Vigne

Printemps des champagnes du 14 au 18 avril

Fédérés dans la diversité

Publié le 27/04/2018

23 groupes de vignerons champenois accueillaient tout ce que le monde du vin compte de sommeliers, cavistes, journalistes, blogueurs… Ça se passait à Reims la semaine dernière dans un esprit respectueux de la diversité des terroirs et des vignerons. Le succès du Printemps des champagnes va grandissant depuis 2009.

Il faut remonter à 2009 quand un groupe de vignerons champenois emmenés notamment par Mélanie et Benoît Tarlant, à Oeuilly dans la Vallée de la Marne, se sont lancés dans la présentation au grand public des vins clairs, c’est-à-dire des vins avant prise de mousse. Une première à l’époque : les vins clairs, sans la rectification gustative que constitue le dégorgement, sont un gage de transparence face aux prescripteurs. Le succès de la première édition du groupe Terres et vins de Champagne a été tel que l’idée a rapidement fait son chemin chez d’autres vignerons champenois qui se sont regroupés par affinité et identité de vision du métier. Aujourd’hui, pas moins de 23 groupes sont identifiés et actifs en Champagne. Ils se sont fédérés pour organiser 23 salons à la même date et dans toute la Champagne, mais essentiellement à Reims. Car si la capitale institutionnelle des champagnes est Épernay, il est entendu en Champagne que Reims est une capitale de la représentation des champagnes : le lieu où se déroulent ces dégustations d’envergure. Peut-on imaginer un printemps des alsaces dans les lieux emblématiques de Strasbourg organisé par une dizaine de groupes constitués de vignerons et metteurs en marché ? L’outil fédérateur du Printemps des champagnes, appelé aussi la Champagne’s week, est une simple plateforme internet sur laquelle sont centralisées toutes les informations des salons et bien sûr les dates concentrées sur quatre-cinq journées. Mais chaque association de vignerons organise son événement indépendamment des autres. Chaque édition fait grandir l’événement Le groupe initiateur Terres et vins de Champagne a tenu à l’identité de l’événement et néanmoins fixé quelques conditions pour qu’un autre groupe puisse faire figurer son salon sur l’agenda commun : « Il faut obligatoirement proposer a minima une demi-journée de dégustation, il faut présenter des vins clairs et pas que des champagnes dégorgés, il n’est pas possible de vendre du vin à cette occasion, et la dégustation doit se tenir dans un lieu emblématique », explique Benoît Tarlant. À chaque nouvelle édition se greffent de nouveaux groupes, ils étaient 16 en 2017, 22 en 2018, plus le groupe Trait d’Union qui ne figure pas sur la liste commune, car son événement se déroule dans l’un des domaines des membres. Et s’ajoutent de nouveaux événements « off » dont la vocation n’est pas de concurrencer les salons, mais plutôt d’attirer plus largement le public du champagne. Ainsi, en amont du Printemps des champagnes, le directeur des Crayères, Hervé Fort, entouré par Philippe Jamesse, le sommelier, Philippe Mille, a sur son initiative invité « un maximum de vignerons, directeurs et chefs de caves de maisons de Champagne. » Philippe Jamesse s’exprime chez notre confrère de La Marne Agricole : « Chaque édition fait grandir l’événement, qui comprend plusieurs symboliques. Au début, avec Phillipe Mille, on souhaitait souligner le Printemps des champagnes qui arrive, et s’inscrire en amont, un peu comme un bal d’ouverture, pour dire que la Champagne ouvre ses portes à ses clients. » Difficile d’évaluer le nombre de visiteurs que drainent ces salons. Toujours est-il que lundi 16 avril, le palais du Tau, adossé à la cathédrale de Reims, n’a jamais désempli. Il accueillait 23 vignerons de Terre et vins de Champagne. Même scénario à quelques encablures pour Des pieds et des mains, dans les salons feutrés de l’hôtel Ponsardin. La veille, Bulle et bio, au Manège de Reims, une salle de spectacle, a accueilli plus de 600 visiteurs. Identité et affirmation de style Qu’est-ce qui motive les vignerons champenois ? Prenons l’exemple de Benoît Tarlant qui proposait trois cuvées : Argilité vinifié en amphore, La vigne d’antan, non greffée, et l’étincelante, un brut nature. Chaque vigneron affirme son identité par des pratiques qui le distinguent : Le petit meslier pour Aurélien et Thierry Laherte, Solera 9712 pour Fabrice Pouillon, Notre Dame, du meunier vinifié en Kvévri encore pour Benoît Tarlant, Les barres, un meunier franc de pied pour Alexandre Chartogne. Continuons au salon Des pieds et des mains : Blanc sous le cerisier, une cuvée d’arbanne, petit meslier, pinot blanc chardonnay pour Thomas Perseval, planteur d’arbres dans les vignes, Bois des Jadots pour Yann Vadin-Plateau, une cuvée tirée sur liège, et Ovalie, élevée en cuve ovoïde et tirée liège. Citons encore Aurélien Lurquin : toute son exploitation est travaillée au cheval. Ce viticulteur fait plus de coteaux champenois (vins tranquilles) que de champagne… En Champagne, il n’y a pas de possibilité d’être rétrogradé en vin de France. La seule destination d’un vin non agréé est la chaudière. Alors qu’est-ce qui pousse toute cette jeune génération et autant de vignerons à s’essayer dans des pratiques nouvelles ? La recherche d’identité et d’affirmation de style. Il y a le cadre strict de l’élaboration et chacun y ajoute ses pratiques identitaires, du pressurage au dégorgement, sans déroger au cadre. Comme d’ailleurs chacune des grandes maisons qui ont aussi des pratiques identitaires et qui ont construit leur renommée : le récemment dégorgé pour Bollinger, l’élevage en fût pour Krug, etc. Chez les récoltants manipulants, c’est Anselme Sélosse (groupe Trait d’Union) qui a lancé le mouvement avec entre autres ses Solera. Et d’autres cuvées. Là, c’est une méthode ancestrale bidulée, puis dégorgée, qui fait débat et n’a pas le droit d’être vendue sous aucune dénomination, pas même en vin de France. Qu’importe, le vin était présenté au salon Trait d’Union, qui se tenait cette année au domaine Larmandier-Bernier à Vertus, aux côtés des maisons Égly-Ouriet, Jacquesson, Roger Coulon. Là même où Sophie et Pierre Larmandier ont essayé cette année des macérations en amphore.

