Élevage

Sur le marché du lait

Se différencier par tous les moyens

Publié le 09/05/2018

Lait de prairie, lait sans OGM, lait équitable… Partout en Europe, les démarches de différenciation se multiplient sur le marché des produits laitiers. Mais quel est le positionnement de ces produits, face au lait bio et au lait conventionnel ? Benoît Royer, porte-parole du Cniel, a donné quelques pistes de réflexion lors de la récente assemblée générale d’Alsace Lait.

Imprévisible. C’est ainsi que Benoît Rouyer, de l’interprofession laitière, caractérise l’environnement dans lequel évolue le marché laitier. Plusieurs événements survenus ces dernières années viennent étayer cette affirmation : la baisse brutale des achats chinois de poudre de lait, l’embargo russe qui a entraîné une pléthore de produits frais sur le marché européen, etc. Dernier en date, « la réhabilitation du beurre ». En Nouvelle-Zélande, la production de lait diminue, sous le coup de la sécheresse de décembre 2017. Sur les trois derniers mois, la baisse des volumes a atteint 3,3 % et la principale coopérative néozélandaise, Fonterra, s’attend à un recul de 3 % sur l’ensemble de la campagne laitière qui s’achève en juillet. En ce début d’année 2018, la production française est inférieure à celle de 2016, et même de 2017, en raison d’une mise à l’herbe tardive dans l’Ouest. La tendance est la même en Allemagne et en Autriche. Sans parler de l’Irlande qui a « les pieds dans l’eau ». Depuis janvier 2018, le cours de la matière grasse repart à la hausse. Mais le grand facteur d’inquiétude vient de la valorisation de la poudre de lait, dont le cours est inférieur de 400 €/t au seuil d’intervention. Concernant les prix de vente au consommateur, le beurre décolle, mais les autres produits connaissent une hausse modérée. Le prix payé au producteur pour le lait conventionnel est en moyenne de 323 € en France. La demande intérieure est forte, mais les prix sont faussés par les stocks d’intervention de poudre de lait. « Pour que les mouches changent d’âne, il faudrait écouler les stocks par des adjudications massives. » Un point positif, les exportations françaises et européennes sont particulièrement dynamiques. Quelles sont les perspectives pour 2018 ? Le profil contrasté entre la matière grasse et la protéine laitière persistera. Ce qui est plus difficile à évaluer, c’est l’impact des États généraux de l’alimentation et du plan de filière ou de la sortie des stocks d’intervention. « L’histoire est en train de s’écrire, avec pas mal d’incertitudes. » Après la globalisation, la différenciation Pour créer de la valeur, les industriels laitiers explorent plusieurs pistes. En France, on connaissait les signes officiels de qualité - ils représentent 15 % de la production nationale. Désormais, voici l’ère des démarches de différentiation privées : territoriales, solidaires, nutritionnelles, proximité du consommateur, lait de pâturage, sans OGM, et j’en passe… Benoît Rouyer cite l’exemple de Bleu Blanc Cœur, une démarche d’amélioration de la teneur nutritionnelle en Oméga 3 de l’alimentation. « Mais elle ne connaît pas un développement très soutenu. » Dans d’autres pays, comme la Grande Bretagne, la Nouvelle-Zélande ou la Chine, on voit apparaître une nouvelle tendance, le lait A2. Elle s’appuie sur la sélection génétique, qui met l’accent sur les taureaux porteurs du gène A2. Ce gène sous forme homozygote (A2A2) conduit la vache à produire un lait contenant une grande quantité de protéines caséine bêta de type A2. Ce lait, communément appelé lait A2, causerait moins d’effets indésirables, sinon pas du tout, aux personnes souffrant d’une intolérance aux produits laitiers ou d’une intolérance au lactose. Les démarches de différenciation privées se multiplient en France : « Vachement Normand », « Le lait de ma région », « C’est qui le patron ! », etc. Chez nos voisins européens, le lait sans OGM fait fureur. « Depuis 2011, 100 % du lait produit en Autriche est sans-OGM. » Cette démarche « ohne Gentechnik » a essaimé en Allemagne du Sud et, sous l’impulsion de distributeurs comme Lidl, Aldi ou Rewe, s’est rapidement propagée dans tout le pays, aboutissant dès 2010 à la création d’un organisme de contrôle, le VLOG (Verband Lebensmittel ohne Gentechnik). « Le lait sans OGM représente 39 % des volumes collectés outre-Rhin. Soit treize fois plus que le bio qui arrive péniblement à 3 %. » Le prix du lait sans OGM est très corrélé à celui du lait conventionnel, même s’il est légèrement supérieur, indique Benoît Rouyer. Dans toute l'Europe, on assiste au développement du lait de pâturage. Aux Pays-Bas, sous l’impulsion d'une association animalière, les principaux transformateurs sont aujourd’hui engouffrés sur le créneau du « Weidemelk », et la production concerne 78 % des exploitations. La France s’engage progressivement sur ce terrain. Si Alsace Lait a pris les devants, un cahier des charges est à l’étude au niveau national. D’autres initiatives, plus inattendues, voient le jour, comme le gouda au lait de jersiaise ou le lait d’exploitations sans glyphosates. Se pose cependant le problème du positionnement de ces différentes démarches. Le consommateur ne risque-t-il pas de se détourner du lait bio pour privilégier le lait de prairie ? Au Danemark, la coopérative Arlafood a pris les devants en introduisant une hiérarchisation de la production. Au sommet de la pyramide, le lait bio à l’herbe. Viennent ensuite le lait bio, le lait de pâturage, puis le lait sans OGM qui forme la base de la pyramide. Affaire à suivre…

