Vigne

Publié le 05/07/2018

Difficile pour l’heure d’en évaluer l’impact volumique, mais le rot gris ou brun a fait son apparition dans le vignoble.

Dans un premier temps, les taches sur les baies faisaient penser à de l’échaudage, mais l’évolution plutôt foudroyante des baies ne laisse plus aucun doute : très rapidement, la baie se momifie jusqu’à complètement sécher. Le rot brun s’invite dans le vignoble. L’idée est de comprendre quand et comment se déroulent les contaminations. Le feuillage apparaissait d’ailleurs étonnamment « propre » en ce début juillet, eu égard aux pluies contaminatrices mais surtout dévastatrices des orages de juin. Le rot brun nous rappelle que le mildiou peut être extrêmement sournois, avec une progression tissulaire aussi dissimulée et silencieuse que ses symptômes sont foudroyants. Le caractère très dissimulé de la contamination-progression de la maladie porte d’ailleurs un nouveau coup au dogme de la protection raisonnée en fonction de l’observation de l’apparition des premiers symptômes. Et ce d’autant que les modèles mathématiques d’épidémiologie n’ont pas permis non plus cette année d’anticiper… Il est cependant bien spécifié que la contamination primaire donne des taches d’huile sur feuilles mais aussi du rot gris sur grappe. Pourquoi cette année y a-t-il finalement plus d’expression en rot gris qu’en tache d’huile ? Une réflexion scientifique sur les écimages trop hâtifs et la physiologie de la plante serait intéressante. La leçon des millésimes Ce fameux mildiou a opéré un sérieux éclaircissage sur les pinots du centre Alsace. C’est encore plus sérieux sur les pinots de Lorraine. Mais le vignoble alsacien est tout de même épargné comparé au Roussillon, dont la situation s’apparente à 2016 en Alsace… Comme en 2016, les viticulteurs se « font doubler » par la qualité sanitaire du feuillage sans songer que la maladie s’installe dans sa première phase à la faveur de pluies contaminatrices, et qu’elle n’apparaîtra que dans une vingtaine de jours ou plus. Il faut relire de ce point de vue le livre de Joseph Capus sur le mildiou de la vigne écrit à une époque (1920-1930), où les vignerons n’avaient pas de solutions de rattrapage et de produits curatifs. Ils avaient alors développé un sens de l’observation et des notations minutieuses, de manière à bien retenir la leçon des millésimes. Une traçabilité moins administrative et plus de terrain, en quelque sorte… Les avis divergent toujours sur la date de première intervention du traitement : le problème étant que les anciens et leur sens de l’observation ne sont plus là pour se quereller avec les modernes et leurs produits curatifs. Joseph Capus a tout de même légué au débat son livre en ligne sur internet, où il préconise d’intervenir 26 jours avant l’apparition de la première tâche, soit d’intervenir sur la contamination primaire. Un livre écrit à une époque cependant où il n’y avait que le cuivre sulfate. Quant aux planches sur la biologie et le cycle du mildiou, largement publiées, on ne peut y lire que le délai d’incubation secondaire de « 5 à 12 jours », ce qui n’incite pas tout à fait à traiter plus en amont… Après ce mildiou, le vignoble n’en aura pas tout à fait terminé avec les maladies : des vers de grappe sont signalés en certaines zones… une équation assez délicate étant donné l’abondance des grappes. La qualité de la maturité sera également dépendante de la météo avec des risques d’éclatement des baies. La pousse végétative rapide fragilise les tissus. Et, là aussi, des solutions fertilisantes pour durcir les tissus des végétaux mériteraient toute l’attention des sciences agronomiques.

Publié le 04/07/2018

La maison de négoce Hauller de Dambach-la-Ville accompagne huit de ses apporteurs de raisins vers la certification Haute valeur environnementale (HVE). À Nothalten, Joël et Florian Waegell font partie de ce groupe qui accepte de bousculer ses pratiques.

