Élevage

L’essentiel pour démarrer un atelier poules pondeuses en bio

« Si vous construisez mal votre projet, vous allez au casse-pipe »

Publié le 29/11/2017

Comment démarrer son atelier de poules pondeuses bio ? Quelles sont les difficultés auxquelles s’attendre, et quelles sont les contraintes réglementaires à respecter ? Le 6 novembre dernier, le pôle conversion bio de la Chambre d'agriculture d’Alsace et l’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace ont apporté des éléments de réponse lors d’un atelier organisé dans le cadre du Mois de la bio en Grand Est.

Parmi toutes les productions bios qui se développent aujourd’hui en France, celle de l’œuf est certainement la plus dynamique. Selon des études récentes, 49 % des consommateurs n’achètent que des œufs bios, soit plus que le lait. Et un tiers d’entre eux envisagent d’augmenter leur consommation à plus ou moins brève échéance. Des perspectives qui, chaque année, séduisent un nombre grandissant d’agriculteurs ou non, d’agriculteurs désireux de créer leur élevage biologique de volailles. En Alsace, seules 4,8 % des poules sont élevées selon ce mode de production. Un chiffre qu’Emmanuel Rieffel, chef de projet structuration aval des filières à l’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace (Opaba), tient à relativiser : « L’Alsace reste une petite région de production de volailles sur le territoire national. Nous sommes loin de la Bretagne ou des Pays de la Loire qui sont les plus gros producteurs. » Mais quelle que soit la région, les contraintes - drastiques - à respecter sont nombreuses pour quiconque souhaiterait franchir le pas de l’élevage de volaille bio. Comme le rappelle très justement Emmanuel Rieffel, « si vous construisez mal votre projet, vous allez au casse-pipe ». C’est pour éviter d’éventuelles mésaventures que la Chambre d’agriculture d’Alsace (CAA) et l’Opaba ont organisé récemment un atelier pour connaître « l’essentiel pour démarrer un atelier poules pondeuses en bio ». Étudier soigneusement son projet avant de se lancer En introduction, Emmanuel Rieffel souligne un élément important : être capable de prendre en compte l’ensemble de l’écosystème qui gravite autour de l’élevage. « Il faut par exemple réfléchir au mode de commercialisation souhaité. Pour les œufs bios, il faut savoir qu’aujourd’hui 57 % des achats se font dans les grandes surfaces, 12 % à la ferme, 10 % au marché, et 8 % en magasin bio. Ensuite, il faut s’interroger sur les possibilités de contractualisation, les différents metteurs en marché, etc. Il y a autant de niveaux d’interrogation qu’il y a de filières d’œufs bios en France. » Avant de se lancer, il conseille à chaque porteur de projet de bien connaître les finalités sur sa propre ferme : quid des possibilités techniques, économiques, écologiques et territoriales ? Quel est le partenariat proposé par le conditionneur ? « Il faut que vous sachiez ce que vous voulez faire. De la vente directe ? Un gros chiffre d’affaires ? Étudiez toutes les pistes. Est-ce que dans cinq ans par exemple, vous voudrez toujours travailler dans un petit bâtiment ? Il est vraiment essentiel de se renseigner auprès de conseillers indépendants, de faire une étude de marché, surtout pour un projet de vente directe. Il faut aussi se demander si, tôt ou tard, je pourrais alimenter mes volailles uniquement avec ce que je produis sur la ferme ? Il faut calculer son prix de revient avant de se lancer, et non pas s’arrêter à l’attrait économique de l’agriculture biologique. » L’autre point essentiel avant de se lancer dans une telle aventure est bien évidemment l’aspect réglementaire forcément important, agriculture biologique oblige. Avant de rentrer dans les détails, Sophie Delattre, chargée de mission agriculture biologique à la CAA, rappelle les grands principes de l’AB : l’interdiction de l’élevage hors sol, une autonomie alimentaire minimale et une obligation de parcours. « Il faut convertir une surface équivalente à 20 % de la ration annuelle des poules en plus du parcours », précise-t-elle. Pour 4 000 poules qui consomment chacune 41 kg d’alimentation par an, c’est une notion à « bien calculer ». Une alimentation qui doit être en théorie à 100 % bio, et issue principalement de l’exploitation. En cas d’indisponibilité en bio, il est possible de recourir à 5 % d’alimentation non bio et garantie sans OGM. « C’est une dérogation valable jusqu’à la fin de l’année. Pour le moment, on ne sait pas si elle va être reconduite », prévient Sophie Delattre. En plus de bien manger, les volailles doivent avoir accès à un parcours « facile d’accès » et abrité, et bénéficier d’une surface de 4 m2 chacune. Le bâtiment ne doit pas héberger plus de 3 000 poules et doit être éclairé au maximum pendant 16 heures afin de laisser un repos nocturne de 8 heures aux animaux. Une production « technique » et exigeante Chez José Pflieger, à Spechbach-le-Bas, les 2 000 poules bios sont hébergées dans un bâtiment divisé en deux espaces de 1 000 poules. Installé depuis 1989 et converti à la bio en 2011, José Pflieger décide d’augmenter sa production d’œufs bios en 2013 lors de l’installation de son fils Jérémy. « On voulait avoir la possibilité de proposer des œufs à nos clients tout au long de l’année. » 80 % sont écoulés en vente directe à la ferme ou sur des marchés à raison de 30 centimes par œuf, le reste est commercialisé en grandes surfaces à 26 centimes par œuf. L’alimentation des volailles est automatisée, contrairement au ramassage et au conditionnement qui se fait entièrement à la main, à raison de deux à trois heures par jour. Pour nourrir les poules, ils ont fait le choix d’acheter des rations prêtes à l’emploi plutôt que de les élaborer eux-mêmes. « C’est très compliqué à faire. On n’a pas assez de protéines. Du coup, on préfère passer acheter ce qu’il nous faut directement à la minoterie Dornier, située dans le Doubs. » Concernant l’achat des poulettes, José Pflieger conseille d’y penser au moins un an à l’avance. « C’est le temps qu’il faut à des poules pour être prêtes à pondre. » Il faut bien anticiper le moment où l’on va recevoir son nouveau lot. En effet, comme le souligne Christian Schleiffer, qui élève 9 000 volailles bios à Uhrwiller, il faut avoir des œufs quand la demande est là. « Si on prévoit son nouveau lot avant les grandes vacances, c’est mort. La vente d’œufs est basse pendant cette période. En revanche, il ne faut pas manquer des périodes comme Pâques et Noël où la consommation d’œufs est très forte. » L’éleveur bas-rhinois pratique l’agriculture biologique depuis 2014. Enfin, en partie seulement, puisque l’autre part de son activité est consacrée à l’engraissement de bovins en conventionnel. Son bâtiment est divisé en salles qui hébergent chacune 2 750 volailles environ. Ceci génère une très grosse production livrée à 95 % à un collecteur. « Nous avons un contrat de plusieurs années pendant lesquelles nous nous engageons à livrer un certain volume. » De ce fait, Christian Schleiffer a comme projet d’ajouter 6 000 volailles supplémentaires en 2018 pour répondre à la demande croissante en œufs bios. Malgré les contraintes réglementaires et les investissements consentis, il ne regrette en rien le fait de s’être lancé dans l’élevage de poules pondeuses bio. « C’est une production très technique et du coup très intéressante », témoigne-t-il. En revanche, il tient à attirer l’attention sur un élément essentiel : le vide sanitaire et le nettoyage. « Il ne faut pas les prendre à la légère. Ils nécessitent du temps et doivent être faits au bon moment. Dans notre cas, il faut dix à quatorze jours à trois pour effectuer ces opérations, entre le nettoyage intégral de tous les éléments du bâtiment et la désinfection réalisée par une entreprise spécialisée. »

