Pratique

Publié le 27/04/2023

Trop gourmands en eau, les jardinières et les massifs fleuris ? Les polémiques sur l’arrosage poussent les membres du groupement Fleurs et plantes d’Alsace à rappeler qu’un fleurissement bien réfléchi permet d’économiser l’eau.

L’été dernier, les restrictions d’usage de l’eau prises dans le cadre d’un arrêté sécheresse avaient semé l’émoi chez les horticulteurs alsaciens. Interdiction était faite aux communes de certains secteurs d’arroser les massifs fleuris en raison du manque d’eau. Cette année, les membres du groupement Fleurs et plantes d’Alsace prennent les devants en rappelant quelques conseils élémentaires pour un fleurissement plus économe en eau. Réunis à la jardinerie Tropix, à Strasbourg Koenigshoffen le 14 avril, ils soulignent que les plantes cultivées localement par les professionnels sont aussi celles qui résistent mieux à la sécheresse. Parce qu’elles ont été choisies pour leur adaptation aux conditions locales, précisément, qu’elles ont été « chouchoutées » dès le départ, ont grandi dans un terreau de qualité et qu’elles ont développé un système racinaire vigoureux.   Des astuces et des plantes succulentes Ainsi en est-il du géranium, qui reste « la colonne vertébrale du fleurissement en Alsace » selon Christian Romain, le président du groupement. Originaire d’Afrique du Sud, la star des jardinières ne craint pas les conditions climatiques estivales extrêmes. Le bégonia aussi résiste bien à la sécheresse, de même que la pervenche de Madagascar, l’asparagus et l’euphorbe, qui appartient à la famille des « plantes succulentes » (qui stockent l’eau dans leurs organes). Ceux qui aiment les surfinias ou les ipomées veilleront à les utiliser en mélange avec d’autres végétaux, conseille pour sa part Stéphane Schwarz, horticulteur à Geudertheim. À ses clients, Laurent Sonnendrucker délivre quelques astuces en plus : espacer davantage les plants, pailler entre les végétaux, s’assurer que le contenant est suffisamment grand pour retenir l’eau. Dans leur activité de production, les horticulteurs sont également confrontés à la nécessité d’économiser l’eau. Sur son site de Strasbourg, Laurent Sonnendrucker récupère les eaux de pluie provenant des toits de ses serres dans deux cuves enterrées d’une capacité de 200 m3. Celles-ci lui permettent de couvrir 90 % des besoins en eau de son cycle annuel de culture. Pour l’heure, elles sont remplies à 80 %, ce qu’il juge correct. La production des plantes destinées au fleurissement estival se fait sur table. Celles-ci sont remplies d’eau à intervalles réguliers - tous les deux-trois jours à cette époque de l’année et jusqu’à deux fois par jour en plein été - pour que les végétaux puissent y pomper l’eau dont elles ont besoin. Ce procédé, appelé la subirrigation, est utilisé de longue date par les professionnels. L’eau qui n’est pas utilisée par les plantes repart en circuit fermé. Les serres de l’horticulteur sont également équipées de rideaux qui protègent les cultures en cas d’ensoleillement excessif et limitent l’évaporation.

Publié le 19/04/2023

Capitale alsacienne du sucre, Erstein mène une politique en faveur des planteurs de betteraves, qui y sont exonérés de taxe foncière. Elle essaie aussi de préserver au maximum les terres arables, en densifiant l’espace urbain : elle s’attaque en priorité, aux dents creuses.

