La commune de Herrlisheim est marquée par la raffinerie de Strasbourg qui, de 1963 à 1984, a permis son développement, avant de laisser derrière sa fermeture une friche d’une centaine d’hectares. Elle est en cours de réindustrialisation et de renaturation. Herrlisheim en profite pour se développer, mais de manière raisonnée. La municipalité veille à préserver l’équilibre entre activité économique dynamique et qualité de vie.
Impossible d’évoquer l’agriculture et la ruralité à Herrlisheim sans aborder ce que le maire, Serge Schaeffer, qualifie de « petits Balkans » : une quinzaine d’hectares situés sur le site de l’ancienne raffinerie Total de Drusenheim-Herrlisheim qui, après sa fermeture en 1984, a laissé une centaine d’hectares impropres à la culture. Après des années de tractations, cette friche est en cours de réhabilitation. Une partie est réindustrialisée, pour accueillir l’Axioparc et de nouvelles entreprises. Une autre partie est dédiée à la renaturation, qui doit compenser la réindustrialisation du site. L’ensemble des opérations a été confié à l’aménageur (Tellos), au moyen d’un bail emphytéotique. Sauf sur 15 ha, qui appartiennent à la communauté de communes et qui font l’objet de nombreuses convoitises. Les agriculteurs, notamment, considèrent que comme ces terres étaient exploitées autrefois, elles doivent leur revenir. Les associations environnementales et les chasseurs défendent d’autres intérêts. Et chaque partie considère que « ses intérêts sont plus élevés que ceux des autres », résume Serge Schaeffer, qui se qualifie de « casque bleu », dans l’affaire. En effet, « mon rôle consiste à réussir à faire vivre tout le monde en bonne intelligence, donc à trouver l’équilibre entre compensations naturelles, demandes des agriculteurs, des chasseurs, des écologistes ».
Hormis ce point de crispation, il fait bon vivre à Herrlisheim. Outre l’Axioparc, où l’entreprise Bauder, spécialiste de l’étanchéité et de l’isolation, va créer une centaine d’emplois, « sans consommation de foncier », une seconde zone industrielle permet à des entreprises de s’installer. Ainsi, le fabricant de moteurs Thyssenkrupp va générer une autre centaine d’emplois. La population de Herrlisheim, jusque-là relativement stable, à quelque 5 000 habitants, est donc amenée à s’accroître. Plusieurs lotissements sont en cours de construction, et un autre est en projet pour « fixer l’habitat, décrit Serge Schaeffer, qui rappelle que les lotissements sont dosés pour correspondre à la demande, aux besoins des jeunes générations qui souhaitent s’installer, ou continuer à vivre à Herrlisheim ». La commune poursuit l’équilibre, entre dynamiser son territoire et limiter l’artificialisation des sols.
600 arbres pour un mandat
Herrlisheim bénéficie d’une belle dynamique associative. Les arboriculteurs de Herrlisheim, notamment, soutiennent la municipalité dans son projet d’implanter 600 arbres durant sa mandature. Un projet en bonne voie puisqu’à mi-mandat 300 arbres ont été plantés sur le ban communal afin de créer des zones de fraîcheur. Un travail que salue Serge Schaeffer, car : « Il ne suffit pas de planter des arbres, il s’agit aussi de les entretenir. » En outre, les arboriculteurs ont choisi des essences qui doivent mieux résister au changement climatique : chêne sessile et pédonculé, noyer, pommier sauvage, aulne, châtaignier…
Dans le même ordre d’idée, la municipalité a levé le pied sur la tonte des espaces verts. Si elle est davantage favorable à la biodiversité, la fauche tardive nécessite de faire un peu de pédagogie : « Pour certains, ça fait un peu trop unordnung (ou désordre) », sourit Serge Schaeffer. Le fleurissement du village aussi a été adapté. La priorité a été donnée au centre bourg, avec des espèces moins exigeantes en eau dans des parterres équipés d’oyas, ce qui a permis de réduire le temps consacré à l’arrosage.
Pour favoriser les mobilités douces, la municipalité a tracé 6 km de pistes cyclables, notamment vers les écoles, les commerces et le Kleinbach, le cours d’eau qui traverse la commune. Serge Schaeffer se déplace le plus souvent possible à vélo et encourage ses adjoints à faire de même, pour « montrer l’exemple ».
La municipalité met aussi en œuvre des actions pour économiser l’eau et produire des énergies renouvelables. Ainsi, le nouvel atelier municipal, en cours de construction, sera couvert de 1 200 m2 de panneaux photovoltaïques, équipé d’une pompe à chaleur, et d’une citerne de 50 m3 qui permettra de récupérer les eaux de pluie qui dévalent du toit. Une ressource qui servira à arroser arbres et espaces vertes. « Le nouvel atelier municipal devrait, à terme, rapporter davantage à la commune qu’il ne lui a coûté », pointe Serge Schaeffer.
Dialoguer
Enfin, la municipalité entretient de bonnes relations avec ses agriculteurs. La profession est représentée au conseil municipal par Michel Georg, double actif aujourd’hui retraité, qui « parle agriculture première langue », sourit Serge Schaeffer, qui apprécie ces professionnels de la terre : « Ils sont autant aimés que critiqués, par exemple pour l’impact de leur activité sur la ressource en eau. Il est donc important de nourrir le dialogue pour progresser ensemble », pointe Serge Schaeffer. C’est avec cette volonté qu’un travail a été mené dans les aires d’alimentation de deux captages d’eau en partenariat avec le SDEA, la Safer et la Chambre d'agriculture d’Alsace. « L’objectif est d’identifier les mouvements de foncier. La commune doit avoir une maîtrise foncière pour pouvoir mettre en place une convention qui aille dans le sens de la réduction du recours aux produits phytosanitaires », résume Serge Schaeffer. Une politique qui « génère des dialogues très intéressants avec les agriculteurs, et qui a été reçue plutôt positivement par la profession », estime le maire.
Depuis qu’il a été élu maire en 2020, Serge Schaeffer a vu les crises se succéder. Il y a eu le Covid, puis la hausse du coût des matières premières et de l’énergie, qui ont impacté le budget de la commune. Pour lui, ces crises doivent inciter à « penser autrement », pour aller vers davantage de sobriété énergétique, d’autonomie des territoires : « Travailler, habiter, se nourrir… L’idéal serait de pouvoir tout faire sur le même territoire » ! À ces crises, sanitaire et économique, s’en ajoute une sociétale, estime Serge Schaeffer qui en veut pour preuve l’augmentation des conflits de voisinage, un rapport aux élus différents : « Nous devrions être responsables de tout. Et agir immédiatement », constate-t-il. Or, dans les faits, les élus se retrouvent donc coincés entre des citoyens exigeants, des responsabilités qui leur incombent sans que les finances ne suivent. Résultat : « Nous sommes confrontés à des injonctions contradictoires. » En outre, le manque de moyens se traduit par des renoncements, notamment en matière d’investissements, tout simplement parce que « faire vivre l’existant requiert un budget incompressible. »