Vie professionnelle

Philippe Jaschnik, consultant de la filière laitière

Spectaculaire faillite d’un gros collecteur allemand

Publié le 09/05/2018

Sur le marché allemand, la surprise est venue de la faillite spectaculaire d’un gros collecteur de lait, la Berliner Milcheinfuhr-Gesellschaft, alliée avec le BDM, la Coordination rurale allemande. D’un jour à l’autre, un millier de producteurs se sont retrouvés avec leur lait sur les bras.

Le fait marquant de ces derniers mois est « l’explosion en vol » de la Berliner Milcheinfuhr-Gesellschaft (BMG), qui collectait plus d’un milliard de litres de lait sur tout le territoire et qui laisse derrière elle une dette évaluée à plusieurs dizaines de millions d’euros. Pour Philippe Jaschnik, « le problème, c’est que cette société vendait plus de 300 000 litres sur le marché spot. » La baisse drastique du prix du lait annoncée pour le deuxième semestre 2018 a porté le coup de grâce. Le président des éleveurs du Deutscher Bauernverband (DBV), Karsten Schmal, estime pour sa part que cette faillite est à mettre au compte d’un « modèle d’entreprise audacieux couplé à de mauvaises décisions managériales ». La banqueroute de la Berliner Milcheinfuhr-Gesellschaft a créé une véritable onde de choc. « La plupart des producteurs n’ont pas eu de paie de lait en février », indique Philippe Jaschnik. Cette structure avait grandi dans l’ex-RDA et avait peu à peu tissé sa toile sur tout le territoire, sous la poussée du Bundesverband Deutscher Milchviehhalter (BDM). Cette fédération - l'homologue de la Coordination rurale en Allemagne -, avait tenté de vendre du rêve, il y a dix ans, en pousant ses adhérents à manifester pour obtenir un prix du lait de 43 cts, et allant jusqu’à refuser de livrer le lait aux transformateurs pour avoir gain de cause. Un échec retentissant ! Quoi qu'il en soit, cette faillite a précipité de nombreux producteurs de lait dans une situation très précaire. À l’échelle nationale, 1 000 exploitations laitières ont dû trouver de nouveaux débouchés en l’espace de quelques jours. Pour éviter une destruction du lait non collecté, de nombreux responsables syndicaux et politiques se sont mobilisés, en particulier les responsables de la DBV - l'équivalent de la FNSEA en Allemagne -, et la ministre de l'Agriculture, Julia Klöckner. Sous leur pression, les transformateurs ont accepté d’augmenter leur collecte à court terme et « 700 000 litres ont ainsi pu être sécurisés », annonce Philippe Jaschnik. Une solution provisoire qui risque encore d’accentuer les tensions sur le prix du lait… Dans certains cas, « le prix du lait n’est pas suffisant pour couvrir les frais de fonctionnement et certains agriculteurs sont menacés dans leur existence, ce qui pourrait avoir des conséquences pour les banques et les fournisseurs », indique un journal allemand. Il faut tout faire pour que cette sortie de crise ne se fasse pas sur le dos des producteurs de lait qui livraient à la BMG, estime pour sa part Karsten Schmal.

Rencontre avec Audrey Bourolleau, conseillère agricole d’Emmanuel Macron

Prix et compétitivité, l’un ne va pas sans l’autre

Publié le 27/04/2018

Profitant de la venue du Président de la République au Parlement européen, la FDSEA et les JA du Bas-Rhin ont demandé une entrevue pour aborder les questions agricoles. Emmanuel Macron a répondu favorablement et a demandé à sa conseillère agricole, Audrey Bourolleau, de recevoir la profession agricole du Grand Est en marge de son déplacement à Strasbourg.

