Vie professionnelle

Gérard Lorber, secrétaire général de la FDSEA 67

« Trouver un écho dans la sphère politico-médiatique »

Publié le 09/02/2018

« Vous êtes des paysans, des producteurs de nourriture, des jardiniers de nos paysages, des garants de nos terroirs, mais aussi des entrepreneurs, des innovateurs, des employeurs et des créateurs de richesse. » Loin de l’agribashing ambiant, Gérard Lorber, secrétaire général de la FDSEA 67, a voulu booster le moral des troupes.

Ces dernières années, la météo a souvent mis à mal les espoirs de rendements des agriculteurs alsaciens. « Dérèglement climatique ou pas, la couverture face aux accidents climatiques devient une priorité », insiste Gérard Lorber. Sous l’influence du libéralisme, le régime des calamités agricoles a été détricoté « et aujourd’hui, nous tentons de reconstruire un nouveau système ». Avec beaucoup de difficultés, car l’assiette de cotisation pour l’assurance privée n’est pas assez large. « L’abaissement du seuil de déclenchement à 20 % est une bonne chose. » Encore faut-il que le nombre d’assurés soit assez important pour mutualiser les risques. Sinon, on court le risque de voir exploser le système. La bataille des prix était le dossier phare de 2017, poursuit le secrétaire général. « Cela a toujours été notre combat. Notre message a enfin trouvé un écho auprès de la sphère politico-médiatique. » Mais que de réunions, que de commissions, que de mobilisations à tous les niveaux pour faire avancer le dossier ! « Christiane Lambert incarne parfaitement cet engagement par sa présence régulière et remarquée dans les médias. » Pour des prix plus équilibrés Il ne suffit pas de parler des prix, il faut des actes, car il y a urgence. « En 1990, je vendais mon lait à 2,14 FF, soit à 0,33 €. Le même prix qu’aujourd’hui ! Comme si les prix agricoles étaient restés figés dans le temps… » Les charges, par contre, ont connu une inflation galopante. « Remercions nos amis de la grande distribution qui tuent économiquement, socialement et environnementalement des pans entiers de l’économie française. » La mort lente, dans l’indifférence la plus totale, de milliers d’exploitations agricoles choque moins que la fermeture d’une usine… Gérard Lorber pointe du doigt la complicité des élus politiques qui, par leurs réformes successives, ont livré le monde agricole en pâture à la grande distribution et à la concurrence mondiale. « Merci à la LME, ou loi Michel Édouard Leclerc. Merci à l’ouverture totale des frontières. » Pour Gérard Lorber, il est grand temps de réagir. « La loi devra graver dans le marbre un nouveau modèle de relation commerciale. Nous l’attendons, sans nous bercer d’illusion, mais avec l’impatience d’une profession qui ne veut plus être le dindon de la farce. » Certes, une charte d’engagement a été signée en grande pompe. « Le jour de la signature, il n’y avait que des enfants de chœur, mais depuis le passage au confessionnal des négociations commerciales, rien n’est très catholique. » Les agriculteurs se sont déjà mobilisés pour dénoncer cette « mascarade », les agriculteurs alsaciens vont bientôt les imiter, prévient le secrétaire général. Mais le prix n’est qu’une composante du revenu, poursuit-il. « Nous étouffons sous le poids des charges. » Ce n’est pas pour rien que notre pays est passé de la troisième à la sixième place dans le classement des puissances agroalimentaire. « Inutile d’accuser l’Union européenne : nous nous faisons grignoter des parts de marché par nos voisins allemands, hollandais et espagnols. » « La sphère bobo a réclamé la tête du glyphosate » Sur l’affaire du glyphosate, Gérard Lorber est formel : « Si on l’interdit, alors tout le monde doit l’interdire et arrêter d’importer des produits traités avec cette molécule. Si c’est réellement un problème de santé, cela devrait être une priorité. Sinon, c’est de l’enfumage pour faire plaisir aux écolos bobos. » Le secrétaire général de la FDSEA regrette qu’Emmanuel Macron ne tienne pas ses promesses électorales : il s’était pourtant engagé à ne pas faire de surenchère réglementaire. « Forcément, on était content, car les choses allaient changer. Entre-temps, la sphère bobo a réclamé la tête du glyphosate. Nicolas Hulot est passé par là… » Résultat : moins d’un an après son élection, le président de la République est revenu sur ses promesses. Concernant le paiement des aides Pac, « la DDT nous annonce la fin du tunnel et un retour à la normale en 2018 ». Gérard Lorber trace le parallèle avec le message diffusé dans les gares en pleine grève des trains. « Autant dire que je ne suis pas rassuré… » Poursuivant son analogie, il rappelle que suite au retard colossal des trains à la gare Montparnasse, le directeur de la SNCF a été convoqué manu militari chez le ministre des Transports. « Avec trois ans de retard sur le versement des aides Pac, le directeur en charge des paiements pourrait prendre une chambre à demeure au ministère de l’Agriculture… » Railleur, Gérard Lorber souligne la prouesse de l’administration bas-rhinoise qui a réussi à « payer les aides Pac avec seulement trois ans de retard, quand la moyenne nationale est de trois ans et deux mois ». La classification des cours d’eau continuera à mobiliser les responsables agricoles en 2018. Une avancée a été obtenue : celle d’associer les agriculteurs à ce travail. « Il paraît logique de faire appel aux connaissances des gens de terrain, plutôt que de se référer à des cartes qui datent de Napoléon ! » Cette classification obéit à des règles précises, rappelle Gérard Lorber, « et l’administration n’a pas le droit de les modifier quand bon lui semble ». Pour elle, classer 200 m en fossé semble être un véritable crève-cœur. « Quand il n’y a pas d’eau, ce n’est pas un cours d’eau, point barre ! » Gérard Lorber s’insurge à son tour contre le traitement infligé aux agriculteurs dans les médias. « C’est usant d’être sans cesse traîné dans la boue par des gens qui ne connaissent rien à la réalité d’une ferme. Nous devons trouver une solution d’urgence, car cette situation est très mal vécue. » On le voit, il reste du plain sur la planche…