« Les agriculteurs sont essentiels. Leur nombre diminue et ce n’est pas facile pour eux. Je suis outré d’ailleurs, lorsque les prix augmentent en magasin, mais pas pour eux. Heureusement, il y a des reprises d’exploitations par des jeunes ici : chez les Voelckel et les Wetterwald, par exemple », partage Benoît Dintrich, le maire d’Erstein. Petit-fils d’éleveurs laitiers du côté de son père, le sexagénaire, natif de Benfeld, est retourné aux sources à Erstein, la ville de sa mère, il y a plus de trente ans. Cet ancien cadre supérieur de santé est d’autant plus sensible à la cause agricole qu’à Erstein est installée la sucrerie de Cristal Union qui porte le nom de la ville. 55 ha de terres agricoles sont dédiés à la culture de la betterave. « Nous avons quatre planteurs de betteraves sur la commune d’Erstein, y compris Erstein Krafft », dénombre Laurent Rudloff, responsable betteravier de l’usine. Et 32 salariés en CDI travaillant à la sucrerie, habitent Erstein. Pour inciter les agriculteurs à planter de la betterave et faire tourner l’usine, la commune exonère les betteraviers de taxe foncière. Benoît Dintrich recense « beaucoup de maïs et du blé, de l’orge, des fruits et légumes » aussi sur le ban communal, mais seulement trois élevages. Forêt patrimoniale Erstein est une des plus grandes communes forestières du Bas-Rhin, comptant près de 1 000 ha de forêts, dont elle est propriétaire pour plus de la moitié. Elle en confie la gestion à l’Office national des forêts (ONF). Réserve naturelle, polder, cours d’eau, plan d’eau de Plobsheim : la valeur patrimoniale de la sylve et de la trame bleue est aussi riche que la forêt est pauvre… « Aujourd’hui, on ne gagne plus d’argent avec notre forêt. Elle coûte plus cher qu’elle ne rapporte, notamment à cause de la chalarose du frêne et du changement climatique. Mais même si on ne sera a priori plus bénéficiaire, il y a des choses importantes à faire pour une exploitation raisonnée. Vers Krafft par exemple, en forêt du Krittwald, 4 000 copalmes d’Amérique (ou liquidambars) seront plantés sur environ deux hectares, pour remplacer peut-être à terme l’érable sycomore, qui a du mal à s’adapter aux nouvelles températures. Cette espèce représente aujourd’hui 90 % de la régénération naturelle de la forêt », développe Benoît Dintrich. Le maire ajoute que le manque à gagner lié à la diminution des ventes de bois d’œuvre, impacte peu le budget de la ville. Attractivité Toujours en lien avec le changement climatique, la commune d’Erstein a troqué certaines espèces ornementales dans ses espaces verts, contre des plantes plus résistantes. « On essaie d’abaisser notre consommation d’eau, mais aussi de récupérer les eaux de pluie, dans des cuves enterrées notamment, sur deux sites : elles peuvent contenir jusqu’à 80 m3 », précise Benoît Dintrich. La ville d’Erstein est attractive. « Il y a quelques années, le quartier de la Filature, à peine créé, s’est rempli de 2 000 habitants. Entre 700 et 800 personnes sont attendues prochainement à la zone d’aménagement concerté (Zac) Europe, avenue de la Gare. C’est la dernière extension urbaine d’Erstein et la seule prévue », confie le maire. La municipalité est en phase d’acquisition des terrains. L’édile rappelle que le Schéma de cohérence territoriale (Scot) de Strasbourg impose trente logements à l’hectare en termes de densité, lorsqu’une zone d’habitation est créée. « On a changé d’époque. Une commune qui ne grandit pas n’évolue pas. Mais notre souhait est de ne pas prendre sur le terrain agricole », insiste le maire d’Erstein, qui relève tout de même le paradoxe entre le Scot et la démarche Zéro artificialisation nette des sols, qui est un objectif national pour 2050. Pour laisser la terre aux agriculteurs, le plan local d’urbanisme (PLU) d’Erstein prévoit de densifier la partie déjà urbanisée de la ville prioritairement ; comme l’avenue de la Gare, précitée. « Les terres sont riches, fertiles, très productives ici. Nous sommes dans une zone inondable, où certains espaces sont sanctuarisés. À Krafft, il n’y a plus aucun terrain constructible », souligne Benoît Dintrich. Mais il y a beaucoup moins d’inondations à Erstein depuis la mise en route du canal en 1870, souligne-t-il, soucieux de rendre compte de la réalité. Concertation L’agribashing ne serait pas un problème ici, selon le maire, qui veille à faciliter le travail des agriculteurs en leur permettant de circuler un maximum hors de la ville ; une action réalisée avec l’association foncière dont il est le président de droit, en tant qu’élu. « Je ne vois que peu les agriculteurs », admet Benoît Dintrich, qui met un point d’honneur à ne pas s’immiscer dans ce qui fonctionne. Ainsi, qu’il s’agisse de réaffectation des terres, quand une location touche à sa fin, de tailles de haies ou de chemins à entretenir, l’édile n’est jamais sollicité directement en sa qualité de maire. Au sujet des terres, les agriculteurs semblent s’entendre, laisse-t-il filer. À propos des dégâts de gibier, les discussions avec les chasseurs ont l’air tout aussi fructueuses. Aucune plainte ne lui a été remontée. « En 2022, dans la forêt du Rhin, 46 sangliers dont quatre laies ont été tirés, pour un seul lot de chasse, se souvient le maire. Vers Gerstheim, des clôtures ont été mises en place entre les champs et la forêt. » À Erstein, huit lots de chasse seront renouvelés en 2024. D’autres espèces sauvages moins problématiques que les sangliers, abondent dans les parages. Animales et végétales, elles gagneraient à être recensées, pense le conseil municipal. Une maison de l’environnement et du développement durable verra donc bientôt le jour à Erstein Krafft. Outre un atlas de la biodiversité ambiante, les énergies nouvelles y auraient une belle place. Le projet n’en est qu’à ses débuts. Il devrait aboutir dans quatre ans. Avec ses trois fleurs et ses trois libellules, l’industrielle Erstein est une commune ancrée dans son terroir, qui tente de trouver le plus juste équilibre entre espaces naturels sauvages et cultivés, et urbanité.