Lait de chèvre bio

De belles opportunités à saisir

Publié le 28/11/2017

Dans le cadre du mois de la bio, l’Opaba, qui a vocation à structurer les filières bios sur le territoire, a organisé une rencontre dédiée à l’élevage caprin qui a rassemblé la fromagerie Monte Ziego de Teningen, en Allemagne, la laiterie du Climont de Saales, et la société Biodéal qui valorise deux sites de production en Franche-Comté. Leur point commun ? La quête de lait de chèvre bio !

« Chaque litre de lait de chèvre fermenté que nous produisons est un litre de lait de chèvre vendu », affirme Christian Haessig, de la laiterie du Climont à Saales. À quelques kilomètres de là, sur l’autre rive du Rhin, la laiterie Monte Ziego, travaille 1 Ml de lait de chèvre. « Mon objectif, c’est de passer à 10 Ml d’ici cinq ans », avance Martin Buhl. Idéalement avec du lait collecté localement. Et ce volume, qui peut sembler colossal, il ne craint pas de ne pouvoir l’obtenir. « Simplement, si ce n’est pas localement, j’irai le chercher ailleurs ». C’est aussi ce que fait, à contrecœur, la société Biodéal qui élabore des produits au lait de chèvre et de brebis en Haute-Saône, mais avec du lait qui provient majoritairement d’Aveyron. Une situation qui ne satisfait pas Adnan Jaoui, fondateur de la société. Les trois entrepreneurs, tous embarqués dans la même quête de lait de chèvre bio, avaient donc pris leur bâton de pèlerin pour prêcher tout l’intérêt de produire localement un produit destiné à être transformé par des industriels à taille - plus ou moins - humaine. Qui plus est, ils sont tous prêts à rétribuer équitablement les producteurs afin d’assurer leur approvisionnement régulier en un produit de qualité. Ils se sont retrouvés face à une assemblée constituée de… trois producteurs et le double de représentants d’organismes professionnels agricoles. Pour eux, alors que la filière laitière s’empêtre dans une crise du beurre révélatrice de ses dysfonctionnements, c’est une déception. Car même si convertir un atelier bovin en atelier caprin - ne serait-ce qu’en partie - ne se fait pas d’un coup de baguette magique, bénéficier d’un juste prix constitue l’opportunité d’envisager l’avenir plus sereinement. De l’Aveyron à la Haute-Saône À tour de rôle, ils ont présenté leur entreprise. Adnan Jaoui, ingénieur AgroParisTech, a créé une première laiterie en 2000, puis il a repris la fromagerie Roussey, à Selles, en Haute-Saône, en 2011, et a redémarré la fruitière de Lavigney en 2013. Un développement qui permet à l’entité Biodéal d’élaborer une gamme de 25 produits frais au lait de chèvre et de brebis collecté en Aveyron. En 2015, il initie une filière de lait de chèvre et de brebis bio en Franche-Comté avec le soutien de l’État et des collectivités locales. « Nous poursuivons la construction de cette filière équitable de lait bio de chèvre et de brebis. » Aujourd’hui, Biodéal travaille avec cinq producteurs locaux, plus une installation en cours et quelques porteurs de projet dans les cartons. Ces cinq producteurs échangent avec Biodéal sur la qualité du lait, les moyens de production, le prix… Mais cette phase embryonnaire engendre un certain nombre de difficultés : « Comme nous n’avons pas assez de producteurs, les volumes ne sont pas suffisants, notamment en début et en fin de lactation. » Et, toujours par manque de volume, ce sont les éleveurs qui prennent en charge la collecte. « Ils sont équipés et dédommagés pour cela », précise Adnan Jaoui. Enfin, le suivi technique nécessaire à l’amélioration de la qualité du lait fait défaut. Les livraisons actuelles ne couvrent en tout cas pas le volume transformé par Biodéal, qui s’approvisionne donc toujours en lait de chèvre dans d’autres bassins de production. Jusqu’où ira Biodéal pour localiser son approvisionnement ? Tout dépend du volume à collecter, répond Adnan Jaoui. Mais la rentabilité de la collecte a été évaluée à 90 km autour des deux laiteries. Un produit santé qui plaît Avant d’être transformateur, Christian Haessig, dirigeant de la laiterie du Climont, a mené de front les activités d’agriculteur et de transformateur, et en a vu « les atouts et les inconvénients. » Avec son épouse, ils ont choisi de se consacrer à la laiterie, qui transforme