Vigne

Grand concours des vins d’Alsace de Colmar

« La donne a évolué »

Publié le 06/06/2018

Avec moins de 100 entreprises et moins de 1 000 échantillons en compétition, la 47e édition du grand concours des vins de Colmar a confirmé une tendance baissière observée depuis 2014. Si la manifestation conserve malgré tout un réel intérêt pour de nombreux professionnels, elle devra réussir à trouver sa place dans la nouvelle stratégie de valorisation des vins lancée par le Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace.

La 47e édition du grand concours des vins d’Alsace de Colmar a eu lieu le 25 mai au Parc des expositions de Colmar. Déjà en baisse l’an passé, le nombre d’échantillons présentés cette année a encore diminué pour descendre sous la barre des 1 000. En 2014, on comptait encore 1 302 échantillons testés et comparés par les jurés. On remarque ainsi que la part de vins issus de vignerons indépendants a baissé de 7 % depuis cette date, tandis que la part des vins provenant des coopératives a légèrement augmenté (29,9 % en 2013, 35,6 % en 2018), et celle provenant des négociants est restée stable autour des 30 %. La proportion des cépages en compétition a, elle, peu évolué depuis 2014. Le riesling reste le plus représenté devant le pinot gris et le crémant qui occupent les deuxième et troisième places du podium. Pour la deuxième année consécutive, on constate aussi que le nombre d’entreprises en compétition est au-dessous de la barre de 100 (95 contre 96 en 2017). En 2014, on en dénombrait 130, et encore 116 lors du concours 2016. Une diminution qui peut s’expliquer par une suite de millésimes faibles en volumes, mais pas que. Comme l’explique le directeur du Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace (Civa), Gilles Neusch, l’offre en matière de salons et de stratégies commerciales s’est élargie depuis plusieurs années. « Avant, la médaille était le principal vecteur de communication. Aujourd’hui, avec les notations sur internet, les guides, les segmentations de gamme que chacun décide de faire, la donne a complètement évolué. » Venant après des concours plus renommés comme celui de Paris ou celui de Mâcon, le grand concours des vins de Colmar devra d’une manière ou d’une autre réussir à trouver sa place dans la nouvelle stratégie de valorisation des vins d’Alsace enclenchée par l’interprofession. « Nous avons quand même la chance d’avoir une vraie identité de marque, avec une terre de référence pour les vins blancs et tous les terroirs du monde. On doit être capable de valoriser fortement cette richesse. Et c’est ce que doit permettre ce concours pour les consommateurs de vins d’Alsace », estime le directeur du Civa. Ce dernier reconnaît néanmoins que la grande partie des opérateurs présents à ce concours sont tournés en majorité vers le marché de la grande distribution. « Mais pas que », s’empresse-t-il de rajouter. « Il y a aussi des vignerons indépendants qui concourent pour avoir une distinction à montrer à leurs clients, aux journalistes ou sur les réseaux sociaux. Cela reste une façon supplémentaire de se distinguer. Pour beaucoup, c’est un événement d’entreprise qui permet de valoriser tout le travail fait en interne par les équipes. Et puis, cela permet toujours de jauger la qualité réelle de ses vins, et de se positionner par rapport aux confrères. »

Fête de la vigne et du vin de Traenheim

Un nouveau sentier viticole

Publié le 05/06/2018

Les vignerons de Traenheim ont célébré la vigne et le vin, samedi 26 mai. Ils ont profité de l’occasion pour inaugurer leur nouveau sentier viticole.

