Conduite d’élevage. Tarissement
Mieux vaut bien tarir que guérir
Conduite d’élevage. Tarissement
Publié le 05/02/2018
Le tarissement est une période relativement courte dans le cycle d’une vache laitière, et a priori improductive. En réalité, il s’agit d’une période clé, où se prépare la réussite du vêlage, la santé du futur veau, la qualité de la prochaine lactation, et même de la future reproduction.
Une vache tarie, a priori, c’est une vache improductive. Mais une vache tarie, c’est aussi une vache qui a produit, et surtout qui va encore produire ! Le tarissement, c’est en quelque sorte la petite pause qui va permettre de mieux repartir. Car c’est durant ce temps que les tissus lactifères se régénèrent. Pour que les vaches puissent profiter au mieux de cette pause bien méritée, le tarissement se prépare donc très en amont. Dès que la gestation, certificat d’une future lactation, est confirmée. Car le tarissement précède à la fois le vêlage, la nouvelle lactation, et la remise en reproduction. Or le vêlage constitue un stade délicat dans la vie d’une vache. Dans les semaines qui précèdent et qui suivent chaque mise bas, les mères subissent un déficit énergétique, combiné à une baisse de leur immunité et une hypocalcémie. « Un bon tarissement permet de réduire les risques liés à ces fluctuations physiologiques », souligne Théo Kuhm, conseiller à Alsace Conseil Élevage, lors d’une des réunions hivernales de ce service de la Chambre d'agriculture d’Alsace. En outre, les risques liés à un tarissement mal mené sont multiples : infection de la mamelle (hausse des cellules, mammites…), développement d’une maladie métabolique, hypocalcémie, vache grasse, vêlage difficile, voire non délivrance, fièvre de lait… Une gestion au cas par cas Le tarissement vise en premier lieu à procurer à la mamelle un repos physiologique suffisant. La durée minimale du tarissement est fixée à 46 jours. En effet, l’involution mammaire dure 25 jours, et la régénération des lactocytes 21 jours. Mais l’idéal, c’est un tarissement qui dure six à sept semaines. Sept jours après le jour du tarissement, un bouchon de kératine se forme dans les trayons de 50 % des vaches laitières. Bouchon qui a pour mission d’empêcher l’intrusion de germes. Mais il y a des vaches chez lesquelles ce bouchon ne se forme pas, d’autres chez qui il se forme plus lentement… Il revient alors à l’éleveur de prendre les mesures qui s’imposent en fonction de l’historique des cellules et des mammites de l’exploitation, et de chaque vache (lire en encadré). Soigner aussi la panse Durant la période de tarissement, il faut aussi assurer la bonne fonctionnalité de la panse. Car plus une vache arrive à manger avant le vêlage, moins elle aura de problèmes par la suite. Mais deux freins s’opposent à cette intention. Le veau, qui prend de la place dans l’abdomen de la vache, limite sa capacité d’ingestion. Et la ration du tarissement, qui est moins concentrée en énergie, et qui peut provoquer une régression des papilles ruminales. Il est donc conseillé de les entretenir à l’aide de fourrages grossiers de la future ration. « Sinon, on court le risque d’un amaigrissement, voire d’acétonémie », prévient Théo Kuhm. Préparer le vêlage Alors qu’en fin de gestation la baisse de l’immunité entraîne un risque inflammatoire accru, il s’agit de mettre les vaches taries dans des conditions qui le minimisent. Ce qui passe notamment par une ration et des conditions de vie adaptées. D’une ration d’entretien pendant les cinq premières semaines du tarissement, Théo Kuhm conseille de passer à une ration de préparation au vêlage, dont la densité augmente progressivement, trois semaines avant le jour J. Le jour du vêlage, il s’agit de placer la vache dans un lieu, propre, confortable, avec de l’eau et de la nourriture à disposition, et de s’armer de patience. Mieux vaut en effet ne pas trop intervenir, et laisser au maximum la nature faire les choses, recommande le technicien en élevage laitier. La bonne santé du veau dépend en grande partie de la quantité et de la qualité du colostrum qu’il va pouvoir ingérer. Or la future mère commence à élaborer cette bombe à anticorps trois semaines avant l’arrivée de son petit. À la naissance, le processus de digestion n’est pas encore en place. Les anticorps passent donc directement du colostrum au système sanguin du veau en traversant la paroi intestinale. Donc, plus il boit son élixir de vie tôt, mieux c’est : « Dans les six premières heures de vie, c’est l’idéal. » Et la reproduction Enfin, une vache qui a vêlé, c’est une vache qui va potentiellement revenir à l’insémination. Il s’agit donc d’assurer le bon fonctionnement de son système reproducteur, ce qui passe par une couverture énergétique suffisante et une nourriture de qualité. « La reproduction se gère dès le tarissement. Car pour qu’un follicule se développe, et avoir une ovulation de qualité, il s’agit de limiter l’amaigrissement des vaches. L’insémination ne doit d’ailleurs pas être effectuée à tout prix. La décision doit être prise en fonction de l’état de chaque vache », indique Théo Kuhm. De ce qui précède, il découle qu’un tarissement mal géré peut avoir de nombreux impacts : risque de maladie métabolique, problèmes de reproduction, de mamelles. Donc que cette phase, a priori improductive, a en fait un impact économique non négligeable : « Les conséquences d’un mauvais tarissement peuvent vous coûter jusqu’à 350 € sur une lactation, soit 24 000 € sur un troupeau de 70 vaches », conclut Théo Kuhm.












