Vie professionnelle

Assemblée générale de la FDSEA du Bas-Rhin

Pour de meilleures relations commerciales

Publié le 09/02/2018

Un débat entre personnalités de stature nationale ou européenne était organisé en seconde partie de l’assemblée générale de la FDSEA 67, lundi 5 février. Les intervenants ont tiré un premier bilan des États généraux de l’alimentation.

Inverser la formation des prix. C’est le deuxième point de la charte signée le 14 novembre entre les syndicats agricoles et la grande distribution dans le cadre des États généraux de l’alimentation. Il invite les signataires à mieux tenir compte des coûts de production des agriculteurs dans l’établissement du prix de vente en rayon. Un principe qui doit assurer aux paysans un revenu décent. Finie la casse des prix ? « Non. » Réponse sans appel d’Olivier De Bohan, vice-président de Coop de France, à la tribune de l’assemblée générale de la FDSEA du Bas-Rhin, lundi 5 février. Trois mois après la ratification de l’accord, tous les professionnels dressent un même constat. Les enseignes de grande distribution (GMS) ne jouent pas le jeu. « Certaines vont jusqu’à délocaliser les lieux de négociation pour échapper aux nouvelles règles », lâche exaspéré celui qui est aussi président de Cristal Union. Pire. La GMS demanderait des baisses de 2 à 8 % sur de nombreux produits. Les négociations commerciales débutées en novembre sont si difficiles que Christiane Lambert a tapé du poing sur la table. Les agriculteurs ont beau brandir la charte d’engagement, « les distributeurs disent qu’ils s’assoient dessus », a déploré la présidente de la FNSEA lors de ses vœux à la presse, le 9 janvier. Mettre fin à la guerre des prix bas Mais comment obliger la GMS à respecter ses engagements ? À la tribune de Kurtzenhouse, Marie-Thérèse Bonneau demande un cadre légal contraignant. « Il faut des règles et des pénalités pour ceux qui ne les respectent pas », défend la vice-présidente de la Fédération nationale des producteurs de lait. Légiférer donc. Stéphane Travert, le ministre de l'Agriculture, a présenté son projet de loi au Conseil des ministres du 31 janvier. Le texte devrait relever le seuil de revente à perte de 10 %. Soit le prix d’achat du produit plus les coûts logistiques. Il devrait aussi limiter les promotions à 34 % de la valeur d’origine du produit, et 25 % du volume annuel. Des mesures destinées à mettre fin à la guerre des prix bas que se livrent les géants de la distribution et dont les agriculteurs font les frais. Un problème européen Pourtant, la GMS ne porte qu’une partie des responsabilités, selon Michel Dantin, eurodéputé spécialiste des questions agricoles. « Mes équipes ont détecté plus de 41 modes de concurrence déloyale en Europe », explique-t-il devant les adhérents du syndicat bas-rhinois. Pour l’élu, il s’agit là d’un problème européen. Et les États généraux de l’alimentation n’ont apporté qu’une partie de la solution, car trop centrés sur la France. Il se tourne aussi vers l’Europe pour trouver des solutions. Il a par exemple salué l’accord européen sur le règlement Omnibus. Le texte modifie certaines doctrines financières, notamment en matière agricole. Ainsi, il augmente la flexibilité de répartition de la valeur par rapport aux contrats commerciaux signés en début d’année. En d’autres termes, les bonnes années, les agriculteurs pourront demander à recevoir une partie des marges supplémentaires dégagées par la distribution. De plus, depuis le 1er janvier, les organisations de producteurs sont considérées comme un outil économique. Elles peuvent intervenir sur tous les aspects d’une relation commerciale. Tarifs, planification, condition de livraison… Les agriculteurs sont invités à se rassembler pour peser plus lourd dans la balance. Pour Marie-Thérèse Bonneau, les paysans font surtout face à un problème de fond. Les acheteurs, industriels comme particuliers, ne respectent pas la valeur de leur travail. « Il reste un mois de négociations commerciales, à nous de mettre la pression pour faire reconnaître notre travail. »

Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin

Redonner des couleurs à l’agriculture française

Publié le 09/02/2018

Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin, a détaillé ses propositions pour embellir l’avenir du monde agricole. Il s’est exprimé au début d’une table ronde organisée pour l’assemblée générale du syndicat majoritaire, lundi 5 février à Kurtzenhouse.

