Vie professionnelle

Publié le 23/03/2018

Qu’elle soit technologique, numérique, organisationnelle et/ou circulaire, l’innovation est partout. Elle représente un enjeu majeur pour l’agriculture et constituait le thème de la session de la Chambre d'agriculture Alsace (CAA) vendredi 16 mars à Sainte-Croix-en-Plaine.

Le président de la CAA Laurent Wendlinger fixe les objectifs : « A l’heure de la réforme de la politique agricole commune, nous devons avoir le premier objectif de protéger notre modèle agricole et alimentaire. C’est la seule politique européenne vraiment commune. Elle doit le rester. Que ce soit la question du glyphosate, celle de la qualité de l’eau souterraine, ou encore celle de l’usage des produits phytosanitaires, nous devons continuer, avec nos partenaires, à trouver des solutions pérennes et préparer une feuille de route et un plan d’action. Ce ne sera pas forcément avec les solutions d’hier que l’on relèvera les défis de demain. C’est, au contraire, avec de nouvelles techniques, de nouvelles pratiques, avec de l’innovation, que nous pourrons promouvoir des solutions qui permettront de concilier durablement production et préservation des ressources ». L’innovation concerne toutes les productions agricoles, toutes les filières ; elle est présente partout. Le monde agricole doit l’intégrer dans son fonctionnement de tous les jours pour préparer son avenir et assurer sa pérennité. « Construire, ensemble, des perspectives » Maximin Charpentier, président de la Chambre d'agriculture de la Marne, en charge de l’innovation, de la recherche et du développement (SC IRD) à la Chambre régionale d’agriculture Grand Est (Crage) a présenté les axes du projet stratégique des Chambres d’agriculture : assurer le renouvellement des générations, le développement de l’emploi et des compétences ; développer la recherche et le développement, l’innovation et la bio économie au service de la compétitivité et de la préservation des ressources naturelles ; développer le potentiel technique et économique des filières existantes, et accompagner l’émergence de nouvelles filières ; promouvoir une agriculture au service de la dynamique des territoires, facteur d’attractivité de la région. Pour y parvenir, les Chambres d’agriculture ont revu leur organisation et rassemblé les compétences de façon transversale. Des prestations telles que le conseil, la formation, l’animation, certaines études sont développées en commun. Les métiers du réseau sont nombreux et variés : les chambres comptent 573 ingénieurs et techniciens autour de 50 groupes de métiers nationaux qui vont des grandes cultures à l’élevage en passant par le contrôle de performance, l’agro environnement, l’installation, le conseil d’entreprise ou encore l’économie, l’urbanisme, la viticulture, les légumes. Le plus gros poste concerne les grandes cultures. « Les Chambres y consacrent 113 ingénieurs et techniciens pour la production de 180 essais analytiques. On y trouve également deux fermes pilotes, des « essais bandes », des flashs et guides techniques, des conseils collectifs, de la formation. Les thématiques sont nombreuses. Elles concernent l’économie évidemment, mais également les sols, le climat, l’eau, l’énergie, l’air, la biodiversité, l’agriculture biologique. À travers nos expertises, nous optimisons le travail des agriculteurs en animant notre réseau et en proposant des bases de données ouvertes au plus grand nombre », précise Maximin Charpentier. L’élevage et la viticulture sont également deux autres secteurs d’activité très importants. Le conseil d’entreprise et l’installation mobilisent 74 conseillers dont trois spécialisés en macroéconomie. « Nos objectifs sont clairs pour cette feuille de route. Nous voulons construire ensemble des perspectives à moyen terme pour nos métiers, nos activités et nos mandants. Nous voulons également bénéficier de la taille du Grand Est pour construire une stratégie de développement et créer des alliances. Nous souhaitons nous appuyer sur la puissance du réseau pour soutenir l’innovation ascendante et descendante tout en rendant lisibles et visibles nos actions. À court terme, il s’agit de monter des projets ensemble, de construire des services, d’apporter de nouvelles méthodes de travail. Ensuite, il s’agira de coordonner le réseau, de le structurer et de le rendre fiable. Il permettra, à terme de préparer le futur de nos domaines de travail. Nous devons également nous appuyer sur l’agriculture numérique par le biais d’une agriculture de précision avec des outils tels que les capteurs, les guideurs, « Mes Parcelles ». Le tout, dans une méthode de gouvernance claire et partagée où le Bureau de la Chambre pilote l’ensemble du projet, le directoire et son comité de gestion fixent les orientations et valident le budget. Où des commissions régionales proposent des projets et remontent des besoins. Où des Chambres départementales remontent ces besoins et ces projets en les préparant et en manageant les équipes. Ce plan d’action doit permettre de mobiliser le plus grand nombre pour, au final, proposer des stratégies d’ensemble de nos Chambres » conclut Maximin Charpentier. Des outils numériques, des opportunités énergétiques Danielle Bras, présidente de la commission « grandes cultures », a détaillé les ambitions de la CAA en matière d’agriculture numérique comme le « réseau de stations météo connectées alsacien, en partenariat avec les principaux opérateurs que sont la Coopérative Agricole de Céréales, le Comptoir agricole, Armbruster, la sucrerie d’Erstein ou encore l’Agaja. Il s’agit de proposer une offre commune pour l’équipement des agriculteurs. Une base qui serait utilisable part tous pour proposer des services dans le cadre d’une gestion globale animée par la CAA ». Des outils d’aide à la décision seront également développés pour la protection des cultures. Dès ce printemps, la Chambre va utiliser « Prévi-LIS/OptiProtect » d’Arvalis, qui calcule chaque jour une prévision des stades et des risques de maladies sur les blés tendres. La Chambre compte également aider les agriculteurs à anticiper les conséquences du changement climatique avec l’outil informatique « CliA-XXI ». Il simule les effets probables du changement climatique sur les principaux indicateurs pour l’agriculture (pluviométrie, températures, jours de gel, etc.) à vingt et cinq ans. Cet outil permet de préparer des stratégies d’adaptation. « À l’automne 2018, nous comptons constituer un groupe d’agriculteurs pour réfléchir et tester des solutions d’adaptation et d’atténuation possibles. La Chambre participe également à une étude sur les adaptations spontanées des éleveurs laitiers à ce changement climatique. Et, en complément, nous avons un outil appelé « Oracle », géré par la Crage, qui mesure les effets actuels du changement climatique ». La chambre entend également se positionner sur les nouvelles énergies, en renforçant les actions tant dans la production que dans la gestion des déchets. « Nous voulons valoriser en agriculture les projets de géothermie profonde. Il y a des opportunités en Alsace et des études sont en cours. De grandes quantités d’eau à basse température sont disponibles pour valoriser les serres chauffées, la production de microalgues, la pisciculture ou encore la production d’insectes. Nous voulons également mieux soutenir la méthanisation agricole en favorisant les initiatives de porteurs de projets. Enfin, nous voulons relancer le photovoltaïque agricole. La Chambre d'agriculture diffuse pour cela des références objectives et indépendantes. Elle anime un observatoire où 122 installations sont référencées. Elle accompagne les projets innovants et elle aide les producteurs pour les appels d’offres », conclut Danielle Bras.