Jean Dreyfuss est le nouveau président du syndicat viticole de Traenheim. Il a succédé à Guillaume Mochel en mars dernier. Pour sa première année de présidence, il a été gâté : l’inauguration du sentier viticole entièrement relooké s’est déroulée samedi dernier, en ouverture de la balade gourmande qu’organisent chaque année les vignerons du village. « Nous avons remplacé les anciens panneaux par des pierres de grès où nous avons fixé des panneaux transparents. Sur ces panneaux, un artiste local, Éric Bonin, a mis en forme et illustré les textes que nous avons rédigés », explique-t-il. Résultat, un subtil mélange d’authenticité, de modernité et d’originalité, à l’image des vins de Traenheim. Pour la cérémonie inaugurale, de nombreux élus s’étaient donné rendez-vous au château d’eau : Laurent Furst, député de la circonscription de Molsheim, Gérard Strohmenger, maire de Traenheim, et de nombreux élus des villages environnants. Sans oublier bien sûr les personnalités du monde viticole, avec à leur tête Didier Pettermann, président du Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace, et la reine des vins d’Alsace, Justine Schmitt. Place ensuite à la marche gourmande des Loejelgücker qui a fait le plein cette année. Si l’apéritif se déroulait au château d’eau, décidément un haut lieu de la vie traenheimoise, la suite du parcours a mené les convives d’un domaine viticole à l’autre, de l’entrée au dessert, chaque halte étant ponctuée d’une dégustation de vins du cru. Et comme le beau temps était de la partie, c’était un réel plaisir de s’attabler dans les cours de ces somptueuses fermes qui ont vu des générations de vignerons s’efforcer de tirer la quintessence de leurs vignes. Au total, 360 personnes se sont inscrites pour cette balade gourmande. Les organisateurs en attendaient 250 de plus pour les dégustations au verre et les tartes flambées. Et, vu la foule qui se pressait au centre du village, ils ne se sont guère trompés dans leurs estimations…

Publié le 04/06/2018

Le cycle de conférence organisé par l’École de management de Strasbourg et la marque Alsace a fait étape à Colmar. Le thème de l’œnotourisme a été décliné à l’international, mais aussi localement autour de trois exemples : la maison Zeyssolff à Gertwiller, la maison Cattin à Vœgtlinshoffen et la maison Hauller à Dambach-la-Ville.

