Élevage

Galette du berger

Les éleveurs ovins innovent

Publié le 11/05/2018

Samedi soir, les éleveurs ovins régaleront les visiteurs avec des burgers de mouton. Les fameuses « galettes du berger » ont été lancées officiellement dans la restauration scolaire il y a quelques semaines.

Pour promouvoir la consommation de viande ovine locale auprès des jeunes consommateurs, l’association Agneau Terroir d’Alsace a lancé un nouveau produit : la galette du berger, une préparation de viande ovine hachée, moulée en forme de mouton. Les collégiens de Niederbronn-les-Bains en ont eu la primeur, récemment. Stéphane Huchot, président de l’association Agneau Terroir d’Alsace, prévient : ce produit ne sortira pas sur le marché et ne sera pas non plus proposé régulièrement aux établissements scolaires. Car même en ayant réduit la taille de la galette de 140 à 80 g, le coût de fabrication reste trop élevé par rapport à ce que les établissements scolaires peuvent dépenser par élève et par repas. Pour Stéphane Huchot, cette opération de lancement était en tout cas une réussite, puisqu’elle a permis de faire déguster de la viande ovine aux enfants, « qui sont les consommateurs de demain ». Elle sera reconduite au mois de juin : la galette du berger sera proposée à 90 collèges, qui la serviront sur la base du volontariat. Samedi soir à Brumath, ce sera au tour des éleveurs et de leurs hôtes de découvrir la galette du berger. Dimanche, les éleveurs ovins proposeront leurs traditionnelles tranches de gigot d’agneau.

Publié le 10/05/2018

Coup de tonnerre dans la communauté des éleveurs du Grand Est. Le salon Cœur d’élevage, qui devait se tenir du 21 au 23 juin prochain au Parc des expositions de Colmar, a dû être annulé par les organisateurs, faute de participants, de financement, mais aussi d’organisation et d’entente entre les professionnels.

