Élevage

Mois de la bio. Au Gaec de Rosen-Guth à Dettwiller

Concilier robot et pâturage en bio

Publié le 17/11/2017

Même s’ils pratiquaient déjà un élevage extensif, la conversion du Gaec de Rosen-Guth à l’agriculture biologique a bouleversé les assolements, l’alimentation et les pratiques d’élevage. Grâce à des portes intelligentes, ils arrivent à concilier robot de traite et pâturage des vaches, un élément fondamental en agriculture biologique.

Le Gaec de Rosen-Guth est situé à Dettwiller. Plus précisément sur les hauteurs de Rosenwiller, pas très loin de l’autoroute A4 et de la LGV Est européenne depuis qu’une sortie d’exploitation a été réalisée en 1987. À l’époque, la SAU était de 90 hectares, et 50 vaches laitières (VL) produisaient quelque 300 000 l de lait par an. Guillaume Guth a rejoint l’exploitation familiale en 2009. Au départ avec un plan d’installation en conventionnel. Mais la conjoncture en lait bio est bonne, une aide à la conversion incitative est en place… Aussi les agriculteurs procèdent-ils à une étude d’impact de la conversion à l’agriculture biologique, qui s’avère intéressante. La décision est prise en quelques semaines. « Nous pratiquions déjà un élevage extensif et, sortir avec le pulvérisateur, ce n’était vraiment pas ce que j’aimais faire… », argumente Guillaume Guth. « C’était un choix de conversion rapide, confirme Philippe Le Stanguennec, conseiller à la Chambre d'agriculture d’Alsace. Il a été stimulé par plusieurs facteurs : une coopérative demandeuse, ce qui représente l’assurance d’être collecté et de bénéficier d’un accompagnement, des parents qui n’étaient pas réticents, un mode d’élevage déjà assez extensif, herbagé, avec des vaches pas trop poussées. » La principale difficulté, c’est que les vaches ne pâturaient plus du tout. « Or, même si le cahier des charges de l’agriculture biologique ne donne pas d’objectif chiffré, le pâturage est une obligation », indique Philippe Le Stanguennec. « Nous avons donc recommencé à faire pâturer les vaches en implantant 10 ha de pâture derrière l’étable. Et nous avons ensemencé progressivement de plus en plus de prairies temporaires autour de l’exploitation », rapporte Guillaume Guth. « Au début, c’était une contrainte, reconnaît-il. Mais plus maintenant. Certes c’est du travail, il faut déplacer les clôtures, changer les batteries. Mais nous y trouvons du plaisir et de l’intérêt. » Tant et si bien qu’ils seraient encore prêts à développer la surface pâturée s’ils n’étaient pas coincés par la ressource en foncier. Pas de traite, pas de pâture En 2011, face à la perspective de devoir travailler seul sur l’exploitation - son frère, Jérémy, ne l’a rejoint qu’en 2016 -, Guillaume Guth procède à une extension et à un réaménagement de l’étable afin de faciliter le travail. Les génisses rejoignent le bâtiment principal, le sens des logettes est modifié pour permettre un raclage automatique… Et c’est dans la même optique de diminuer la charge de travail qu’il investit dans un robot de traite Delaval. Les vaches circulent alors librement entre l’étable, la pâture et le robot, ce qui ne va pas sans occasionner quelques difficultés : « Quand on ouvrait les portes de l’étable, toutes les vaches sortaient, et le robot était quasiment inutilisé pendant cinq heures. Or comme il était déjà un peu limite par rapport à la taille du troupeau, il aurait mieux valu qu’il fonctionne tout le temps. Car si on doit tout le temps pousser les vaches pour qu’elles aillent au robot, on perd l’avantage du gain de temps qu’il est censé apporter ! » En 2015, le stade de 90 vaches pour un robot est atteint. Pour le désengorger, Guillaume Guth investit dans un second robot et, pour rationaliser le déplacement des vaches, dans des portes intelligentes. Elles permettent de donner accès ou non aux vaches au pâturage en fonction du délai avant la prochaine traite : si sa dernière traite remonte à trop longtemps, la vache n’aura pas accès à la pâture tant qu’elle ne sera pas retournée au robot pour se faire traire. Leur circulation reste donc libre, mais contrôlée. Du méteil pour l’autonomie fourragère La SAU et l’assolement actuel de l’exploitation ne permettent pas d’atteindre l’autonomie fourragère. Les agriculteurs achètent donc de l’herbe sur pied et des céréales à une exploitation de Weyersheim. Pour accroître l’autonomie fourragère de l’exploitation et mieux compléter le maïs ensilage, Guillaume Guth a essayé cette année sur 10 ha une double culture : du méteil (200 kg de semences fermières de triticale + 50 kg de pois fourrager), suivi d’un maïs ensilage. « L’avantage d’un méteil par rapport à un ray-grass, c’est qu’il va couvrir le sol sans consommer la réserve en eau qui doit bénéficier au maïs », indique l’éleveur, qui avance un second argument : les prairies qui souffrent de manière de plus en plus récurrente de la chaleur et du manque d’eau en début d’été. Le méteil étant récolté avant, il constituerait une forme d’assurance. Pour cet essai, le méteil a été fauché et ensilé le 1er juin, puis le maïs a été implanté au strip-tiller derrière : « J’avais peur d’assécher le sol en le travaillant », témoigne Guillaume Guth. Avec 17 tonnes de MS/ha (10 pour le méteil, 7 pour le maïs), l’essai est concluant. Ainsi les agriculteurs prévoient de réitérer l’expérience cette année, mais sur 30 ha et en enrichissant le méteil avec de la féverole afin d’améliorer la teneur en matière azotée totale (MAT) du fourrage. Un « challenge personnel » que Philippe Le Stanguennec encourage pour des raisons avant tout économiques : « Par rapport au conventionnel, les prix des correcteurs azotés ou du soja bios sont doublés. » Retrouvez aussi notre reportage vidéo :  