Michel Debes, président d’Alsace Lait

« Il y a surchauffe sur le marché de la crème ! »

Publié le 27/04/2018

Lors de l’assemblée générale d’Alsace Lait, le président Michel Debes s’est livré à une analyse du marché du lait français et européen. Le directeur général, Frédéric Madon, s’est montré, quant à lui, très caustique sur l’avenir de l’industrie agroalimentaire française, et de l’industrie laitière en particulier.

« Que reste-t-il de la Pac, un des piliers de l’Union européenne ? Pour le lait, il n’y a plus aucune intervention directe pour soutenir les marchés », constate Michel Debes. L’an dernier, l’Union européenne (UE) avait ouvert l’intervention publique dans le secteur du lait écrémé en poudre, au prix de 1 650 € la tonne. Le marché mondial étant structurellement excédentaire, elle rencontre de réelles difficultés à écouler ces stocks qui s’élèvent à 370 000 t et qui pèsent aujourd’hui sur les marchés, avec des incidences négatives sur les prix des produits laitiers. Afin d’éviter une chute des prix, et donc une aggravation du revenu des agriculteurs, la Commission a proposé, et le Conseil a décidé, de renoncer à l’achat automatique de lait écrémé en poudre, en fixant la limite quantitative à zéro tonne pour 2018. Les achats à prix fixe ne seront donc pas activés automatiquement. Toutefois, le filet de sécurité fonctionnera toujours, dans la mesure où l’UE pourra continuer à acheter du lait écrémé en poudre par adjudication et décider, au cas par cas, quelle quantité acheter et à quel niveau de prix. Récemment, l’UE a mis sur le marché 80 000 t de poudre de lait. Elle en a vendu 27 000 t, mais au prix de 1 050 €, car la qualité de cette poudre est en train de se dégrader. « Nous avons proposé, en partenariat avec nos collègues allemands, que les stocks restants soient destinés à l’alimentation animale. Mais vu l’état de ses finances, l’UE n’a pas donné suite à notre proposition », déplore Michel Debes. Heureusement, le cours de la matière grasse reste très élevé. Sur les vingt dernières années, le prix moyen du beurre était de 3 500 €/t. Or le prix a frôlé les 6 000 € ce printemps. « Il y a surchauffe sur le marché de la crème ! » Le contraste entre le marché de la poudre de lait et du beurre risque fort de perdurer… L’Irlandais Kerrigold - n° 1 du beurre de marque en Allemagne - collectait jusqu’à présent 600 à 900 millions de litres de lait. Il s’était fixé pour objectif d’augmenter sa production à 1,4 million de litres. Mais, souligne Michel Debes, la production laitière irlandaise est très dépendante du climat : elle a considérablement chuté durant cet hiver, particulièrement froid et humide. Résultat, la collecte a baissé de 25 % et il manquait à Kerrigold 25 millions de litres de lait par semaine. Pour respecter ses engagements, l’industriel a dû acheter de grandes quantités de crème et de beurre sur le marché. Un nouveau danger guette les producteurs européens : les négociations commerciales avec l’Océanie vont commencer. Le président Emmanuel Macron a déjà donné son feu vert à l’ouverture des discussions. « Le danger vient de la Nouvelle-Zélande qui, avec 4 millions d’habitants, représente 32 % du marché mondial du lait. » À comparer avec l’UE, qui représente 34 % de ce marché pour 500 millions d’habitants. « La principale coopérative néo-zélandaise, Fonterra, est en capacité d’augmenter sa collecte de 30 %. Et elle s’intéresse fortement à l’UE, un marché solvable. » « Il manque une vision d’avenir » « Nous vivons dans un marché globalisé, de plus en plus sensible à la hausse comme à la baisse. Il manque une vision d’avenir, pour les exploitations comme pour les entreprises, insiste le président d’Alsace Lait. De fait, nous sommes constamment ballottés entre les marchés, les spéculateurs et le climat. Et ne parlons pas des négociations avec la grande distribution… » Pourtant, les États généraux de l’alimentation avaient conclu qu’il fallait arriver à une meilleure répartition de la valeur ajoutée au sein de la filière, partir du prix de revient du producteur pour fixer le prix du produit et trouver un accord avec la