Technique
Restaurer la flore des vignes
Technique
Publié le 17/05/2018
La diversité de la flore présente dans une vigne est un atout de premier plan pour bien la conduire. La préserver ou la restaurer demande souvent la révision des choix techniques en place.
« Il y a des pratiques viticoles qui font diminuer la biodiversité floristique du vignoble. La plante ressent les traitements et la fauche comme des stress au même titre que la disponibilité en eau ou des températures excessives. Les choix de semis ne sont pas anodins non plus. Le pire est d’implanter, ou une seule espèce, ou des mélanges à base de graminées gourmandes en eau, ou encore des espèces fleuries comme les zinnias ou les cosmos que l’on choisit parce qu’elles vont faire jolies à l’œil alors qu’elles ne sont pas inféodées au milieu ». Chantal Rabolin-Meinrad, ingénieur au département agronomie et environnement de l’Inra, a les preuves de ce qu’elle avance. Avec son équipe d’évaluation de la flore présente, elle a effectué des relevés depuis 2010 dans le vignoble. Elle a pu y observer le séneçon du Cap (Senecio inaequidens). Cette toute petite fleur jaune colonise l’espace en désorganisant complètement les communautés végétales en place. Elle n’offre surtout pas le gîte et le couvert aux auxiliaires et prédateurs qui vivent d’habitude dans ces parcelles en se nourrissant de pucerons ou de vers de la grappe. La peur de ne pas parvenir à maîtriser leur flore pousse certains viticulteurs à revenir au labour, parfois de manière annuelle. Pour Chantal Rabolin-Meinrad, il faudrait plutôt penser à l’abandonner, au pire n’y avoir recours que tous les dix ans. « Le passage de la charrue perturbe le sol. Il produit à peu près le même effet qu’un herbicide. Il fait disparaître les plantes à bulbes. Il récrée un lit de semences et réveille les semences dormantes, notamment d’amarantes, de chénopodes et de mercuriales très gourmandes en eau. Il vaut mieux griffer le sol pour libérer les graines de nouvelles espèces » explique-t-elle. La fauche est une seconde pratique à appliquer avec discernement. « Les fauches rases et répétées sont à proscrire, principalement de mai à juin. La volonté de redynamiser la flore de son vignoble demande à ce que l’on laisse épier les espèces locales qu’on souhaite voir s’installer. Cela revient à décaler la première fauche en juillet. Dans tous les cas, il faut au moins conserver une dizaine de centimètres de végétation » poursuit Chantal Rabolin-Meinrad. Semer des graines d’espèces locales Comment favoriser le développement d’une communauté d’espèces peu concurrentielles pour la vigne ? Le principal levier qui peut être actionné est de semer des mélanges avec de fortes proportions d’espèces traçantes au chevelu racinaire éclaté comme le bleuet, le souci, la marguerite, le sainfoin, le coquelicot ou encore la luzerne lupuline qui contribue à fournir de l’azote. L’emploi de semences d’espèces locales et s’interdire tout insecticide est un plus. L’initiative du syndicat viticole de Ribeauvillé en fournit le premier exemple. En octobre 2017, ses adhérents ont commencé par travailler l’interrang libre et par y pratiquer deux faux-semis. Ils ont semé à 5 g/m² sur une surface de 7,5 ha un mélange de vingt espèces fleuries (70 % de la dose) et de cinq graminées (30 % de la dose). Elles ont été retenues en raison de leur intérêt pour le milieu et de leur faible concurrence pour l’eau et les éléments nutritifs. L’ensemble des graines d’origine avait été fourni par le Conservatoire des sites alsaciens (CSA). « Il faudra de trois à quatre ans d’observations pour confirmer que, comme l’équipe de l’Inra le pense, ce type de mélange n’a pas d’effet négatif » estime Chantal Rabolin-Meinrad. Un tel mélange est considéré adapté à un bassin-versant présentant une exposition solaire et des pentes similaires. Dans le cas de Ribeauvillé, cette zone homogène s’étend sur une trentaine de kilomètres pour des espèces similaires. Des corrections sont cependant susceptibles d’être apportées à la composition déjà citée en fonction des types de sol spécifiques aux différents terroirs de cette zone. Le cas du cavaillon n’est pas désespéré. De la petite luzerne (Medicago lupulina), la potentille rampante ou argentée, la piloselle peuvent constituer une communauté à prélèvements réduits. Une stratégie de buttage/débuttage avec un léger déplacement de la butte par des disques suffit à affaiblir ces plantes au moment où la vigne a ses plus gros besoins nutritifs, sans pour autant les empêcher de repartir après coup. Une diversité floristique s’établit à partir de quarante espèces présentes sur 500 m² au centre d’une parcelle. Ce chiffre peut doubler dans les milieux les plus riches. Les facteurs qui influencent la densité de ces communautés de plantes ne tiennent pas uniquement dans l’espace restreint de la parcelle. « L’environnement d’une parcelle viticole est aussi important que la façon de travailler du viticulteur. Il est certain que la distance existant entre les ceps et d’autres éléments du paysage joue un rôle et l’étude en cours doit permettre de préciser l’impact de cet éloignement. La proximité d’une haie comportant des arbustes comme des cornouillers sanguins, des noisetiers, (voir sous http://haies-vives-alsace.org/), constitue un abri pour les abeilles sauvages et domestiques, les bourdons, les syrphes ou les lépidoptères qui interviennent dans la pollinisation des espèces fleuries. Planter une haie favorise le retour d’une parcelle à un équilibre général » note Chantal Rabolin-Meinrad.