Publié le 27/04/2018

La confrérie des Bienheureux du Frankstein a profité du lancement de Pierre et vins de granite pour inaugurer son œnothèque. 1 500 bouteilles y sont stockées, dont les plus anciennes ont 30 ans.

Située au sous-sol de la maison attenante à la porte d’Ebersheim, la nouvelle œnothèque des vignerons de Dambach-la-Ville est un véritable lieu de mémoire dédié aux vins issus du terroir local. Avec le rez-de-chaussée, aménagé en salle de réunion et de dégustation, elle constitue la maison des vignerons, où les membres du syndicat viticole de Dambach-la-Ville et les Bienheureux du Frankstein peuvent organiser des manifestations autour du vin, en particulier des vieux millésimes. L’œnothèque, qui a été inaugurée le 22 avril lors du lancement de Pierres et vins de granite, a une capacité de 3 000 bouteilles. Mais pour le moment, elle n’est remplie qu’à la moitié de sa capacité. Les 1 500 flacons qui y sont stockés proviennent des millésimes 1988 à 2016, ce qui donne une idée du potentiel de vieillissement des vins de Dambach-la-Ville, notamment des grands crus Frankstein. L’idée de collectionner les meilleurs flacons issus du terroir de Dambach-la-Ville n’est pas nouvelle, a expliqué Claude Hauller, maire de la commune et lui-même vigneron, lors de l’inauguration. Elle a émergé dès la création de la confrérie des Bienheureux du Frankstein, il y a plus de 25 ans, et revenait régulièrement lors des réunions du syndicat viticole. Une cave avait été mise à disposition des vignerons, sous l’école primaire. Mais elle n’était pas adaptée pour recevoir du public et s’est avérée trop petite au fil du temps. Il fallait trouver un autre endroit susceptible d’accueillir les bouteilles et de permettre le vieillissement des précieux millésimes. Cet endroit, les vignerons l’ont trouvé juste à côté de la tour-porte d’Ebersheim qui marque l’entrée du village. La maison attenante a été rénovée depuis 2009 par les artisans de l’Union compagnonnique du Tour de France qui occupent les étages supérieurs. Cette proximité réjouit les viticulteurs, qui partagent avec ces professionnels l’amour du travail bien fait. Des bouteilles recensées et rebouchées La création de l’œnothèque a nécessité « une forte volonté politique », souligne Claude Hauller. Ainsi qu’un certain budget - 150 000 € hors taxes - et beaucoup d’huile de coude puisque les jeunes viticulteurs de Dambach-la-Ville n’ont pas hésité à sacrifier plusieurs samedis pour participer à l’aménagement des lieux. Il a aussi fallu recenser les bouteilles, les transporter, goûter les plus anciens millésimes pour vérifier qu’ils n’étaient pas bouchonnés et reboucher tous les millésimes antérieurs à 2000, souligne Dominique Girolt, le nouveau grand vénérable de la confrérie des Bienheureux du Frankstein. Les millésimes postérieurs à 2000 seront rebouchés au fur et à mesure qu’ils atteindront leurs 20 ans. D’ores et déjà, les vignerons ont pu vérifier que le potentiel de garde de leurs vins est bien réel. Tout l’enjeu est maintenant de faire vivre cet outil porteur de mémoire qu’est l’œnothèque en y organisant des dégustations commentées et des visites pour faire rayonner les vins de Dambach.

