Vie professionnelle

Prévention des troubles musculo-squelettiques (TMS)

L’exosquelette, ses bénéfices et ses limites

Publié le 16/02/2018

Issue des milieux militaires et de la médecine de réhabilitation, la technologie des exosquelettes se démocratise dans le monde du travail pour aider certains opérateurs dans leurs tâches. Une assistance physique qui a ses limites mais qui peut représenter une solution pour certains types de troubles musculo-squelettiques (TMS), le « mal du siècle » responsable de plus de 90 % des maladies professionnelles dans le monde agricole.

On les présente comme le « mal du siècle ». Les TMS (troubles musculo-squelettiques) représentent pas moins de 91 % des maladies professionnelles dans le régime agricole, et 87 % dans le régime général. Un phénomène qui n’épargne donc aucune catégorie socioprofessionnelle, et encore plus problématique pour les professions agricoles et viticoles. C’est pourquoi les Caisses d’assurance accidents agricole (CAAA) ont entrepris diverses actions pour prévenir ces risques chez les principaux concernés, qu’ils soient salariés ou non salariés. Comme le souligne Anthony Metzger, conseiller prévention à la CAAA du Haut-Rhin, les TMS se retrouvent partout dans le corps, avec une présence accrue dans le canal carpien (au niveau des mains), des coudes et des épaules. Plusieurs causes en sont à l’origine : les gestes répétitifs, le port de charges lourdes, des postures pénibles, des vibrations, le froid, le stress, le management ou l’organisation du travail. Et plus les années passent, plus le pourcentage de TMS augmente. « En 2006, ils représentaient 75 % des maladies professionnelles. Pourtant, nous connaissons les règles de prévention. On a produit de la norme, de la méthode et plein d’autres choses. Mais on n’arrive pas à endiguer le phénomène. Cela veut dire qu’il y a peut-être d’autres choses à développer », explique Dominique Hen, directeur de l’Agence régionale pour l’amélioration des conditions de travail (Aract) du Grand Est. L’une d’entre elles consiste à alterner les tâches, plutôt que d’enchaîner les mêmes pendant des heures. « Les mouvements répétitifs représentent 84,6 % des TMS. Si on peut alterner les tâches, on aura fait une grande partie du travail », détaille Anthony Metzger. Une assistance physique uniquement À côté de cela, il existe des équipements, mais aussi des bonnes habitudes (lire en encadré) qui permettent de soulager l’opérateur sur son poste de travail. Et puis il y a les exosquelettes, un concept né dans les années 1960 qui a pour objectif d’apporter une aide physique à l’utilisateur dans une tâche. Jusque-là cantonnés à des applications militaires ou de médecine de réhabilitation, les exosquelettes sont testés depuis quelques années comme solution pour résoudre les problèmes des troubles musculo-squelettiques. Comme l’indique Jean-Jacques Atain-Kouadio, expert de l’exosquelette au sein de l’INRS (Institut national de recherche et de sécurité), le contexte a fortement évolué depuis une dizaine d’années. « La population vieillit, les progrès technologiques sont fulgurants et les entreprises se sont modernisées. Tout est réuni pour que la technologie des exosquelettes se démocratise. D’autant plus qu’on peut l’utiliser dans tous les domaines économiques. » Reste à mesurer son efficacité réelle sur le terrain. Si ce squelette mécanique peut faire ressembler à un robot, offre-t-il néanmoins la force d’une machine ? L’homme pourrait-il devenir une sorte de surhomme, tel le héros de comics Iron Man ? « On n’en est clairement pas là », tient à rassurer Jean-Jacques Atain-Kouadio à ceux qui voient dans cette technologie une nouvelle dérive vers le transhumanisme et le développement d’une société d’hommes robots. « Non, il s’agit d’une assistance physique qui peut, localement et de manière très spécifique, aider l’opérateur dans sa tâche. Cela ne peut pas être une solution pour tous les TMS. » En clair, les troubles bio-squelettiques uniquement, ceux qui apparaissent quand on porte des choses lourdes, ou lorsqu’on a les bras relevés en permanence. Ceux-là mêmes qui impactent les épaules, soit 28 % des TMS dans le milieu agricole. Beaucoup de questions en suspens L’INRS a étudié l’efficacité du dispositif. « On a mesuré 10 à 40 % d’activité musculaire en moins, une diminution de la fatigue et de la compression des disques de la colonne vertébrale. Néanmoins, il y a aussi de l’inconfort. Pour certains utilisateurs, cela augmente l’activité des muscles abdominaux. Cela modifie aussi la façon de travailler avec les jambes, et cela alourdit l’activité des muscles au niveau des chevilles », développe Jean-Jacques Atain-Kouadio. De ce fait, de nombreuses questions restent en suspens quant aux bénéfices et inconvénients des exosquelettes. « À l’INRS, on essaie juste de comprendre cette technologie et de voir si elle peut vraiment représenter une solution dans le monde du travail. Il ne faudrait pas qu’elle génère d’autres problèmes dans l’entreprise. Si nous souhaitons la faire tester au plus grand nombre, il faut d’abord qu’on se pose des questions en amont », poursuit-il. Par exemple, si on utilise un exosquelette, combien de temps faut-il attendre après l’avoir enlevé pour retrouver des sensations normales ? Dans une équipe de travail, si une seule personne en est pourvue, qu’en est-il du regard et de l’acceptation des autres ? De nombreux risques sont à prendre en compte : le risque de collision avec un tiers, la casse d’outils prévus pour résister à la force humaine, des risques d’écrasement ou de frottement. « Au bout d’un moment, ne va-t-on pas voir apparaître des lésions sur la peau ? Et est-ce que le fait d’être assisté comme cela ne risque pas de faire perdre des muscles ? Il y a encore beaucoup d’interrogations en suspens », poursuit Jean-Jacques Atain-Kouadio. Il y a néanmoins une certitude : aussi avancée soit-elle, la technologie des exosquelettes ne pourra pas à elle seule éradiquer le « mal du siècle » que sont les troubles musculo-squelettiques.