Avec 10 millions d’adeptes en France en 2016, l’œnotourisme est en croissance constante depuis 2009, de 4 % par an. « En Europe, l’œnotourisme croît entre 7 et 12 % par an, précise Isabelle Hess-Misslin, diplômée en 2017 du master 2 Management du tourisme de l’École de management (EM) Strasbourg. Le contexte est favorable au développement de cette activité. Cependant, la France a un certain retard à combler. Nous sommes deuxième producteur mondial et deuxième consommateur, alors que la Californie, quatrième producteur mondial, accueille deux fois plus d’œnotouristes que la France. » Ludovic Hauller, responsable du développement commercial dans le domaine familial de Dambach-la-Ville, était six mois en Californie pour son stage de fin d’étude. Il a œuvré au Castello di Amorosa, château inspiré du XIIIe siècle, mais construit en 2007 et accueillant 2 000 visiteurs par jour. « Les clients ne sont pas forcément des amateurs de vin. Ils paient 20 dollars ($) pour une visite avec dégustation de cinq vins. L’entrée de gamme est à 25 $ et le best-seller est un vin de type lambrusco à 7° d’alcool, vendu 35 $. » Si tous ces éléments ne sont pas adaptables à l’Alsace, Ludovic Hauller s’est cependant inspiré de cette expérience pour organiser des événements. « S’inspirer de ces initiatives en prenant en compte nos particularités » Anne-Céline Lamberger, diplômée 2017 du Master international Wine Management and Tourism de l’EM Strasbourg et conseillère caviste chez Klipfel à Barr, était en Afrique du Sud dont le vignoble de 1 330 hectares est sept fois plus petit que celui de la France mais propose des « offres surprenantes ». Les domaines s’ouvrent aux visiteurs à travers des winerise : « Élégants et exclusifs, ils ont pour caractéristiques de toujours allier vin et gastronomie, car la législation oblige à servir des repas chauds ». L’art est souvent associé à ces caves avec expositions et galeries. Et l’aspect environnemental est mis en avant à travers des safaris dans le vignoble. Le Dr Coralie Haller, enseignante-chercheure à l’EM Strasbourg, responsable du Master 2 Management du tourisme, porteuse de la chaire Vin et tourisme de l’EM Strasbourg, évoque sa visite dans le Wine Wonder Land, du réalisateur Francis Ford Coppola en Californie, qu’elle surnomme le Walt Disney du vin. « Il se caractérise par une winery mise en scène avec des éléments de films où l’on vend des goodies (produits dérivés) et de l’autre côté un resort (hôtel avec piscine, etc.), indique celle qui a également vécu quatre ans en Australie. Il n’y a pas qu’un seul œnotourisme étranger, ni un seul mode de consommation mondiale. L’approche globale n’est pas intéressante, mais l’on peut s’inspirer de ces initiatives en prenant en compte nos particularités. » Une recherche d’authenticité Les particularités du vignoble alsacien ont été analysées dans le mémoire de recherche mené l’an dernier par Isabelle Hess-Misslin : « L’Alsace est la troisième destination œnotouristique de France, derrière le Bordelais et la Champagne. L’étude repose sur deux panels : les experts viticoles et touristiques entendus en entretiens et les visiteurs sondés à travers un questionnaire trilingue. Elle permet de constater que la découverte du vin est une raison secondaire à la visite. La première volonté est la découverte de villages authentiques et de paysages. Pourtant, les répondants professionnels considèrent que l’aspect principal de l’offre œnotouristique doit être la connaissance des vins d’Alsace. Pour les visiteurs, c’est la dimension esthétique qui prime. 91 % d’entre eux veulent profiter d’un environnement agréable et vivre un moment convivial. Ils souhaitent apprendre à déguster le vin et des accords mets vins et connaître le domaine. Ils ne sont plus dans la recherche d’expériences extraordinaires, mais d’authenticité. » Sans connaître ces données, le domaine C & Y Zeyssolff à Gertwiller a fait évoluer son offre en ce sens. Céline Zeyssolff rappelle que le domaine, créé en 1574, a été repris par son époux en 1997. Alors, la clientèle était à 80 % constituée de restaurateurs. En 2005 naît la première boutique, Au Péché vigneron : « Elle est boostée par notre implantation géographique, en face de la biscuiterie Fortwenger ». En 2008, elle est complétée par un salon de thé. En 2015, l’ensemble est repensé. Le salon de thé devient un bar à manger de 20 places ; la boutique un « lieu d’échange, ouvert à tous, à la fois culturel et émotionnel. Elle met en éveil les cinq sens avec de la musique, des supports vidéo et bien sûr la dégustation ». Parallèlement, cinq gîtes ont été ouverts au fil des ans. À Vœgtlinshoffen, la Maison Cattin a puisé son inspiration à l’étranger. « La douzième génération est la première à être allé voir ce qui se fait ailleurs en viticulture et en œnotourisme », déclare Anaïs Cattin, responsable export et œnotourisme. Le résultat est le Belvédère, un lieu à la fois bar à vin, espace de vente, de visite et de dégustation ouvert tous les jours de 10 h à 19 h, des visites de la vigne à vélo et en gyropodes Segway, mais surtout des événements inspirés des winedinners. Le prochain est une soirée accord mets et vins aux saveurs thaïlandaises, en juin ce sera une soirée « art et vins » avec ventes aux enchères de street art. Les initiatives étrangères ont également inspiré Ludovic Hauller. « Depuis 2005, avec mon frère Guillaume, nous avons développé les bouchons en verre Vino Lock, des cuvées spéciales et plus récemment des bouteilles sérigraphiées. » Au titre des événements passés et amenés à se renouveler annuellement, Ludovic et Guillaume ont imaginé deux soirées rassemblant 400 personnes chacune : l’Après-ski du vignoble et l’Olejito Beach Party. La dernière nouveauté est le Wine Truck ou camion de Léon. Il ira bientôt à la rencontre des clients et sera présent lors de la prochaine foire aux vins de Colmar. L’Alsace : terre d’expérience des vins blancs d’exception Isabelle Hess-Misslin dresse le bilan et les pistes de développement de l’œnotourisme en Alsace. Elle propose de transformer la destination vignoble d’Alsace en « Terre d’expérience des vins blancs d’exception ». « Il faut accompagner les entreprises vinicoles dans ces démarches à travers les organismes professionnels viticoles ou touristiques. » La réflexion est menée actuellement par le réseau d’acteurs de la filière vin InVinotech. L’œnotourisme est un défi encore plus grand pour les petites structures : « Il faut inventer de nouvelles compétences pour délester les petites entreprises de certaines visites-dégustations, par exemple ». Enfin, « il faut unir l’identité alsacienne autour d’une image forte à travers la refondation en cours du site route des vins d’Alsace ». Isabelle Hess-Misslin suggère également la création d’une cité de l’expérience des vins d’Alsace. « Cela se fait en Bourgogne, alors pourquoi pas chez nous », conclut-elle.

Pages

Les vidéos