Vigne

Journée découverte chez Manfred et Friedrich Wenz à Ottenheim

Une nouvelle approche dans la recherche des processus d’humification

Publié le 27/06/2017

Les techniques culturales simplifiées (TCS) chez Friedrich Wenz et son père, Manfred, à Ottenheim, non loin de Strasbourg, combinent le non-labour aux semis sous couverts d’intercultures multi-espèces. Le mulchage des couverts est ensemencé en préparats fermentaires. Explications.

Bien connus dans l’univers de l’agriculture de conservation des sols, Manfred Wenz et son fils Friedrich ont fait de leur petite exploitation céréalière, un grand champ d’expérimentation en techniques culturales simplifiées, depuis plus de 40 ans. Ils sont aujourd’hui des consultants en agronomie connus et reconnus dans le monde entier. Leur objectif : arriver à une auto-fertilité des terres tout en visant une productivité maximale. Les 12 et 13 juin derniers, une soixantaine d’agriculteurs et de viticulteurs de toute la France suivaient un stage de découverte et compréhension de l’approche agronomique des Wenz. Un stage organisé par l’agriculteur-formateur Ulrich Schreïer qui, avec sa société Ecodyn, propose divers matériels pour l’agriculture biologique, biodynamique et de conservation. Il y a 15 ans, nous nous étions rendus avec L’Est Agricole et Viticole en reportage chez les Wenz. À l’époque, Manfred avait développé une technique de semis sur billons, type butte à pomme de terre. Mais dans une approche de permaculture où le billon constitue en quelque sorte un mini-andain de compostage du mulch d’intercultures. Il s’inspirait à l’époque d’une technique de maraîchage en planches permacoles, développées par Hans Kémink dans les années 1980. Lui et son fils Friedrich imaginaient alors pouvoir transférer cette approche à la céréaliculture, où le billon enferme la biomasse d’interculture broyée appelée à devenir du compost. Manfred Wenz alternait des prairies temporaires et des céréales en rotation. Si la gestion des adventices s’est avérée une réussite avec cette approche de mini-compostage sous billon, estime Friedrich Wenz, elle n’a en revanche pas permis d’entretenir la matière humique, support de la fertilité, déclare-t-il. Pour analyser et apprécier la fertilité de leurs sols, les Wenz ont, en parallèle, développé depuis 15 ans, des méthodes analytiques de terrain pour permettre d’évaluer la réponse de la pousse de la culture à la fertilité du sol*. Suite à l’appauvrissement des sols malgré toutes les précautions agronomiques, ils ont donc abandonné la technique des micro-billons. Et font désormais appel aux pratiques de compost liquide (compost tea), développés notamment par l’Australienne Elaine Ingham, professeure d’agronomie, présidente de l’ONG Soil Food Web, et autres préparats fermentaires, développés par la recherche biodynamique. Ces études* suggèrent que l’acide humique a un effet direct sur la croissance des plantes, notamment des racines, par la voie hormonale des auxines. Et que ces acides humiques sont synthétisés par certains champignons et bactéries du sol : le complexe EM (efficant microbioly), mis en évidence par Teruo Higa, un agronome japonais. Chez les Wenz, les fondamentaux restent les mêmes : les techniques sont toujours sans labour, ils pratiquent la rotation, donc pas de monoculture, ils sèment sous couvert des engrais verts multi-espèces. Des engrais verts implantés par exemple sous le maïs et qui vont produire de la biomasse à l’automne une fois le maïs récolté. Par principe, la terre n’est ainsi jamais laissée nue et exposée au rayonnement solaire. Mais la question posée est : comment faire en sorte que cette biomasse sous les couverts serve de façon optimale à reconstituer le stock humique des sols ? Le rapport bactérie/champignon d’un sol Leur nouvelle approche repose sur cette observation biologique comparée des populations de bactéries et de champignons de différents sols. Pour simplifier : un sol cultivé de monoculture contient 10 fois plus de bactéries que de champignons ; un sol de vigne contient de 2 à 5 fois plus de bactéries que de champignons ; un sol de prairie contient autant de bactéries que de champignons ; alors qu’une forêt de feuillus contient de 5 à 100 fois plus de champignons que de bactéries. et cela peut atteindre 1 000 fois plus de champignons que de bactéries pour une forêt native. L’idée des Wenz vise à trouver un milieu favorable au développement de micro-organismes qui jouent un rôle dans la fertilité et dans l’humification, comme les bactéries fixatrices d’azote azotobacter ou les mycorhizes. Ce milieu a été défini par plusieurs scientifiques comme Louis-Claude Vincent en France, et les lois bioélectroniques, ou Teruo Higa au Japon, qui propose le complexe EM. Mais la biologie d’un sol cultivé n’est pas celle d’une forêt, même en agroforesterie où l’on tente de se rapprocher des conditions pédologiques forestières pour favoriser les micro-organismes humificateurs. Et donc les Wenz, reprenant la méthode fermentaire d’Elaine Ingham, partent du principe qu’il faut régulièrement apporter à ces sols cultivés des ferments pour compenser la dynamique minéralisatrice à l’œuvre dans les sols cultivés. Les principes utilisés sont ceux bien connus des vignerons qui font fermenter leurs vins : pied de cuve en conditions favorables puis ensemencement en apportant au milieu de culture les nutriments nécessaires à la prolifération des champignons. Sauf que chez les Wenz, le pied de cuve, ce sont les micro-organismes géophiles décrits par Elaine Ingham ou par Teruo Higa, et mis en fermentation selon la technique de compost tea*, l’ensemencement n’est pas dans une cuve, mais dans la parcelle par un système de dispersion que nous allons décrire. Quant au support de fermentation, là ce n’est pas le jus de raisin, mais c’est le couvert détruit par mulchage avec de nombreuses précautions. Comme en œnologie Détruit à un stade encore relativement jeune et avant floraison, le couvert contient comme le moût de raisin, beaucoup de sucres fermentescibles, et c’est un milieu nutritif très riche. On peut à ce sujet relire les écrits de l’agriculteur Joseph Pousset dans l’Orne. « À ce stade, le couvert peut apporter jusqu’à 2 tonnes par hectare de sucres fermentescibles », selon la quantité de biomasse produite. Ces sucres sont issus de la photosynthèse, contenus non seulement dans la sève, mais également dans l’environnement proche de la rhizosphère par exsudation racinaire. L’idée va donc consister à broyer le couvert en « vert » au moyen d’un rotavator de manière à scalper également les quelques centimètres superficiels de terre. Les volets du rotavator sont ouverts de manière à bien aérer le mulch éjecté. Et en même temps, ce mulch est ensemencé au moyen d’une pompe doseuse de ferments. Le couvert doit être multi-espèces de manière à apporter les différents éléments de base, carbone, azote, soufre, c’est donc un mélange de graminées, légumineuses, crucifères… Friedrich Wenz préconise des graminées à pousse lente qui ont la caractéristique de développer plutôt leur système racinaire que l’appareil aérien. C’est une caractéristique des graminées les moins concurrentielles de la culture en place. Donc pas de ray-grass par exemple. Le passage au rotavator doit être extrêmement précautionneux, avec un tarage de la profondeur précis et régulier, de manière à veiller qu’il n’y ait pas d’effet de pianotage de l’attelage. Une fois le mulch ensemencé, « la décomposition est très rapide », témoigne Friedrich Wenz, « en 7 à 15 jours ». Elle passe par une phase « acétique ». La couleur, la texture et l’odeur du sol changent, explique-t-il : « Il devient colloïdal. » Comme toute fermentation, il y a une température minimale à respecter de 6 °C. C’est pourquoi, le processus se déroule mieux sur les sols réchauffés à l’automne que froids du printemps. Attention également au taux d’humidité qui ne doit pas être trop élevé. La technique préconisée par Manfred Wenz est testée depuis deux ans par un vigneron alsacien, Patrick Meyer à Nothalten. Pour l’heure, les couverts d’interrangs ont particulièrement réussi, témoignant d’une belle fertilité des sols. Le vigneron de Nothalten applique également ses fermentations sur la ligne de semis.