« Notre agriculture a plein d’atouts, mais l’environnement actuel ne nous permet pas de les exprimer. » Voici en résumé le constat de Franck Sander sur la situation du monde agricole. Devant 500 adhérents réunis pour l’assemblée générale de la FDSEA 67, son président a avancé des propositions pour soigner les maux de la paysannerie hexagonale. Son leitmotiv ? Améliorer la compétitivité des exploitations françaises pour obtenir un prix décent. Et in fine, vivre de son travail. Là encore, un état des lieux sévère. Sur les dix dernières années, « la valeur ajoutée alimentaire a progressé dans tous les pays européens, sauf un : la France. » L’élu oppose ainsi des hausses de valeur de 2 à 20 % dans l’Union européenne (UE), à une baisse de 14 % pour les produits tricolores. Un manque de compétitivité fatal sur un marché mondialisé. La faute à qui ? Aux normes et plus généralement à l’administration française. Une bureaucratie accusée d’aller plus loin que ce que prévoient les directives européennes. Dernier exemple en date, le glyphosate. Alors que le Parlement européen a voté pour une reconduction de cinq ans, le président de la République, Emmanuel Macron, a demandé à ses services de plancher sur une interdiction d’ici trois ans. Cette tendance à « vouloir laver plus blanc que blanc » plomberait la compétitivité de l’agriculture et l’empêcherait d’avancer. Plus vert, plus cher Deuxième cheval de bataille, les prix. Ou plutôt le juste prix. Les États généraux de l’alimentation ont acté (sur le papier), l’inversion de la formation du prix. À l’avenir les tarifs se baseront sur les coûts de production des exploitants et augmenteront à chaque étape de la chaîne jusqu’à l’arrivée en rayon. Ce dispositif doit (sur le papier toujours) empêcher la grande distribution d’imposer des tarifs trop bas aux paysans. « Chacun pourra comprendre qu’il n’est pas possible de vendre en dessous de son coût de production », a asséné Franck Sander. Pourtant, les centrales de distribution ne sont pas les seules coupables. Les consommateurs eux-mêmes doivent accepter de « payer le prix de leurs exigences. Car produire des œufs en plein air coûte plus cher qu’en batterie. » Cela passe par toujours plus de communication à destination du grand public, selon le responsable syndical. Les agriculteurs doivent continuer à vanter leur métier et leurs savoir-faire. Surtout lorsqu’ils adoptent des techniques plus respectueuses de l’environnement et du bien-être animal. Mercredi 31 janvier, le ministre de l'Agriculture, Stéphane Travert, a présenté au Conseil des ministres un projet de loi pour l’équilibre des relations commerciales dans le monde agricole. Un texte censé officialiser les conclusions des États généraux de l’alimentation. Autant dire que les responsables agricoles surveillent le sujet. « Nous attendons beaucoup de la loi pour faire en sorte que le prix payé aux agriculteurs ne soit plus la variable d’ajustement », confirme Franck Sander.

Assemblée générale de la FDSEA du Bas-Rhin

« Inverser la logique de la fixation des prix »

Publié le 09/02/2018

Manque de prix, manque de compétitivité… Les agriculteurs vivent une période de doute, a souligné le président Franck Sander, en ouvrant l’assemblée générale de la FDSEA du Bas-Rhin, lundi dernier à Kurtzenhouse. Les trois vice-présidents ont fait le tour de ces préoccupations.

