Assemblée générale de la FDSEA du Bas-Rhin
Comment répondre aux défis de demain ?
Assemblée générale de la FDSEA du Bas-Rhin
Publié le 02/02/2018
L’assemblée générale de la FDSEA se tiendra le lundi 5 février à 9 h 45 à la salle des fêtes de Kurtzenhouse. Après le traditionnel rapport d’activité, plusieurs personnalités du monde agricole et politique débattront lors d’une table ronde sur le thème des prix agricoles, de la volatilité, de la compétitivité et des attentes des consommateurs. Nous vous proposons une présentation des participants et de leur prise de position récente. Les membres du bureau de la FDSEA espèrent vous compter nombreux pour partager ce moment d’échange et de convivialité.
Michel Dantin Michel Dantin est député européen, élu dans la circonscription du Sud-Est. Après avoir été rapporteur de nombreux textes agricoles, il copréside aujourd’hui un groupe de réflexion sur l’avenir de la Pac, ce qui fait de lui le référent français sur les sujets agricoles au niveau européen. Fin novembre, la Commission européenne a présenté ses premières propositions pour la future Pac. « Je considère que ces premières annonces vont dans la bonne direction, puisqu’elles prônent une Politique agricole commune véritablement économique, fondée sur le maintien des paiements directs, l’amélioration des outils de gestion de risques, un soutien accru aux investissements, à l’innovation et aux nouvelles technologies. Je partage la volonté du commissaire à l’Agriculture d’améliorer le verdissement de la Pac en le rapprochant des réalités locales. Néanmoins, il sera nécessaire de regarder plus en détail le contenu et l’impact concret du nouveau système de coopération entre l’Union européenne et les États membres en ce qui concerne le premier pilier de la Pac, de manière à veiller qu’une telle proposition ne conduise pas à une renationalisation de la politique agricole. Il s’agit de la première étape d’un long processus de réforme de la Pac pour la période post-2020. Le Parlement européen va pleinement prendre part au débat. Néanmoins, nous devons nous interroger : est-ce pertinent de proposer une telle réforme alors que les conséquences du Brexit ne sont pas encore connues et à la veille de la fin du mandat du Parlement européen et de la Commission européenne ? Par ailleurs une question de fond se pose, celle du budget européen. Là aussi, la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne et l’émergence de nouveaux défis sécuritaires et de défense obligent à des efforts budgétaires et à une réforme des politiques européennes. Nous avons commencé avec le règlement Omnibus et allons continuer à y travailler au Parlement européen en 2018. Toutefois, il est essentiel que la France endosse le rôle de leadership dans la défense du budget agricole. » François Jacques François Jacques est agriculteur en Lorraine, associé avec son fils. Leur exploitation est dédiée aux cultures de grains, colza, blé, orge, pois, maïs. François Jacques est secrétaire général adjoint de l’Association générale des producteurs de blé (AGPB) et secrétaire général d’Arvalis-Institut du végétal. Le secteur des grandes cultures est confronté aux marchés mondiaux. Sur des marchés de plus en plus ouverts, la compétitivité des exploitations reste un impératif. La France manque de compétitivité. L’excès de normes mais aussi le manque d’investissements plombent la performance de la filière céréalière française. Lors des États généraux de l’alimentation, le président de la République a souhaité la mise en place de contrats de filière pour chaque secteur de production. La filière céréalière a présenté un plan ambitieux estimé à 14 milliards d’euros (Md€) sur 15 ans (investissement dans les exploitations agricoles et en aval pour améliorer le stockage et la logistique ferroviaire). La filière espère donc pouvoir profiter du plan d’investissement et de modernisation de 5 Md€ promis par Emmanuel Macron. Ces 10 dernières années, l’évolution de la valeur ajoutée alimentaire a progressé dans tous les pays européens, avec des hausses comprises entre 2 et 20 %. Dans tous les pays, sauf un : la France. Sur cette même période, nous avons perdu 14 %. Les céréaliers attendent aussi beaucoup de la prochaine réforme de la Pac. « Emmanuel Macron doit jouer de toute son influence pour obtenir un budget fort pour la prochaine Pac. » Emmanuel Goetz Emmanuel Goetz est président-directeur-général de la société Burgard, spécialisée dans les produits traiteur et de boulangerie, basée à Hœrdt. Elle s’est engagée auprès des agriculteurs de la région pour promouvoir les produits du terroir via la marque Savourez l’Alsace Produit du terroir. Un accord a été signé en septembre dernier avec le Comptoir agricole de Hochfelden et le moulin Meckert-Diemer de Krautwiller pour monter une filière bretzel bio d’Alsace. Emmanuel Goetz est également vice-président de l’Association régionale des industries alimentaires (Aria) d’Alsace, qui fédère les entreprises agroalimentaires