Élevage

Bruno Colin, président de Cloé

Organiser la collecte des animaux alsaciens

Publié le 06/07/2016

Producteur de lait et de viande bovine en Meurthe-et-Moselle, Bruno Colin est vice-président de la Coopérative agricole de Lorraine (CAL) et préside l’union de commercialisation Cloé. Lors de la réunion du 1er juillet à Schiltigheim, il a expliqué pourquoi Cloé est intervenue auprès de Copvial et comment il envisage l’avenir.

« Nous avons vécu exactement la même situation en Lorraine, il y a quelques années, explique Bruno Colin. Il y avait dans chaque département une coopérative spécialisée impliquée dans l’aval. Deux d’entre elles n’ont pas survécu. » CAPV et CAPVL ont décidé en 2002 de créer une union commerciale pour travailler sur la convergence commerciale et technique. « En 2008-2009, CAPV (Moselle) a traversé les mêmes difficultés que vous » : elle a investi dans un abattoir à Sarreguemines et perdu 18 millions d’euros (M€). La coopérative céréalière Lorca a alors décidé de créer une section d’élevage ; 95 % des éleveurs y ont adhéré. « Nous nous sommes ensuite rapprochés de la CAL. » Sur les quatre départements lorrains, Cloé travaille avec plusieurs abattoirs : Metz, Verdun, Sarrebourg (groupe Bigard) et Mirecourt (Elivia). « Nous gérons la logistique ; les deux centres d’allotement, qui appartiennent à nos coopératives de base, nous permettent d’alloter les femelles, les broutards et les animaux vifs. » Depuis 2012, Cloé s’est spécialisée dans les bovins et réalise 65 M€ de chiffre d’affaires. Les coopératives de base (CAL et Lorca) gèrent les relations avec les adhérents et sont reconnues comme organisations de producteurs, Cloé s’occupant de la relation aval. L’abattage des animaux constitue le gros de l’activité. « Nous avons aussi une activité broutards, veaux et reproducteurs. » Avec 19 000 jeunes bovins, 5 000 génisses, 1 000 bœufs et 8 500 vaches, Cloé fait environ le double de l’activité de Copvial. 60 % des animaux vont sur la Lorraine, 40 % hors région. « Bigard constitue 34 % de nos débouchés, indique Bruno Colin. Il est connu pour être dur dans les négociations, mais il sait s’adapter au marché. Il est reconnu par ses pairs européens pour son excellence. Il saura vendre de la viande et de la charcuterie en Alsace. » Concrètement, comment cela va-t-il se passer ? « Cloé organise le transport, la logistique et la commercialisation des animaux. Les éleveurs nous présentent les stocks tous les vendredis, nous enlevons les animaux la semaine suivante. En fin de semaine, nous gérons la facturation et payons les éleveurs le vendredi suivant. Nous payons à 18-19 jours, alors que les abattoirs paient à 21 jours. C’est ce que nous vous proposerons dès lundi matin. Dans un avenir proche, nous espérons travailler avec une ou plusieurs coopératives, qui assureront la relation adhérent. » Cloé est une structure légère - elle emploie 15 salariés - afin de travailler au moindre coût. « La fonction technique et développement est assurée par Cloé qui connaît les attentes du marché. » Elle est intervenue auprès des éleveurs alsaciens pour commercialiser tous les animaux pour le compte de l’administrateur judiciaire et les approvisionner en broutards ou en veaux de 8 jours. Il ne lui a fallu que quelques jours pour organiser la collecte des animaux en Alsace, avec une méthode très proche de celle de Copvial. Il y a sur le territoire national 52 coopératives et 3 000 négociants. Avec un tiers de parts de marché, Cloé se situe dans la moyenne nationale de la coopération. « Dans le Grand Est, il y a 200 négociants face à Cloé, Copvial hier et EMC2 élevage, explique Bruno Colin. Cloé est le premier apporteur de l’abattoir de Mirecourt et le deuxième de l’abattoir de Metz. Ce qui est déterminant, c’est de produire en fonction des besoins du marché. De ce point de vue, l’Alsace, avec ses nombreux consommateurs, a une vraie carte à jouer.. »

Abattoir de Holtzheim

Le groupe Bigard emporte le morceau

Publié le 30/06/2016

L'offre de reprise de l'abattoir de Holtzheim présentée mardi dernier par le groupe Bigard a été acceptée par le tribunal de grande instance de Strasbourg. Après avoir traversé une grande tourmente, l'avenir de cet outil est donc scellé, le nouveau propriétaire évoquant même des perspectives de développement. Reste aux producteurs à s'organiser.

