Campagne laitière 2016-2017
La rançon des mauvais fourrages
Campagne laitière 2016-2017
Publié le 09/02/2018
Dans un contexte économique un peu plus favorable que les campagnes précédentes, les éleveurs ont dû compenser la piètre qualité des fourrages récoltés en 2016 par une hausse de la complémentation des rations.
« Nous sommes ce que nous mangeons », affirme la primatologue Jane Goodall. Il en va de même pour les vaches laitières. Comme elles ont été privées d’une alimentation de qualité sur les six premiers mois de production suite à l’exécrable récolte fourragère de 2016, les éleveurs ont dû les soutenir à coup de complémentation des rations, ce qui a accru les coûts de production. Le contexte économique de cette campagne, lui, était plutôt bon. Au niveau national, le prix du lait est remonté. Localement, Alsace Lait, qui avait su préserver un prix du lait correct en 2016, a maintenu ses tarifs en 2017. « Ce contexte économique plus favorable explique une hausse globale de la marge des éleveurs sur cette campagne », indique Philippe Caussanel, responsable du service élevage de la Chambre d'agriculture d’Alsace. D’autant que, si le début de la campagne a été techniquement difficile, la barre a pu être redressée en deuxième partie de campagne, avec des ensilages d’herbe et de maïs corrects. Théo Kuhm, technicien élevage laitier au service élevage de la Chambre d'agriculture d’Alsace, est entré dans les détails des résultats du groupe rassemblé en réunion à Dauendorf. Sur la période du 1er octobre 2016 au 30 septembre 2017, l’effectif du troupeau a augmenté, mais la quantité de lait brute produite a diminué. Les taux ont augmenté, mais les cellules aussi. « C’est dû à des flambées de mammites dans certains élevages », explique-t-il. Il a comparé des résultats d’analyses d’ensilages d’herbe de 2016 et de 2017 (voir les graphiques), qui montrent leur différentiel de qualité. Des résultats qui confirment aussi l’importance de faucher tôt, car « cela rapporte toujours des points de MAT. » Pour le maïs ensilage, même constat, alors que celui de 2016 n’était pas très digestible, celui de 2017 était plus humide, plus digestible et plus riche en MAT. Ne pas abuser de la carotte Dans le groupe étudié, la piètre qualité des fourrages s’est traduite par une hausse de l’utilisation des concentrés de 23 g, et une augmentation du coût de la complémentation de 9 €/t. Ce n’est pas la seule conséquence de la dégradation de la qualité de l’alimentation des vaches : le niveau de vêlage des génisses a diminué de 0,6 %, conséquence d’une baisse de leur fertilité. Et celui, global, du troupeau a baissé de 0,2 %. La comparaison des résultats des élevages équipés d’un robot de traite à ceux équipés d’un système de traite traditionnelle révèle que les premiers atteignent une productivité moyenne de 10 222 litres de lait à 7 %, contre 9 000 l pour les seconds. Les cellules sont généralement mieux maîtrisées en système robot mais, pour Théo Kuhm, il s’agit plus de la conséquence des conditions de logement que des systèmes de traite. Il souligne aussi la complémentation élevée en système robot, avec 290 g de concentrés en moyenne. Qui s’explique par le fait que, dans le système de traite robotisée, les concentrés sont utilisés comme carotte pour inciter les vaches à aller se faire traire. « Mais, dans le détail des chiffres, on trouve des élevages qui ont des niveaux de productivité équivalents avec des différences de coût de complémentation de près de 30 €/1 000 l. Il y a donc moyen d’en donner moins, en adaptant les quantités au stade des vaches », conclut Théo Kuhm.