environ 600 000 l de lait, dont un tiers est valorisé en bio, même si quasiment toute la collecte est bio. Un choix assumé par Christian Haessig, qui préfère voir ses produits bien en vue au rayon traditionnel. La gamme de produits élaborés à la laiterie du Climont comprend le K-philus, un produit « santé » élaboré avec du lait fermenté, que ce soit de vache, de brebis, ou de chèvre. « C’est un marché qui se développe », constate Christian Haessig, qui est donc à l’affût de relations locales pour asseoir l’approvisionnement en lait de chèvre. D’autant que des travaux sont en cours à la laiterie : ils vont se traduire par un doublement de la surface de l’usine. Un investissement qui reflète la confiance de l’entrepreneur quant à la possibilité de « construire une filière locale, équitable, fondée sur un partenariat équilibré entre des producteurs et une unité de transformation à taille humaine ». Il ne lui reste « plus qu’à » rencontrer des producteurs prêts à nouer de telles relations commerciales… C’est le cas d’Alban Wehrle, qui est en train de monter un atelier caprin à Mackenheim. Dans 500 m2, il accueillera 120 chèvres de race alpine, dont le lait sera intégralement livré à la laiterie du Climont. Pour l’instant, la laiterie transforme 2 000 l de lait de brebis et environ 500 l de lait de chèvre par semaine, en provenance d’un unique producteur vosgien. Et ce sont encore les producteurs qui assurent la collecte et la livraison. « Mais nous sommes en train de nous équiper pour collecter à la fois du lait de vache, de brebis, et de chèvre », indique Christian Haessig. Un marché et un outil propres à générer une filière Avec la laiterie Monte Ziego, on reste dans la même division, par rapport aux géants de l’industrie laitière, mais on change tout de même de catégorie : « Nous travaillons avec quinze fournisseurs de lait de chèvre, et nous transformons 1 Ml de lait chèvre par an. Mais dans cinq ans, nous voulons passer à 10 Ml de lait », avance Martin Buhl, dirigeant de la laiterie. Qui plus est, du lait certifié Demeter. Un objectif qui peut sembler utopique, voire carrément irréalisable. Mais Martin Buhl est on ne peut plus sérieux : « Notre activité principale est la laiterie. Mais nous y avons adossé une unité de déshydratation de lait qui permet de fabriquer du lait de chèvre en poudre. » Un investissement de 20 M€ qui permet d’écrêter les pics de production estivaux. En effet, la production de lait de chèvre est fluctuante. Or la fromagerie écoule surtout sa production via la grande distribution, qui a une demande plus forte vers Noël et Pâques. Donc, pour avoir assez de lait à ces périodes, la laiterie a besoin de s’assurer un certain volume d’approvisionnement qui engendre une surproduction en été. Il fallait trouver un moyen de valoriser le surplus estival. À cela s’ajoute un contexte réglementaire favorable. Depuis 2015, les fabricants d’aliments infantiles sont autorisés à intégrer de la poudre de lait de chèvre dans leur recette. Un ingrédient qui intéresse au plus haut point le fabricant Holle, une référence en matière d’alimentation infantile bio. Il y a donc un nouveau marché à saisir. Pour amortir l’unité de déshydratation, Monte Ziego cherche de nouveaux producteurs, prioritairement en Alsace, en Forêt-Noire et dans les Vosges, afin de maîtriser le coût de la collecte. Tous les producteurs actuels sont certifiés Demeter, les nouveaux devront l’être aussi. La laiterie propose un suivi technique poussé à ses fournisseurs. Pour Martin Buhl, le modèle économique qu’il défend représente une opportunité de dynamiser la production laitière en moyenne et haute montagne. Car, pour lui, l’avenir de l’agriculture rhénane ne se construira pas au niveau mondial, mais local, avec une agriculture à haute valeur ajoutée. « Cet outil, c’est un instrument de développement d’une filière locale qu’il faut savoir bien utiliser, estime Martin Buhl. Tous les collecteurs de lait de chèvre sont confrontés à la surproduction estivale. Nnotre projet peut intéresser des collègues. » Un appel du pied visiblement entendu : « Il doit être possible de trouver des synergies entre des opérateurs qui ne sont pas des concurrents mais des partenaires », estime Adnan Jaoui.

