Vigne

Journées de prospection de la flavescence dorée

1 000 hectares prospectés au peigne fin

Publié le 14/09/2019

La Fredon Alsace, en collaboration avec l’Association des viticulteurs d’Alsace (AVA), la Chambre d'agriculture, le Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace (Civa) et l’Institut français de la vigne et du vin (IFV), a organisé récemment dix journées de prospection pour détecter d’éventuels symptômes de flavescence dorée dans le vignoble. Une maladie potentiellement « très grave » jusqu’à présent absente en terre alsacienne, et qui doit le rester.

C’est une enquête que n’aurait pas reniée le mythique Sherlock Holmes. Armés de leurs regards aiguisés et d’un prospectus détaillé, des dizaines de viticulteurs accompagnés d’étudiants en agronomie à l’université de Haute Alsace sont réunis ce matin pour débusquer l’éventuelle présence de la flavescence dorée à Turckheim et dans le vignoble alentour. C’est ici qu’ont été découvertes en 2016 les premières cicadelles alsaciennes, qui peuvent être vectrices d’une maladie ayant les mêmes symptômes que celle du bois noir. Seule l’analyse ADN en laboratoire peut déterminer s’il s’agit de flavescence dorée ou non. Avant d’en arriver là, il faut consciencieusement prospecter chaque cep de vigne pour effectuer un premier diagnostic. Un travail conséquent qui a mobilisé pas moins de 450 personnes du 26 août au 11 septembre sur environ 1 000 hectares répartis entre douze communes « volontaires ». Cette année, Bergholtz-Zell, Colmar, Ergersheim, Ostheim, Beblenheim, Turckheim, Molsheim, Steinbach, Soultzmatt, Hunawihr, Cleebourg et Rott ont voulu savoir si ce fléau potentiel était présent sur leur ban viticole. « L’Alsace a un statut de zone protégée vis-à-vis de la flavescence dorée. Il faut tout faire pour le maintenir car les risques peuvent être conséquents », explique Estelle Pouvreau, conseillère viticole à la Fredon Grand Est. En effet, si 20 % d’une parcelle est contaminée par la maladie, il faut l’arracher entièrement. Des mesures drastiques que connaissent d’autres vignobles français comme ceux de Bourgogne ou du sud du pays. Gare à l’importation de végétaux contaminés Pour le moment, la cicadelle reste cantonnée dans un rayon d’un kilomètre autour de Turckheim. Depuis sa première observation en 2016, elle ne s’est pas étendue. Ce qui veut dire que les risques pour l’Alsace restent faibles dans la mesure où cet insecte est très peu présent. Mais même en cas de présence plus conséquente, il faudrait qu’il entre en contact avec un cep contaminé par la flavescence dorée pour se contaminer lui-même et ainsi représenter un danger épidémique. Trente jours plus tard, il pourrait alors contaminer d’autres ceps. Sans cicadelle, la maladie pourrait néanmoins faire son apparition en Alsace à cause de l’introduction d’un matériel végétal contaminé. À partir de là, tout serait possible. D’où la nécessité d’utiliser les traitements insecticides adéquats contre la cicadelle. Une lutte reposant sur le volontariat tant que la zone n’est pas contaminée par la flavescence dorée. Et aussi de prendre le temps d’effectuer une prospection minutieuse sur le terrain pour détecter les symptômes de la maladie en tous points similaires à celle du bois noir : décoloration et enroulement des feuilles, mauvais ou non aoûtement et grappes flétries. Des symptômes que l’on distingue d’ailleurs plus facilement sur des cépages comme l’auxerrois, le chardonnay ou le pinot noir. « Sur des gewurztraminers, c’est un peu plus compliqué, mais on y arrive quand même si on fait attention. Il faut juste bien ouvrir les yeux », ponctue Estelle Pouvreau. Élémentaire mon cher Watson, n’est-ce pas ?

Publié le 13/09/2019

Vendeurs de raisins et de vrac encaissent de plein fouet la baisse des ventes de vins d’Alsace et le gonflement des stocks qui en résulte. Pour eux, l’heure est à la révision urgente de leur stratégie.

