Publié le 08/01/2018
La conjoncture se retourne. Mais les bénéfices de ce mieux se font toujours attendre sur la feuille de paie des producteurs.
S’il fallait un symbole pour résumer l’année laitière 2017, le beurre fait parfaitement l’affaire. Il occupe la une de l’actualité pendant tout l’automne. « La pénurie de beurre » alimente copieusement les conversations ! Une demande de 70 000 t n’est pas satisfaite en Europe. La cotation de la matière grasse autrefois décriée, aujourd’hui réhabilitée par des besoins mondiaux, flambe. Elle s’envole jusqu’à 6 900 €/t avant de retomber à 5 000 € à la mi-septembre. Rappelons qu’en 2016, la même tonne s’échangeait encore 2 500 €… Les rayons des grandes surfaces sont quasiment vides ; les professionnels ont toutes les peines du monde à être livrés. À qui la faute ? À la grande distribution qui n’a voulu revoir ses tarifs d’achat à la hausse en cours d’année ? Aux industriels qui ont préféré vendre sur les marchés plus rémunérateurs ? Tout ce monde se renvoie joyeusement la balle. Les producteurs contemplent ces échanges un brin désabusés, parfois énervés, s’en allant expliquer eux-mêmes aux consommateurs sur les lieux de vente les raisons de cette situation. L’argent du beurre est la deuxième polémique de l’année. Au printemps, alors que le cours de la matière grasse est en pleine ascension, les éleveurs mettent une première fois la pression sur les distributeurs et les transformateurs qui s’accusent mutuellement de ne pas répercuter vers la base la hausse des cours du lait. À la mi-juin, les producteurs syndiqués interpellent les grandes enseignes. Ils bloquent plusieurs usines dans l’ouest en réclamant une revalorisation des 1 000 litres de 305 à 350 €. Chacun y va de son initiative pour calmer le jeu. Lidl France demande aux pouvoirs publics d’assurer aux éleveurs « un revenu minimum garanti, fruit de leur travail ». Sodiaal annonce le 14 juin qu’elle redistribue à ses membres 25 M€ au titre de l’exercice 2016. Collecte dynamique en fin d’année En France, la collecte est léthargique durant les huit premiers mois de l’année. Elle se situe quasiment en permanence sous la courbe de l’année précédente. En Alsace, la zone Sodiaal enregistre un recul d’environ 2 % qui reflète l’impact de la qualité plus que moyenne et de la quantité des fourrages, récoltés à l’automne 2016. De leur côté, les adhérents d’Alsace Lait remplissent leurs engagements trimestriels et s’apprêtent à livrer 142 Ml sur l’année. Dans les deux cas, la distribution de la nouvelle récolte donne un coup d’accélérateur, tant aux volumes traits qu’à leur qualité. La collecte française bondit d’au moins 5 % avec de meilleurs taux. Elle enregistre 9 % de hausse au quatrième trimestre chez les producteurs alsaciens collectés par Sodiaal. Sur l’année, le taux de matière grasse recule de 0,2 g/l, alors que le taux protéique augmente de 0,3 g/l. Les germes totaux sont largement dans les clous à moins de 50 000 GT pour 97 % de la collecte, mais le dénombrement cellulaire reste toujours préoccupant. Certains éleveurs restent à l’écart de cette reprise. Ils habitent les vallées vosgiennes de Masevaux ou de Munster où la sécheresse leur enlève l’herbe sous les pieds. La première coupe se limite à 50 % de la normale. Et il n’y a guère de repousse. Les difficultés de trésorerie restent fréquentes même si le prix s’améliore doucement au fil des mois. Chez Sodiaal, il gagne environ 15 % pour déboucher sur un prix de base A de l’ordre de 317 €/1 000 l. Toutes primes comprises, l’année s’achemine vers les 324 € à 38/32 (1). Pour sa part, Alsace Lait se rapproche d’un niveau moyen proche des 340 €/1 000 l payés au producteur. Début décembre, le spot se situe entre 340 et 360 €/1 000 l. Les analystes mettent en garde contre la persistance de cette tendance en 2018. Car si le beurre atteint des sommets, la poudre à 0 % ne cesse de dégringoler jusqu’à 1 475 €/t en novembre. En cas de mise en marché, le prix du lait 2018 doit en toute logique s’en ressentir. Le souci est que l’Europe est prête à entamer ses 350 000 t stockées à l’intervention, un volume auquel s’ajoutent 50 000 t de stockage privé. Sans même encore savoir combien et à quel prix ces volumes seront vendus, il y a toutes les chances que cette offre pénalise le niveau de prix du lait en 2018. Avec les laits non OGM et de pâturage, des opérateurs cherchent à développer de nouvelles filières qui répondent aux demandes de la distribution et qui laissent espérer un prix supérieur.