Entrepreneurs du territoire

Bas-Rhin et Haut-Rhin main dans la main

Publié le 13/02/2018

C’était une première ! Mercredi 24 janvier, les syndicats des entrepreneurs des territoires du Haut-Rhin et du Bas-Rhin tenaient leur assemblée générale en commun. Ils avaient choisi un lieu central : l’entreprise Würth, à Erstein.

C’est devant une salle pleine d’entrepreneurs alsaciens que Claude Gretter, président des entrepreneurs des territoires (EDT) du Haut-Rhin et vice-président des EDT du Grand-Est, ainsi que Bernard Diss, président des EDT du Bas-Rhin, ont animé cette première assemblée générale en commun. Après un tour de table de présentation des participants, Claude Gretter a fait le point sur la dernière campagne. Le pessimisme de 2016 laisse la place à l’optimisme : hausse des surfaces et des rendements en colza, + 7 % de surface de soja, très bon rendement des orges, surface de maïs en progression et rendement moyen très honnête, à 113 q/ha, sont autant de raisons de se réjouir pour les entrepreneurs des territoires. « On aura toujours besoin de moissonneuses en Alsace », constate Claude Gretter. Les assemblées générales statutaires se sont poursuivies paisiblement, tant du côté du Haut-Rhin que du Bas-Rhin. Les comptes ont été approuvés, les membres sortants des bureaux ont été renouvelés dans leurs fonctions, les niveaux des cotisations sont maintenus… Et les syndicats vont poursuivre leurs actions, entre journées de formation (Écophyto) et de détente (paella). Les principaux événements à venir sont un voyage d’étude, qui aura lieu du 13 au 16 février, et qui permettra aux participants de visiter des usines Amazone et Claas, et le congrès des entrepreneurs des territoires, qui se déroulera cette année à Ajaccio, du 31 mai au 2 juin. Pour des entreprises plus performantes Dans son rapport d’activité, Éric Brodhag, secrétaire général, a évoqué le programme EDT 2020, qui comprend notamment un outil qui doit permettre à chaque entreprise d’identifier ses points faibles, que ce soit la relation client, la gestion des impayés, la communication… Un diagnostic préalable indispensable à la mise en œuvre d’éventuelles solutions. « L’objectif, c’est que les entrepeneurs puissent s’améliorer sur la base du volontariat. » Les entrepreneurs ont également évoqué la normalisation des règles de circulation des machines agricoles en Europe. Une normalisation qui permettrait d’homologuer une machine une fois pour tous les pays européens. Et les constructeurs souhaitent globaliser l’offre en tracteurs capables de rouler à plus de 40 km/h. Ce qui ne va pas sans poser quelques interrogations, notamment sur le type de permis à détenir pour les conduire. Vers une plus grande reconnaissance de la profession Robert Dieudonné, président des EDT de Lorraine et du Grand Est, a salué l’initiative de rapprochement des deux départements. Et a appelé à aller encore plus loin : « Les administrations fonctionnent désormais à l’échelon du Grand Est et leurs interlocuteurs doivent donc également être structurés à cette échelle. Les entrepreneurs de travaux forestiers ont déjà une belle équipe Grand Est, qui leur permet de se faire entendre. Les entrepreneurs de travaux agricoles et ruraux doivent encore se structurer, pour être davantage visibles dans le paysage régional, tout en conservant des représentants plus locaux. Cela demande de l’investissement. » L’embauche d’un animateur au niveau des EDT du Grand Est est donc à l’étude. Un des objectifs de cette embauche serait aussi de capter davantage d’adhérents. Il s’agit en effet d’un enjeu important puisque la fédération nationale travaille à l’élaboration d’une convention collective spécifique aux entrepreneurs des territoires. « Or pour pouvoir être reconnus comme une branche professionnelle nous devons regrouper un certain nombre d’adhérents et d’employeurs de main-d’œuvre », explique Robert Dieudonné.