Publié le 17/11/2017

En 2010, Henri Willem et son neveu, Sylvain Weber, sautent le pas. Ces deux éleveurs en Gaec à Sarrewerden, se convertissent au bio. Sept ans plus tard, les associés sont ravis du résultat. Les changements se sont déroulés en douceur et leur qualité de vie a pris un sacré envol. Une vraie success story version Alsace Bossue.

Sylvain et son oncle ont le sourire. Ils combinent rentabilité et confort de vie dans leur exploitation. Pourtant Sylvain se souvient d’une époque pas si éloignée où son oncle vivotait sans salaire correct, malgré des journées à n’en plus finir. C’était avant le virage pris par les deux associés de Sarrewerden en 2010. Cette année-là, ils décident de se convertir en bio et enchaînent avec une salle de traite. Jusque-là, la ferme pratique une agriculture conventionnelle. Henri travaille seul sur l’exploitation familiale, perchée au sommet d’un col près de Sarre-Union. Il possède une cinquantaine de vaches allaitantes et vingt laitières. Pas besoin de plus, selon lui. « Avec nos vingt vaches on atteignait le quota, pourquoi produire davantage ? » Pourtant l’exploitant ne sort pas un salaire décent, victime de la crise agricole comme beaucoup d’autres. « On n’a presque plus de charges » Le rayon de soleil vient en mai 2010. Unicoolait, le client historique, cherche alors à augmenter ses volumes de lait bio. La firme prospecte parmi ses fournisseurs, à la recherche de producteurs susceptibles de se convertir. Elle invite Henri et Sylvain, qui a rejoint l’exploitation quelques mois plus tôt, à faire le grand saut. « Au début, nous n’étions pas intéressés, avoue l’aîné. Mais on a vite changé d’avis et deux semaines plus tard on signait pour la bio. » Pourquoi un tel revirement ? Les deux compères se rendent comptent que la conversion ne devrait pas révolutionner leur manière de faire. « On utilisait déjà peu d’intrants et on pratique depuis toujours le pâturage. » Le passage en bio se fait donc en douceur. Les résultats se font sentir dès la première année. Si le prix de vente du lait est un peu plus élevé, ce sont surtout les économies dégagées qui égayent le bilan comptable. « C’est simple, on n’a presque plus de charges », résume Sylvain. Et ce grand gaillard d’énumérer les postes sur lesquels la ferme dépense moins. « On n’utilise plus de produits, les tracteurs sont beaucoup plus souvent à l’arrêt et les vaches se chargent de la fauche ! » Dans ces conditions, les propriétaires décident de développer l’activité laitière. Un changement stratégique qui voit passer le cheptel de 20 à 56 vaches aujourd’hui. Deux tiers de holsteins, le reste en croisées. En parallèle, la production bondit de 90 000 litres en 2007, à 400 000 en 2015. Le tout accompagné de bons résultats au Contrôle laitier : 6 700 kg de lait par vache, un rang moyen de lactation de 3, et 1 025 kg de concentrés/vache/an… Le niveau de cellules, à 221 000, satisfait aussi les éleveurs. Vitesse de croisière Et ce n’est pas fini ! Outre l’embellie économique, la qualité de vie de toute la famille s’est améliorée. La salle de traite installée en 2010 a raccourci de manière radicale le temps consacré à cette tâche. « On consacre deux-trois heures par jour à la traite, pas plus », confie Sylvain. Même lorsqu’il faut aller chercher les bêtes au pré ? Affirmatif répond Henri. « La plupart du temps, elles viennent d’elles-mêmes devant le bâtiment. Je ne descends au parc qu’une trentaine de fois par an. » Si bien qu’aujourd’hui, l’oncle s’occupe seul des laitières. Inimaginable avant l’arrivée de la traite automatisée. Dès lors, pourquoi ne pas viser plus haut et agrandir le troupeau ? Pas intéressant, selon l’exploitant. « Nos pâturages et la salle de traite ne peuvent pas prendre en charge beaucoup plus de bêtes, et on ne gagnerait pas grand-chose en plus », poursuit-il. Travailler pour gagner autant en clair. « On a une affaire qui roule, là on a atteint notre vitesse de croisière. » Et ça fait du bien à entendre.

