Unicoolait
Prix du lait : encore insuffisant en 2017
Unicoolait
Publié le 20/04/2018
Réunis en assemblée générale le 13 avril à Rahling, en Moselle, les adhérents d’Unicoolait ont dressé le bilan d’une année laitière 2017 en demi-teinte. Si le prix du lait s’est redressé, il reste beaucoup à faire pour rééquilibrer les relations entre producteurs, industriels et grande distribution.
« Le bilan de l’année 2017 est mitigé : un prix du lait à la ferme en amélioration mais pas suffisant pour balayer les conséquences de la crise de 2016, qui restent bien présentes dans nos fermes », a exposé Jean-Luc Jacobi, président d’Unicoolait, aux adhérents réunis pour l’assemblée générale de la coopérative, le 13 avril à Rahling. La conjoncture laitière est compliquée, ajoute-t-il. « Pour apaiser nos revendications, on nous parle de l’augmentation des volumes de lait produits, de stocks importants de poudre de lait au niveau européen et des relations difficiles avec la grande distribution ». Des arguments qui ne convainquent que partiellement le président de la coopérative laitière, persuadé qu’avec une population mondiale qui augmente, la surproduction laitière n’est pas un risque. « Nous voulons y croire » Les producteurs laitiers peuvent-ils au moins espérer une amélioration de leur revenu suite aux États généraux de l’alimentation ? Organisés en 2017 à l’initiative du chef de l’État, ils avaient pour objectif de mieux répartir la valeur ajoutée dans les filières agroalimentaires. Pour l’instant, les 300 producteurs d’Unicoolait en attendent toujours le résultat sur leur paie de lait. « Pourtant, nous voulons y croire, 50 % de la production laitière française est transformée en produits de grande consommation pour la France. Alors, sécuriser la moitié de notre prix du lait serait déjà une grande avancée », estime Jean-Luc Jacobi, favorable à une loi soutenant les producteurs face à la grande distribution. En juillet 2017, suite à la crise du beurre, ces mêmes distributeurs ont accepté d’augmenter les prix des MDD (marques de distributeurs) et les premiers prix, mais pas ceux des produits sous marque qui représentent 50 % du marché, regrette le président. Dans ces conditions, les industriels ont préféré exporter leur beurre plutôt que d’approvisionner le marché national, où les prix étaient moins attractifs. « Quand ce n’est pas la guerre des prix entre les enseignes de la grande distribution, c’est la guerre des tranchées entre les industriels et la grande distribution, déplore Jean-Luc Jacobi. En bout de course, ce sont toujours les mêmes qui trinquent, les producteurs. » Directeur des achats lait chez Lactalis, Serge Moly confirme que les négociations commerciales qui ont eu lieu fin 2017 avec les grandes enseignes ont été décevantes. Les demandes d’augmentation tarifaire n’ont été « que partiellement entendues ». Et l’annonce d’une nouvelle alliance entre Auchan, Système U et Casino, représentant 34 % de parts de marché, augure mal des prochaines négociations. Jusqu’où se différencier ? Un autre facteur d’inquiétude est le recul de la consommation de produits laitiers en France : - 3,9 % de volume pour le lait de consommation, - 1,6 % pour la matière grasse, - 1 % pour la crème et - 2,7 % pour l’ultra-frais. « Seuls les fromages se maintiennent, constate Jean-Luc Jacobi. Le Cniel, avec l’appui de nos cotisations, a du pain sur la planche pour inverser la courbe. » La segmentation du marché apparaît comme une réponse possible pour stimuler la consommation. « La grande distribution est très friande de ce genre de démarche : lait durable, équitable, sans OGM, de pâturage, etc. » Un certain nombre d’entreprises laitières se sont adaptées à cette demande en incitant les producteurs à respecter des cahiers des charges spécifiques. Lactalis, à qui Unicoolait livre la collecte de ses adhérents, y réfléchit. Les laits AOP, le lait bio et les laits de chèvre et de brebis sont une première piste de différenciation, précise Serge Moly. La production de lait sans OGM, à destination du marché allemand, est en cours d’évaluation par l’industriel. Ces démarches représentent « un investissement pour chaque maillon » de la filière, souligne Serge Moly, qui estime qu’à terme, l’ensemble des laits segmentés pourrait représenter 20 % de la collecte totale de Lactalis, soit 1 milliard de litres. Un rien désabusé, Jean-Luc Jacobi se demande : « Où s’arrêtera le niveau des exigences requises pour commercialiser son lait demain ? » Dans la majorité des cas, ajoute-t-il, les producteurs doivent « jongler avec leurs coûts de production pour y trouver un intérêt économique ». Lait bio : pas un produit d’appel En 2017, Unicoolait a collecté près de 25 millions de litres (Ml) de lait bio (sur un total de 147,5 Ml), auprès d’une soixantaine d’exploitations. Cette année, quatre nouveaux élevages vont bénéficier de la mention bio, ce qui devrait porter la collecte à 30 Ml, indique Véronique Klein, vice-présidente d’Unicoolait. D’autres éleveurs vont démarrer leur conversion ce printemps. Le lait bio attire toujours plus de consommateurs, constate Véronique Klein qui se réjouit de ce contexte porteur. Tout en confirmant l’intérêt de Lactalis pour ce marché, Serge Moly appelle à un « développement raisonné, en veillant à ce que les distributeurs ne fassent pas du bio un produit d’appel ». Dans cet esprit, Lactalis privilégiera la notoriété de sa marque, Lactel bio, aux dépens des marques de distributeurs.