« Le consommateur veut du propre ». Frédéric Tappe, responsable technique de la maison Jean Hauller, pourrait ajouter : « et comme le client est roi… ». Le virage vers davantage de produits en phase avec les attentes du marché apparaît donc inéluctable à l’entreprise. Autant mettre la machine en route. Le négoce réfléchit à une filière HVE depuis 2017. « C’est un niveau de contraintes intermédiaire entre le conventionnel et le bio. Ce n’est pas super-innovant, mais une solution qui est viable. Elle valorise la viticulture raisonnée que nous pratiquons » jugent Joël et Florian Waegell qui n’ont pas hésité longtemps avant de s’engager quand Frédéric leur a parlé du projet après les vendanges 2017. « Nous n’étions pas loin de respecter les critères demandés. L’objectif de notre acheteur est encore un peu plus ambitieux que le cahier des charges de la certification. Il n’impose pas. Il suggère en nous incitant à essayer d’autres pratiques pour que nous les adoptions à terme ». Père et fils n’ont guère eu à s’employer pour satisfaire les exigences réglementaires qui constituent le niveau 1 de la certification. « Nous sommes dans les clous. Nous stockons nos produits phytosanitaires dans un local approprié, nous avons une aire de remplissage. Nous diluons les fonds de cuve et nous vidangeons le pulvérisateur en bout de parcelle en changeant d’endroit. Nous traçons fidèlement 100 % de nos intrants. Pour respecter une ZNT (Ndlr : zone non traitée) proche d’un ruisseau, nous avons arraché quatre pieds sur quinze rangées ». À la vigne, Joël et Florian respectent un plan de palissage sans trou, ne fauchent pas trop ras et laissent leurs tournières enherbées. Ils conservent un rang naturellement enherbé sans l’alterner. Dans l’autre, ils sèment à l’automne un mélange qui joue le rôle d’engrais vert. Les légumineuses (pois, vesces…) y dominent phacélie, seigle et avoine. En 2018, ce couvert a été fauché en situation de plaine et roulé au rolofaca confectionné maison dans les coteaux. « Le changement de pratiques va faire baisser l’IFT » Joël et Florian vont en revanche revoir plusieurs points. L’engrais minéral doit être remplacé à 100 % par de l’organique en trois ou quatre ans. Le désherbage chimique du cavaillon ne concernera plus à terme que la moitié de la surface totale, voire moins. « Faites un essai sur une bande de 40 cm de large, sur une parcelle ou 5 % de votre surface » a conseillé Frédéric. Les deux viticulteurs viennent de tester une charrue à disques. Il est probable qu’ils l’adoptent pour maintenir leur cavaillon propre en buttant et en débuttant. Ils ont cessé l’épamprage chimique dès 2018 sur 75 % de leur surface pour revenir au passage manuel. « C’est ce genre de geste fort que nous demandons pour marquer l’engagement du viticulteur en faveur de l’environnement » commente Frédéric. Joël et Florian abandonnent aussi tous les produits de traitement classés CMR (cancérogène, mutagène et reprotoxique). « C’était déjà notre objectif. La démarche HVE n’a fait que précipiter notre volonté ». Frédéric Tappe a créé une liste des matières actives classées selon leur ZNT et leur statut CMR. En pratique, les candidats au HVE ont encore droit aux produits ZNT 5 mètres, à deux anti-mildiou et un anti-oïdium à ZNT 5 mètres et non classé CMR, à un anti-botrytis sur au plus la moitié de leur surface et à un insecticide sur au plus les trois quarts de la surface. « Cela ne me cause pas de souci. Je monte mon programme de traitement en fonction de cette liste. L’IFT (Ndlr : indice de fréquence de traitement) de l’exploitation reste correct. Il est de 9 en 2017 pour une référence alsacienne de 12. Le changement de pratiques va le faire baisser » indique Joël. Tous ces efforts servent à tenir les exigences du niveau 3 de la certification HVE. Elle réclame un bilan azoté correspondant aux deux tiers de la directive Nitrates, un IFT de 6 maximum et le constat d’une biodiversité effective. Sur ce dernier point, le domaine Waegell doit posséder au moins 10 % d’infrastructures agro-écologiques soit près de 1,4 ha. Il y parvient avec vingt-et-un arbres isolés, des lisières de forêt, des talus, des murets, des terrasses, des haies. Joël et Florian sont donc confiants dans le résultat de l’audit de niveau 3. Il est prévu les 22 et 23 août prochains.  