Les vendanges 2019 sont un peu particulières pour Pierre, appelons-le ainsi, viticulteur sur plus de dix hectares dans le Haut-Rhin. Le 4 septembre, il a pour la première fois livré ses raisins en coopérative. Jusque-là, il vinifiait du vrac et vendait du raisin à trois négociants, dont deux de longue date. À la mi-juillet, l’un de ses acheteurs lui annonce qu’il ne reconduit pas son contrat annuel pour du crémant. « Environ 30 % de ma surface étaient en jeu. Si je l’avais su au printemps, j’aurais peut-être encore eu le temps de me retourner. Les négoces que j’ai contactés m’ont tous dit qu’il était trop tard. Je devais réagir vite. Une coopérative m’a proposé de la rejoindre, mais en apport total. J’ai réfléchi une dizaine de jours et j’ai accepté. À un moment donné, il faut s’adapter. Il était hors de question que je fasse du vrac pour le brader au printemps. Les grands opérateurs n’en veulent plus. Ils préfèrent le raisin. Ma façon de conduire mes vignes convient à mon nouvel acheteur. Je livre un vendangeoir proche. La structure me paraît solide. À mon avis, le vrac est fini. Ses volumes vont encore baisser ». Le cas de Pierre n’est pas isolé. Autre commune du Haut-Rhin. Autre professionnel. Appelons-le Roger. « Ici, c’est la catastrophe. Je ne suis pas le seul dans le village. Beaucoup de caves sont pleines. Je ne connais même plus les prix du vrac tellement ils sont bas ! J’ai seulement pu vendre un lot de 25 hl de riesling. Il y a encore 100 hl pour lesquels le domaine n’a pas trouvé d’acheteur. Je vais les embouteiller. Ce ne sera pas le cas de la vendange 2019. J’arrête la bouteille pour livrer en coopérative. C’est le dernier recours. Cela sert à quoi de vendanger pour remplir sa cave avec du vin qu’on ne vendra pas ou pour presque rien ? ». Dans le Bas-Rhin, une collègue enchaîne : « en janvier, c’était déjà difficile. J’ai vendu un peu de riesling à 1,50 €/l. J’en connais qui n’ont eu que 1 €. Comme mon fils veut reprendre, j’ai attendu une offre toute l’année. Nos échantillons sont partis trente fois avec trois courtiers différents. En arrivant, ils en avaient déjà cinquante autres dans leur voiture… La plupart n’ont même pas été dégustés. Cela n’a pas été de gaieté de cœur, mais nous avons décidé d’arrêter la bouteille pour pouvoir adhérer en coopérative. Notre demande a finalement été refusée la semaine passée car « nous avions trop tardé », nous a-t-on dit. Nous nous sommes procurés deux cuves en plus. Nous allons rentrer tout ce que nous pourrons. S’il y a trop de raisins, nous les couperons pour les jeter. Pour l’avenir, nous verrons. Peut-être passer en bio, puisque c’est la seule chose qui semble avoir le vent en poupe… » « Les acheteurs ne peuvent pas résoudre les problèmes de tout le monde » « Il y a des propositions de prix à moins d’1 €/l. Mais elles sont très ponctuelles. Le riesling qui se négociait entre 2,60 et 2,80 €/l il y a un an, est revenu entre 1,50-1,60 €/l. Les acheteurs ont l’embarras du choix. Certaines situations sont dramatiques. Il y a encore du 2018, mais aussi du 2017 en cave » raconte ce courtier. Expliquer le marasme actuel par le différentiel entre le niveau des ventes (910 000 hl/an) et la vendange 2018 (1 180 568 hl) revient dans toutes les bouches. « La récolte de 2016 était à peine inférieure à celle de 2018. Le vignoble ne l’a pas encore tout à fait digérée » rappelle ce négociant haut-rhinois. « Les vendeurs de vrac ont retenu du vin en 2017. Les acheteurs ont payé les raisins 2018 sans avoir rien vendu… À un moment donné, il y a une limite à l’exercice. Il faut de la rotation. Elle est moins rapide qu’on ne pense. Je suis conscient de la nécessité d’une solidarité. Mais les acheteurs ne peuvent pas résoudre les problèmes de tout le monde ». L’un de ses collègues complète : « le négoce a réagi face à un marché moins demandeur. Certains cépages, comme l’auxerrois ou le pinot gris, sont délaissés. Nous avons freiné ces achats ». Un troisième résume : « tout est lié au stock. Une entreprise peut jouer sur cet élément, mais elle ne peut pas aller au-delà de sa capacité de logement. Nous avons aussi suivi pendant des années l’augmentation du prix des raisins sans que forcément les marchés soient au niveau de la valorisation qui aurait été nécessaire pour régler la ressource au niveau où elle a été payée. De plus, la nouvelle réglementation de paiement des raisins qui avance le versement du solde de la récolte de deux mois au 15 septembre et qui n’était souhaitée par personne, s’impose à nous. Elle a chamboulé notre manière de fonctionner et handicape fortement la trésorerie ». Cet été, négoces et coopératives ont croulé sous les demandes d’apport comme jamais. « C’est la première fois que je vois ça en quarante ans de carrière » lâche ce directeur de coopérative. Le 2 septembre en conférence de presse Jérôme Bauer, président de l’Ava, déclarait qu’à sa connaissance tous les viticulteurs, sauf cas extrême, savaient où aller avec leur récolte 2019. Il y a ceux qui, selon l’expression de Pierre, ont eu la « chance » de trouver un acheteur. Et il reste tous les autres qui auront à rendre rapidement leurs arbitrages. Que faire ? Passer en bio en espérant des jours meilleurs ? « Si tout le monde s’y met, les mêmes problèmes se reposeront pour tous à terme » pronostique Roger qui propose plutôt de sortir l’edelzwicker de la mise en bouteille obligatoire afin de pouvoir le conditionner en bib et vendre « 100 000 hl de plus et vider les caves ». Le vignoble raconte que les uns mettent en location une surface pour laquelle ils n’ont plus de débouché, que d’autres renoncent à des baux, que ceux qui sont coincés en stockage « ne vendangeront pas tout ». Certains vendraient aussi « à vil prix ». Et il y aurait enfin tous ceux, nombreux semble-t-il, qui songent à la cessation d’activité. « Le paysage change complètement et à vitesse grand V » constate notre courtier. « C’est hallucinant ».