Marathon du Vignoble d'Alsace

C’est ce week-end dans le vignoble de Molsheim

Publié le 21/06/2017

La formule est désormais bien rodée au succès. La 13e édition du Marathon du Vignoble d'Alsace, se déroule ces 24 & 25 juin dans le vignoble de Molsheim. Au depart de Cora Dorlisheim, le parcours sera bien entendu jalonné de ravitaillements sportifs mais aussi de 12 stands de dégustations gastro-viniques ! Les viticulteurs et fins gourmets de la région de Molsheim concoctent plusieurs ravitaillements "gastro-viniques" tout au long du 10 km, du semi-marathon et du marathon. Et feront ainsi découvrir les spécialités alsaciennes comme le kougelhopf ou la tarte flambée agrémenté d’un verre de vin d’Alsace correspondant au meilleur accord met / vin ! Cette  course désormais mythique, à vivre et à courir entre les vignes, à travers Le Marathon du Vignoble d’Alsace est certifié par la Fédération Française d’Athlétisme (FFA). Avec le soutien de l’Adot Bas-Rhin France (pour le don d’organe) et de la chorale « Ô joie de chanter » de Molsheim, cette aventure festive proposera également sa spätzle party le Samedi 24 juin. Plusieurs milliers de marathoniens sont attendus.