Durant près de deux heures, FRSEA et JA ont interpellé la conseillère agricole sur la suite des États généraux de l’alimentation (EGA), les problématiques de compétitivité, la réforme de la Pac, la situation économique des exploitations sans oublier celle des retraités agricoles. Représentant la FRSEA Grand Est, Franck Sander a insisté sur la situation frontalière de la région Grand Est qui subit de plein fouet les distorsions de compétitivité avec ses voisins. À cela se rajoutent les effets de la convergence de la Pac qui fait perdre près de 80 M€ d’aides aux exploitations du Grand Est. Aussi « la priorité pour le Chef de l’État doit être d’améliorer la compétitivité des entreprises françaises », a insisté le président de la FDSEA du Bas-Rhin. Il a demandé que la baisse de sept points des cotisations sociales des exploitants, obtenue par la FNSEA auprès du précédent Gouvernement et remis en cause par la nouvelle majorité, soit intégralement rétablie. Idem pour l’avantage conjugué du Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) et de la réduction pour les occasionnels, celui-ci doit être maintenu pour ne pas désavantager les agriculteurs français. Si le chantier sur l’inversion de la formation du prix ouvert lors des EGA était attendu par les agriculteurs, il faut que celui-ci soit conduit maintenant jusqu’au bout dans la loi. La profession demande aussi à ce que le second volet des EGA (qualité de l’alimentation, bien-être animal, protection des cultures) ne se traduise pas par des charges supplémentaires. Les premières discussions en commission développement durable inquiètent en effet la profession sur certains points. Franck Sander a plaidé pour une approche pragmatique de toutes ces questions, à l’image du contrat de solutions initié par la FNSEA. Près d’une quarantaine de structures (instituts de recherche, associations spécialisées) y adhèrent, montrant que la profession se saisit à bras-le-corps de l’ensemble de ces problématiques. « Nous avons besoin de temps pour nous adapter et que de nouvelles solutions soient trouvées grâce à plus de recherche et d’innovation ». Denis Ramspacher, vice-président de la Chambre d’agriculture, a indiqué que les agriculteurs ont mis beaucoup d’espoir dans les EGA et qu’ils ne voudraient pas être déçus par la loi. « Le comble serait d’avoir les contraintes sans les prix qui vont avec ! » De la Pac au GCO Au-delà de l’échelon national, Franck Sander a demandé que le Président de la République se batte pour un budget européen à la hauteur et une Pac forte. Étienne Losser, représentant les JA du Grand Est, et Thomas Gillig, ont appuyé la nécessité de conforter la compétitivité des exploitations, particulièrement pour les jeunes en phase d’installation, à un moment où les charges de remboursement sont lourdes. Étienne Losser a plaidé pour un réexamen des dossiers des jeunes agriculteurs pour lesquels une déchéance de la DJA pourrait intervenir. La volatilité des prix et des rendements est déjà suffisamment pénalisante pour ne pas exiger en plus un remboursement de la DJA. Intervenant au titre de la Chambre d’agriculture du Grand Est, Laurent Wendlinger a indiqué que les agriculteurs souhaitent pleinement prendre part à la transition énergétique lancée par le Gouvernement. Le secteur agricole veut être un vrai acteur dans la production d’énergies renouvelables. Il a plaidé pour une régionalisation des appels d’offres pour le photovoltaïque de manière à donner les mêmes chances à tous les territoires français. Pour clore le chapitre des revendications professionnelles, Dominique Daul a demandé que l’État arrête la surenchère en matière de compensations environnementales pour le GCO et les remembrements. Cela est particulièrement vrai pour la forêt et le hamster. L’Europe vient de refermer le contentieux à l’encontre de la France sur la protection du hamster, montrant bien l’efficacité des mesures mises en œuvre par les agriculteurs alsaciens. Inventer une nouvelle forme de contractualisation dans les territoires La conseillère agricole du Président de la République s’est montrée très à l’écoute lors de ce tour de table auquel tous les syndicats et la Chambre d’agriculture avaient été conviés. S’agissant des EGA, Audrey Bourolleau a précisé que le Gouvernement ne reculera pas, puisqu’une partie de la loi sera adoptée par ordonnances. Son objectif est de ramener de la valeur dans les fermes. Toutefois, la loi ne fera pas tout. Il faut fixer des indicateurs de coût de production sur lesquels s’appuyer, et surtout arriver à mettre en place des contrats pluriannuels. Pour cela, la conseillère mise beaucoup sur les initiatives prises localement dans les territoires. Pour ce qui est du budget européen, l’objectif de la France est de limiter sa baisse à celle induite par le Brexit, soit - 7 %. La France défendra aussi une simplification de la Pac et plus de constance car les exploitations ont besoin de lisibilité. Malgré la demande de la profession, elle a confirmé que la France n’abaissera pas le seuil d’intervention de l’assurance récolte pourtant rendu possible par le règlement Omnibus, faute de financement. Enfin elle a annoncé l’ouverture au cours de la mandature d’une réforme fiscale en agriculture. Le Gouvernement semble donc en marche sur de nombreux sujets qui impacteront l’agriculture. Les réseaux FNSEA et JA continueront à être force de propositions pour que ces réformes améliorent le quotidien des agriculteurs et redonnent ses lettres de noblesse à l’agriculture française.