Publié le 09/02/2018

Paul Schiellein, section des anciens exploitants (SDAE) « Enfin, en 2017, une retraite à 75 % du Smic nous a été accordée ! Dorénavant, notre démarche portera sur une retraite calculée sur les 25 meilleures années, avec un objectif de 85 % du Smic. Car avec une retraite de 853 €/mois, les fins de mois restent difficiles, d’autant que la CSG vient d’augmenter. » La section des anciens exploitants a de grands projets pour 2018. « Nous voulons faciliter la dématérialisation des données en proposant aux seniors de se former et d’acquérir une tablette à un prix attractif. Nous allons également accompagner les veufs et les veuves dans leurs démarches et rencontrer, avant l’été, les responsables du Comptoir agricole pour mieux transmettre les valeurs de la coopération et comprendre les innovations que vit notre agriculture. » La SDAE veut favoriser le maintien à domicile des retraités, par la formation des aidants et l’aménagement des logements. Sur un plan plus syndical, les anciens exploitants militent pour le maintien du collège des anciens exploitants dans les Chambres d’agriculture. Une juste reconnaissance du travail accompli par les retraités. « Cette affaire, nous ne la lâcherons pas ! » Philippe Boehmler, section bovine « Messieurs et Mesdames les élus, pouvez-vous encore nous regarder dans les yeux ? D’un côté, vous voulez garder un modèle familial, favoriser le bien-être animal, vous militez pour une alimentation plus saine, produite sur la ferme. Et de l’autre, vous acceptez l’importation de 100 000 t de viande bovine en provenance d’Amérique du Sud, dans le cadre des accords avec le Mercosur, sans réelles garanties sanitaires. La mobilisation ne va pas tarder ! » « Nous attendons beaucoup des États généraux de l’alimentation. Une fois que les choses seront écrites à Paris, nous aurons besoin de vous en région pour les appliquer. Nous avons envie de construire, d’aller dans le sens du consommateur, mais arrêtez de nous prendre pour des idiots ! » Jean Kauffmann, section porcine Entre la France et l’Allemagne, les écarts de prix de la viande porcine sont incompréhensibles. « Plongée des prix en fin d’année, promotions abusives en grandes surfaces, autant de signaux très négatifs ! » Dans le cadre des EGAlim, les éleveurs de porc ont livré leur plan de filière. « Nous serons là pour veiller au respect des règles. » Hervé Wendling, filière ovine « Nous ne sommes pas satisfaits du nouveau plan loup élaboré par Nicolas Hulot. » Par ailleurs, le chamboulement des aides ovines, considérées comme illégales par l’Union européenne, remet en cause la performance des exploitations ovines. « Nous comptons sur la nouvelle Pac pour rectifier le tir. » La mise en place d’un plan national d’amélioration génétique ovine constitue un espoir pour les éleveurs, mais il nécessitera un investissement personnel et un suivi régulier des exploitations. Marc Becker, filière laitière Pour une exploitation moyenne, produisant 600 000 litres de lait par an, 1 centime d’augmentation du prix du lait correspond à un revenu supplémentaire de 6 000 €, soit un