Le président de la Chambre d'agriculture d'Alsace, Laurent Wendlinger, est le premier à regretter cette annulation. « Le projet était ambitieux et devait prendre la suite d’Eurogénétique. Une des complexités de cette manifestation semble précisément être son ampleur. Tous les partenaires économiques et financiers ne sont visiblement pas prêts à s’inscrire dans un projet aussi important. Et le lien n’a peut-être pas été fait suffisamment avec la manifestation spinalienne. » Laurent Wendinger poursuit : « Le parc-expo de Colmar voulait un équilibre financier. Il n’a pas pu être trouvé dans l’immédiat. Un second point important semble avoir posé problème, l’aspect sanitaire. Les normes à respecter sont toujours plus contraignantes. Or il était question d’une manifestation internationale, avec des éleveurs venus de Suisse et d’Allemagne, notamment. Sans cette large vision, Cœur d’Élevage n’aurait pas eu la même dynamique. Pour ma part, je pense toujours qu’il y a de la place pour une manifestation d’élevage d’envergure dans le Grand Est. Nous avons pu en avoir un superbe exemple en 2016 avec la confrontation européenne à Colmar qui a été une belle réussite. Reste à savoir si les gens seront capables de se remobiliser à l’avenir. Et surtout, les partenaires sont-ils prêts à mettre des moyens financiers importants ? Cette année, cela n’a, semble-t-il, pas été le cas. » « Le lieu était idéal » « Le lieu était idéal : de belles infrastructures, plus adaptées que le Parc des expositions d’Épinal où se déroulait le salon Eurogénétique. Mais apparemment, les sponsors et les exposants n’ont pas répondu présent, ou du moins pas suffisamment vite », estime un responsable professionnel bas-rhinois. Trop d’individualisme, pas assez de collectif, telle serait l’une des raisons de cet échec. « L’équipe organisatrice était trop restreinte pour prendre en charge une telle organisation. » « Les organisateurs ne voulaient que des éleveurs dans le comité d’organisation. Mais pour une manifestation de cette taille, il faut s’entourer de toutes les compétences, car c’est un travail titanesque. » Une autre remarque va dans le même sens : « On ne peut pas critiquer la Chambre d’agriculture et réclamer ensuite son soutien. » Une manifestation de trop, en plus de Brumath et de Habsheim ? « Non, car le public visé n’était pas le même. C’était une manifestation à vocation internationale », indique un président de syndicat. Mais les nouvelles contraintes sanitaires (quarantaine) imposées récemment à la participation des animaux étrangers suite à la résurgence de la FCO ont porté le coup de grâce à ces ambitions. « Très peu d’éleveurs étrangers auraient fait le déplacement. » Un autre professionnel précise toutefois : « Il convient d’être prudent sur l’attrait que peut avoir un tel salon sur les éleveurs allemands et autrichiens. On ne peut pas se baser sur le succès de la Confrontation européenne prim’holstein qui reste un événement unique et qui est une affaire de passionnés. » « L’Alsace n’est pas une terre d’élevage » Plusieurs responsables du monde de l’élevage insistent sur le fait que l’Alsace n’est pas une région d’élevage. « Nous n’aurons jamais le même potentiel que l’Ouest (Space) ou le Massif Central (Sommet de l’élevage) pour organiser une manifestation d’élevage. Il y a plus d’éleveurs dans un département breton que dans toute la région Grand Est ! Eurogénétique, c’était 15 000 entrées payantes, là où le Sommet de l’élevage de Cournon en fait 100 000… » Non seulement il y a peu d’éleveurs, mais « tous les acteurs qui gravitent autour du monde de l’élevage (insémination, alimentation, machinisme…) ont beaucoup moins de moyens à déployer qu’en Bretagne par exemple ». De fait, de gros constructeurs ne se sont pas engagés à soutenir la manifestation car ils sont déjà présents au Space, avec une visibilité et une rentabilité garanties. Ce qui n’était pas forcément le cas de Cœur d’élevage. « Pour moi, c’est la chronique d’un désastre annoncé, affirme un technicien. C’est dommage, car c’était une belle vitrine pour l’élevage de la région ! » « Du coup, il manque un grand concours dans l’Est de la France », renchérit un président de syndicat. Pour autant, il ne faut pas baisser les bras et profiter de cette année de pause pour rebondir, mettre en place une organisation plus efficace, s’accordent à dire les personnes interrogées. Les départements du Grand Est invités à Habsheim De son côté, Sébastien Stoessel, président du service élevage de la Chambre d'agriculture, regrette, « comme l’ensemble des professionnels haut-rhinois », l’annulation de la manifestation. « Je ne vais pas revenir sur les conditions qui ont conduit à cette décision. Politiquement, et j’ose l’affirmer, certains n’ont sans doute pas voulu que cela se fasse en Alsace, à Colmar, dans la configuration proposée par Thomas Prinz. Résultat, nous n’avons pas d’événement majeur dans le Grand Est. C’est dommage, et d’autant plus regrettable que cela a cassé une dynamique chez les éleveurs. Car il s’agissait bien d’un projet porté par et pour les éleveurs, adossés à une structure privée. Malheureusement, cette dernière, pour diverses raisons, a pris la décision d’annuler la manifestation. » Une bonne nouvelle, toutefois : « Avec David Butsch et Jean-Philippe Meyer, les présidents des syndicats holstein et montbéliard, nous avons pris la décision, pour l’édition 2018 du concours de Habsheim, d’inviter les départements du Grand Est, à raison de cinq animaux holstein par département. Et pour 2019, d’organiser un concours montbéliard interdépartemental, annonce Sébastien Stoessel. Nous le faisons pour garder une dynamique alsacienne forte, malgré ce revers. Mais aussi par respect pour le temps passé par Thomas Prinz, Franck Guittard et l’ensemble de l’équipe. »

Sur le marché du lait

Se différencier par tous les moyens

Publié le 09/05/2018

Lait de prairie, lait sans OGM, lait équitable… Partout en Europe, les démarches de différenciation se multiplient sur le marché des produits laitiers. Mais quel est le positionnement de ces produits, face au lait bio et au lait conventionnel ? Benoît Royer, porte-parole du Cniel, a donné quelques pistes de réflexion lors de la récente assemblée générale d’Alsace Lait.

