Vigne

De l’autre côté du Rhin

Une nouvelle équipe de désherbage

Publié le 21/09/2019

Depuis avril dernier dans le vignoble de Fribourg, des moutons broutent entre les cépages. Ils sont les protagonistes d’un projet de recherche qui étudie comment les animaux de pâturage peuvent aider la viticulture.

Le projet a été présenté fin juillet à l’Institut viticole de Fribourg. La végétation dans les vignes constitue un défi permanent pour la viticulture, car elle est en concurrence avec les vignes pour l’eau et les nutriments. Les viticulteurs doivent donc désherber plusieurs fois par an, mécaniquement ou chimiquement. Ce qui représente pour eux un travail coûteux et difficile en raison de la culture en pente. Situation gagnant-gagnant Le pâturage avec des moutons pourrait y remédier, comme l’expliquent les promoteurs du projet « Win-Win-In-Weinberg » ou W3 (gagnant-gagnant dans le vignoble, en français) dans un communiqué de presse. Il permet à la fois de contrôler la croissance des autres plantes et de préserver la vie du sol. Les ovins se chargent d’éliminer l’éclosion des bourgeons. « En Autriche, dans le Südtirol, en France ainsi qu’en Allemagne, il existe déjà des pionniers qui le pratiquent avec succès », explique Nicolas Schoof, coauteur du projet et docteur à la faculté des ressources naturelles et de l’environnement de Fribourg. Jusqu’à présent cependant, il n’y avait pas de recherches concrètes sur l’utilisation des moutons dans les vignes et les vignerons n’avaient donc pas de recommandations fiables d’action. Le projet « Win-Win-In-Weinberg » commence donc en ce moment à Fribourg. Le projet de recherche vise à explorer les fondements écologiques et économiques et à les transmettre sur le terrain. « Nous fournirons des stratégies de mise en œuvre adaptées aux différents systèmes viticoles, dans lesquels les bergers joueront probablement un rôle important », promet Nicolas Schoof. Pour ce faire, les ovins pâtureront pendant quatre ans sur plusieurs parcelles expérimentales dans différentes formes de culture de la vigne. Les initiateurs du projet veulent évaluer en particulier si l’utilisation de moutons permet de réduire la durée de vie de la végétation dans les vignes et donc l’utilisation d’herbicides et de machines. Les premiers résultats sont positifs : « Nous avons observé, sur des surfaces aussi bien en pente qu’à plat, la manière dont les animaux nettoyaient les ceps de vigne et constatons qu’ils ont mangé 96 % des pousses indésirables », déclare Nicolas Schoof. « Les moutons ne touchent même pas aux raisins ou aux cèpes. » Une alternative intéressante dans les pentes abruptes Nicolas Schoof estime que le pâturage des moutons est une véritable alternative dans certaines régions. Les animaux, en particulier sur les pentes escarpées, pourraient contribuer à économiser du travail. En outre, le fauchage doit souvent se faire avec la débroussailleuse, ce qui peut blesser les ceps. « Les moutons, eux, travaillent avec plus de ménagement. » Enfin, les ovins sont également des fournisseurs potentiels de laine et de viande. Le pâturage dans les vignobles constituerait du coup une stratégie intéressante de double utilisation dont profiterait le viticulteur. Dans tous les cas, Nicolas Schoof recommande aux viticulteurs de coopérer avec un berger local. Ce dernier peut laisser quelques-uns de ses moutons sur le vignoble pendant deux à trois jours, afin qu’ils taillent et coupent les jeunes pousses. Cela aiderait les deux parties à faire des économies car un hectare de vigne coûte environ 600 euros à un viticulteur en entretien alors que vingt moutons font le même travail en quatre à cinq jours. Le berger Edgar Engist de Bollschweiler participe également au projet avec son troupeau. L’idée vient aussi de lui : il fait paître ses animaux depuis des années en hiver dans les vignobles autour de Bollschweiler, notamment parce que les pâturages pour ses animaux sont de plus en plus rares. Avec Nicolas Schoof, il a lancé le projet. L’universitaire en est d’ailleurs convaincu : on peut aussi laisser le mouton dans le vignoble toute l’année. Cependant, cela augmente la charge de travail car « les moutons commencent leur « travail » en bas et grimpe au fur et à mesure alors une fois qu’ils sont en haut, vous devez réagir à temps », explique Schoof. Ceci est également confirmé par Edgar Engist : « Quand les raisins commencent à produire du sucre et que les moutons le découvrent, cela devient dangereux pour le raisin. » En conséquence, il a donc eu l’idée de mettre ses moutons dans des vignobles à variétés tardives où les animaux peuvent paître plus longtemps. Pour le berger, fort de 40 ans d’expérience, ce projet constitue un défi passionnant. « C’est une technique d’élevage très différente du pâturage. Tu réapprends tous les jours. »