Publié le 13/09/2019

L’appellation des vins d’Alsace devra présenter une nouvelle proposition au Comité vins de l’Inao en novembre prochain. Les propositions en l’état à 80 hl/ha pour le riesling, gewurztraminer et pinot gris + 5 hl/ha de VCI n’ont pas été entérinées. En cause, l’absence de perspectives et de stratégie présentées pour résorber les excédents.

Au sein de comités vins à l’Inao ne sont pas défendus les intérêts et demandes de telle ou telle famille professionnelle, mais l’intérêt ou la demande de l’appellation tout entière dans une perspective d’avenir. En d’autres termes, pour obtenir gain de cause, le négoce et la production doivent se présenter au Comité vins de façon unie. Or la semaine dernière, le Comité vins de l’Inao a refusé d’entériner les propositions de rendement votées en assemblée générale de l’Association des viticulteurs d’Alsace (AVA), ce qui met en lumière les difficultés du vignoble à défendre une vision collective. La situation exposée est la suivante : 1 180 000 hectolitres récoltés en 2018 et 910 000 hl de capacité de mise en marché. Une proposition des vignerons indépendants à 65 hl/ha. Un négoce qui demande une baisse des rendements. La coopération qui demande 80 hl/ha et les mêmes conditions qu’en 2018. En assemblée générale de l’AVA, par un vote à main levée, 136 délégués ODG se sont prononcés en faveur de la reconduction des conditions de production de l’AOC alsace de 2018 en 2019, 18 délégués ODG se sont exprimés contre cette mesure. Le Crinao a validé le vote de l’AVA par une majorité simple (13 voix pour et 7 contre (négoce), 6 abstentions de l’administration qui n’a pas souhaité interférer dans le débat). Enfin l’absence de stratégie d’avenir présentée au Comité vins de l’Inao. Le souci d’éviter pour cette récolte « la double peine : baisse de prix et de volumes » pour ceux qui vendent du raisin n’a pas été un argument suffisant. Sans présager de ce que sera l’impact de la récolte 2019 sur un marché déjà sursaturé où le cours du vrac est totalement effondré. Le Comité vins est composé de trois collèges : la production, le négoce et un collège de personnes qualifiées. Les personnes de ce troisième collège ne s’expriment pas au nom de l’appellation dont ils sont issus, mais en leur nom personnel en tant que personne qualifiée pour apprécier objectivement les situations des appellations et au nom de l’intérêt du label. La situation préoccupante du vignoble alsacien était au centre des débats lors de ce Comité vins, avec le souci d’équilibrer les volumes de production à la capacité de marché. Ce débat a eu lieu également pour d’autres appellations comme le Cognac ou la Champagne. Le vignoble devra donc représenter sa copie en novembre avec une stratégie convaincante pour endiguer sa récession.

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