La Maison Joseph Cattin récompensée par le Prix d’excellence

« On essaie toujours de faire mieux »

Publié le 20/04/2018

Le 31 janvier, la Maison Joseph Cattin de Vœgtlinshoffen a reçu le Prix d’excellence qui récompense les producteurs ayant obtenu les meilleurs résultats dans leur catégorie pendant les trois dernières éditions du Concours Général Agricole de Paris. Le fruit d’un travail quotidien tourné vers la recherche constante de qualité.

« Mon arrière-grand-père, Joseph Cattin, avait déjà acquis le titre de vignoble modèle. » Jacques Cattin fils le sait, l’excellence si chère à son père Jacky est inscrite de manière viscérale dans l’ADN de la famille. Dans cette maison réputée de Vœgtlinshoffen, cette notion qualitative se transmet de génération en génération. Année après année, diplômes et médailles sont venus récompenser cette recherche constante du « toujours mieux ». Parmi les concours où la maison Joseph Cattin réussît à s’illustrer de manière récurrente, celui de Paris figure en bonne position. Et cette année plus encore. Le 31 janvier, elle a reçu le très convoité Prix d’Excellence qui récompense depuis 18 ans les producteurs ayant obtenu les meilleurs résultats dans leur catégorie de produits lors de trois éditions consécutives du Concours Général Agricole. C’est la deuxième fois en mois de dix ans qu’elle reçoit ce prix. Une sorte de « Graal » en quelque sorte qui récompense le travail d’une « très bonne équipe » tient à rappeler Jacques Cattin. Car dans le domaine familial, la réussite est avant tout une affaire collective. Il y a tout d’abord son oncle, Jean-Marie, qui s’occupe de la conduite du vignoble, son père, Jacky, qui entre deux sessions parlementaires, déguste avec son palais expert les futurs vins qui seront mis en bouteille, son épouse Anaïs, qui a apporté ses compétences commerciales, et les trois chevilles ouvrières de la vinification que sont l’œnologue Corinne Perez, le caviste Stéphane Metzler et le chef de cave à Steinbach Christophe Kempf. « Nous ne sommes plus un petit domaine de cinq hectares où l’on pouvait tout faire tout seul. Aujourd’hui, on doit s’appuyer sur une somme de compétences pour réussir », explique Jacques Cattin. L’autre grande force du domaine, ce sont ses 72 hectares de vigne. « On peut maîtriser les rendements, séparer les terroirs, et du coup tirer le meilleur parti des raisins. On peut tout gérer dans les moindres détails du début à la fin. Du coup, on dispose d’une belle marge de progrès. » Et pas question de privilégier une gamme de vins au détriment d’une autre. « On fait des efforts sur toutes nos cuvées. On n’abandonne aucun vin. » Forcément, un tel niveau d’exigence ne va pas sans un minimum de pression pour l’équipe en charge de la vinification. « Chaque année, on repart de zéro. Il n’y a jamais de recette à reproduire. On doit juste faire aussi bien ou mieux. Et au final, ce sont les dégustations qui donneront le verdict », commente Stéphane Metlzer. Le « style » Cattin Et puis il y a le « style » Cattin. Celui-là même que Corinne Perez a découvert lors de son arrivée dans l’entreprise il y a un an. Auparavant, elle était œnologue chez un négoce bas-rhinois où il n’y avait pas de vigne. En arrivant à Vœgtlinshoffen, elle reprend un contact direct avec la