Journée des vins bios d’Alsace

La bio, un outil pour singulariser les vins

Publié le 19/09/2019

Certains vignerons optent pour le cahier des charges de viticulture biologique par sensibilité environnementale, d’autres pour des motivations économiques, afin de répondre à une demande croissante. Mais lors du rendez-vous des vignerons bios à Traenheim, il était aussi question du bio comme un outil pour affirmer la personnalité des vins.

Pour leur 16e rendez-vous annuel, coordonné par l’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace (Opaba), les vignerons bios d’Alsace ont proposé une nouvelle formule qui change sensiblement de la traditionnelle présentation dans les locaux de la confrérie Saint-Étienne, ou de la toute première présentation au Pavillon Joséphine à Strasbourg. Rendez-vous a été donné dans la commune de Traenheim qui a accueilli l’événement comme une grande fête locale. La météo capricieuse n’a pas découragé les aficionados des vins bios, puisque 300 repas ont été distribués, sans compter les nombreux inscrits aux dégustations et visites. Dans un rayon d’une centaine de mètres, au centre de Traenheim, quatre domaines bios ou en conversion ont ouvert leur cour à la manifestation : Frédéric Mochel, Charles Muller, Cyrille Meyer et le domaine Fischbach (Jean Dreyfuss). Au programme, un sentier viticole avec une présentation des services écosystémiques de différents éléments de biodiversité viticole, avec Marc Keller de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) : « Le vignoble est un milieu plutôt artificiel, souligne le naturaliste. Mais vous observez que la biodiversité y trouve plutôt son compte, sous certaines conditions. » Laisser un arbre, un arbre mort, une mare aux endroits de collecte des eaux pluviales, un bosquet, un roncier, un muret : l’idée du sentier, parsemé d'affiches explicatives, consiste à expliquer qu’il est possible de conjuguer biodiversité et viticulture. « On pourrait penser que ces milieux naturels sont perdus pour l’AOC, mais en réalité ils rendent un service écosystémique au vigneron », explique Marc Keller. Bruno Schloegel, vigneron à Wolxheim, qui commentait le sentier, va même plus loin en installant la biodiversité au cœur même de son vignoble, une proposition qui pour l’heure suscite beaucoup de questionnements et porte à réflexion. Au bout du sentier, les visiteurs étaient invités à déguster quelques préparations apéritives à base de plantes de Corinne Diemunsch, herboriste et vigneronne à Balbronn. Cette édition a aussi proposé des dégustations de vins d’une vingtaine de metteurs en marché, un parcours gastronomique, un concert et deux dégustations avec le journaliste Pierre Guigui, auteur et organisateur de concours de vins bios. Le tout assuré par les vignerons, l’ensemble des conseillers de l’Opaba et la municipalité de Traenheim, qui avait pour l’occasion réservé sa rue principale à l’événement. Affirmer sa personnalité Avec ses 3 000 hectares, ses 357 viticulteurs engagés, soit 19 % du vignoble alsacien, la viticulture bio recrute. Les motivations sont variées : environnement, qualité de maturité des vins, souci de répondre à la demande sociétale… Mais lors de ses deux conférences, Pierre Guigui a défendu l’idée que la viticulture bio, avec son pendant, la vinification en vins naturels, est aussi un outil destiné à singulariser les vins, à affirmer sa personnalité, quitte à s’écarter des typicités gustatives et olfactives classiques des appellations - cépages alsaciens. La première heure était consacrée à la dégustation à l’aveugle de vins bios. Pour l'auteur, il ne fait aucun doute que la viticulture biologique améliore la qualité des vins : « Au concours mondial des vins de Bruxelles, en dégustation à l’aveugle qui mélange indistinctement les vins bios et conventionnels, 11 % des vins conventionnels sont médaillés, et c’est 30 % pour les bios. » L’atelier intitulé « Dégustation découverte de la diversité des vins bios, vins de terroir, vins nature, vins de macération » a fait salle comble, preuve d’une attente forte vis-à-vis de vins qui sortent du classicisme alsacien. « Les vins nature ou de terroir, ce sont deux univers de pensée différents. Ce qui est intéressant en Alsace, c’est qu’il y a pluralité entre des vignerons très classiques, les vins de terroirs, de cépage. » Précision : en nature, en principe rien n’est autorisé en additif œnologique, mais « en fin de compte il n’y a pour l’heure aucune définition légale de la mention nature. » Selon Pierre Guigui, le succès des vins naturels tient au fait qu’ils sont en général « recalés par l’académisme ». Une mention spéciale de la salle a été donnée à un vin, un assemblage de deux macérations de pinot gris et de gewurztraminer, de Sylvie Spielmann : le vin a emporté la quasi-unanimité. De nouveaux identifiants gustatifs apparaissent dans ce type de dégustation, autres que l’acidité, la sucrosité ou les arômes : l’amertume, la salinité, la texture. Une dégustation d’une même cuvée, toujours à l’aveugle par la salle composée d’amateurs plus ou moins éclairés, l’une sulfitée et l’autre non sulfitée du domaine Clément Lissner, a mis en évidence l’effet durcissement contraction du vin par le soufre. Dégustation en vidéo