Publié le 12/02/2018

Pas de nuit de l’agriculture, mais une soirée de vœux. Les Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin innovent, en ce début d’année 2018. Cette cérémonie, qui s’est déroulée le 26 janvier à la Maison de l’agriculture de Schiltigheim, a été l’occasion de faire connaissance avec le nouveau directeur départemental des Territoires, Christophe Fotré.

Partager un moment convivial avec leurs partenaires, c’était le but visé par les Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin en organisant cette soirée de vœux. Leur président, Thomas Gillig, était entouré de membres du bureau et des administrateurs. « C’est une première pour nous, a-t-il précisé. Vous êtes tous un maillon de la chaîne, une chaîne qui doit être solide pour que les jeunes agriculteurs puissent continuer à s’installer. D’autant que nous rencontrons des difficultés en termes de nombre d’installation et d’instruction des dossiers. » L’actualité est particulièrement chargée en ce début d’année. « Le GCO (grand contournement ouest) continue à faire parler de lui et les cours d’eau se sont imposés à la une de l’actualité. 2018 commence de façon humide, en espérant qu’elle permettra de confirmer les espoirs de 2017. » Le président de la République, Emmanuel Macron, avait adressé ses vœux à l’agriculture la veille de cette cérémonie. Il a réaffirmé son ambition d’obtenir une juste rémunération pour les agriculteurs. « Si le président le souhaite, on ose espérer que cela se réalisera. » Mais les négociations commerciales sont en cours, et elles s’annoncent plus dures que jamais. « Espérons que le gouvernement saura faire respecter la loi. » Cette soirée a été l’occasion de faire connaissance avec le nouveau directeur départemental des Territoires, Christophe Fotré. « Nous comptons sur lui pour soutenir nos projets et veiller au bon fonctionnement de ses services, ainsi qu’à la qualité des relations avec l’État. Le monde agricole doit respecter un cadre réglementaire, mais il est aussi confronté au contexte agricole et climatique, a insisté Thomas Gillig. Notre objectif est de travailler sereinement à tous les niveaux. Or, ces derniers temps, nous avons eu un peu de mal à nous faire entendre. Je plaide pour des relations plus ouvertes. » Développer les circuits courts et installer des jeunes Françoise Buffet, adjointe au maire de la ville de Strasbourg et conseillère eurométropolitaine, est revenue sur les États généraux de l’alimentation. « Notre objectif est de développer les circuits courts et d’installer des jeunes en maraîchage bio sur les terres de l’Eurométropole de Strasbourg. La convention de 2010 qui nous lie avec le monde agricole a été renouvelée il y a deux ans. Elle marque notre souhait de préserver le foncier agricole - 250 hectares qui devaient être urbanisés sont revenus à l’agriculture. C’est une volonté du maire qui veut construire la ville dans la ville et ne plus puiser dans le foncier agricole. Il n’y a pas un seul projet d’urbanisme qui ne soit discuté avec la Chambre d'agriculture. La municipalité soutient une agriculture durable, axée sur la qualité et la traçabilité. Nous développons cette visibilité à travers le magasin collectif la Nouvelle Douane et, bientôt, celui de la Manufacture des tabacs où 1 500 m2 seront dédiés à la vente de produits bios et à la restauration. » Ne pas rêver d’une agriculture fantasmée Chaque année, un grand événement est organisé par l’Eurométropole pour faire découvrir l’agriculture à ses habitants, comme le Tour des fermes. « Les citadins sont très curieux de l’agriculture, a souligné Françoise Buffet. Plusieurs milliers de Strasbourgeois ont visité les exploitations agricoles à vélo lors de la dernière édition. On ne peut pas pointer du doigt les agriculteurs, alors que c’est vous qui nous nourrissez, ni laisser continuer les habitants à rêver d’une agriculture fantasmée ! » Thomas Gillig a renchéri : « Arrêtons les préjugés sur l’agriculture ! La communication avec le grand public est fondamentale pour présenter notre métier, nos savoir-faire. » Le nouveau DDT, Christophe Fotré, a profité de l’occasion pour se présenter… et délivrer un message de construction. « Proximité, reconnaissance, qualité… À nous de trouver les solutions qui vont bien dans la perspective de ces grands enjeux. » Christophe Fotré connaît bien le département, puisqu’il y a fait ses études et y a travaillé entre 2000 et 2005. « L’agriculture bas-rhinoise est très diversifiée, ce qui devrait permettre de dégager de la valeur ajoutée. C’est sur ces atouts qu’il faut construire une agriculture réconciliée avec la société. » Thomas Gillig a eu le mot de la fin : « J’espère que l’innovation sera au pouvoir en 2018 ! »

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