Publié le 23/03/2018

Denis Ramspacher, vice-président de la CAA. « Nous avons besoin d’innovation pour avoir des arguments dans les discussions et les attaques dont nous sommes l’objet. Nous sommes confrontés à une problématique sur les prix. Nous devons préparer l’avenir sachant que 50 % de la production laitière, demain, va changer de main. Si nous voulons continuer à produire, il va falloir accompagner les agriculteurs et qu’ils investissent. Or, avec les prix d’aujourd’hui, cela va être difficile. L’innovation est une évidence. Mais, elle doit s’accompagner avec la réalité économique du monde agricole ». Daniel Starck, Confédération Paysanne, dresse « un parallèle entre l’agriculture et le nucléaire qui est aujourd’hui dans une impasse. Nous faisons la même chose avec l’agriculture. Nous sommes allés trop loin. Je propose donc d’autres innovations que celles que vous venez de présenter. La première est l’innovation mentale. Nous devons changer de mentalité. La deuxième est d’innover en renouant avec le vivant, le sol vivant, l’agronomie. La troisième innovation est que nous ne restions plus seuls dans notre coin, mais que nous retrouvions les consommateurs et les gens qui habitent dans les territoires ». Christian Schott, référent Ecophyto Alsace. « L’innovation ne date pas d’aujourd’hui. On travaille depuis toujours pour favoriser le revenu des agriculteurs tout en préservant l’environnement et la sécurité des consommateurs. Notre préoccupation de tous les jours est de faire augmenter la production tout en minimisant son impact sur l’environnement pour le bien de la santé des agriculteurs et des consommateurs ». Jean-Michel Habig, président de la Coopérative Agricole de Céréales. « Nous avons des compétences sur le terrain, il faut les valoriser. À nous de les mettre en commun. Nous avons des exploitations agricoles qui fonctionnent également. L’innovation, nous la proposons à la CAC par le biais du pilotage azoté sur blé ou colza, l’épandage de trichogrammes, la modulation intraparcellaire, les outils d’aides à la décision, la bonne dose au bon endroit. L’idée est d’être le plus efficace possible et d’aller encore plus loin dans l’expertise ». Maximin Charpentier. « Je ne suis pas là pour opposer les systèmes agricoles. Je souhaite faire de l’innovation pour que le potentiel sol/soleil soit le meilleur possible. Le vrai sujet, c’est que la planète est ronde et que ses ressources sont limitées. Jusque dans les années 1990, on pensait le contraire. Il y a eu, depuis, une prise de conscience. La question est de s’interroger sur comment être innovant en agriculture tout en cumulant la durabilité du sol et la production. Le seul fait de vivre pollue. Nous serons bientôt neuf milliards d’habitants sur cette planète. Le pari à réussir ensemble sera de pouvoir les nourrir durablement. Pour avoir cette solution environnementale, il faut donner des moyens à l’agriculture. Une approche globale est nécessaire ».  