Laboratoire d’œnologie du vignoble à Obernai

Trois œnologues opérationnelles pour ces vendanges

Publié le 15/09/2019

Nouvelle identité, nouvelles offres de services : Marie Nussbaumer, Marie Wolf et Hélène Bossan sont à pied d’œuvre pour conseiller les opérateurs du vignoble durant ces vendanges. Le laboratoire d’œnologie de la Chambre d’agriculture d’Alsace est opérationnel pour délivrer ses analyses et conseils avec un grand souci d’indépendance.

Dans l’univers des laboratoires d’analyses et conseils en œnologie, celui de la Chambre d’agriculture d’Alsace (CAA), qui se situe à Obernai mais rayonne sur tout le vignoble, se positionne comme étant particulièrement indépendant des fabricants de produits d’œnologie. En d’autres termes, les œnologues ne sont pas assujettis à commercialiser des produits œnologiques et para-œnologiques. C’est cette liberté « économique » qui leur confère une indépendance de conseil, qui peut s’adapter à tous les profils de vinification : bio, nature ou conventionnel. D’ailleurs, les trois œnologues, Marie Nussbaumer, Marie Wolf et Hélène Bossan revendiquent haut et fort le fait de veiller scrupuleusement à l’identité du vigneron : « Pas de formatage ». Inutile d’attendre d’elles l’affirmation que le vin doit être comme ceci ou comme cela. À chacun son type de vin d’Alsace. « Cependant nous ouvrons la réflexion sur l’utilité de certains produits et proposons des programmes de réduction d’intrants œnologiques » afin de contourner les usages additifs. « C’est une demande forte et une tendance générale. » Sur cette base, le laboratoire d’œnologie de la CAA lance en ce début de vendanges des offres d’analyses conseils personnalisées. Une nouvelle dynamique commerciale, résume Fabien Digel, chef du service cultures végétales. Trois formules au choix Plusieurs options de services sont possibles. À commencer par un suivi annuel basé sur des conseils incluant un montant forfaitaire d’analyses en trois tranches jusqu’à 300 hectolitres, 1 000 hl et au-delà. Le forfait n’inclut pas l’analyse de mise en bouteilles, mais comprend les vinifications et l’élevage. Quant au suivi de terrain, il n’y a pas de conditions particulières et c’est à la demande, soulignent les œnologues. Le vigneron, le domaine ou la structure opératrice en vins peut de surcroît bénéficier des conseils en viticulture de la CAA, ce qui confère à la prestation un service particulièrement transversal. Deux autres formules sont proposées : le suivi seul et sans analyses - développé par feu Michel Pinsun et apprécié dans le Haut-Rhin - et la prestation ponctuelle à l’heure, à la demande, quand une question se pose sur une cuvée et que l’avis d’une tierce partie est requis par exemple. Autre particularité du laboratoire de la CAA, ce sont les œnologues qui effectuent les analyses des échantillons qu’elles collectent elles-mêmes sur l’ensemble du vignoble. « Nous avons ainsi un regard critique sur nos résultats. » Accrédité Cofrac, le laboratoire bénéficiera cette année d’un nouvel analyseur IRFT, outre un analyseur proche IR pour l’alcool et un analyseur séquentiel enzymatique pour de multiples paramètres : sucre, acides, azote, fer, cuivre. D’autres analyses - SO2, pH et acidité totale - sont également réalisées manuellement.  

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