demi-Smic par mois. « Ce centime pourrait faire la différence. » Claire Dutter, productrice de lait « Avec Lactalis, nous écrivons un livre digne d’une tragédie, souligne Claire Dutter, membre de l’Apllage (l’association des producteurs de lait du Grand Est livrant à Lactalis). L’organisation de producteurs peut constituer un outil intéressant… à condition que l’entreprise en face de nous la reconnaisse ! » Dominique Daul et le GCO Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique, a validé la construction de l’Autoroute de contournement ouest de Strasbourg (Acos), alors même que le Conseil national de protection de la nature (CNPN) avait émis un avis défavorable - mais uniquement consultatif - sur ce projet. Rappelons que le GCO consommera 300 ha de terres agricoles. Un aménagement foncier englobant 11 000 ha et 500 agriculteurs est prévu, mais il suscite l’opposition du CNPN et d’Alsace Nature. « Le Conseil départemental a prouvé son expertise en matière de remembrements. Messieurs les élus, il faut recadrer l’administration, notamment la Dreal. » Patrick Dietrich et l’A31bis Dans le cadre de la réalisation de l’A31bis, l’administration a pris un arrêté portant protection du biotope (APPB) dans les communes de Lorentzen, Thal Drulingen et Mackwiller, suite aux travaux de réaménagement foncier menés par le Conseil départemental. Ce qui empêche tout travail agricole sur les 453 ha concernés… « Certains agriculteurs ont commencé à prendre possession de ces terrains, mais deux d’entre eux ont été condamnés par le tribunal correctionnel de Saverne. » Véronique Klein, filière bio « La bio est le fer de lance de la transition écologique. Mais dans notre pays, la politique de l’agriculture biologique est mal gérée. Les aides Pac 2015 viennent tout juste d’être versées et celles de 2016 sont annoncées pour juin 2018. Pour 2017, on ne sait pas encore… Le développement de l’agriculture biologique nécessite une vision à long terme, une rémunération équitable, une politique de concertation. À vous de nous donner des signes pour retrouver la confiance perdue ! » Christian Schneider, filière céréales « Puiser dans la caisse du premier pilier de la Pac pour boucher les trous de celle du deuxième pilier, c’est inacceptable ! » La future Pac augure d’un nouveau verdissement. « Mais nous n’accepterons pas la rotation à la parcelle. » Christian Schneider s’insurge contre l’agribashing. Il dénonce notamment la floraison d’émissions de télévision « qui nous mettent un coup sur la tête ». Sans parler des réseaux sociaux, où les critiques contre l’agriculture se déchaînent.

Journée de l’installation au lycée agricole d’Obernai

Une installation réfléchie pour un projet abouti

Publié le 03/02/2018

La Journée de l’installation, temps fort de la formation des étudiants des filières agricoles, s’est déroulée le mardi 23 janvier au lycée agricole d’Obernai. Cette rencontre leur a donné l’occasion de découvrir les principaux aspects d’un projet d’installation en agriculture, des démarches administratives aux formations à suivre et aux calculs de viabilité économique.