grande distribution pour mieux rémunérer le producteur. Les négociations commerciales en cours, plus dévastatrices que jamais, prouvent, si besoin était, qu’il s’agit d’un vaste « marché de dupes ». Et la volonté des groupes Casino et Auchan de construire un « partenariat stratégique mondial pour leurs achats » risque encore d’aviver les tensions entre industriels et distributeurs. Cette centrale d’achat géante, à laquelle Système U a décidé de s’associer, aura pour mission de négocier pour le compte des enseignes participantes les conditions d’achat auprès de leurs grands fournisseurs internationaux. Elle représentera 32 % du marché des produits alimentaires en France. Un rapport de force disproportionné Frédéric Madon, directeur général d’Alsace Lait, enfonce le clou. « La filière agroalimentaire française est confrontée à un rapport de force disproportionné. D’un côté, 17 647 entreprises transforment 70 % de la production agricole française. De l’autre, quatre centrales d’achat se disputent 92 % du marché. » Les tractations en cours ne risquent guère d’arranger la situation… L’industrie agroalimentaire est le premier secteur industriel de notre pays, avec 180 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 429 000 emplois. Pourtant, elle est complètement ignorée par les hommes politiques, s’insurge Frédéric Madon. « Le challenge, c’est de dynamiser l’export qui ne représente que 21 % du chiffre d’affaires global, contre 36 % pour l’ensemble de l’industrie. » C’est aussi un secteur très fragile : les prix ont reculé de 4 % entre 2014 et 2017. Une destruction de valeur qui représente 4 milliards d’euros ! « On la retrouve dans l’écrasement de nos marges, chez les producteurs comme chez les transformateurs. » La part de la matière première représente 55 % du coût du produit, contre 36 % dans l’industrie en général. « La grande distribution reste fermée à toute forme d’augmentation liée à la hausse de la matière première, ce qui entraîne une nouvelle dégradation des marges. » La guerre des prix et des promotions, les périodes de déflation systématiques contribuent elles aussi à cette dégradation. « Nous sommes bien loin des belles promesses des États généraux de l’alimentation et des engagements de l’État sur le rééquilibrage des marges. » Des produits de plus en plus segmentants Entre explosion du cours du beurre et effondrement du cours du lait écrémé, les perspectives de prix sur six et douze mois ne sont guère encourageantes dans le secteur laitier, a indiqué Frédéric Madon. « Cet effet ciseau est très préjudiciable. » À cela s’ajoute la crise du lait infantile, suite à l’affaire Lactalis. Les volumes de lait qui étaient auparavant transformés par l’usine de Craon, en Mayenne, se sont retrouvés sur les marchés spot, ce qui a exacerbé les tensions. D’autres facteurs, plus structurels, alimentent la crise. La consommation française de produits laitiers est en baisse constante, entraînant une surcapacité de production de produits ultra-frais - il faudrait fermer l’équivalent d’une usine de 500 000 t pour rééquilibrer le marché. Et l’inflation des prix des intrants - emballages plastiques, cartons, fruits, arômes - n’arrange rien. La demande est elle aussi en train d’évoluer. « Les produits sont de plus en plus segmentants », générant des contraintes supplémentaires, pour la production comme pour la collecte et la transformation : lait sans OGM, lait de prairie, lait équitable, etc. « Cela va à l’encontre de la nécessité de compétitivité. » Frédéric Madon s’inquiète en outre de l’apparition de nouveaux acteurs. Le groupe laitier américain Schreiber a racheté une usine dans l’est de la France et s’apprête à devenir, dès 2019, le fournisseur exclusif de lait produit en France pour la fabrication des produits à marque U, sonnant le glas du partenariat avec les précédents fournisseurs, comme Eurial. Dans le même temps, des groupes industriels fromagers comme Bel se diversifient dans les produits frais. Et comme si cela ne suffisait pas, on assiste à l’émergence de nouvelles offres de produits végétaux. « Voilà qui promet une belle bagarre ! »