alsaciennes et assure la promotion collective des produits alimentaires et de la gastronomie alsacienne. À l’heure de la mondialisation des modes et des goûts, les consommateurs se tournent de plus en plus vers des produits plus traditionnels, issus des habitudes de consommation régionales. En Alsace, cette relation directe entre les producteurs et les consommateurs est une pratique ancienne : il suffit de voir le nombre de produits alimentaires dont la marque intègre le nom du lieu de production ou des références aux emblèmes de notre région. Il est apparu nécessaire d’amplifier ce mouvement par une démarche collective pour répondre au souhait de la grande distribution française qui, sensible à l’évolution des comportements d’achat, développe son offre de produits régionaux. C’est pourquoi, les industriels de l’alimentaire alsacien, représentés par l’Aria qui a porté ce projet, ont créé la marque collective Savourez l’Alsace. Les produits qui portent cette marque répondent à des critères bien précis, notamment à l’exigence d’être tous produits en Alsace. La déclinaison « Produit du Terroir » garantit l’origine alsacienne des produits. Le consommateur est certain de manger local et de soutenir les agriculteurs d’Alsace ! Marie-Thérèse Bonneau Marie-Thérèse Bonneau est productrice de lait en Vendée, associée avec son mari. Leur exploitation produit 500 000 litres de lait livrés à la coopérative Eurial. Elle est première vice-présidente de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL). Défendre le revenu des producteurs de lait et le prix du lait ne peut s’extraire d’une logique de filière. Chaque maillon de la chaîne alimentaire est indissociable et ne peut se suffire à lui-même pour prospérer, innover et durer… Force est de constater que les filières agricoles, dans leur mode de fonctionnement actuel, sont en panne. Et le revenu des producteurs tout particulièrement. À l’occasion des États généraux de l’alimentation, les acteurs de la filière laitière ont proposé une feuille de route reposant sur de nombreuses actions (économie de la filière, montée en gamme, engagements environnementaux, sanitaires et sociétaux, recherche et innovation, formation). Dans le cadre de ce plan, la FNPL a insisté sur la valorisation du marché français des produits laitiers qui doit être le premier levier d’action pour garantir un prix rémunérateur aux producteurs. Pour assurer le partage de la valeur jusqu’à l’amont de la filière, il est nécessaire de se baser sur des indicateurs de référence définissant les valorisations des différents marchés laitiers et les coûts de production. Un cadre interprofessionnel qui crée des conditions de négociations commerciales plus transparentes, réactives et équitables grâce à des références communes basées sur ces indicateurs doit être défini sous six mois. Tous les acteurs de la filière, des producteurs aux distributeurs, se sont engagés à les utiliser. Olivier de Bohan Olivier de Bohan est agriculteur dans la Marne sur une exploitation de polyculture-élevage, dont les productions principales sont la betterave et un atelier d’engraissement de taurillons. Il est vice-président de Coop de France et président de la coopérative Cristal Union dont fait partie la sucrerie d’Erstein. Notre pays est aujourd’hui engagé dans des transformations profondes, tant numériques, écologiques, énergétiques, que sociales. Au cœur de ces évolutions, la notion de « transition » émerge. Tous les secteurs sont concernés. L’agriculture sans doute plus que d’autres, car elle touche à l’alimentation des Français. Ainsi, les États généraux de l’alimentation ont relayé une forte attente sociétale vis-à-vis d’une production agricole et d’une alimentation durable assurant la sécurité sanitaire sous toutes ses formes. Les coopératives agricoles sont naturellement dans le mouvement. Mais face à cette mutation profonde de l’agriculture, il ne faudrait pas mettre la charrue avant les bœufs. La question est de savoir comment faire de ces transitions un atout économique et non pas une nouvelle distorsion de compétitivité. Pour Coop de France, qui réunit les 2 500 coopératives agricoles françaises, trois conditions doivent être réunies. En premier lieu, l’agriculture a besoin que lui soit fixé un cap clair, inscrit dans un calendrier soutenable. Trouvons enfin le point d’équilibre entre le souhaitable et le possible, comme cela vient d’être fait pour le secteur automobile ou le secteur énergétique, en laissant le temps nécessaire pour inventer et déployer les solutions de demain. La deuxième condition est d’engager un effort sans précédent en termes de recherche et d’innovation. Nous pouvons relever le défi des transitions sans pour autant revenir à une agriculture d’antan. Enfin, nous avons besoin de réalisme économique. L’agriculture a toujours su s’adapter aux évolutions dès lors que ces changements répondaient aux attentes de leurs clients et des consommateurs, et s’accompagnaient de prix rémunérateurs.