L'heure était au soulagement, à l'issue de l'audience au palais de justice de Strasbourg. « Soulagement, car il y aura encore une filière locale de production demain », a indiqué Laurent Ulrich, éleveur de porc à Kleinfrankenheim. Jean-Paul Bigard, patron du groupe Bigard, et son fils Mathieu ont fait le déplacement à Strasbourg, en compagnie de leurs avocats, pour plaider leur dossier devant la juge de la chambre commerciale du tribunal de grande instance. À leur côté, Jean-Paul Bastian, vice-président de la Chambre d'agriculture d'Alsace, Franck Sander, président, et Patrick Bastian, vice-président de la FDSEA du Bas-Rhin et conseiller régional, Laurent Ulrich, responsable du groupe porc, Mathieu Schneider, porte-parole des éleveurs de porc chez les Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin, et Laurent Klein, éleveur de porc à Griesheim-sur-Souffel. « C'était une demande de l'administrateur judiciaire, Me Claude-Maxime Weil, pour témoigner de la volonté des éleveurs alsaciens d'assurer la poursuite d'une activité d'abattage dans la région », indique Frank Sander. La juge les a entendus : elle a validé l'offre de reprise de l'abattoir de Holtzheim (terrains et bâtiments) par le groupe Bigard, au prix d'1 € symbolique. Le nouveau propriétaire prendra possession des lieux le 4 juillet prochain. Optimiser l'outil Démarrer petit pour grandir vite, telle est l'ambition de Jean-Paul Bigard. D'ici deux ans au plus tard, il veut arriver à une cadence de 3 000 porcs et de 400 à 500 bovins par semaine, à comparer avec la production d'avant la crise, qui était de 2 000 à 2 500 porcs et de 150 à 200 bovins. « L'abattoir devrait atteindre rapidement sa pleine capacité qui est de 30 000 tonnes », estime Patrick Bastian, le patron du groupe Bigard n'ayant pas souhaité s'exprimer devant la presse. « Le nouveau patron veut démarrer à bas régime, et même arrêter certaines chaînes pour les moderniser. Si tout se passe bien, d'ici deux ans, le nombre de salariés devrait être équivalent à celui d'aujourd'hui. » En attendant, le groupe Bigard a annoncé son intention de recentrer son activité sur le site de Holtzheim, en rapatriant notamment les activités de sa filiale ABG, basée au marché gare de Strasbourg et spécialisée dans la découpe de viande de porc. « Il veut aller plus loin dans la découpe, précise Patrick Bastian. Selon son avocate, il a même l'intention de construire un nouveau bâtiment sur le site. » « Nous ne lui avons pas déroulé le tapis rouge, précise Laurent Ulrich avec son franc-parler habituel. Mais ce sera pour nous un nouveau partenaire. » « Il ne nous a pas demandés d'engagement écrit, il nous fait confiance », insiste Franck Sander. Dans l'intérêt des éleveurs, des salariés et de la filière viande locale, tout a été mis en œuvre pour que le groupe Bigard puisse reprendre l'abattoir, souligne Franck Sander. « Tous les partenaires du monde agricole se sont montrés raisonnables et certains, comme les membres de la SCI Synergie, ont accepté de faire d'importantes concessions, en cédant les 4 hectares de terrains et les bâtiments pour l'euro symbolique. » L'enjeu, il est vrai, était de taille : la disparition de l'outil aurait sonné le glas de la production locale, estime Frank Sander. « Il n'y aurait plus eu de filière courte. C'est encore plus vrai pour la viande de porc, l'abattoir le plus proche se situant à Orléans. Avec la reprise par le groupe Bigard qui a clairement exprimé sa volonté d'investir dans cet outil, tous les éleveurs alsaciens pourront envisager de se développer. » Patrick Bastian ajoute : « La commune de Holtzheim et le Conseil régional d'Alsace ont investi beaucoup d'argent dans cet outil, c'était important d'assurer sa pérennité. Philippe Richert, président de la Région Grand Est, et son vice-président, Philippe Mangin, ont demandé personnellement à Jean-Paul Bigard de venir étudier le dossier. Sinon, il n'y aurait pas eu de repreneur. » « La dette des éleveurs, c'est le sujet majeur » La prochaine étape consiste à trouver une solution pour les éleveurs qui ont essuyé des pertes financières suite au dépôt de bilan de Copvial SA. « Le président de Région s'est engagé à venir en aide aux éleveurs, même si les modalités de ce soutien n'ont pas encore été arrêtées », indique Patrick Bastian. « Les collectivités territoriales veulent nous aider à trouver une solution », poursuit Mathieu Schneider. Outre le soutien de la Région, nous avons obtenu celui du Conseil départemental du Bas-Rhin. Et Robert Herrmann, président de Strasbourg Eurométropole, nous a affirmé lors de l'opération La Ferme en ville qu'il se sentait très concerné par ce dossier, d'autant que l'abattoir se trouve sur le territoire eurométropolitain. C'est le moment de démontrer qu'au-delà des discours, le « manger local » est une vraie préoccupation des élus locaux. » « La dette des éleveurs est notre préoccupation majeure, confirme Franck Sander. Nous avons obtenu que les banques accordent des prêts à court terme, à un taux d'intérêt très faible, aux éleveurs concernés pour nous permettre de trouver des solutions. Nous consacrerons l'été au règlement de ce dossier. » Laurent Ulrich précise : « Pour les éleveurs de porc, l'ardoise correspond à un mois de production. Dans la conjoncture actuelle, c'est juste pas possible. » Un autre chantier s'ouvre aux responsables professionnels pour garantir la pérennité des élevages alsaciens. Il s'agit de structurer durablement la collecte des animaux. De fait, les adhérents de Copvial n'ont pas attendu le dépôt de bilan de la coopérative, intervenu le 27 juin, pour s'organiser. Ils se sont rapprochés de l'union de commercialisation Cloé, en Lorraine, pour assurer la continuité de l'activité de collecte. Rendez-vous vendredi 1er juillet à Schiltigheim La phase suivante consistera à créer, au sein du Comptoir agricole, une section élevage qui reprendra certaines prestations assurées jusqu'ici par Copvial, comme le conseil, la vente d'aliments, l'achat de broutards. C'est cette structure qui sera l'interlocuteur de Cloé, à l'avenir. Pour faire le point sur l'ensemble de la situation, une réunion d'information est organisée ce vendredi 1er juillet à 20 heures à la Maison de l'agriculture de Schiltigheim, à l'invitation de la FRSEA, des Jeunes Agriculteurs et de la Chambre d'agriculture d'Alsace. En présence de Bruno Collin, président de l'union de coopératives Cloé, les modalités pratiques de la poursuite de l'activité de collecte, d'abattage et de paiement des animaux seront présentées aux éleveurs. De son côté, le Comptoir agricole en dira plus sur la création de la section élevage.