terre et le terroir, et découvre des « bons gewurztraminer et pinots gris » avec plus de chaleur, de puissance et de potentiel de garde que ce qu’elle avait pu voir jusqu’alors. « J’ai été très marqué par ces gewurztraminers qui ont un côté très exubérant et très riche, ainsi que par les muscats très expressifs qui allient la finesse aromatique et la richesse en bouche. » Et puis il y a les rieslings, dont « l’emblématique » Pur de Roche qui se caractérise par une « super minéralité » et un grand potentiel de garde. Un cépage que Jacques a voulu accentuer lorsqu’il a rejoint son père dans l’exploitation en 2007. « Lui, c’est le côté un peu plus droit et la rigueur que l’on retrouve dans le riesling, tandis que Jacky a un côté plus exubérant et généreux qu’on retrouve dans les gewurztraminers », constate avec malice Corinne Perez. Le rouge occupe aussi une bonne place sur la carte de maison Joseph Cattin. Et là peut-être plus encore, cela demande énormément de rigueur pour faire naître d’excellents pinots noirs. « C’est un cépage qui n’a pas beaucoup de tanin et de couleur. Il faut maîtriser les rendements si on veut faire quelque chose de plus corsé. Et uniquement à la vendange manuelle bien sûr », souligne l’œnologue. Là encore, cette recherche constante du « toujours mieux » a porté ses fruits avec les pinots. « Avec les années, on a su monter en gamme. On talonne bien les bourgognes actuellement », estime-t-elle. Du bio « bon », pas du bio « snob » Encore faut-il le faire savoir, notamment à l’étranger où, comme le rappelle Jacques Cattin, « on ne déroule pas le tapis rouge à l’Alsace ». Pourtant, c’est hors des frontières hexagonales que les vins d’Alsace disposent d’un gros potentiel de développement selon lui. « On a la chance de vinifier tous les cépages et toutes les appellations. L’excellence, c’est toute la viticulture alsacienne. On a les bons terroirs, les bons cépages. Sur toutes nos appellations, ce n’est que du qualitatif. Nos liquoreux par exemple n’ont pas à rougir face à des sauternes. Il n’y a pas que le sucre. Il y a aussi le côté fruité, une belle fraîcheur, et un côté plus audacieux et plus sauvage. Je pense que nous devrions être plus fiers de nos terroirs et de nos vins, et de moins regarder la concurrence à l’échelle locale. L’Alsace a tout intérêt à faire connaître ses bons vins. Mais nous avons encore trop tendance à nous dénigrer facilement alors que nous avons de sacrés atouts », considère le vigneron. « Comme nous le répète souvent Jacky, pour faire de l’export, il faut faire de belles choses », complète Corinne Perez. Et aussi répondre à toutes les demandes. La dernière en date provient des pays scandinaves pour des vins « 100 % bio et vegan ». « On a donc décidé de lancer une gamme bio qui complémentera notre carte de manière originale. Mais du bio bon, pas du bio snob, avec le même niveau d’exigence qualitative que pour nos autres productions », ajoute Jacques Cattin. L’essentiel est que le client soit séduit et qu’il ait envie de renouveler ses achats. « Et si le client aime nos produits et revient de manière récurrente, c’est certainement la plus belle récompense pour notre équipe, bien plus qu’une médaille », conclut Jacques Cattin.

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