Publié le 27/04/2018

Une dizaine d’éleveurs de montbéliardes du Bas-Rhin ont participé à l’assemblée générale de leur syndicat en présence de Cédric Fourcade, de l’Organisme de sélection de la race montbéliarde, de Luc Voidey, directeur technique d’Élitest, de Céline Zuber, du GDS Alsace, et de plusieurs techniciens.

L’année 2017 s’est caractérisée par une baisse des performances des ateliers laitiers, induite par la médiocrité du fourrage, l’augmentation des coûts de production, et un prix du lait qui reste médiocre. À cela s’est ajoutée la fin de la manifestation Eurogénétique, le dénigrement du monde agricole, et des soucis en matière de vaccination, a décrit Jean-Marie Schoenel, le président du syndicat. La trésorière, Anne Reinhardt, a présenté un budget en équilibre, avec un confortable excédent. FCO : rester vigilant Un technicien d’Élitest a donné des informations relatives à la pose d’embryons. Il rappelle qu’il existe un contrat pour la mise en place d’embryons sexés. La préparation et la gestion des receveurs auront lieu lors de la journée des montbéliardes du 14 mars à Breuvannes en Bassigny (52). Cédric Fourcade, de l’Organisme de sélection de la race montbéliarde, a abordé bon nombre de dossiers : aptitude bouchère, valorisation de la viande, révision des ISU, veau de boucherie… Il a notamment rappelé que, depuis août 2017, les caractéristiques des jeunes bovins sont calculées à partir des données Normabev incluant les données des abattoirs portant sur le poids de carcasse, l’âge d’abattage et la conformité de la carcasse des veaux de boucherie. Après avoir développé une étude sur les vaches réformées, il a évoqué les prochaines manifestations. Le concours montbéliarde prestige aura lieu les 9 et 10 mai à Besançon. Et le concours national aura lieu du 13 au 17 novembre 2019, également à Besançon. Céline Zuber, du GDS, a développé les aspects sanitaires, et notamment la FCO. Elle a précisé que, s’il n’y a pas de restriction de mouvement des animaux sur tout le territoire français, les bêtes doivent être vaccinées pour sortir de France. Elle a rappelé les avantages de la vaccination et son impact sur les bovins, en précisant que compte tenu des 27 sérotypes du virus de la FCO, un protocole de vaccination est en cours d’élaboration. Enfin, elle a recommandé de rester vigilant face à cette maladie, même si, en Alsace, 92 % des exploitations sont indemnes. Des stars à Paris Le service élevage de la Chambre d’agriculture d’Alsace a présenté les résultats des élevages ainsi que l’évolution des effectifs de la race montbéliarde, qui devancent ceux de la normande. La synthèse des bilans de la campagne 2017 révèle que les éleveurs de montbéliardes sont peu nombreux mais performants. Dans le Bas-Rhin, certains élevages de race montbéliarde présentent de belles performances en termes de moyenne de l’unité laitière du contrôle laitier national (MULCLN), notamment l’EARL Issenhuth d’Uttenheim et le CAT du Sonnenhof de Bischwiller. L’assemblée générale s’est conclue par la projection de quelques photos de Java et Haida, du CAT du Sonnenhof de Bischwiller. Les « stars montbéliardes » qui ont brillé au Salon international de l’agriculture à Paris.

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