« C’est une chance pour les étudiants de pouvoir participer à cette journée, dans un contexte où la formation est écourtée. C’est en rencontrant des jeunes installés, engagés pour dynamiser leur territoire et faciliter les installations, que nos étudiants peuvent obtenir des réponses à leurs questions ». Pour Thierry Girodot, proviseur du lycée agricole, plusieurs messages importants se dégagent de cette journée : « Tout au long de votre vie professionnelle, vous aurez besoin de vous former ! La majorité d’entre vous seront des chefs d’entreprise, qui devront maîtriser à la fois la technique et la gestion de l’exploitation. » Formés pour des exploitations viables, vivables et transmissibles Thomas Gillig, président des Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin, souligne l’importance de la formation avant l’installation. « Il faut mettre à profit le temps dont vous disposez avant votre installation pour faire des stages, découvrir d’autres régions, d’autres systèmes de production et de fonctionnement. Acquérir une ouverture d’esprit, ne pas se contenter de ce que l’on connaît, est important pour la gestion de votre exploitation. » L’appartenance à un réseau d’agriculteurs permet aussi de continuer à apprendre des autres et à progresser tout au long de sa carrière. « Nous œuvrons pour que les installations se fassent sur des exploitations viables, vivables et transmissibles, et cela passe en premier lieu par une bonne formation des agriculteurs. Cette année encore, nous avons réussi à maintenir un rythme intéressant d’installations », ajoute-t-il. Julien Koegler, secrétaire général des JA67, remercie tous les protagonistes de cette journée, le lycée agricole d’Obernai, la Chambre d'agriculture d’Alsace, le Centre de formation professionnelle et de promotion agricole, sans oublier l’équipe des JA 67. Avant de présenter le parcours à l’installation, qui débute par un rendez-vous au Point accueil installation. Il précise que c’est une démarche qu’il faut anticiper : « Un projet réussi, c’est un projet mûri, mené par un chef d’exploitation qui a pris le temps d’acquérir les connaissances nécessaires à la pérennité de son entreprise ». Études de cas Julien Koegler présente ensuite le travail qu’ont mené les groupes d’étudiants au cours de la matinée. Prenant, pendant quelques heures, la place des conseillères installation et formation, les étudiants ont réalisé des études de cas. Répartis en groupes, ils se sont creusé les méninges sur des projets d’installation, fictifs ou réels. Avec l’aide de jeunes installés et des conseillères, ils ont rédigé un Plan de professionnalisation personnalisé (PPP). Le PPP détaille toutes les formations et stages que le jeune doit suivre pour obtenir la capacité professionnelle, mais aussi les formations préconisées tout au long de sa carrière, les stages obligatoires devant être effectués avant l’installation. Anticipation : le mot d’ordre de l’installation Les étudiants ont préconisé de nombreux stages, courts et longs, aux différents candidats à l’installation fictifs dont ils ont étudié les dossiers. Ils ont ainsi mis en évidence l’importance de réaliser un maximum de stages et de formations au cours de leur cursus scolaire, mais aussi et surtout d’anticiper les démarches d’installation. Ils ont estimé à un an et demi le délai moyen nécessaire pour s’installer, ce qu’ont confirmé les représentants de la direction régionale de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt (Draaf) et de la Région Grand Est, présents dans la salle. Une fois l’étape du PPP passée, reste à établir le Plan d’entreprise, une étude qui permet de vérifier la viabilité du projet d’installation. Ce sont d’autres groupes qui se sont intéressés à l’analyse de l’ensemble du projet sur le plan économique. Ils ont calculé le revenu disponible pour l’installant pendant quatre ans, et ce en prenant en compte la fluctuation des prix et la possibilité d’une conjoncture encore plus difficile. Prendre en compte la volatilité des prix Cet exercice leur a montré qu’il est indispensable de prendre en compte la volatilité des prix lorsque l’on réalise l’étude de viabilité d’une installation. Le secrétaire général des JA67 insiste sur deux points : « Aujourd’hui, l’augmentation de la production n’implique pas forcément une augmentation du revenu disponible pour l’exploitant ! En revanche, la maîtrise des charges et la technicité sont primordiales, car c’est grâce à elles que vous pourrez encaisser ces fluctuations. » Les témoignages et les calculs des étudiants montrent aussi que diversifier ses productions est un atout indiscutable dans une région dotée de filières fortes. Gaby Wampfler, du Centre de formation professionnelle et de promotion agricole, et Stéphanie Jehl, de l’Odasea, ont commenté les présentations tout au long de l’après-midi, insistant sur les points clés à prendre en compte pour donner au projet d’installation toutes les chances de réussir. Des partenaires pour soutenir les installations Pour clôturer la journée, les partenaires des Jeunes Agriculteurs qui soutiennent les installations ont été invités à prendre la parole. Le Crédit Agricole, Groupama et le Service de remplacement ont tour à tour présenté les chartes et les avantages qu’ils proposent aux jeunes dans le cadre de leur installation.

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