Publié le 13/04/2023

Le jeudi 6 avril à Scherwiller, cinq brasseurs alsaciens ont officiellement lancé les bières bio « Grand Hamster ». Ils ont œuvré main dans la main avec des acteurs locaux pour concocter cinq bières aux saveurs différentes, mais qui ont toutes le même objectif : protéger le grand hamster d’Alsace et la biodiversité de la plaine.

Il y a quelque temps maintenant, une filière bio dédiée au grand hamster d’Alsace a été créée. Le principe est simple : proposer différents produits alimentaires qui favorisent des pratiques agricoles respectueuses du grand hamster. Dans cette volonté de protection de l’espèce, un collectif de brasseries artisanales a réfléchi à développer de nouvelles bières bio. Une initiative originale, mais aussi pleine de sens. « Par la mise en marché de produits issus de la préservation du Grand Hamster, on propose aux consommateurs de s’y associer dans leur acte d’achat. Cette biodiversité est en déclin, il est grand temps d’agir. Et rien de mieux qu’une bonne action avec une bière autour de la table ! » s’enthousiasme Francis Humann, président du GIE Grand Hamster d’Alsace. Les recettes de ces bières « de la biodiversité » ont été élaborées par les brasseries Bendorf au Neudorf, La Narcose à Scharrarbergheim, l’Altruiste à Scherwiller, S’Humpaloch à Lautenbach et la Brasserie des Quatre Pays à Hirtzbach. Du champ à la bière, un trajet 100 % local Avant de couler dans les verres, ces bières du Grand Hamster ont suivi un long parcours. Qui se veut bien sûr respectueux et bio ! Tout a commencé par une récolte d’orge d’hiver en juillet dernier, venu principalement de l’exploitation de la ferme Humann à Ernolsheim-sur-Bruche. Cette orge, semée en autonome il y a deux ans, est une culture très appréciée par le grand hamster. « Habituellement, on travaille avec de l’orge de printemps, on le reçoit et on ne se pose pas trop de questions. Alors que finalement, l’orge d’hiver est moins impactant pour l’environnement et la biodiversité. C’est pour ça qu’on l’a choisi pour la bière du Grand Hamster », explique Benjamin Pastwa, gérant de la brasserie Bendorf. Une fois récoltée, cette orge d’hiver bio Amistar a dû être maltée par l’entreprise Maltala. Située à Bergheim, il s’agit de la première malterie artisanale bio. Du houblon, lui aussi local et bio, a également été nécessaire à la conception des bières. Une bière par brasserie Chacune des brasseries a préparé sa propre bière au long de l’hiver dans ses brassins. Ce sont donc cinq bières différentes, avec une vision différente pour chaque brasseur. Julien Delécolle, gérant de la brasserie l’Altruiste, a décidé de réaliser une bière blonde houblonnée afin de « montrer que l’on peut faire de belles choses avec des matières premières bios alsaciennes ». De son côté, la brasserie S’Humpaloch propose aussi une bière Grand Hamster blonde, mais avec une touche assez originale, qui a de quoi faire saliver. « Elle est aromatisée avec une plante sauvage qui se cache dans les montagnes, le lierre terrestre. Elle fait partie de la famille de la menthe, avec des fleuraisons violettes. C’est comme un goût de tisane », lance Barnabé Stoehr, gérant de S’Humpaloch. Toutes les brasseries participantes proposent à la vente les cinq bières. Car étant rassemblées dans un même projet pour protéger le grand hamster d’Alsace, « il n’y a pas de concurrence qui tienne ». Le collectif est actuellement en discussion pour que ces bières soient commercialisées dans des magasins spécialisés en bio, en bière ou encore chez des cavistes. Les points de vente seront petit à petit référencés sur le site internet de Bio en Grand Est. Attention, ces bières artisanales Grand Hamster sont éphémères ! 10 000 litres sont prévus. Mais si les stocks sont vite vendus, le collectif ne s’interdit pas d’en faire une bière à l’année.

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