Publié le 18/06/2017

Pour ses 60 ans, la cave de Pfaffenheim s’est offert une belle inauguration de sa nouvelle ligne de conditionnement. Une manière également de fêter sa santé économique retrouvée.

Pour ses 60 ans, la cave de Pfaffenheim réussit la double performance de glaner à l’international une belle série de médailles remarquées au Decanter Wine World Awards, et de faire progresser très sensiblement son chiffre d’affaires, notamment à l’export : + 58 % entre 2014 et 2016, précise le directeur Frédéric Raynaud. Une triple performance même, puisque cette réussite s’inscrit « dans une période de turbulences climatiques et économiques », que traverse le vignoble alsacien, notamment avec « une concurrence internationale de plus en plus pressante, dans un contexte de faibles disponibilités des vins d’Alsace », précise-t-il. D’où cet appel du pied du directeur de « Pfaff » et de son président, Jean-Luc Hanauer, au vignoble pour l’inciter à « innover, à aller plus loin dans la recherche de nouveaux produits, mais en s’inspirant de la tradition ». En gardant toujours bien à l’esprit l’objectif de « créer de la valeur ajoutée, de valoriser les vins tout en poursuivant l’amélioration de la rentabilité ». Tout ceci pour rémunérer ses viticulteurs, résume Frédéric Raynaud. Une volonté de coller au marché Le dernier investissement en date, pour 2 millions d’euros (M€), concerne « une chaîne de mise en bouteille ultramoderne, entièrement inertée, pour obtenir des vins plus frais, une meilleure persistance aromatique, et de l’élégance, ce que veulent les consommateurs… », précise le directeur. Il traduit cette volonté d’« innover pour être performant en prenant en compte les attentes des marchés ». Il fait suite à l’automatisation de l’encaissage et la palettisation en 2014, pour 700 000 €, afin de « fiabiliser la chaîne logistique et la gestion des flux par flashage ». Et en 2013, à l’achat d’un pôle logistique de 3 000 m2 sur Colmar. Au total, ce sont pas moins de 15 M€ qui ont été investis. Des investissements particulièrement orientés sur le service export, comme la capsule à vis, « sans renier ses savoir-faire ancestraux et la tradition ». De fait, la cave de Pfaffenheim exporte aujourd’hui 60 % de sa production au Japon, Canada, Russie, Israël, Islande et Brésil. La coopérative : un modèle d’entreprise Cet anniversaire était aussi l’occasion pour Jean-Luc Hanauer de réaffirmer les valeurs coopératives qui président aux destinées de la cave de Pfaffenheim. « Bien plus qu’un regroupement de moyens techniques, la coopérative est un modèle d’entreprise démocratique et durable, fondée sur des valeurs éthiques de responsabilité, de solidarité et de transparence. C’est un acteur du développement économique et social », a-t-il souligné. Rappelant aussi que l’histoire de la cave coopérative n’a pas toujours été un long fleuve tranquille, la fusion avec la cave de Gueberschwihr en 1968, ou encore « les turbulences des années 1980 ». De 40 hectares lors de son lancement en 1957, la cave compte aujourd’hui 320 ha et 153 adhérents. Jean-Luc Hanauer a rappelé l’œuvre de ses prédécesseurs, Arthur Boesch, « l’artisan de la fusion », René Burn qui « a pris le destin de la cave à bras-le-corps », puis Aimé Roeslé, président de 1996 à 2009. Mais également celle de Michel Kueny, le chef de cave qui, pendant 45 ans, a contribué à sa réussite pour faire de « Pfaff » une référence qualitative. En « clin d’œil aux jeunes », le président Hanauer a enfin dit sa « fierté de transmettre des valeurs humaines et professionnelles, et de redonner du sens à la profession en leur indiquant le chemin ». Et de conclure sur un mot de Descartes : « Apprendre, comprendre et transmettre, c’est exister. »

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