Publié le 18/11/2017

Le sixième concours de produits laitiers fermiers de l’Est a eu lieu le 3 octobre dernier à Ramonchamp, dans les Vosges. Près de 200 produits étaient soumis au jury. Une quinzaine de producteurs alsaciens figurent au palmarès.

Fromages de vache, de chèvre, de brebis, yaourts à la rhubarbe… 192 produits ont été soumis au jury du concours de produits laitiers fermiers de l’Est le 3 octobre dernier. Pour sa sixième édition, le concours a eu lieu à Ramonchamp, une petite commune du département des Vosges. Il était organisé par l’Association des producteurs de munster fermier (APMF), la Chambre d’agriculture des Vosges, l’Association pour l’appui aux producteurs de munster fermier et autres produits laitiers fermiers de la montagne vosgienne (AMF) et la Maison familiale rurale de Ramonchamp. 52 fermes des Vosges, de Haute-Saône, du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, de la Meuse et du Territoire de Belfort ont participé à cette édition. Pour être admis à concourir, les produits devaient provenir d’ateliers transformant du lait cru et respectant la réglementation en vigueur. Cette année, le jury était présidé par Marie de Metz Noblat, gérante de l’Épicerie du goût à Nancy, et auteure d’un livre consacré à 20 fromages AOP, Fromages & Cie. Les jurés ont eu fort à faire pour départager les produits en lice. Des experts, des consommateurs, des crémiers, des restaurateurs et des élèves de la Maison familiale rurale ont participé à la sélection, l’objectif étant de confronter les jugements des professionnels et des amateurs.

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