuivi le directeur. Toutes mes prévisions ont été largement dépassées… » Les perspectives pour 2023 restent incertaines. « Piloter l’entreprise sans grande visibilité nécessite de réagir rapidement, et parfois de faire confiance à nos intuitions. » Le lancement du beurre Alsace Lait est la preuve de la pertinence de cette stratégie. « Nous allons bientôt lancer les yaourts crémeux Alsace Lait fabriqués en Alsace, et mettre un pied dans le salé avec des produits à base de fromage blanc, notre spécialité. » Conclusion de Michel Debes : « De grands chantiers s’ouvrent à nous en 2023. Les investissements sont programmés pour lancer ces nouveaux produits. Nous disposerons alors d’une usine performante pour faire ensemble des produits d’excellence dans de bonnes conditions. »

Ma Ville, mon Maire

Rosheim, une ville pleine de vie

Publié le 29/12/2022

Fière de son histoire et de son patrimoine, Rosheim n’est pas figée dans le passé. Au contraire, c’est une ville dynamique. Il suffit de se promener dans l’artère principale pour s’en rendre compte. Ce n’est pas Michel Herr, maire de la ville depuis 2008, qui dira le contraire… La vigne et la forêt occupent une place de choix dans cette commune très attractive.

« Rosheim a une qualité de vie très agréable et une infrastructure routière et ferroviaire remarquable, ce qui explique son attractivité », souligne le maire. Conséquence logique, sa démographie est en constante augmentation depuis quelques années. « Nous nous situons dans la deuxième couronne urbaine de Strasbourg, après les communes de l’Eurométropole. Le commerce de proximité est très présent, le bassin est riche en emplois, et les enfants peuvent être scolarisés sur place de la maternelle à la troisième, avec la possibilité d’inscrire l’enfant au périscolaire. Nous abritons l’un des plus gros collèges du Bas-Rhin, avec 650 élèves. » Seul bémol, la courbe démographique des enfants est en baisse : les jeunes couples ont du mal à s’installer à Rosheim, en raison des prix de l’immobilier. Le tissu associatif est très dense : la ville en compte une soixantaine. « C’est la dynamique de la commune. Les jeunes et les moins jeunes peuvent pratiquer toutes sortes d’activités sportives et culturelles. Et le programme des manifestations est très riche. » La vigne, une place de choix Avec 300 ha, la vigne occupe une place de choix sur le ban communal. « La vigne, c’est notre richesse. Même si de nombreux vignerons de Rosenwiller cultivent des parcelles sur notre ban. » Un petit regret : « Nous n’avons pas de grand cru. Mais nous avons la chance d’avoir huit familles qui mettent leurs vins en bouteille » : Sophie Kumpf Meyer et ses vins nature, Jean-Pierre Schmitt, Yves et Christine Affolter, Philippe Kirrmann, Christophe Maetz, Jean-Marc Dreyer, Xavier et Marie-Marthe Maetz, sans oublier Hubert Maetz, le chef du restaurant Rosenmeer. Trois autres familles vivent de la viticulture, en tant qu’apporteurs de raisins. Des agriculteurs, par contre, la commune n’en compte plus depuis le décès d’André Fischer, un maïsiculteur à la pointe de la technologie. « L’agriculture a toute sa place. Il est de plus en plus difficile de rendre constructibles les espaces agricoles, et c’est tant mieux. » La forêt est l’autre atout de la ville à la rose. « Nous possédons la deuxième plus grande forêt communale du département, après Haguenau. » Ses 1 600 ha sont entièrement situés sur le ban communal, avec une belle mixité de feuillus et de résineux. « Sur la partie basse de la forêt, à environ 300 m d’altitude, on trouve des chênes remarquables. » C’est l’ONF qui s’occupe de la gestion de ce patrimoine forestier. « Trois jeunes bûcherons et un apprenti, amoureux de leur métier, y travaillent en permanence. Ils connaissent notre forêt et la respectent. Ils travaillent à nos côtés pour l’améliorer et la régénérer. Ensemble, nous orientons le plan de coupe de l’ONF. » Une coupe de 10 000 m3/an, en fonction de l’accroissement de la forêt. « Le bois est une source de revenus appréciable pour la commune. Nous avons même installé une chaufferie au bois en 2007. Pendant dix ans, nous fabriquions nous-mêmes nos plaquettes avec les résidus de la forêt communale. Mais la qualité hygrométrique de ces plaquettes n’était pas à la hauteur de nos attentes et depuis lors, nous les achetons à Sélestat. »     Un Espace naturel sensible à Rosheim Rosheim, comme les communes voisines de Bischoffsheim et de Boersch, fait partie d’un espace naturel sensible, l’ENS du Bischenberg. « Chaque fois qu’un terrain est vendu, il est préempté et loué par les collectivités à des particuliers, à un prix modique pour préserver les arbres fruitiers. Elles accordent également une subvention de 45 € par plantation. Et cela marche très bien ! Entre 2018 et 2019, 2 500 arbres fruitiers ont été plantés dans les neuf communes environnantes. Pour l’instant, nous n’avons pas de débouchés pour ces fruits, mais Bischoffsheim y travaille », explique Michel Herr.  

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