Fédération nationale des producteurs de lait

Un prix pour préparer l’avenir

Publié le 22/03/2018

Lors de son assemblée générale à Vannes les 14 et 15 mars derniers, la Fédération nationale des producteurs de lait a développé deux axes de travail : la défense du prix du lait et le renouvellement des générations. Deux dossiers évidemment liés, mais qui nécessitent des réponses politiques spécifiques notamment pour l’installation.

Au sortir des États généraux de l’alimentation (EGAlim), où sous l’impulsion de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL) il a beaucoup été question du lait, le prix payé au producteur a occupé une large place dans les débats de ce congrès. À l’occasion d’une table ronde regroupant producteurs, transformateurs et distributeurs, tout le monde affichait une fois de plus ses bonnes intentions. Mais comme le dit le dicton « chassé le naturel et il revient au galop », si bien qu’après quelques minutes les transformateurs expliquaient qu’ils faisaient le maximum et les distributeurs qu’ils ne pouvaient pas faire plus. Marie-Thérèse Bonneau, secrétaire générale de la FNPL, les a tout de suite repris en leur expliquant que leur référentiel du « toujours moins cher » était obsolète et qu’un nouveau paradigme devait être construit. « Si vous n’êtes pas capable de l’intégrer, c’est la loi qui le fera. » C’est pourquoi, la FNPL a réclamé au ministre de l'Agriculture une loi à la hauteur de l’enjeu pour les producteurs de lait. La FNPL poursuit son attitude offensive pour une juste rémunération des producteurs en menant de front le texte de loi, mais aussi le plan de filière qui vise à un meilleur partage de la valeur. Ne pas oublier l’export Grand absent des débats des EGAlim, l’export représente 40 % des volumes en France. La FNPL, par l’intermédiaire de son président Thierry Roquefeuil, porte l’ambition d’une production laitière exportatrice. « Avec un marché intérieur stagnant et une classe moyenne en progression dans les pays émergents, il y a un marché à conquérir. Oui, mais pas à n’importe quel prix », précise le représentant des producteurs de lait. C’était l’objet d’une table ronde regroupant notamment Damien Lacombe, président de Sodiaal Union, et Michel Nalet, porte-parole de Lactalis. La question principale reste la valorisation de ce marché. L’ensemble des acteurs s’accordaient sur le fait qu’il existe de la valorisation à l’export : « On ne parle pas uniquement de beurre poudre, à nous de saisir ces marchés. Il est possible de valoriser l’excellence française à l’export (AOP, IGP, sécurité sanitaire, etc.). » Pour la FNPL, deux ombres planent toutefois sur le marché, le stock de poudre et un éventuel accord de libre-échange Union européenne Australie-Nouvelle Zélande. Sur ces deux points, Thierry Roquefeuil a demandé la plus grande vigilance au ministre, pour peser de tout son poids dans les discussions européennes. Stéphane Travert a dit prendre ces dossiers à bras-le-corps et a incité le président de la FNPL à peser, lui aussi, au sein du Copa-Cogeca (regroupement des syndicats agricoles européens) pour définir une position agricole européenne. Le mur générationnel Tous les trois ans, la FNPL réalise un rapport d’orientation. En 2018, le choix du sujet s’est porté sur le renouvellement des générations. André Bonnard l’a expliqué : « D’ici à 2025, 50 % du volume de lait français (soit 12,5 milliards de litres) aura dû changer de main, nous sommes face à un mur générationnel ». Au rythme actuel des renouvellements, le nombre de vaches dans un troupeau va passer de 60 vaches aujourd’hui à près d’une centaine. Mais cela pourrait être beaucoup plus. Quid du modèle agricole français dans ces conditions ? Pour la FNPL, il faut mettre le paquet sur l’installation et lever les freins. Évidemment le prix du lait reste le principal levier, mais d’autres questions se posent. « On aimerait qu’on regarde davantage la provision pour risque, la fiscalité de l’épargne, la transmission du capital et le statut des sociétés. » La FNPL s’est clairement opposée à l’intégration des producteurs de lait et va engager avec les partenaires et notamment les Jeunes Agriculteurs une grande réflexion pour faire face à cette échéance imminente.

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