Publié le 22/06/2018

L’on ne saura pas qui, de la reconnaissance par l’Unesco ou des vignerons et maisons champenoises, est à l’origine de la révolution œnotouristique actuellement entreprise dans le vignoble champenois. En tout état de cause, il se passe (toujours) quelque chose chez nos voisins champenois qui investissent massivement dans un œnotourisme dont la qualité se doit d’être à la hauteur de la réputation du champagne.

Nos voisins champenois sont en train de transformer la fameuse avenue de Champagne à Épernay, où siègent les grandes maisons de champagne, en un haut lieu de l’œnotourisme, très prisé des amateurs de champagne, avec des bars à champagnes, des visites guidées et de quoi séjourner dans les demeures de charme des maisons de renom. Source d’inspiration pour le vignoble alsacien ? Et c’est notre confrère Jean-Baptiste Duteurtre, fondateur des revues Bulles & Millésimes en Champagne et de Crémant d’Alsace Magazine en Alsace, et témoin de ce renouveau œnotouristique avec sa revue Échappée champenoise, qui nous a donné l’occasion de venir constater cette révolution avec la visite de trois maisons de champagne : les maisons Boizel, De Venoge et Leclerc-Briant. Une visite à l’occasion d’un jumelage chic, gastronomique, gastrovinique et surtout prestigieux : celui des produits d’indications géographique de la région de Parme en Italie et du champagne. Si l’on ne présente plus l’appellation de notre voisin champenois, soulignons que la région de Parme, haut lieu de la gastronomie italienne, représente à elle seule 20 % du chiffre d’affaires des IG italiennes… avec son parmigiano reggiano (parmesan) et son prociutto di Parma (jambon de Parme). Parme qui aujourd’hui ambitionne de s’inscrire dans le sillage de la Champagne et qui porte un dossier de reconnaissance de son patrimoine par Unesco. Une histoire de minéralisation Gastronoviniquement, il fallait que ça fonctionne. Jean-Baptiste Duteurtre n’a pas fait dans le détail pour célébrer ce jumelage. Il a proposé aux chefs champenois Arnaud Lallement (L’Assiette Champenoise à Tinqueux), Patrick Michelon (Les Berceaux à Épernay) et à leurs homologues de la ville de Parme Terry Giacomelo (Inkiostro, Parma) et Giancarlo Tavani (Ai Due Platani, Parma) de partager le piano, le temps d’un dîner d’exception qui se tenait dans les salons rénovés de l’Hôtel de Ville d’Épernay. Les maisons Dom Pérignon, Deutz, De Venoge, Boizel et Leclerc-Briant, ainsi que la mairie d’Épernay et son maire, Franck Leroy, ont fait cause commune lors de cette soirée pour défendre les couleurs de la Champagne. Les maisons champenoises visent un œnotourisme à la hauteur de la réputation qui les précède. Chez Boizel par exemple : Évelyne et Christophe Roques-Boizel, et leurs enfants Lionel et Florent, viennent d’investir massivement pour ouvrir leurs caves entièrement rénovées à de l’œnotourisme « cousu main », avec des visites par petit groupe et un service à la carte avec différents niveaux de prestations. Non loin de là, autre maison, autre style avec Gilles de la Bassetière, dans l’hôtel De Venoge, une demeure qui témoigne des grandes heures de l’art nouveau au début du siècle dernier, où deux dépendances ont à ce jour été restaurées, l’une pour devenir une suite hôtelière et l’autre un bar à champagnes De Venoge chic, à déguster avec une sélection de crus de parmesans « Hombre » de Matéo Panini. C’est dans ce cadre qu’ont été proposés des accords entre des champagnes de différents millésimes et des parmesans de plus ou moins longues durées d’affinage. L’occasion pour les maisons champenoises de démontrer que l’affinage des parmesans et l’élevage des vins de champagne ont quelque chose à voir entre eux : une histoire de minéralisation peut-être, où la matière vivante en évolution libère ses sels minéraux pour révéler les plus grands accords de minéralité.

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