Un thème a fait la une de l’actualité en 2017, les prix à la production. « Le président de la République, Emmanuel Macron, en a fait une cause nationale », indique Didier Braun, vice-président de la FDSEA. La valeur ajoutée a échappé aux agriculteurs, déplore-t-il. Les agriculteurs sont bien décidés à faire respecter la loi, qu’il s’agisse des promotions abusives ou de l’affichage de l’origine des produits transformés. Il ne s’agit pas de faire du protectionnisme caché, mais de donner au consommateur le choix de son achat, explique-t-il. « Il y a encore du travail ! » Pour le vice-président, il faut inverser la logique de la fixation des prix, en partant des coûts de production de l’agriculteur pour établir le prix de vente final au consommateur. « Pour l’instant, les relations commerciales sont en faveur des distributeurs : les industriels plient et les producteurs trinquent. » Le gouvernement parviendra-t-il à inverser la tendance ? En tout cas, « il doit donner l’exemple, en étant plus dur dans les négociations commerciales avec le Canada et le Mercosur ». « C’est inacceptable de vivre une telle situation ! » Didier Braun dit « stop à la surenchère environnementale », comme dans le cas du GCO : « On veut planter des arbres sur les meilleures terres agricoles ! » Fabien Metz, vice-président de la FDSEA, renchérit : « Il faut arrêter les surcompensations environnementales ». Il déplore le fait que les agriculteurs soient les seuls à porter ces compensations, comme dans le cas du GCO, ce qui ampute dangereusement leurs exploitations. L’opération de restructuration foncière, qui devait porter sur 11 000 ha, a été remise en cause par Alsace Nature. C’était pourtant le seul moyen de restructurer les exploitations pour qu’elles soient viables. Il dénonce également « le chantage scandaleux » exercé par cette association sur la protection du biotope (APPB), dans le cadre de la construction de l’A31bis. « Les nombreux efforts consentis par les agriculteurs sont réduits à néant. » Concernant le futur arrêté ZNT (zones non traitées), Fabien Metz rappelle : « L’État veut nous imposer 1 500 km supplémentaires de bandes enherbées ». Comment accepter une telle mesure ? « Nous devons trouver un compromis acceptable », tout en prenant en compte les situations où la qualité de l’eau est dégradée. L’agriculture est porteuse de solutions pour l’environnement, souligne-t-il. « Notre activité s’est toujours adaptée au territoire, mais elle a besoin de règles claires. Le dossier de la classification des cours d’eau est un bon exemple. » Non à l’agribashing Revenant sur l’utilisation des produits phytosanitaires, il estime qu’il faut empêcher les impasses techniques, trouver des méthodes alternatives, ne pas surtransposer les règles européennes, comme dans le cas du glyphosate. « Emmanuel Macron avait promis de ne pas faire de surenchère réglementaire. Alors pourquoi limiter à trois ans l’utilisation du glyphosate, alors que l’Union européenne est repartie pour cinq ans ? Pourquoi autoriser, notamment dans le cadre des accords commerciaux bilatéraux, l’importation de produits génétiquement modifiés et traités au glyphosate ? » Lors du débat autour de la réhomologation de cette molécule, on a assisté à un véritable agribashing orchestré par le lobby écologiste. Fabien Metz suggère de « se baser sur des données scientifiques réelles et non sur des considérations politiques ». « Nous sommes conscients que nous devons évoluer pour atteindre la multiperformance économique, sanitaire, environnementale et sociétale, poursuit-il. Pour cela, il faut valoriser l’expérience déjà acquise, développer l’innovation et la recherche, et pousser les pouvoirs publics à accompagner ces solutions. » « Ayez le réflexe FDSEA ! » « L’amour de notre métier nous permet de nous surpasser », confie Laurent Fischer, vice-président de la FDSEA. Sinon, comment supporter « les retards inacceptables dans le paiement des aides Pac », les dégâts causés par les corvidés, en constante augmentation, et les ravages causés par le gibier, notamment dans les prairies ? « L’administration fait très fort ! Le Bas-Rhin est l’un des meilleurs départements français pour le traitement de la Pac, paraît-il. Or nous venons de vivre les pires années pour le paiement des aides… » La FDSEA veut faire avancer les dossiers, comprendre le décompte des aides Pac versées, récupérer les montants injustement déduits, souligne Laurent Fischer. Qu’il s’agisse de la reconnaissance de calamité agricole, des dégâts de gibier, des problèmes juridiques, « ayez le réflexe FDSEA. Nous sommes un réseau de terrain, d’échange et de convivialité. »

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