Publié le 23/06/2016

Ils ont eu leur coupe d’Europe avant l’heure. Les éleveurs français ont particulièrement brillé samedi lors de la Confrontation européenne holstein. Avec des produits de leurs élevages trustant les premières places : la bretonne Héline en classe intermédiaire, la suissesse Galys Vray et l’espagnole Ashlyn Vray, première et deuxième dans la catégorie senior et finale européenne, des vaches issues de l’élevage français Vray-Holstein.

Devant près de 5 000 supporters de 17 nations, dans un théâtre du Parc des expositions de Colmar chauffé à blanc, les éleveurs français ont brillé samedi 18 juin, trustant les podiums avec Héline, Galys Vray et Ashlyn Vray. Le juge international, Markus Mock, avait à départager environ 75 vaches dans chacune des trois catégories junior, intermédiaire 2e lactation et seniors. Au final, sur les quelque 180 concurrentes, c'est un triplet pour les éleveurs français, avec trois vaches holstein nées en France, aux trois premières places du concours final toutes catégories : Galys Vray, Ashlyn Vray et Héline. « Un niveau exceptionnellement élevé » Chez les juniors, dans la troisième section, citons l’alsacienne Gwenn Izaray, de l’élevage Wilt, qui arrive cinquième. Mais la finale ne retient que les deux premières places des trois sections, et c’est la vache suisse Pandora, une fille d’Aftershock, « aux caractères laitiers affirmés » qui se place première devant l’autrichienne Naomi (par Yorick et une fille de Théo), « un modèle exceptionnel, bien balancé ». Les 73 concurrentes en classe intermédiaire étaient réparties en trois sections. Markus Mock a souligné « un niveau exceptionnellement élevé » pour ces vaches en 2e lactation. La bretonne Cap J Irana (par Numéro Uno et une fille de Goldwin), du Gaec Cabon (29), est la gagnante évidente de la première section. Mais c’est Héline (par Chelios et une fille d’Umanoir), la favorite, qui remporte cette finale intermédiaire : « La perfection, le top de la race », pour le juge. Une consécration pour l’élevage breton de Patrick Rabin, peu habitué de ce genre d’épreuve, mais qui détient la vache la mieux pointée de sa génération en Europe. Trois vaches nées en France aux trois premières places Place ensuite aux 75 seniors, départagées en trois sections, d'un niveau global extrêmement élevé, selon Markus Mock qui a parfois pris beaucoup de temps pour scruter les caractères morphologiques des concurrentes. Dans la finale senior, ce sont deux habituées des podiums, Galys-Vray (par Atwood et une fille de Damion), et Ashlyn Vray (issue de Goldwin et Uzes Vray par Lheros), qui arrivent aux deux premières places. Ces vaches suisse et espagnole sont nées dans le même élevage, celui de Jean-Paul et Françoise Bichon, à Trovay en Loire-Atlantique, qui avec ces deux vaches sont passés à la dimension internationale, après avoir renouvelé leurs courants de sang, avec de la génétique canadienne et américaine. Les vainqueurs des trois classes se sont retrouvés dans la finale européenne toutes catégories. Markus Mock a placé les deux seniors Galys Vray et Ashlyn Vray en tête devant Héline, concluant ce championnat européen, finalement par trois vaches nées en France, aux trois premières places.  La moisson de victoires se poursuivant avec la grande finale par équipes nationales. 12 juges avaient à noter les lots de toutes les nations, excepté celui de la leur. L’équipe des éleveurs français faisait retentir la Marseillaise devant des milliers de supporters européens surchauffés. 

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