Imprévisible. C’est ainsi que Benoît Rouyer, de l’interprofession laitière, caractérise l’environnement dans lequel évolue le marché laitier. Plusieurs événements survenus ces dernières années viennent étayer cette affirmation : la baisse brutale des achats chinois de poudre de lait, l’embargo russe qui a entraîné une pléthore de produits frais sur le marché européen, etc. Dernier en date, « la réhabilitation du beurre ». En Nouvelle-Zélande, la production de lait diminue, sous le coup de la sécheresse de décembre 2017. Sur les trois derniers mois, la baisse des volumes a atteint 3,3 % et la principale coopérative néozélandaise, Fonterra, s’attend à un recul de 3 % sur l’ensemble de la campagne laitière qui s’achève en juillet. En ce début d’année 2018, la production française est inférieure à celle de 2016, et même de 2017, en raison d’une mise à l’herbe tardive dans l’Ouest. La tendance est la même en Allemagne et en Autriche. Sans parler de l’Irlande qui a « les pieds dans l’eau ». Depuis janvier 2018, le cours de la matière grasse repart à la hausse. Mais le grand facteur d’inquiétude vient de la valorisation de la poudre de lait, dont le cours est inférieur de 400 €/t au seuil d’intervention. Concernant les prix de vente au consommateur, le beurre décolle, mais les autres produits connaissent une hausse modérée. Le prix payé au producteur pour le lait conventionnel est en moyenne de 323 € en France. La demande intérieure est forte, mais les prix sont faussés par les stocks d’intervention de poudre de lait. « Pour que les mouches changent d’âne, il faudrait écouler les stocks par des adjudications massives. » Un point positif, les exportations françaises et européennes sont particulièrement dynamiques. Quelles sont les perspectives pour 2018 ? Le profil contrasté entre la matière grasse et la protéine laitière persistera. Ce qui est plus difficile à évaluer, c’est l’impact des États généraux de l’alimentation et du plan de filière ou de la sortie des stocks d’intervention. « L’histoire est en train de s’écrire, avec pas mal d’incertitudes. » Après la globalisation, la différenciation Pour créer de la valeur, les industriels laitiers explorent plusieurs pistes. En France, on connaissait les signes officiels de qualité - ils représentent 15 % de la production nationale. Désormais, voici l’ère des démarches de différentiation privées : territoriales, solidaires, nutritionnelles, proximité du consommateur, lait de pâturage, sans OGM, et j’en passe… Benoît Rouyer cite l’exemple de Bleu Blanc Cœur, une démarche d’amélioration de la teneur nutritionnelle en Oméga 3 de l’alimentation. « Mais elle ne connaît pas un développement très soutenu. » Dans d’autres pays, comme la Grande Bretagne, la Nouvelle-Zélande ou la Chine, on voit apparaître une nouvelle tendance, le lait A2. Elle s’appuie sur la sélection génétique, qui met l’accent sur les taureaux porteurs du gène A2. Ce gène sous forme homozygote (A2A2) conduit la vache à produire un lait contenant une grande quantité de protéines caséine bêta de type A2. Ce lait, communément appelé lait A2, causerait moins d’effets indésirables, sinon pas du tout, aux personnes souffrant d’une intolérance aux produits laitiers ou d’une intolérance au lactose. Les démarches de différenciation privées se multiplient en France : « Vachement Normand », « Le lait de ma région », « C’est qui le patron ! », etc. Chez nos voisins européens, le lait sans OGM fait fureur. « Depuis 2011, 100 % du lait produit en Autriche est sans-OGM. » Cette démarche « ohne Gentechnik » a essaimé en Allemagne du Sud et, sous l’impulsion de distributeurs comme Lidl, Aldi ou Rewe, s’est rapidement propagée dans tout le pays, aboutissant dès 2010 à la création d’un organisme de contrôle, le VLOG (Verband Lebensmittel ohne Gentechnik). « Le lait sans OGM représente 39 % des volumes collectés outre-Rhin. Soit treize fois plus que le bio qui arrive péniblement à 3 %. » Le prix du lait sans OGM est très corrélé à celui du lait conventionnel, même s’il est légèrement supérieur, indique Benoît Rouyer. Dans toute l'Europe, on assiste au développement du lait de pâturage. Aux Pays-Bas, sous l’impulsion d'une association animalière, les principaux transformateurs sont aujourd’hui engouffrés sur le créneau du « Weidemelk », et la production concerne 78 % des exploitations. La France s’engage progressivement sur ce terrain. Si Alsace Lait a pris les devants, un cahier des charges est à l’étude au niveau national. D’autres initiatives, plus inattendues, voient le jour, comme le gouda au lait de jersiaise ou le lait d’exploitations sans glyphosates. Se pose cependant le problème du positionnement de ces différentes démarches. Le consommateur ne risque-t-il pas de se détourner du lait bio pour privilégier le lait de prairie ? Au Danemark, la coopérative Arlafood a pris les devants en introduisant une hiérarchisation de la production. Au sommet de la pyramide, le lait bio à l’herbe. Viennent ensuite le lait bio, le lait de pâturage, puis le lait sans OGM qui forme la base de la pyramide. Affaire à suivre…

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