Publié le 17/11/2017
En 2010, Henri Willem et son neveu, Sylvain Weber, sautent le pas. Ces deux éleveurs en Gaec à Sarrewerden, se convertissent au bio. Sept ans plus tard, les associés sont ravis du résultat. Les changements se sont déroulés en douceur et leur qualité de vie a pris un sacré envol. Une vraie success story version Alsace Bossue.
Sylvain et son oncle ont le sourire. Ils combinent rentabilité et confort de vie dans leur exploitation. Pourtant Sylvain se souvient d’une époque pas si éloignée où son oncle vivotait sans salaire correct, malgré des journées à n’en plus finir. C’était avant le virage pris par les deux associés de Sarrewerden en 2010. Cette année-là, ils décident de se convertir en bio et enchaînent avec une salle de traite. Jusque-là, la ferme pratique une agriculture conventionnelle. Henri travaille seul sur l’exploitation familiale, perchée au sommet d’un col près de Sarre-Union. Il possède une cinquantaine de vaches allaitantes et vingt laitières. Pas besoin de plus, selon lui. « Avec nos vingt vaches on atteignait le quota, pourquoi produire davantage ? » Pourtant l’exploitant ne sort pas un salaire décent, victime de la crise agricole comme beaucoup d’autres. « On n’a presque plus de charges » Le rayon de soleil vient en mai 2010. Unicoolait, le client historique, cherche alors à augmenter ses volumes de lait bio. La firme prospecte parmi ses fournisseurs, à la recherche de producteurs susceptibles de se convertir. Elle invite Henri et Sylvain, qui a rejoint l’exploitation quelques mois plus tôt, à faire le grand saut. « Au début, nous n’étions pas intéressés, avoue l’aîné. Mais on a vite changé d’avis et deux semaines plus tard on signait pour la bio. » Pourquoi un tel revirement ? Les deux compères se rendent comptent que la conversion ne devrait pas révolutionner leur manière de faire. « On utilisait déjà peu d’intrants et on pratique depuis toujours le pâturage. » Le passage en bio se fait donc en douceur. Les résultats se font sentir dès la première année. Si le prix de vente du lait est un peu plus élevé, ce sont surtout les économies dégagées qui égayent le bilan comptable. « C’est simple, on n’a presque plus de charges », résume Sylvain. Et ce grand gaillard d’énumérer les postes sur lesquels la ferme dépense moins. « On n’utilise plus de produits, les tracteurs sont beaucoup plus souvent à l’arrêt et les vaches se chargent de la fauche ! » Dans ces conditions, les propriétaires décident de développer l’activité laitière. Un changement stratégique qui voit passer le cheptel de 20 à 56 vaches aujourd’hui. Deux tiers de holsteins, le reste en croisées. En parallèle, la production bondit de 90 000 litres en 2007, à 400 000 en 2015. Le tout accompagné de bons résultats au Contrôle laitier : 6 700 kg de lait par vache, un rang moyen de lactation de 3, et 1 025 kg de concentrés/vache/an… Le niveau de cellules, à 221 000, satisfait aussi les éleveurs. Vitesse de croisière Et ce n’est pas fini ! Outre l’embellie économique, la qualité de vie de toute la famille s’est améliorée. La salle de traite installée en 2010 a raccourci de manière radicale le temps consacré à cette tâche. « On consacre deux-trois heures par jour à la traite, pas plus », confie Sylvain. Même lorsqu’il faut aller chercher les bêtes au pré ? Affirmatif répond Henri. « La plupart du temps, elles viennent d’elles-mêmes devant le bâtiment. Je ne descends au parc qu’une trentaine de fois par an. » Si bien qu’aujourd’hui, l’oncle s’occupe seul des laitières. Inimaginable avant l’arrivée de la traite automatisée. Dès lors, pourquoi ne pas viser plus haut et agrandir le troupeau ? Pas intéressant, selon l’exploitant. « Nos pâturages et la salle de traite ne peuvent pas prendre en charge beaucoup plus de bêtes, et on ne gagnerait pas grand-chose en plus », poursuit-il. Travailler pour gagner autant en clair. « On a une affaire qui roule, là on a atteint notre vitesse de croisière. » Et ça fait du bien à entendre.