Publié le 20/04/2018

Présidents de coopératives agricoles et vinicoles se sont retrouvés le 6 avril au centre vinicole Champagne Nicolas Feuillatte de Chouilly (Marne). Une réunion-débat qui leur a permis d’échanger sur les thèmes d’actualité, dans le cadre de la mise en place de Coop de France Grand Est.

Coop de France Alsace, Fédération régionale Champagne-Ardenne, Fédération des coopérations vinicoles de la Champagne (FCVC), Coopérative de France Lorraine s’organisent pour la mise en place de « Coop de France Grand Est ». Un objectif : faire de cette structure l’interlocuteur référent des instances régionales et nationales. Avec quatre enjeux : la promotion des principes et des valeurs des coopératives, la défense de la compétitivité des entreprises coopératives, l’affirmation de la capacité à conquérir de la valeur, la volonté d’être présents sur l’ensemble de la chaîne alimentaire. De mars à juin, dix réunions régionales sont organisées pour avancer collectivement. « La fédération des coopératives Grand Est, ce sont 55 000 adhérents agriculteurs et viticulteurs, 11 500 salariés et 15 milliards d’euros de chiffre d’affaires, cadre Sylvain Hinschberger, président de Coop de France Grand Est. À l’image de notre modèle coopératif, nos échanges aujourd’hui étaient sur le mode collaboratif ». Éric Potié, président de la FCVC, renchérit : « Nous n’avons absolument aucun débat sur l’influence d’une région plus que l’autre, nous sommes dans un rapport gagnant-gagnant, autour de valeurs et de préoccupations communes ». Développement durable Avec un contexte de travail exigeant et parfois sensible comme les conséquences des États généraux de l’alimentation, les débats sur l’agrofourniture ou le bien-être animal, l’environnement, le développement du digital, les participants ont eu de quoi débattre. Qu’est-il ressorti de ces échanges ? « Les attentes des consommateurs évoluent de plus en vite, et parfois même de façon contradictoire, explique Sylvain Hinschberger. Notre rôle est d’être à l’écoute mais aussi d’être réalistes et pragmatiques, car le temps des enjeux politiques est différent du temps nécessaire pour réaliser les choses. Toute la profession avance par exemple sur l’enjeu du développement durable et du respect des animaux et des cultures. Le pôle de recherche et de développement de Vivescia est à quelques mois de sortir des solutions complémentaires aux produits de traitement et les coopératives viticoles montrent tous les jours combien elles sont engagées dans la viticulture durable. » Directrice de la FCVC et directrice de Coop de France Grand Est, Alexandrine Legras-Populus indique : « Les coopératives sont à l’écoute des consommateurs. Elles répondent aux demandes sociétales et travaillent sur la qualité et la traçabilité des produits. » Des lacunes à combler ? « Nous opérons dans nos fonctionnements quotidiens une révolution silencieuse », argue Sylvain Hinschberger. « Mais c’est bien cela le problème. Nous sommes conscients que ce qui nous manque cruellement est le manque d’information et de communication et un sérieux travail de pédagogie pour faire connaître la façon dont nous travaillons. » Éric Potié ajoute : « De l’élevage à la viticulture, nous possédons tous le même objectif : celui d’être compétitifs en amenant le meilleur potentiel de revenus possible à nos adhérents. Nos discussions portent entre autres sur la manière de mutualiser les services d’accompagnement des coopératives de manière qualitative pour créer une dynamique, ou encore sur le fait de chercher à améliorer la relation adhérent-coopérative. » Coop de France Grand Est souhaite faire de son manifeste « Coopérer pour le bien commun » le fil conducteur de ses actions et de ses missions pour être au plus près de ses adhérents et répondre aux besoins des consommateurs.

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