Publié le 16/11/2017

Le bien-être animal est une problématique relativement récente mais de plus en plus prégnante au sein de la société. Déjà, en France, en Allemagne comme en Suisse des progrès ont été accomplis. Un colloque, organisé récemment dans le cadre de la Conférence du Rhin supérieur, a permis d’échanger sur les bonnes pratiques, et de nourrir la réflexion en matière de bien-être animal.

Un animal de rente, qu’il soit élevé en France, en Allemagne ou en Suisse, reste un animal de rente, avec des besoins et des comportements identiques. Et, les bactéries et les virus ne s’arrêtant pas aux frontières, la gestion des épizooties requiert une coopération internationale. C’est pourquoi, dans le cadre de la Conférence du Rhin supérieur (CRS), le groupe de travail dédié aux questions agricoles a comparé les pratiques d’élevage, leur encadrement réglementaire et les mesures d’accompagnements existantes dans les trois régions transfrontalières (Alsace pour la France, une partie du Bade-Wurtemberg et de Rhénanie-Palatinat pour l’Allemagne, les cantons de Bâle-Ville et Bâle-Campagne pour la Suisse). L’objectif, à terme, étant de réfléchir à des pistes de coopération transfrontalières. Mercredi 8 novembre, les travaux ont été restitués lors d’un colloque organisé au lycée agricole d’Obernai. « Il s’agit du point d’orgue d’une démarche entamée en juin 2016, et qui réunit l’ensemble des parties prenantes du bien-être animal, des éleveurs aux consommateurs », a indiqué Benoît Fabbri, directeur régional adjoint de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt Grand Est. Être prêt à payer le prix juste du bien-être animal La France, l’Allemagne, et tous les pays membres de l’Union européenne sont tenus de transposer dans le droit national la directive 98/58/CE, qui définit les exigences concernant les conditions d’élevage. Sur cette base, chaque pays peut mettre en place une réglementation plus contraignante. La Suisse n’est pas concernée par la directive 98/58/CE, ce qui ne l’empêche pas de poser des exigences plus élevées en matière de bien-être animal, comme le montrent les travaux du groupe expert. Karl Silberer, vice-président du BLHV (Badische Landwirtschaftliche Hauptverband), a donné le point de vue du professionnel, soulignant les progrès considérables déjà atteints par la profession, notamment en matière de bâtiments d’élevage, et le fait que le bien-être animal ne se résume pas à des normes, mais qu’il s’agit aussi d’une « relation de confiance » entre l’éleveur et ses animaux. Peter Zbinden, conseiller scientifique à l’Office fédéral de l’agriculture de Berne, s’est exprimé sur les aspects économiques. En Suisse, a-t-il rapporté, les consommateurs et les contribuables sont les fondements du bien-être animal grâce à leur contribution financière. En effet, les labels mettant en avant le bien-être animal rencontrent un vif succès sur le marché. Et les consommateurs sont prêts à en payer le prix juste. Accompagner les producteurs Différents ateliers de réflexion ont permis d’évoquer au cas par cas les différentes espèces, ainsi que la valorisation des produits respectueux du bien-être animal, ou encore la santé et la biosécurité. Sébastien Stoessel, président du service élevage de la Chambre d'agriculture d’Alsace, participait à l’atelier dédié aux volailles. De la discussion qui a eu lieu entre les différents acteurs, il ressort que « nos objectifs ne sont pas si différents, mais il faut accompagner les producteurs pour qu’ils puissent répondre aux demandes des consommateurs. En effet, les éleveurs réalisent des investissements sur des périodes longues, aussi les changements nécessitent-ils de l’accompagnement. Et l’amélioration des pratiques passe généralement par une hausse de la charge de travail qu’il faut rémunérer. » À l’issue du colloque, le groupe de travail a proposé la mise en place d’un réseau de vétérinaires destiné à la gestion de crises sanitaires par le biais de rencontres régulières, de formations et d’exercices communs. En effet, la biosécurité est gérée de manière différente dans chaque pays. En cas de crise sanitaire, en France, la surveillance, les prises de décision sont centralisées au niveau national, tandis qu’en Allemagne et en Suisse cela relève de la responsabilité des Lander. Autres propositions faites à l’issue du colloque : la poursuite des échanges transfrontaliers à travers des journées professionnelles, le développement de l’information et de la communication, que ce soit en direction des professionnels ou du grand public. Au cours de ce colloque, le bien-être des animaux et des opérateurs au sein des abattoirs n’a pas été évoqué. Pour autant, le sujet n’est pas écarté : « Il faut en parler car, contrairement à ce que montre le marketing, les animaux ne passent pas du pré au gril », a estimé un participant.

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